vendredi 21 février 2020

Fin d'une 5eme campagne d'essais pour le Neuron, structurante pour le SCAF


Une nouvelle campagne d’essais en vol du démonstrateur technologique de drone de combat furtif nEUROn vient de s’achever à DGA Essais en vol (Istres). Le drone furtif de Dassault Aviation s'est essayé au combat collaboratif. 
A Paris ce 20 février, la ministre Florence Parly recevait les délégations allemandes et espagnoles pour la signature du contrats de développement des démonstrateurs du SCAF.

Ci-dessus: une vue d'artiste datant de plusieurs années montrant un drone de combat aux côtés du Rafale - Dassaut Aviation


La DGA (Direction générale de l’armement) a annoncé la fin de la cinquième campagne d'essais en vol du démonstrateur nEUROn. Mandatée par elle-même au profit de l’Etat, elle "a été menée en coopération avec Dassault Aviation pour la mise en œuvre du vecteur aérien et avec la participation des forces. Un de ses objectifs était d’étudier l’utilisation d’un drone de combat furtif dans un contexte opérationnel, impliquant également une réflexion sur les tactiques de défense face à un tel vecteur."

L'information principale concernant cette nouvelle campagne est la réalisation d'un vol d’essai en ambiance de combat collaboratif réalisé avec 5 Rafale et  1 Awacs, "dans des configurations tactiques multiples".

Les résultats sont en cours d’analyse approfondie. Ils apporteront selon la DGA des éléments majeurs pour aiguiller les choix d’architecture et de technologie du SCAF.

Programme à - seulement - 450 millions d'euros entamé il y a une douzaine d'années, le Neuron prouve une nouvelle fois toute la pertinence d'une politique active dans le domaine des démonstrateurs. 
Et si l'on parle aujourd'hui surtout des "remote carriers" dans le cadre du SCAF (système de combat aérien futur), il en fait pas de doute qu'un drone de combat furtif aura toute sa place dans cette architecture, aux côtés du Rafale, du futur chasseur européen, et autres effecteurs déportés... 

Lire ou relire sur le blog: Penser un avenir au drone nEUROn


Signature du contrat de démonstrateur du SCAF

Et ce 20 février à Paris, près d'une semaine après l'aval du Bundestag (voir lien ci-dessous), la ministre des Armées Florence Parly recevait les autres parties au programme SCAF, à savoir les Allemands et les Espagnols, pour la signature du contrat de démonstrateurs. 

Lire aussi: Lancement de la phase de démonstrateur du SCAF



Comme convenu, Dassault Aviation (qui pour l’occasion exhibait des maquettes du "NGF") hérite de la maîtrise d'ouvrage pour le futur chasseur, avec Airbus DS  comme "main partners".
Airbus est maître d'oeuvre pour les remote carriers, avec la collaboration de MBDA, collaboration qui était déjà affichée au Bourget en juin 2019, et est également en charge avec Thalès du "Air combat cloud" (ACC), à savoir l'architecture numérique du SCAF.

Safran et MTU s'occuperont de la motorisation, mais le démonstrateur du chasseur utilisera lui vraisemblablement les moteurs M88 du Rafale.

Le tout est chapeauté par la DGA, manager du programme.

Si les démonstrateurs, dont l'avion, doivent voler en 2026, et qu'environ 150 millions d'euros ont été apporté au programme pour ces études préliminaires, il s'agira de trouver 4 milliards d'euros d'ici 2025, et 8 au total d'ici 2030.

S'agissant de la participation espagnole, qui doit se clarifier durant les prochains mois, trois entreprises s'ajoutent à la participation de Madrid, principalement sur les drones. Il s'agit de GMV, SENER Aeroespacial et Tecnobit Grupo Oesia, qui ont annoncé ce 17 février un accord dans le cadre du plan industriel coordonné par le ministère espagnol de la Défense.
La problématique Indra, que l'Espagne insiste pour intégrer au développement de l'ACC en dépit des réticences d'Airbus, reste à régler cependant.


mercredi 19 février 2020

La formation des pilotes de chasse bientôt intégralement sur PC-21 ?


La planètes s'alignent doucement pour un remplacement progressif des Alpha Jet dans l'armée de l'Air. En effet, un récent avis de la DGA ouvre la voie à la commande de nouveaux avions d’entraînement PC-21. Après la migration des escadrons de formation de Tours vers Cognac, ce serait à terme également le cas des effectifs de Cazaux.

Ci-dessus: un PC-21 de Cognac, volant aux côtés d'un Rafale - Jean Luc Brunet/armée de l'Air.


Un an et demi après l'arrivée (rentrée 2018) d'une flotte de 17 avions d'entraînement Pilatus PC-21 dans l'armée de l'Air sur la base aérienne 709 de Cognac, la Direction générale de l’armement (DGA) a publié le 15 février un avis de marché public pour des prestations de mise à disposition et de soutien d’aéronefs PC-21, de leurs matériels d’environnement, travaux d’infrastructure et prestations associés, pour la formation des pilotes de chasse en phase de transition opérationnelle. 

Ce marché qui concerne la maintenance, les infrastructures (à Cognac) et la simulation autour de l'environnement du PC-21, évoque la "phase 4" de la formation des pilotes de chasse, qui se déroule actuellement à Cazaux sur Alpha Jet. 
« Le titulaire mettra à disposition au titre du présent marché : avions PC-21, leurs systèmes d’environnement [systèmes de préparation et de restitution de mission] et certains matériels spécifiques. Il mettra en oeuvre l’ensemble de ces moyens ».
S'il n'est pas précisé combien d'appareils sont requis, un segment compris entre 8 et 10 appareils a été évoqué lors de travaux parlementaires, la cible permettant d'assurer 5 à 8 000 heures de vol annuellement. Ce qui porterait la flotte à Cognac de 17 à 25 ou 27 appareils. L'acquisition concerne aussi un simulateur supplémentaire.

La phase 4 de la formation des pilotes fait l'objet d'un projet "MENTOR" qui vise à fusionner cette dernière avec l'enseignement dispensé à Cognac, tout comme l'ex-programme FOMEDEC (devenu par la suite "Cognac 2016" qui avait mené à l'acquisition des Pilatus) a permis de dissoudre la formation sur TB-30 Epsilon avec la phase suivante sur Alpha Jet... puis Pilatus. Ramenant des effectifs de Tours sur Cognac.


La fin de l'Alpha Jet  ?

Avec cette dernière transition, l'Alpha Jet disparaîtra donc de la formation des pilotes de chasse, mais restera en service dans les escadrons d’entraînement... et bien sûr la Patrouille de France, qui devra évidemment à terme réfléchir à la succession.
Ici c'est principalement l’implantation de Cazaux qui est concernée, et sa 8eme escadre de chasse qui réunit :
  • l'Escadron de transition opérationnelle 1/8 Saintonge
  • l'Escadron de transition opérationnelle 2/8 Nice 
  • l'Escadron d'entraînement 3/8 Côte d'Or.
  • l'Escadron de Soutien Technique Aéronautique 15.008 "Pilat", chargé de la mise en œuvre et la maintenance des Alpha Jet au profit des escadrons 1/8 "Saintonge", 2/8 "Nice" et 3/8 "Côte d'Or"
Attention aux éléments de langage. Quand on parle de "fermer Cazaux", comme depuis un an environ, il s'agit donc bien de la formation. Cela ne concerne pas les multiples autres entités du sites, comme la DGA EV ou les hélicoptères du "Pyrénées". A ce titre, il est toujours d'actualité que l'armée de l'Air récupère à Cazaux les Caracal des forces spéciales Terre basés à Pau au 4ème RHFS. Ce qui sera rendu possible avec l'arrivée à Pau du NH90 destiné aux forces spéciales, avant 2025 normalement.

En revanche pour Cazaux, quid de l'escadron singapourien et de ses Aermacchi M-346 si la 8eme escadre de chasse est réorganisée/déménage à Cognac ?

Enfin, certains se demanderont - légitimement - comment un turbopropulseur comme le Pilatus PC-21 peut remplacer un chasseur à réaction pour la formation de pilotes qui seront pour la plupart directement amener à voler sur Rafale.
Il faut cependant savoir que le PC-21 affiche non seulement des performances exceptionnelles (qui font véritablement l'unanimité chez nous comme dans le monde), mais aussi une avionique qui se rapproche de celle d'un chasseur moderne. L'appareil comme son simulateur à Cognac sont de plus spécifiquement paramétrables pour imiter le comportement d'un Rafale, et disposent d'outils pour l'apprentissage (simulation de pannes par exemple).

Argument ultime, son emploi permet de réaliser des économies substantielles, divisant presque le coût de la formation d'un pilote de moitié. 

Et pour avoir eu la chance récemment de voir sur place une présentation du cockpit comme du simulateur, il s'agit là effectivement d'instruments de tout premier ordre.

lundi 17 février 2020

Conférence sur le futur du "Command & Control" (C2) le 28 février à Pessac


Dans le cadre de la CyberWeek II, les Jeunes IHEDN Nouvelle-Aquitaine ont le plaisir de vous inviter à la conférence : L’apport de l’IA & du Big Data dans les systèmes de Command and Control - Exemple d’application avec le projet ANTICIPE.


Quel est le rôle des nouvelles technologies dans la prise de décision militaire ? Pourquoi utiliser l’intelligence artificielle dans ce domaine ?

Les deux intervenants, Gilles DESCLAUX du laboratoire HEAL-ENSC et le professeur Bernard CLAVERIE, Directeur honoraire de l'ENSC, viendront expliquer comment et pourquoi la gestion moderne des opérations militaires s’appuie sur une conception du commandement & contrôle (C2) totalement imprégnée des dimensions nouvelles des technologies de l’information et de la communication.

Rendez-vous le 28 février à l'Enscbp - Bordeaux INP de Pessac, à 18h.



vendredi 14 février 2020

Lancement de la phase de démonstrateur du SCAF


Le parlement allemand, le Bundestag, a validé mercredi 12 février l'allocation de 77,5 millions d'euros au programme de Système de Combat Aérien Futur (SCAF). De ce fait, les gouvernements français et allemand attribuent à Dassault Aviation, Airbus et leurs partenaires, MTU Aero Engines, Safran, MBDA et Thales, le contrat cadre initial (Phase 1A) qui marque le coup d’envoi du lancement des démonstrateurs du SCAF. Objectif 2026.

Illustrations: Dassault Aviation/Airbus DS


Le refrain est désormais connu concernant les avancements du programme SCAF. On date une étape (ici c'était janvier). Cette "deadline", qui n'en est officiellement pas une, est dépassée, provoquant l'émoi général en France. Mais ce 12 février, le Parlement allemand donne enfin son feu vert. 
Ce contrat-cadre de 155 millions d'euros s’étend sur une période de 18 mois et lance le développement des démonstrateurs et des technologies de pointe, avec pour objectif de débuter les essais en vol dès 2026. Cela concerne non-seulement l'avion de combat, pièce principale du SCAF dont Dassault Aviation a la maîtrise d'oeuvre, mais également les drones servant d'effecteurs déportés, les fameux remote carriers.

Dans la foulée mercredi soir, Airbus et Dassault Aviation ont publié un communiqué impliquant toute l'équipe industrielle du SCAF, précisant que ces partenaires  travaillent depuis début 2019 à la future architecture du système dans le cadre de l’Étude de concept commun (JCS-Joint Concept Study). À présent, le programme SCAF franchit une nouvelle étape décisive avec le lancement de la phase des démonstrateurs.
Dans un premier temps, cette phase sera axée sur les principaux défis technologiques dans chacun des domaines :
  • Next Generation Fighter (NGF) avec Dassault Aviation comme maître d’œuvre et Airbus comme partenaire principal, qui sera le principal élément du Système de Combat Aérien Futur,
  • Unmanned systems Remote Carrier (RC) avec Airbus comme maître d’œuvre et MBDA comme partenaire principal,
  • Combat Cloud (CC) avec Airbus comme maître d’œuvre et Thales comme partenaire principal,Engine avec Safran et MTU comme partenaire principal.
Les entreprises concernées développeront conjointement un environnement de simulation visant à garantir la cohérence des différents démonstrateurs.


A ce stade, pas de trace des espagnols, un an après qu'ils aient rejoint le programme. Leur intégration  sera l'enjeu de la prochaine étape. Celle ci verra l’implication de fournisseurs supplémentaires à partir de la Phase 1B, qui sera lancée à l’issue du succès de la Phase 1A.

Les espagnols... et d'autres d'ailleurs, puisque la ministre de la défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer, a affirmé le 13 février en conférence de presse espérer que d'autres pays européens rejoindraient bientôt les programmes franco-allemands.













Évoquons enfin le cas des réserves des parlementaires allemands, et du pessimisme latent qui règne dans la presse française au sujet du SCAF.

En effet, si l'accord du Bundestag était planifié pour ce mercredi 12 février, on a vu, avant et après la validation, la quasi intégralité des articles rédigés en français remettre en question la fiabilité du partenaire allemand, évoquant, ici et là, les ambitions industrielles prédatrices de Berlin, ou une culture stratégique largement divergente, et surtout marquée par l'inféodation à... l'OTAN.

Certes les parlementaires allemands ont émis des réserves sur la mainmise du programme par les Français, revendiquant que soient attribuées à des entreprises allemandes un plus grand nombre de technologies clés. 
D'aucuns avancent aussi l'argument que SCAF serait un programme bien plus porteur que MGCS, (le futur char lourd européen, dirigé par l'Allemagne) donnant un poids plus important à la France. Mais ce serait néanmoins sous-estimer l'étendue faramineuse des marchés potentiels du successeur des chars Léopard 2 (on ne comparera pas ici la carrière export du Leclerc face au Léopard).

Remettre en question chaque débat interne aux Allemands sous prétexte même qu'ils existent, semble surtout nous indiquer que l'esprit français est devenu très... vertical, et peu enclin à supporter les subtilités du parlementarisme. Nous serions donc à la merci du Bundestag et de ses débats interminables sur le contrôle des exportations... sur l'attribution des budgets.

Or, c'est justement ce que nous reprochent tous nos partenaires européens: cette volonté française de vouloir décider vite et mieux pour tout le monde, notamment dès qu'il s'agit de défense. Je vous invite à regarder les débats italiens sur la meilleure stratégie à suivre quant au SCAF. Il fut décidé à Rome de suivre - dans un premier temps - Londres dans son projet Tempest plutôt que de suivre le diktat du SCAF dont les grandes décisions ont déjà été prises à Paris.
Autre exemple: à Bruxelles, jouer sur la sensibilité et les "gros sabots" français est même devenu une technique non-dissimulée pour pousser à la surenchère (chose qui se vérifiera sur les budgets spatiaux, la France ne supportant pas d'être passée 2ème financeur depuis la réunion de Séville).

En France, il y a peu - ou pas - de débats sur les questions de défense, qui font l'objet d'un consensus plutôt confortable dans la classe politique comme dans la population. La plupart d'entre nous s'en réjouissent. 

Rien n'interdit de douter de la volonté des Allemands, ces derniers n'ayant il est vrai clairement pas les mêmes objectifs stratégiques que les Français (quoiqu'en matière de puissance aérienne, les intérêts occidentaux se rejoignent). Le récent débat sur une "européanisation" de la dissuasion nucléaire française en est la preuve: Berlin n'en veut pas.
Cependant, SCAF est à l'origine un projet français, porté par la France, vers une dimension européenne. Initialement pressenti pour être franco-britannique, ce sont aujourd'hui les Allemands et les Espagnols qui nous ont rejoints. Il est probable que d'autres nous rejoindront, et nous ne pourrons assumer notre rôle de leader du programme qu'en acceptant et écoutant les inquiétudes, requêtes, questionnements de nos partenaires. Le prochain défi sera d'ailleurs d'intégrer les entreprises espagnoles, Indra en tête.

J'ose donc revendiquer encore le droit d'être optimiste, la coopération industrielle demeurant le moyen à mon sens le plus efficace - et peut-être le seul - de développer de quelconques notions de culture stratégique européenne.
Nous devrions nous inquiéter pour le SCAF s'il existait ne serait-ce qu'une alternative crédible à ce dernier. Ce n'est pas le cas, et dans notre intérêt à tous, nous ne pouvons donc qu'avancer.


mercredi 12 février 2020

Les unités NRBC de l'armée de l'Air mobilisées dans lutte contre le Coronavirus


Les unités de la base aérienne 120 de Cazaux ont été engagées à Istres dans le contexte très sensible du coronavirus. 14 personnels de deux de ses unités expertes dans le domaine Nucléaire Radiologique Biologique Chimique (NRBC) ont en effet été chargées de décontaminé les deux avions de ligne qui ont contribué à rapatrier de Chine les ressortissants français et européens

Source: Ministère des Armées


Vous n'avez pas pu manquer l'information. Les français désirant être rapatriés de la région de Wuhan en Chine ont commencé à bénéficier des services de l'armée de l'Air dès le 31 janvier, avec le rapatriement des premiers de nos ressortissants à Istres via un A340. Vol qui fut suivi d'un second dans les jours suivants, via un A380 civil.

Aussi, le centre d’expertise-sécurité nucléaire NRBC (CE-SN NRBC) et la section d’intervention NRBC de l’escadron de sécurité incendie et de sauvetage (SI NRBC) de la base de Cazaux ont été déployés pour la mission de décontamination des aéronefs ainsi que des matériels utilisés, avec des techniques et produits non agressifs et en limitant un maximum les déchets, nous indique le ministère des Armées.

La mission de ces personnels était de rendre opérationnels dans les meilleurs délais les deux aéronefs. En parallèle, les équipes ont assuré l’accueil et la régulation des flux de centaines des passagers civils dans un contexte "particulier".

Les unités NRBC ont été généralisées dans les armées. Si leur action est heureusement rare, elle demeure ponctuellement primordiale.