jeudi 20 avril 2017

Défense & Election Présidentielle, la fausse bonne idée du Service National


Le débat sur le retour d'un Service National est réapparu durant cette campagne présidentielle. Une grande partie des candidats le propose sous la forme d'un service dit "militaire", ou d'un service "civique". Seulement, est ce bien raisonnable ? Et surtout utile ?

Photo: Rallye Citoyen 2017 pour les lycéens au Camp de Souge (33) - Défense Sud Ouest.


Abrogé par Jacques Chirac au profit de la professionnalisation des armées et disparu dès 1997, le service militaire connaît un retour en grâce. Selon un sondage CSA en novembre 2016, les trois quarts des français (74%) souhaitaient voir son retour. 
Les raisons invoquées sont multiples: lutte contre la délinquance, contre la radicalisation, brassage social, détection des lacunes scolaires, (ré)apprendre la citoyenneté française.... être apte à faire face à la menace terroriste.

Cette tendance n'est pas spécifiquement française, car si la conscription est largement minoritaire dans les Etats étrangers, plusieurs pays se posent aujourd'hui la question. La Suède par exemple, a franchi le pas en mars dernier, préoccupée non pas par le risque terroriste, mais par le comportement de la Russie en mer Baltique.

Retour sur le contexte français, du moins une partie: après les attentats de 2015, nous avons pu constater une demande d'implication très forte dans la jeunesse. Du secourisme aux armées, en passant par les associations, les études ont montré un bond de l'engagement chez les 18-30 ans.
Dans le même temps, François Hollande décidait l’instauration d'une Garde Nationale, une réserve militaire de 84 000 hommes et femmes réparties entre la Défense et l'Intérieur à l'horizon 2019.

C'est ainsi que les candidats à la présidentielle française se sont massivement mis à proposer l'instauration d'un service national sous diverses formes. Je ne détaille pas plus, l'infographie AFP ci-dessous schématise ces propositions.


On retrouve donc deux écoles, quatre candidats sur onze proposent de rétablir le service militaire, là où les autres imaginent un système civique, voire hybride.
C'est surtout sur la notion de service "obligatoire" que naissent les divergences. Notamment pour François Fillon qui est fermement opposé au rétablissement d'un service militaire obligatoire. Ou civique comme le propose Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon le rejoint sur ce point, mais le candidat de la droite a lui sévèrement attaqué la proposition faite par un autre candidat, favori des sondages, Emmanuel Macron, la qualifiant de "centre aéré".


La surprise Macron


La proposition choc est venue de là où ne l'attendait pas, c'est à dire d'Emmanuel Macron, dont on aime dire qu'il reçoit les conseils du Ministre Le Drian.
Emmanuel Macron souhaite en effet instaurer un service militaire obligatoire d’un mois pour les filles comme pour les garçons, à effectuer entre 18 et 21 ans. Au programme, formation militaire avec maniement des armes, sport, cours de stratégie, ainsi qu’une formation au secourisme et au risque attentat.

Selon le candidat d'En Marche, cela permettra à chaque jeune français de faire « l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois ». Un service national qui permettrait de surcroît de proposer une mise à niveau scolaire.

L'idée plaît chez de nombreuses personnalités influentes, y compris militaires. Le concept selon lequel la jeunesse connaîtrait des carences en terme de civisme, patriotisme, cohésion nationale... n'est - vraiment - pas nouvelle.
Le problème, c'est bien entendu le fonctionnement. Ce service serait encadré par l’armée et la gendarmerie. Or, on sait pertinemment que celles-ci ont d'autres priorités, à commencer par notre sécurité nationale.
Au niveau budgétaire, on indique chez le candidat que la mesure coûterait entre deux et trois milliards d’euros par an. Car en effet, il s'agirait de prévoir le logement (la Grande problématique alors que les armées vendent à tour de bras leur patrimoine immobilier, la solution envisagée est celle des établissements scolaires en été), les transports, la rémunération... Sous le feu croisé de ses opposants, Emmanuel Macron assure que ces crédits ne viendront pas amputer les crédits d'équipements des armées professionnelles: « Son financement comme les effectifs d'encadrement nécessaires s'inscriront au-delà de l'enveloppe de 2% du PIB de la programmation militaire».
En terme de RH enfin, il y a de quoi être alarmiste. Afin d'encadrer près de 600 000 jeunes par an, il manquerait pas moins 15 à 25 000 militaires. Là encore, nous sommes loin des priorités des armées.


Ce débat est-il bien raisonnable ?

Devant le flot assez dense de critiques, on réplique dans le camp Macron que des études décideront de la bonne forme que prendra ce projet.
Mais au final, que ce soit Jean-Luc Mélenchon avec son service citoyen obligatoire de 9 mois à effectuer auprès des armées, des pompiers, de la sécurité civile, de services de protection de l’environnement ou d’associations d’intérêt général;  ou Marine Le Pen qui opte elle pour un service militaire obligatoire de 3 mois, nous sommes loin des priorités du Ministère de la Défense.

Cas particulier avec Benoît Hamon qui propose un service civique permettant aux jeunes de valider des unités d’enseignement pendant leurs études. Un système qui épargne les armées mais élude de facto les problématiques de défense.

Au final, seul François Fillon - chez qui la réduction du déficit public semble empêcher ce type d'initiative - juge la mise en place d'un service national absolument inapproprié. Il propose simplement de renforcer le SMA (service militaire adapté) actuellement en vigueur de 50%.

Les débats sur le service national sont d'une nature complexe, tant ils essaient de répondre à des problématiques diverses qui concerneront souvent les notions de patriotisme et de citoyenneté (ajoutons mixité sociale), parfois l'éducation, et au final plus rarement les sécurité et défense nationales. Je conseille à ce titre cet article de la chercheuse Bénédicte Cheron paru sur le site The Conversation le 2 avril: "Le service militaire, objet de fantasme politique".
En fait, c'est bien toute la problématique qui semble alors relever de l'agitation générée par la campagne plus que du bon sens. Il s'agirait surtout de ne rien précipiter, et à mon sens de privilégier  en premier lieu la constitution d'une Garde Nationale (donc sur une base de volontariat) efficiente.


Quelque soit le résultat de la Présidentielle, je m'avance à parier que ces projets ont peu de chances d'aller jusqu'à la mise en oeuvre. Du moins en ce qui concerne les services obligatoires. La société fluctuante dans laquelle nous vivons, et surtout dans laquelle la jeunesse évolue, ne paraît pas être à l'abri d'un nouveau retournement. Ce qui est sous-entendu ici, c'est bien qu'il existe une "mode".
Je disais en introduction que 74% des français souhaitaient le retour du service militaire fin 2016. Un an plus tôt, quelques semaines après les attaques de Paris, ils étaient 80%.


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