lundi 1 mars 2021

F-35 : la messe est dite ?


Alors que le Block 4 du F-35 ne donne plus guère d'illusions qu'aux derniers rêveurs, le programme Joint Strike Fighter subit un tir de barrage historique à Washington. Publiquement désavoué - puis timidement réhabilité - la côte de l'appareil est en chute libre, ce qui pourrait bien faire l'affaire du Rafale français sur les marchés.

Ci-dessus: patrouille franco-britannique au dessus de La Manche début 2021 - UK Defence in France


Il y a 4 ans, lors de l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, le programme F-35 avait fait l'objet de critiques appuyées de la part du POTUS. Changement d'administration aujourd'hui, et même si cette fois le Président est lui silencieux, l'historie se répète !

Il y a une semaine, c'est le très lu Forbes publie un article qui va mettre le feu au monde aéronautique. L'US Air Force se préparerait à abandonner le F-35 en rase campagne - en fait à réduire ses commandes - pour se concentrer sur un nouvel intercepteur de 5ème génération à l'architecture simplifiée, en vue de renouveler la flotte de F-16. Cette volonté serait tirée des propos du CEMAA américain, le général Charles Brown Jr.

Annoncé comme devant centraliser et répondre aux besoins de tous les aviateurs de l'Air Force, de la Navy et des Marines, jusqu'à même remplacer les avions d'attaque au sol A-10, le F-35 de Lockheed Martin (premier constructeur militaire mondial) aura largement failli à sa mission. 
Prévu pour équiper toutes les forces et être commandé à plus de 3000 exemplaires, plus personne n'imagine aujourd'hui que cet appareil qui multiplie les défaillances et dont le prix (censé être compétitif en raison des importantes économies d'échelle) ne semble pas devoir descendre sous la barre des 100 millions de dollars, contrairement aux promesses donc, ira au bout de sa carrière telle qu'initialement prévue.

L'épée de Damoclès: une redoutée - mais quand même improbable - réorientation de l'US Air Force en faveur d'un nouveau chasseur léger ou intermédiaire qui ferait le lien avec le programme du futur NGAD (Next Generation Air Dominance). Malgré l'existence de nouvelles versions des F-16, F-15, ou F-18, les Américains désireraient un appareil plus moderne, plus simple en fait, mais tout de même capable d'accueillir les briques technologiques de la  fameuse 5ème génération.

L'article de Forbes déclenche une petite dramaturgie dans le milieu, si bien que dans les jours qui suivent, un rétropédalage est effectué, le général Brown Jr. affirmant que le F-35 demeure bel et bien la pierre angulaire des forces aériennes américaines.


Sur le plan public, le mal est fait. Avantage aux concurrents ?

La tempête passe, une de plus. Mais le constat global s'ancre un peu plus profondément: le programme F-35 n'est pas une réussite, et surtout, l'avion ne reçoit pas la confiance qui devrait légitimement être attribuée de la part de ses opérateurs à une entreprise d'une telle ampleur, censée être décisive pour la stratégie nationale.

Pour les alliés, le message est désastreux. Notamment pour ceux du premier cercle qui ont osé (ou cédé) le coûteux pari F-35. Nous pensons ici à la Corée du Sud, au Japon, à l'Australie, puis en Europe aux Italiens, Belges, Polonais, Néerlandais, Norvégiens… et bien sûr Britanniques. Des Britanniques qui justement pourraient revoir à la baisse leur commande. 
Israël semble satisfait, mais il faut savoir que l'Etat Hébreu bénéficie d'une version largement "tropicalisée"; qui apparait tout à fait opérationnelle.

Et à l'heure où le marché semble véritablement s'assécher pour le F-35 désormais, est-ce là une chance pour ses concurrents, avec en premier lieu le Rafale ? Le Rafale effectivement, car il gagne en maturité précisément là où le F-35 échoue. Comme ce dernier, le Rafale a été conçu dans un pays, la France, qui a fait de lui la pierre angulaire de sa puissance aérienne. Comme ce dernier, il est omnirôle, mais avec de réelles capacités d'emport (le F-35 est plus gros et lourd que le Rafale, tout en emportant moins d'armement) et une vie opérationnelle qui lui offre une légitimité immense. En terme de disponibilité, c'est enfin le jour et la nuit. 
Mieux encore, le Rafale, avec son standard F4 à venir, vient jouer sur les points forts du F-35: connectivité et nœud de C2, furtivité active, maintenance prédictive... démontrant que la plateforme sait évoluer de façon presque brutale. Car si le dernier standard (qui s'exporte), le F3-R, est déjà une belle évolution du Rafale "vanille" de 2001, F4 peut presque être considéré comme une rupture, ou du moins un bond capacitaire qui touche à la très markéting "5ème génération d'avion de combat" (Rafale est considéré comme Génération 4 ou 4+). 

Pour des candidats comme la Grèce, la Finlande, les Emirats ou autres, le choix du F-35 a t-il encore de la pertinence ? Les firmes américaines ont tout dernièrement mis au point des versions modernisées poussant à bout l'architecture de leurs F-15, F-16 et F-18, et ce pourrait être ces appareils-ci qui se retrouveront face au Rafale sur les marchés. Or, le chasseur de Dassault les surpasse en tout point dans sa capacité à évoluer sur des décennies encore.

Alors, jeu, set & match ? Attention à ne pas trop s'avancer même si l'optimisme n'est pas un luxe en ces temps troublés. Il convient de rappeler que la victoire d'un système d'armes américain à l'export tient bien pour moitié de l'établissement d'un pacte diplomatique ou stratégique avec la première puissance mondiale plutôt que de la pure performance ou des enjeux opérationnels. 
De plus, une réorientation brutale des USA vers un vaste programme de combat aérien futur créerait de facto un adversaire frontal pour notre propre programme SCAF, qui connaît actuellement quelques vicissitudes… 


vendredi 26 février 2021

Désormais mature, le Scarabee d'Arquus se tourne vers l'export


Exposé aux Emirats pour sa première sortie internationale, le nouveau blindé léger 4x4 "Scarabee" du Français Arquus lance sa carrière à l'export. Parions que c'est d'ailleurs pour l'étranger qu'il devrait être produit dans un premier temps... avant que la France, enfin, lance son programme VBAE

Images du Scarabee - crédits Arquus


Cela fera bientôt 3 ans que le Scarabee d'Arquus a été révélé, et le voilà présenté cette semaine au salon IDEX 2021 (quasiment le seul salon d'armement au monde qui se tient depuis un an) d'Abu Dhabi. 

Le Scarabee est un véhicule 4x4 tactique très innovant destiné à trois grands types de missions: la reconnaissance, les forces spéciales (PATSAS), et l'anti-terrorisme.

D'abord présenté "nu", le blindé apparait désormais équipé de divers modules, qui comprennent l'armement avec un tourelleau Hornet d'Arquus. On le voit aussi avec un missile, ou un radar (qui semble plus compact que le Giraffe de Saab, vu sur les concepts au SOFINS 2019) permettant de garantir une bulle, anti-drone notamment (donnée importante après les retex FS du Levant).


Hybride (donc plutôt furtif), agile, aérolargable, armement modulable, maintenance simplifiée, remorque autonome... Scarabee ressemble à un concentré d'innovations intelligentes qui jusqu'ici lui ont fait gagner une énorme popularité dans le milieu, au point que chacune de ses sorties est un événement.

Les forces françaises pourraient être tentées par deux des trois versions du véhicule, reconnaissance et forces spéciales. Pour la première, c'est bien sûr le remplacement des VBL. Pour la seconde, on sait que les forces spéciales ont exprimé le besoin de disposer d'un véhicule blindé pour les conflits de plus haute intensité (en comparaison du Sahel). Besoin dont les opérations au Levant ont démontré la pertinence.

Pourtant, c'est bien à l'export que le Scarabee se lance aujourd'hui avec les meilleures chances.



En attendant le VBAE

Question: alors que le véhicule semble aujourd'hui mature ou presque, sa carrière est-elle à l'export alors que nombreux en France le voient déjà remplaçant du VBL ?

Après les gros déboires rencontrés avec le programme des véhicules des forces spéciales (probablement 5 ans de retard par rapport à la livraison prévue en 2018), et après avoir perdu l'importantissime contrat VMBR Léger "Serval", remporté par Nexter/Thales/Texelis, Arquus compte bien frapper fort avec le Scarabee.
Seulement, une partie conséquente du parc des VBL est déjà en cours de régénération, avec notamment un surblindage bienvenu pour cette version Ultima, et le lancement du programme VBAE (véhicule blindé d'aide à l'engagement)  n'est toujours pas daté. Il le sera assurément lors de la prochaine LPM, mais pas avant 2025 donc... 

De surcroit, le programme VBAE, dont la cible devrait tout de même atteindre 2000 exemplaires en 2030, fait l'objet de curieux signaux envoyés par le ministère des Armées, avec l'apparition de design divergents (parfois le Scarabee est montré sur les infographies du MINARM, parfois ce sont d'autres modèles totalement inédits), et surtout, la piste évoquée par la ministre Florence Parly d'en faire un programme... européen !

VBAE est l'un des derniers grands marchés à prendre dans le cadre de Scorpion. Il est donc stratégique pour l'industrie nationale. 
Mais dans l'attente, Arquus n'a d'autre choix que de faire la promotion de son Scarabee à l'export, et la France pourrait d'ici quelques années bénéficier d'un véhicule éprouvé. Cependant, se fournir sur étagère dans le cadre d'un grand programme national n'a jamais vraiment été dans la culture de la DGA !

Vision du VBAE possiblement européen par l'armée de Terre/DGA. 

Vision du VBAE par Soframe.

mercredi 24 février 2021

L'Indonésie espère bien commander 36 Rafale en 2021

Le Chef d'Etat-Major des forces aériennes indonésiennes a publiquement confirmé que Jakarta entendait à très court terme se doter de 36 Rafale français et 8 F-15EX américains.

Ci-dessus: des Rafale français lors d'un exercice en Inde - Armée de l'Air


La rumeur de décembre dernier semble se préciser, contentant, et c'est un fait rare, Français et Américains. En effet, le maréchal Fajar Prasetyo, CEMAA indonésien, a déclaré ce 18 février que la volonté du pays était de se doter rapidement de Rafale et de F-15EX. Plus précisément, 36 Rafale, et 8 F-15EX (partie d'un plan d'acquisition plus vaste auprès des USA). 

Déjà en décembre, la ministre française Florence Parly avait confirmé en personne que des discussions "très avancées" existaient pour la commande de 36 Rafale. 

Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation a tout de même récemment mis un frein en précisant que la crise sanitaire ralentissait grandement les négociations.

Autre mise en garde: l'Indonésie n'est pas le premier Etat où un haut responsable militaire déclare une telle chose. On se souvient par exemple du cas irakien début janvier.



Pour la France comme l'Indonésie, il s'agit d'entretenir là un positionnement stratégique. Dans le même temps, le choix du dernier F-15 de Boeing (un chasseur lourd) est aussi un signal envoyé par Jakarta à toute la région. 

Il y a en tout cas de quoi espérer. Doucement mais sûrement, le Rafale pourrait bien se rapprocher des chiffres export du Mirage 2000.

lundi 22 février 2021

Lancement du programme stratégique SN3G

Le ministère des Armées a lancé le programme de réalisation des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de 3e génération, surnommé "SNLE 3G", ou dans le milieu SN3G. Les études de développement seront menées jusqu'à 2025, tandis que l'entrée en service est prévue pour 2035.

Illustration ci-dessus: vue d'artiste SN3G - DGA


Après le nouveau porte-avions, la ministre Florence Parly annonce donc le lancement du remplacement de la force océanique stratégique et de ses 4 SNLE.
Ces sous-marins nucléaires lanceur-d 'engins sont, technologiquement parlant, ce qui se fait de mieux au monde. Le premier entrera en service en 2035, et le quatrième et dernier en 2050.

Derrière Naval Group qui est maitre d'œuvre (tandis que TechnicAtome aura la charge des chaufferies nucléaires), il y a la DGA et le CEA.

Vitaux pour la nation, ces bâtiments de 150m de long pour 15 000 tonnes de déplacement en plongée pourront embarquer chacun 16 missiles balistiques M51 (dans ses dernières itérations). Il seront dotés d'un équipage de 110 marins. Ces données préliminaires font du SN3G un sous-marin plus grand que ses prédécesseurs, mais embarquant moins de personnels. 

Annoncé plus furtif sur tout les points d'après les études préliminaires, on en sait relativement peu sur les technologies très classifiées du SN3G. Tout comme le coût du programme, qui demeure confidentiel. 

Sur le plan industriel, ce sont sur la période, 3000 emplois hautement qualifiés et non délocalisables. Naval Group met en action l'intégralité de ses sites, y compris en Aquitaine avec les superbes installations de Ruelle près d'Angoulême. Y sont notamment développés des instruments virtuels de tout premier ordre. 


vendredi 19 février 2021

Avec Perseverance, quelques bouts de France sur Mars

 

Avec Perseverance, un nouveau rover martien va pouvoir entretenir les rêves des passionnés d'espace. Cette mission exceptionnelle de la NASA, qui s'inscrit dans un mois décidemment bien martien, a fait l'objet d'une attention toute particulière en France.

Illustration ci-dessus: NASA/JPL-Caltech


Hier soir, effervescence teintée d'un stress immense dans les locaux du CNES à Paris. En présence du chef de l'Etat, les équipes françaises suivent le très périlleux atterrissage (le mot est évidemment biaisé !) sur Mars de la sonde qui doit in fine déposer le rover Perseverance, qui représente une tonne de haute technologie.

18 février 2021 vers 22h, heure de Paris: mission accomplie ! Un nouveau rover de la NASA est donc sur Mars, au cœur du cratère Jezero, avec pour objectif d'y déceler ou non des traces d'une vie passée. 

S'il s'agit bien d'un évènement exceptionnel, d'ailleurs dignement célébré au niveau international, la France avait fait de cette mission américaine un objectif très important, comme en témoigne le déplacement d'Emmanuel Macron au CNES.
En effet, la participation des laboratoires français est une nouvelle fois très conséquente, et concerne notamment le désormais fameux instrument "SuperCam".

Haute définition, SuperCam est un ensemble instrumental réunissant 5 techniques de mesures différentes. Composé de 3 spectromètres (LIBS, RAMAN et Infrarouge). 6 kg de haute-technologie issu de la recherche franco-américaine, il a été développé par le CNRS, le CNES, et toute une série d'acteurs comme le Laboratoire d'astrophysique bordelais.  
Si des premières images, en noir et blanc, ont été publiées afin de confirmer au monde que le rover est bien posé, il ne s'agit pas toutefois des images dudit SuperCam, qui lui va être mis en service dans les prochaines heures.



Mais outre la technologie, il y a bien un véritable morceau de France sur Mars avec Perseverance. La mission Mars 2020 emmène en effet des éléments de roche terrestre pour des besoins de calibrage, et précisément du calcaire Lunel prélevé en 2016 dans les carrières du Boulonnais !

Mais pour la France comme pour l'Agence Spatiale Européenne (citons aussi les Russes), le vrai défi arrive en 2022 et 2023, avec la mission ExoMars. A ce jour,  seuls les américains ont réussi à poser des rovers sur la planète rouge. 

Un mot enfin pour revenir au plan stratégique, la France vient de lancer une nouvelle phase du Programme Syracuse 4. La DGA a notifié à Thales et Airbus, le développement d’un système de radiocommunications utilisant un satellite Syracuse IV, permettant d’assurer des communications militaires sécurisées et résistantes au brouillage. 

Les Syracuse 4A et B seront lancés en 2022 et 2023, puis un 3ème en 2030.