mercredi 8 avril 2026

Un Reaper de l'armée de l'Air réalise une interception anti-drone au missile Hellfire


L’armée de l’Air et de l’Espace a annoncé ce jour avoir conduit ses premières expérimentations de tirs de missiles Hellfire sur des cibles aériennes de type « drone ». L'autre information marquante est que l'un de ces tir a été réalisé le 2 avril par un drone MQ-9 Reaper de la 33e ESRA de Cognac. 

Images: l'interception d'un drone cible par un MQ-9 Reaper doté de missiles Hellfire - Armée de l'Air.


Après avoir régné pendant deux décennies dans la lutte contre les groupes armées terroristes, quel sera le rôle futur* des drones MALE (moyenne altitude longue endurance), vulnérables, dans des conflits dits de haute intensité qui ont tendance à se généraliser depuis le début de la décennie 2020 ? 

Eh bien cela pourrait être dans un inhabituel rôle défensif. 

On le sait, la lutte anti-drones (LAD) est devenu un enjeu absolument prioritaire pour les forces armées du monde entier, menant à la révélation de toute une série d'innovations, ou de retours à des solutions plus… rustiques. Il y a quelques heures encore, les Rafale français étaient toujours en mission de défense aux Emirats arabes unis, où ils auraient abattu plus de 80 drones iraniens Shahed depuis six semaines, grâce aux missiles MICA. Mais le missile, comme son porteur, restent largement inadaptés pour cette mission. Ces derniers jours, il était aussi question de l'entrée en jeu des hélicoptères Tigre de l'armée de Terre sur ce même théâtre, pour cette même mission. 

Et voilà donc que dans le même temps, dans l'idée de "compléter les moyens existants", l'armée de l'Air menait sur le champ de tir de l’île du Levant (Var), en coordination avec la Direction générale de l’armement (DGA) et avec le concours du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), des expérimentations de LAD avec le célèbre Reaper et ses missiles Hellfire, en service sur les drones des forces françaises de puis trois mois seulement (oui, un sacré retard).

L'armée de l'Air ne manque pas de faire mention de l'esprit pionnier qui a animé cette adaptation capacitaire, fruit des travaux des équipages de la 33e escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque (ESRA) au sein de la Weapons School du CEAM. D'autant plus que le missile Hellfire est mondialement connu comme étant un missile… anti-char.

Il ne fait aucun doute que cette expérience fera parler, le drone Reaper offrant par ailleurs une endurance bienvenue de plusieurs heures sur théâtre (les interventions de Rafale aux Emirats se font en 45 minutes, tout compris. Mais le Rafale est largement plus rapide), mais le rapport coût/efficacité reste démesuré, et cela concenre le vecteur comme la munition. La voie est toutefois grande ouverte pour de futurs drones MALE -comme le Aarok de Turgis & Gaillard ?- associé à des munitions low cost de type "drone anti-drone" ou roquettes guidées.   


*Ces mots étant écrits le jour même où l'on confirme en France l'abandon du Patroller et le retrait du programme Eurodrone... 



lundi 30 mars 2026

Aerix Systems lève 5 millions d'euros pour son projet de drone ominidirectionnel


La start-up Aerix Systems, spécialiste des drones implantée à Mérignac depuis sa création en 2020, a annoncé au début du mois une levée de fonds de 5 millions d’euros. Celle-ci sera destinée à financer la pré-série industrielle de ses drones à propulsion omnidirectionnelle, qui représentent selon l'entreprise une rupture technologique.

Ci-dessus + vidéo : le drone d'intervention AXS-µ1 - crédits : Aerix Systems.


Entre catastrophes naturelles et emploi du temps surchargé, c'est qu'on en rate des sujets sur ce blog ! Et ce n'est effectivement pas l'actualité qui manque, entre le déclenchement d'un conflit dans le Golfe aux conséquences dramatiques, et des évolutions majeures (quand ce n'est pas un échec majeur #SCAF) qui transforment notre industrie de défense.

Pendant ce temps, on ne parle plus de l'Ukraine et de la "guerre des drones" qui s'y déroule (même si vous n'aurez pas manqué qu'en Ukraine comme dans le Golfe persique, le Shahed dicte sa loi). c'est pourtant bien de drones dont nous allons parler ce jour avec une nouvelle qui concerne un pur produit local: la start-up bordelaise Aerix Systems

Une bonne nouvelle même, puisqu'il s'agit d'une levée de fonds à hauteur de 5 millions d'euros.  

Nous avions déjà présenté -plusieurs fois- la technologie de drone omnidirectionnelle d'Aerix sur le blog, en particulier en 2025, une année riche pour le développement de la start-up implantée chez Bordeaux Technowest, à Mérignac. Elle avait en effet levé son premier million en mars, avant de présenter le mois suivant son produit : le drone d'intervention AXS-µ1.

Pour rappel, Aerix conçoit un drone capable de se déplacer et de pivoter sur plusieurs axes sans modifier son orientation, ce qui améliore la manœuvrabilité en environnements contraints, face à des vents soutenus ou dans des espaces confinés. Le drone offre de surcroit une forte résistance aux éléments. La société vise notoirement le marché de la défense et de la sécurité. 

Démonstration en vidéo ci-dessous: 



Doucement mais sûrement. Ces 5 millions d'euros, levés auprès d'investisseurs privés et de partenaires régionaux, contribueront principalement à l'implantation d'une unité de production et d’assemblage au sein de la métropole bordelaise, pour accompagner la montée en cadence industrielle et l’exécution des premiers contrats. Il est question à terme d'atteindre une capacité de production d’environ 100 drones par mois. 

On reste donc assez traditionnel (le fameux "artisanat"), pour ne pas dire conservateur, mais avec les moyens raisonnables dont on dispose.

Attention donc sur ce point, à ne pas comparer l'ambition d'Aerix Systems avec celle d'un nouveau mastodonte national du secteur, tel que Harmattan AI (plus de 200 millions d'euros levés en à peine deux ans d'existence, avec l'aide de Dassault Aviation notamment) qui, partant de sa solution logicielle dopée [c'est la formule du moment] à l'intelligence artificielle, s'apprête à dévoiler -en région parisienne- des capacités de production de drones sans commune mesure. 


vendredi 23 janvier 2026

The Exploration Company en passe de racheter le britannique Orbex ?


L'entreprise du new space britannique Orbital Express Launch, connue sous le nom d'Orbex, a signé une lettre d'intention pour vendre son activité à la start-up franco-allemande de logistique spatiale The Exploration Company. Il s'agit là d'un mouvement de consolidation majeur dans le new space européen. 

Ci-dessus : vue d'artiste du lanceur Prime d'Orbex - crédit Orbex. 


MISE A JOUR 11 FEVRIER - Orbex indique aujourd'hui que les négociations de fusion-acquisition n'ont pas abouti. L'entreprise devrait rapidement entrer en phase de liquidation judiciaire, pour probablement disparaître. En même temps que les ambitions britanniques.


C'est une sacrée surprise, une de plus. The Exploration Company, qu'on avait quitté en fin d'année avec l'inauguration de son usine girondine, s'apprête t-elle à acquérir le fabricant britannique de lanceur Orbex ? Cette consolidation en ferait assurément l'un des leaders du new space européen. 

Fondée en 2015 (une éternité dans le paysage européen), Orbex va financièrement très mal. Elle annonce d'ailleurs ce 21 janvier le dépôt de bilan de sa filiale au Danemark (90 employés). Si elle a encore reçu le soutien des autorités britanniques en janvier 2025 (20 millions de £), et a surtout été sélectionnée dans le programme European Launcher Challenge de l'ESA (ce qu'elle semble devoir à la politique, puisqu'elle était seule représentante du Royaume-Uni parmi les cinq lauréat), elle semble toutefois arriver en bout de trésorerie, n'ayant d'autre opportunité pour survivre que le rachat. C'est ce que laisse clairement traduire le communiqué de l'entreprise cette semaine, le même qui annonce donc l'entrée en négociations exclusives avec The Exploration Company, jusque là connue pour du cargo avec le développement de sa capsule Nyx… mais aussi désormais de moteurs pour lanceurs lourds, voire super-lourds dans les années 2030. 

Orbex développe un micro-lanceur baptisé Prime, que l'on attend de voir décoller depuis l'Ecosse depuis… 2022. Fin 2025, elle n'en était toujours qu'aux simulations. L'entreprise avait malgré tout annoncé l'été dernier voir plus grand avec son projet de lanceur moyen Proxima.

Si les détails du rachat demeurent confidentiels à ce stade, il semble que The Exploration Company, forte d'un total de 225 millions d'euros levés, avait depuis quelques temps la volonté de se renforcer par acquisition (elle a par exemple acheté cet automne une entreprise allemande d'impression additive), visiblement dans le but de verticaliser son offre globale.


Une stratégie double, sur les traces de SpaceX

A la manière d'un SpaceX, ou plus à son échelle, d'un RocketLab, The Exploration Company se retrouverait in fine à industrialiser à la fois ses lanceurs et ses charges utiles, moteurs compris. Une formule qui assure une grande maitrise et semble fonctionner pour les très rares acteurs qui peuvent se permettre cette stratégie, le coût d'entrée n'étant pas négligeable.     


Sur le plan politique, le calcul semble également judicieux. Pour le Royaume-Uni en effet, on retiendra que l'aventure industrielle spatiale s'avère toujours aussi difficile pour un pays qui misait encore tout, il y a deux ans, sur Virgin Orbit pour rattraper son retard et s'offrir une capacité souveraine d'accès à l'espace. L'entreprise déposait finalement le bilan au début du printemps 2024. Le rachat d'un Orbex en difficultés par la start-up franco-allemande apparait alors ici comme une bouée de sauvetage, et l'on remarque que le communiqué d'Hélène Huby (une dirigeante qui maitrise les arcanes de la politique) fait la part belle au rôle des autorités britanniques: « Orbex et TEC sont complémentaires. Nous collaborons étroitement avec le gouvernement britannique afin de garantir que notre activité combinée renforce la feuille de route du Royaume-Uni en matière de lanceurs spatiaux. Nous respecterons la confidentialité de ce processus et communiquerons davantage d'informations en temps voulu. »

La manœuvre apparait donc comme "gagnant-gagnant", Londres sauvant les meubles après le catastrophique échec de Virgin il y a deux ans, et The Exploration Company, fidèle à sa politique européenne (TEC se définit avant tout comme "européenne", et non pas franco-allemande) qui la voit contenter les grandes capitales en supportant des projets majeurs partout où le spatial compte (en Bavière, à Bordeaux, à Turin…), se consolide avec l'acquisition clé en main d'une société de lanceur. Reste à savoir de quelle maturité bénéficie aujourd'hui la technologie d'Orbex.   

A noter enfin que nous ne sommes qu'en janvier et que les grandes manœuvres sont lancées dans cette année décisive pour le spatial européen, où beaucoup d'entreprises vont devoir faire leurs preuves. MaïaSpace, fer de lance des nouveaux programmes franco-français de petits lanceurs, vient par exemple d'annoncer trois ans d'activité pour la constellation One Web d'Eutelsat. Mais attention, il y aura aussi des mauvaises nouvelles en 2026.  


lundi 12 janvier 2026

Dassault Aviation fait d'Harmattan AI la première licorne française de la défense


Créée il y a à peine un an et demi, la start-up Harmattan AI est aujourd'hui valorisée à hauteur de 1,4 milliard d'euros, accèdant ainsi au rang symbolique de "licorne". Une première dans l'écosystème de l'innovation de défense en France. L'opération a été rendue possible grâce à une levée de fonds de 200 millions de dollars pilotée par… Dassault Aviation. L'acte de naissance d'un partenariat aussi stratégique que prometteur ?   

Images: Dassault Aviation.


Surprise ce lundi 12 janvier au petit matin, avec la parution d'un communiqué de Dassault Aviation annonçant un partenariat stratégique pour accélérer l’intégration de l’autonomie maîtrisée et de l’IA au sein des systèmes de combat aérien. Dans le cadre de cette collaboration, Dassault Aviation participe au tour de table -que le groupe pilote- de la levée de fonds série B de 200 millions de dollars d’Harmattan AI (170 millions d'euros).

Fondée en avril 2024, et plus discrète que Mistral (qui a aussi mis un pied dans la défense), Harmattan AI s'est faite connaitre tout récemment grâce à des contrats en France (DGA, 1 000 drones SORONA) et au Royaume Uni (OTAN, 2 000 drones intercepteurs GOBI) concernant ses systèmes de drones.  Avec donc déjà près de 3 000 drones dans la balance, la start-up explose tous les chiffres des dronistes français plus "traditionnels" réunis… et ça sur 15 ans

Mais tout comme Helsing, où les Américains d'Anduril ou Shield AI, cette société de la new defense, ou defense tech, qui développe avant tout des systèmes d'intelligence artificielle compte étendre son catalogue à toutes les familles de systèmes autonomes, tout en renforçant ses infrastructures de production. Ce à quoi aidera cette levée de fonds majeure. 

Elle reçoit donc le soutien de Dassault Aviation (vrai choix de souveraineté, dans la ligne politique du groupe), qui illustre ce partenariat en mettant son futur drone de combat furtif à l'honneur. Harmattan devrait en effet jouer un rôle majeur en matière d'intégration de fonction d'IA embarquée dans ce programme UCAS, tout comme dans celui du Rafale F5. 

« Dassault Aviation a toujours placé l’excellence technologique et la souveraineté au cœur de ses valeurs. Ce partenariat avec Harmattan AI illustre notre engagement à intégrer des solutions d’autonomie à forte valeur ajoutée dans la prochaine génération de systèmes de combat aérien. En unissant nos forces à une entreprise innovante et agile, nous renforçons notre capacité à fournir les solutions avancées requises par nos forces armées dans les décennies à venir », a déclaré Eric Trappier, Président-Directeur Général de Dassault Aviation.

Eric Trappier, PDG de Dassault, et Mouad M'Ghari co-fondateur et PDG de Harmattan AI. 


Aparté pour finir : l'actualité de l'avionneur en ce début janvier se résume à la livraison de 26 Rafale en 2025 (et les 3 premiers Rafale indonésiens), des rumeurs de contrats Rafale en Irak et en Inde, un premier vol à venir pour le Falcon 10X, et… aucune nouvelle du SCAF ! 

PS : Et j'en profite également pour souhaiter une excellente année 2026 aux lecteurs et lectrices de ce blog ! Encore une de ces années qui débutent un peu fort.