samedi 22 avril 2017

Défense & Election Présidentielle, la France et ses alliances


Quitter l'OTAN, quitter l'UE, se rapprocher de la Russie... La Présidentielle 2017 serait-elle gagnée par un courant isolationniste sans précédent ? "Faux" vous répondront ces candidats qui prônent les dialogues et partenariats "avec tout le monde". Il n'empêche que rarement les alliances en vigueur depuis 1945 n'auront été si remises en cause. 

Illustrations: vues d'artiste du nouveau QG de l'OTAN actuellement en construction près de Bruxelles.

On termine cette série comparative des programmes pour l’élection présidentielle du 23 avril par la remise en cause, ou non, des alliances militaires de la France. Sujet complexe sur lequel on pourrait digresser des heures durant, il va malheureusement me falloir être plus expéditif aujourd'hui.


Quitter l'OTAN !? 

C'est LA nouvelle lubie d'une partie des candidats à la Présidentielle. Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau, Jacques Cheminade, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan,  et enfin Jean Lassalle sont pour un retrait de la France de l'Alliance Atlantique, ou a minima de son commandement intégré pour les trois derniers cités (intérêt ?).

Dans le désordre, ces candidats jugent l'Alliance obsolète car conçue pour un contexte de Guerre Froide et qu'elle n'a donc plus d'ennemi, dangereuse pour la souveraineté de la France dans le sens où elle nous installerait dans un confortable mais insidieux atlantisme qui nous entraînerait dans les guerres américaines (Ah ? L'exemple souvent invoqué est celui de l'Irak en 2003, où ne participait ni la France, ni l'OTAN), dangereuse également pour l'industrie française de l'armement et le format de nos armées.

6 candidats "otano-sceptiques", cela représente une majorité sur les 11 prétendants à l'Elysée. Et quand on sait que ni Nathalie Arthaud, ni Philippe Poutou - qui ne sont en fait jamais questionnés sur ces problématiques - n'ont pris position... 

En face, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, et François Fillon ne remettent pas en cause l'Alliance Atlantique. Toutefois, le premier recommande de ne plus intégrer de nouveaux membres (ce qui irrite la Russie), le second veut privilégier l'Europe de la Défense à l'OTAN, et le dernier annonce un rapprochement quasi historique avec la Russie.

Cette défiance vis à vis de l'alliance avec les USA, car c'est bien cela qui est visé, découlerait tout droit du courant populiste ascendant qui touche nos sociétés. La France d'abord.


Europe de la Défense, ou pas d'Europe du tout ?

Sur l'Europe de la Défense, il y a une grande divergence également. Sans surprise, les eurosceptiques n'y croient pas une seule seconde, et s'en détachent.

Nous retrouvons donc les trois mêmes (et seuls) candidats pro-européens  nous parler d'Europe de la Défense.
Benoît Hamon est le plus ambitieux en voyant l'Europe comme notre Alliance Militaire prioritaire, devant l'OTAN, proposant une "Union de Défense". Il espère faire exonérer les dépenses militaires des calculs brusselois du déficit public.
Tout comme François Fillon sur ce dernier point, lui qui rappelle que les partenariats stratégiques sur le continent ne tiennent pas qu'à l'UE, citant le Royaume-Uni.

Emmanuel Macron possède le projet le plus détaillé avec la création d'un Conseil de Sécurité Européen, d'un Quartier Général Européen (où, enfin, les Groupes Tactiques trouveraient une utilité), ainsi qu'un Fond Européen d'Investissement de Défense.


Quand on invoque la France "non-alignée" du Général De Gaulle

Comme je le disais plus haut, ce repositionnement, ou plutôt ce recentrage sur les intérêts franco-français est à mettre sur le renouveau du courant nationaliste. Ce sont les intérêts de la nation France qui comptent, eux et seulement eux. Dans ce contexte, il faudrait nous libérer de nos contraintes diplomatiques et militaires, qui seraient elles basées à Washington ou à Bruxelles.
Un positionnement à double tranchant, comme le démontre le revirement actuel de Marine Le Pen au sujet de Donald Trump le président des Etats-Unis. Lui qui s'annonçait non-interventionniste a surpris la communauté internationale en frappant la Syrie au début du mois d'avril en représailles d'une attaque chimique contre des civils, attaque attribuée au régime de Bachar El Assad. La candidate du FN s'était félicitée de l’élection de ce candidat "anti-système", et doit maintenant faire machine arrière devant les manœuvres américaines. Ce n'est pourtant pas une surprise, le slogan de campagne de monsieur Trump le laissait présager: "America First".

Regardons à l'est maintenant, où la très virile politique de Vladimir Poutine semble faire des émules chez nos hommes politiques français. Russophilie, le mot est lâché. La tendance était mesurable depuis des années, à travers l'habile politique d'influence, de soft power, dans laquelle s'était lancée une Russie boostée sur la scène internationale par ses coups d'éclat géorgiens (2008) et ukrainien (2014). La côté de popularité du Président russe est montée en flèche dans les opinions occidentales, et dans la foulée, chez les politiques, Marine le Pen et François Fillon en tête.
Mieux/Pire, à grand renfort de médias comme RT ou Sputnik, ou même de cyberattaques avérées, des tentatives de déstabilisation vis à vis des courants politiques libéraux ont été initiées depuis la Russie, qui cherche par ce biais à gagner des supports au sein des nations occidentales. Emmanuel Macron est notamment apparu comme une cible.

De manière générale, on constate en fait une remise en cause du bloc occidental. Ces candidats ne revendiquent pas (ou plus) une alliance ou partenariat stratégique avec la Russie, mais une politique de non-alignement rappelant celle en vigueur un temps dans les années soixantes sous le mandat du Général De Gaulle. Avec des positions singulières parfois, comme cette "alliance bolivarienne", l'Alba, que désire rejoindre Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France Insoumise veut une France modèle en matière de promotion de la paix dans le monde. Une France qui mettrait l'ONU et la négociation au centre du jeu diplomatique, mais qui surtout serait opposée aux logiques impérialistes.

Reste que pour en revenir à la défense nationale, que doit-on en conclure ? Tous revendiquent au final une France forte et indépendante, mais ils sont désormais nombreux à remettre en cause des partenariats vieux de plusieurs décennies.
Aujourd'hui cependant, qui a sérieusement les moyens d'agir hors d'une coalition ? Même au Mali, où la France a pu se targuer d'avoir réalisé une fameuse "entrée en premier", les moyens de transport aérien logistique de nos alliés (Canadiens, américains, britanniques..) ont été nécessaires et fondamentaux. Ils le sont toujours sur l'opération Barkhane, je pense ici aux ravitailleurs pour la chasse ou les forces spéciales.
Ambitionner que l'on soit à ce point capables à court terme paraît illusoire. Les moyens matériels et humains, donc financiers, nécessaires seraient considérables. Il s'agirait d'admettre que la France est certes une grande puissance à l'échelle européenne, mais une puissance moyenne (ce n'en est pas moins honorable, pas de déclinisme ici) à l'échelle du monde.


Que l'on parle de Donald Trump aux USA, de la politique extérieure de Vladimir Poutine en Russie, où de monsieur Erdogan en Turquie, que l'on parle du Brexit, de la montée des nationalismes dans les démocraties, de la crise qui n'en finit plus au Levant... la France, membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, elle qui a souvent su jouer un rôle important aux yeux du monde, compte sur son prochain Président pour la placer justement dans ce tumultueux "concert des Nations".
Le jeu de la diplomatie n'est pas si coutumier que cela des coups d'éclat et grands revirements. A vouloir jouer la carte du coup de pied dans la fourmilière, attention de ne pas y gagner l'isolement. Nos partenariats sont nécessaires, et ils nous définissent.

Une dernière chose. Demain, votez !


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