mercredi 19 avril 2017

Défense & Election Présidentielle, vers une hausse massive des budgets ?


Qui aurait cru il y a 5 ans que les candidats à l’élection présidentielle 2017 réclameraient presque en cœur une augmentation drastique du budget de la Défense ? Au début du quinquennat de François Hollande, le mot d'ordre dans la communauté de la défense était la mise en garde contre le "déclassement stratégique".
Les travaux sur le Livre Blanc de 2013 et la future LPM (2014/2019) étaient en cours, et l'on craignait alors que la Défense, qui venait d'être une des principales victimes de la crise, ET de la RGPP, soient encore une fois sacrifiée sur l'autel de l'austérité...

Seulement, vous le savez, le contexte a depuis bien changé, sur les fronts extérieurs comme sur le territoire national. Une aggravation de la situation sécuritaire internationale qui a généré une importante prise de conscience, et même un grand revirement. 

Sur le blog: Le monde de la défense réclame en cœur les fameux "2%"


C'est donc ainsi que de façon quasi unanime, à droite comme à gauche (ce schéma compte t-il encore ?) de l'échiquier politique, le discours  prône un budget de la défense à hauteur de 2% du PIB, minimum. Chiffre symbolique qui rejoint la norme théoriquement en vigueur au sein de l'OTAN.
Et il n'y a guère que chez les candidats d'extrême gauche Nathalie Arthaud et Philippe Poutou (ainsi que Jean Lassalle) que l'effort de Défense est en partie voire totalement abandonné. Y compris dans l'industrie de l'armement qui doit être "reconvertie". Jean-Luc Mélenchon maintient le budget actuel. Pour lui, "ce n'est pas le budget qui commande, c'est la stratégie" (Discours sur la politique étrangère du 31 mars 2017).


Un budget à 2% du PIB = 42 milliards d'euros 

Benoît Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon, ainsi que Nicolas Dupont-Aignant annoncent eux un budget porté à 2% du PIB, soit 42 milliards d'euros, pensions incluses.
Il s'agirait donc là d'une augmentation considérable ! 9 milliards d'euros supplémentaires pour un Ministère ! Inimaginable...

Cet argent servirait à financer les grands chantiers industriels lancés ou sur le point de l'être, tout en garantissant une gestion des ressources humaines ambitieuse. 
On pense à la modernisation de la dissuasion nucléaire pour 1 milliard/an, à l'accélération du programme SCORPION pour l'Armée de terre, aux FTI de la Marine, ou encore souvent cités, au moins 2 milliards pour acheter/renouveler et maintenir en condition opérationnelle les équipements.
S'agissant des hommes, ce budget permettrait de maintenir l'effort engagé après les attentats de 2015, tout en constituant la nouvelle Garde Nationale.

En fait, s'agissant des 2%, les différences se font sur le temps de mise en oeuvre. Emmanuel Macron l'annonce pour 2025, là où François Fillon évoque la fin de la prochaine LPM (donc 2024), Benoît Hamon planifie lui la montée en puissance sur le quinquennat (donc 2022).
Ce qui m'amène à évoquer les programmes de Marine Le Pen, François Asselineau, et Jacques Cheminade.


2% du PIB pour la Défense. Une simple étape sur la route des 3%

En effet, les trois candidats pré-cités présentent un planning très (très) ambitieux. Les 2% du PIB n'y sont qu'un objectif à court terme, le résultat final étant fixé à 3% ! Soit près de 60 milliards d'euros ! A peu de choses près le budget militaire de la Russie.

Problème: peut-on décemment croire à une telle "prouesse" budgétaire ? Dans quelles circonstances la croissance française pourrait-elle permettre un quasi doublement du budget de la défense ? 

Certes, avec ces candidats, les critères de Maastricht volent en éclat. Donc admettons...

Un budget à 3% pour financer quoi ? Marine Le Pen veut lancer la construction du second porte-avions dans la foulée de son hypothétique élection, ce qui coûterait environ 5 milliards. Ainsi que recruter 50 000 militaires. Pour le reste, cela demeure vague, "renforcer la Marine", "développer l'industrie de défense"...

En réalité, dans ce milieu stratégique qui demande donc justement des "temps longs", ce branle-bas-le-combat budgétaire passe plus pour un effet d'annonce que pour une mesure réaliste et efficace. L'administration publique doit pouvoir suivre, l'industrie doit pouvoir suivre, la supply chain (et ses innombrables PME) doit pouvoir suivre. 3% du PIB en 2022, personne n'y croit, et personne ne le demande.


Hors victoire de Jean-Luc Mélenchon, l'ambition de la France sur le plan militaire s'annonce donc à la hausse. Ces moyens, réclamés dans les Etat-Majors depuis des années, devront - s'ils sont bien mis en oeuvre, en politique comme en économie le vent tourne ! - d'abord venir combler les lacunes du système actuel. Les grands programmes doivent eux être pensés et planifiés sur la totalité de la décennie 2020, y compris les drones de combat ou un nouveau porte-avions qu'on ne peut décemment pas attendre avant 2030.


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