mardi 24 janvier 2017

Les spécialistes mettent (encore) en garde contre une automatisation de la guerre


Lors du forum économique mondial de Davos, des spécialistes de la défense se sont une nouvelle fois alarmés de la dérive croissante vers l'autonomisation de la guerre. Selon eux, il n'y aura pas de retour en arrière. 

Une dépêche AFP nous révèle que plusieurs spécialistes se sont inquiétés ce week-end, durant une table ronde consacrée à "l'avenir de la guerre" au forum de Davos en Suisse, des évolutions inéluctables et porteuses de risques qui vont avec l'automatisation croissante des systèmes d'armes.

En 2015 déjà, en marge d'un forum sur l'intelligence artificielle à Bueno Aires, les spécialistes des hautes technologies appelaient les gouvernements du monde à interdire le développement des systèmes d'armes létaux autonomes (SALA) via une Lettre ouverte intitulée: "Autonomous Weapons: an Open Letter from AI & Robotics Researchers". Selon eux, il y là une dérive tant technologique que morale qui pourrait mettre en danger l'humanité.

A Davos, Mary Cummings, une des premières pilotes de l'aéronavale américaine et aujourd'hui professeur spécialisée dans l'interaction entre hommes et robots à l'Université de Duke, a jugé qu'il "est certain que nous allons voir de plus en plus de missions militaires confiées à des robots (...) Israël a déjà annoncé son intention de remplacer tous ses pilotes par des robots, et aux États-Unis des généraux ont assuré que le dernier pilote de chasse de l'histoire de l'armée de l'Air américaine était déjà né". Une affirmation sujette à débat, que démentiront tous les pilotes dont vous demanderez l'avis sur la question !
Et de surenchérir en déclarant que "la réalité est que les missions de chasse et de bombardement sont déjà mieux effectuées par les aéronefs sans pilote que par les humains (...) Il est plus sûr pour l'US Air Force d'envoyer un drone pour une mission de bombardement. C'est définitif. Nous allons voir de plus en plus de missions dans les airs confiées à des robots."

Outre l'intelligence artificielle, c'est la "barrière d'entrée technologique" qui inquiète l'experte américaine. Les mini-drones par exemple (on se souvient de l'essaim de drones à bas coût testé par l'US Air Force fin 2016): "Le groupe État islamique, peut imprimer en 3D des milliers de drones, les équiper d'armes conventionnelles ou biologiques et provoquer des dégâts bien plus importants qu'un F-35 dans une frappe chirurgicale. La barrière d'entrée technologique est devenue tellement basse que n'importe qui peut avoir ce genre de drone."
Autant de dégâts qu'un chasseur de dernière génération ? Je vous laisse juge de ces propos pour le moins alarmistes. M'est avis que l'intervenante essaie ici d'appuyer fortement sur la différence entre un drone coûtant quelques centaines d'euros, et un appareil avoisinant les 150 millions.

Mais la principale inquiétude des intervenants a en effet semblé être le fait que grâce aux prochaines avancées technologiques qui vont assurément transformer l'art de la guerre, les disparités de puissance militaire puissent être nivelées entre les États. Pire, des groupes terroristes pourraient à moindre coût acquérir des technologies en mesure de surprendre des armées modernes sur le terrain (n'évoquons même pas les possibilités d'attentat).
C'est notamment l'avis à Davos de Jean-Marie Guéhenno, qui dirige l'ONG International Crisis Group après avoir été secrétaire général adjoint de l'ONU aux opérations de maintien de la paix.

S'il ne faut pas omettre qu'il y a encore un monde entre la technologie d'une armée moderne et les capacités accessibles, même dans un futur proche, aux groupes terroristes ou mouvements insurrectionnels, on commence en effet à voir poindre de nouvelles méthodes inquiétantes. J'en veux pour preuve cette vidéo (lien Twitter ci-dessous) qui nous parvient tout juste de Mossoul en Irak. Elle montre un "bombardement" effectué par les terroristes de l'EI depuis un petit modèle de drone civil. Cet automne déjà, deux membres des forces spéciales françaises avaient été gravement blessés dans l'explosion d'un drone piégé.


Enfin, un point d'orgue a été mis sur les investissements considérables fournis par les GAFA (Facebook, Google...) qui pourraient leur donner une avance considérable. Selon l'américaine Mary Cummings, ces entreprises "disposent déjà de technologies de drones supérieures à celles des agences de renseignements de tous les pays". Une donnée valable également en ce qui concerne l'imagerie satellitaire, ou l'exploitation du "Big Data".


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