mercredi 13 mai 2026

Avec l'allemand OHB, Dassault Aviation européanise son avion spatial Vortex


Dassault Aviation et OHB ont annoncé lundi 11 mai une association dans le but de proposer à l'Agence spatiale européenne le VORTEX-S, un avion spatial capable d'effectuer des allers-retours (non-habités) vers les stations spatiales et des missions orbitales autonomes. Les deux entreprises évoquent aussi d'autres collaborations à venir avec des partenaires européens, alors que cette version du Vortex doit voler en 2031.

Illustration: le Vortex et de son module de service - Dassault Aviation / Falcon Graphic Lab.


« Nos amis allemands d’OHB sont des partenaires naturels pour participer à ce projet [Vortex-S], en apportant leur remarquable expertise. Nous sommes très heureux de cette collaboration, qui promet d’être très fructueuse », Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation. 
Bien loin des considérations -et tumultes- du SCAF (avant tout un projet politique rappelons le, avant d'être une coopération industrielle infructueuse), Dassault Aviation et l'allemand OHB-System ont confirmé le 11 leur association, pressentie depuis des mois, sur le programme d'avion spatial Vortex. 

Une nouvelle qui est officialisée quelques semaines à peine (21 avril dernier) après la sélection, en Espagne, d'Arkadia Space comme équipementier qui fournira l'intégralité du système de propulsion du Vortex-D. 
Pour rappel, la version "D" de Vortex est celle dont le développement a été annoncé en juin 2025 au Bourget, avec un financement pour partie (30 millions d'euros) assuré par le Ministère français des Armées. Il s'agit d'un Vortex à 1/3 de sa taille finale, et qui sera le premier démonstrateur à voler, dès 2028. Les choix techniques concernant ce dernier, effectué "en mode New Space", seront finalisés cet été dans les bureaux d'études de Saint-Cloud & Mérignac, tandis que l'assemblage débutera en fin d'année 2026 à Istres.

La version "S", dont il est question aujourd'hui, sera l'étape suivante. Un vaisseau Vortex (l'appellation de drone convient également) à échelle 2/3, de 7,7m de long pour 5m d'envergure et une masse de 6,3 tonnes. Son premier vol est aujourd'hui planifié pour 2031, avec deux versions imaginées :
  • Vortex S-1 pour les missions civiles publiques ou privées;
  • Vortex S-2 pour la défense.  

Or, Dassault Aviation a, semble-t-il, pensé Vortex-S très tôt pour être "européanisé", accédant ainsi aux crédits de programmes de l'ESA, la France seule ne pouvant assurément pas l'assumer, et/ou, du moins, n'en faisant pas une priorité stratégique. 

C'est ainsi que Dassault, en tant qu’architecte du VORTEX-S et intégrateur global de l’avion spatial, s'associe à OHB, principal concurrent d'Airbus dans le spatial allemand, qui sera architecte et intégrateur du module de service. Ils formeront ensemble l’équipe centrale du projet proposé à l'Agence européenne.

Le communiqué publié par les deux groupes suggère que des discussions sont en cours avec d’autres grandes entreprises spatiales européennes dans le but d’élargir l’équipe projet, au moment où le futur des capacités de transport spatial du continent se décide (ce qui concernera aussi les capsules avec, par exemple, The Exploration Company).  

Précisons enfin que l'ambition ultime du programme Vortex, habité par l'esprit de la navette Hermes, est pour Dassault de pouvoir proposer à terme, non seulement un vaisseau cargo Vortex-C à échelle 1, mais aussi, à horizon 2050, un Vortex-M en version habitée. 


mercredi 22 avril 2026

Robotique terrestre : Shark Robotics s'unit à l'ukrainien Tencore

Le champion français de la robotique terrestre, Shark Robotics, annonce son alliance avec l'ukrainienne Tencore. Cette dernière apportera son expérience issue de l'emploi de milliers de robots sur le front de guerre, tandis que la PME française soutiendra sa consœur tout en innovant pour proposer des solutions aux forces armées françaises.  

Crédits images : Shark Robotics & Tencore.


L'info a fait le tour des médias ces derniers jours, l'Ukraine vient de remporter une victoire tactique (la prise d'une position tenue par des soldats russes) en utilisant exclusivement des éléments robotiques. Et elle compte désormais se doter de plusieurs milliers de drones terrestres (UGV) pour sa logistique. 

Et il semble bien que le succès des entreprises de la "Défense Tech" européenne passe par l'Ukraine, ses contraintes opérationnelles, et ses enjeux de production et de maintenance… car c'est dans ce contexte que ce 22 avril à Bruxelles, à l'occasion du Forum d'affaires Union Européenne-Ukraine, que la PME rochelaise Shark Roboticsmondialement connue pour la success story de son robot « Colossus » de lutte contre les incendies (elle en a livré 40 à l'Ukraine), a annoncé la signature d'un protocole d'accord avec Tencore, jeune (2024) leader ukrainien des robots terrestres et véhicules sans pilote pour la défense et la sécurité, qui déploie des milliers d'exemplaires unité « Termit » en première ligne sur le front pour la logistique et l'évacuation sanitaire notamment. Cette plateforme électrique modulaire d'environ 600 kg est capable de transporter jusqu'à 400 kg de charge utile.

Le mémorandum signé ce jour constitue la première initiative conjointe de coentreprises complémentaires menées simultanément en France et en Ukraine dans le secteur de la sécurité et de la défense. Il illustre un nouveau modèle de coopération industrielle, combinant les approches « Construire avec l’Ukraine » (soutien industriel d’un autre pays) et « Construire en Ukraine », avec le soutien de l’Union européenne.

Les deux entreprises, dont l'origine du partenariat remonte à moins de six mois (le 18 novembre 2025 à l’Élysée en présence des présidents Macron et Zelensky), entendent recueillir des retours d'expérience sur le terrain en Ukraine et les appliquer directement à la production et à l'innovation.
Deux coentreprises seront créées: en France, il s'agira du développement et de la production de robots de défense, ces systèmes étant conçus pour répondre aux besoins des forces armées françaises. Ils pourront aussi être fournis, sous forme de dons, aux forces ukrainiennes. En Ukraine, une plateforme industrielle et de services sera dédiée à la robotique de sécurité civile, y compris la maintenance, la formation et la production progressive de certains composants, afin de construire une chaîne d'approvisionnement plus européenne et de fournir un soutien à long terme aux opérations.

Selon le communiqué, les systèmes développés et maintenus dans le cadre de ce partenariat couvrent l'ensemble des missions de robotique terrestre, sur deux volets: 
  • Défense: logistique dans les zones à haut risque ; évacuation des blessés (CASEVAC/MEDEVAC) ; transport d'équipements et de charges utiles ; soutien au combat ; soutien du génie, notamment pour les missions de déminage.
  • Sécurité civile et résilience: lutte contre les incendies suite aux grèves, protection du personnel de secours, sécurisation des infrastructures critiques (énergie, transports, sites industriels) et protection des populations civiles.

Rappelons que Shark Robotics, valeur sûre que nous suivons sur ce blog depuis 2016, a été créée à La Rochelle par Cyrille Kabbara, un ancien militaire. Celui-ci commente cette union:  « À l’instar de l’Ukraine, l’Europe doit se préparer à des conflits où les robots joueront un rôle déterminant. Ce partenariat vise à développer les capacités dont nous aurons besoin à l’avenir. L’objectif est d’agir rapidement, d’intensifier nos efforts et de doter les forces ukrainiennes et européennes des moyens d’intervenir sur le terrain. »
Et son homologue, Maksym Vasylchenko, d'ajouter: « En Ukraine, nous innovons sous pression, dans des conditions réelles. Avec Shark Robotics, nous associons la robotique de défense développée sur le champ de bataille à la robotique au service de la sécurité civile et de la résilience. C’est cette synergie qui fait la force de notre partenariat. »


mercredi 8 avril 2026

Un Reaper de l'armée de l'Air réalise une interception anti-drone au missile Hellfire


L’armée de l’Air et de l’Espace a annoncé ce jour avoir conduit ses premières expérimentations de tirs de missiles Hellfire sur des cibles aériennes de type « drone ». L'autre information marquante est que l'un de ces tir a été réalisé le 2 avril par un drone MQ-9 Reaper de la 33e ESRA de Cognac. 

Images: l'interception d'un drone cible par un MQ-9 Reaper doté de missiles Hellfire - Armée de l'Air.


Après avoir régné pendant deux décennies dans la lutte contre les groupes armées terroristes, quel sera le rôle futur* des drones MALE (moyenne altitude longue endurance), vulnérables, dans des conflits dits de haute intensité qui ont tendance à se généraliser depuis le début de la décennie 2020 ? 

Eh bien cela pourrait être dans un inhabituel rôle défensif. 

On le sait, la lutte anti-drones (LAD) est devenu un enjeu absolument prioritaire pour les forces armées du monde entier, menant à la révélation de toute une série d'innovations, ou de retours à des solutions plus… rustiques. Il y a quelques heures encore, les Rafale français étaient toujours en mission de défense aux Emirats arabes unis, où ils auraient abattu plus de 80 drones iraniens Shahed depuis six semaines, grâce aux missiles MICA. Mais le missile, comme son porteur, restent largement inadaptés pour cette mission. Ces derniers jours, il était aussi question de l'entrée en jeu des hélicoptères Tigre de l'armée de Terre sur ce même théâtre, pour cette même mission. 

Et voilà donc que dans le même temps, dans l'idée de "compléter les moyens existants", l'armée de l'Air menait sur le champ de tir de l’île du Levant (Var), en coordination avec la Direction générale de l’armement (DGA) et avec le concours du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), des expérimentations de LAD avec le célèbre Reaper et ses missiles Hellfire, en service sur les drones des forces françaises de puis trois mois seulement (oui, un sacré retard).

L'armée de l'Air ne manque pas de faire mention de l'esprit pionnier qui a animé cette adaptation capacitaire, fruit des travaux des équipages de la 33e escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque (ESRA) au sein de la Weapons School du CEAM. D'autant plus que le missile Hellfire est mondialement connu comme étant un missile… anti-char.

Il ne fait aucun doute que cette expérience fera parler, le drone Reaper offrant par ailleurs une endurance bienvenue de plusieurs heures sur théâtre (les interventions de Rafale aux Emirats se font en 45 minutes, tout compris. Mais le Rafale est largement plus rapide), mais le rapport coût/efficacité reste démesuré, et cela concenre le vecteur comme la munition. La voie est toutefois grande ouverte pour de futurs drones MALE -comme le Aarok de Turgis & Gaillard ?- associé à des munitions low cost de type "drone anti-drone" ou roquettes guidées.   


*Ces mots étant écrits le jour même où l'on confirme en France l'abandon du Patroller et le retrait du programme Eurodrone... 



lundi 30 mars 2026

Aerix Systems lève 5 millions d'euros pour son projet de drone ominidirectionnel


La start-up Aerix Systems, spécialiste des drones implantée à Mérignac depuis sa création en 2020, a annoncé au début du mois une levée de fonds de 5 millions d’euros. Celle-ci sera destinée à financer la pré-série industrielle de ses drones à propulsion omnidirectionnelle, qui représentent selon l'entreprise une rupture technologique.

Ci-dessus + vidéo : le drone d'intervention AXS-µ1 - crédits : Aerix Systems.


Entre catastrophes naturelles et emploi du temps surchargé, c'est qu'on en rate des sujets sur ce blog ! Et ce n'est effectivement pas l'actualité qui manque, entre le déclenchement d'un conflit dans le Golfe aux conséquences dramatiques, et des évolutions majeures (quand ce n'est pas un échec majeur #SCAF) qui transforment notre industrie de défense.

Pendant ce temps, on ne parle plus de l'Ukraine et de la "guerre des drones" qui s'y déroule (même si vous n'aurez pas manqué qu'en Ukraine comme dans le Golfe persique, le Shahed dicte sa loi). c'est pourtant bien de drones dont nous allons parler ce jour avec une nouvelle qui concerne un pur produit local: la start-up bordelaise Aerix Systems

Une bonne nouvelle même, puisqu'il s'agit d'une levée de fonds à hauteur de 5 millions d'euros.  

Nous avions déjà présenté -plusieurs fois- la technologie de drone omnidirectionnelle d'Aerix sur le blog, en particulier en 2025, une année riche pour le développement de la start-up implantée chez Bordeaux Technowest, à Mérignac. Elle avait en effet levé son premier million en mars, avant de présenter le mois suivant son produit : le drone d'intervention AXS-µ1.

Pour rappel, Aerix conçoit un drone capable de se déplacer et de pivoter sur plusieurs axes sans modifier son orientation, ce qui améliore la manœuvrabilité en environnements contraints, face à des vents soutenus ou dans des espaces confinés. Le drone offre de surcroit une forte résistance aux éléments. La société vise notoirement le marché de la défense et de la sécurité. 

Démonstration en vidéo ci-dessous: 



Doucement mais sûrement. Ces 5 millions d'euros, levés auprès d'investisseurs privés et de partenaires régionaux, contribueront principalement à l'implantation d'une unité de production et d’assemblage au sein de la métropole bordelaise, pour accompagner la montée en cadence industrielle et l’exécution des premiers contrats. Il est question à terme d'atteindre une capacité de production d’environ 100 drones par mois. 

On reste donc assez traditionnel (le fameux "artisanat"), pour ne pas dire conservateur, mais avec les moyens raisonnables dont on dispose.

Attention donc sur ce point, à ne pas comparer l'ambition d'Aerix Systems avec celle d'un nouveau mastodonte national du secteur, tel que Harmattan AI (plus de 200 millions d'euros levés en à peine deux ans d'existence, avec l'aide de Dassault Aviation notamment) qui, partant de sa solution logicielle dopée [c'est la formule du moment] à l'intelligence artificielle, s'apprête à dévoiler -en région parisienne- des capacités de production de drones sans commune mesure.