vendredi 23 octobre 2020

Le marché des drones militaires pourrait s’emballer dans les années 2020


Les récents affrontements dans le conflit du Nagorno-Karabakh ont relancé les débats doctrinaux sur l’influence des drones sur le champ de bataille. Sans parler de rupture, il y a là une évolution qui va s’ancrer profondément dans la manière de mener des opérations militaires dans le futur. Une étude du cabinet Ventura Associates estime d’ailleurs que le marché mondial du drone militaire aura plus que doublé en 2030. 

Ci-dessus : images de chars arméniens avant leur destruction, rendues publiques par l’Azerbaïdjan. Outre la frappe, les drones permettent aux belligérants de communiquer sur leur supériorité à la fois aérienne et dans le renseignement. 


Nombreuses sont les vidéos montrant la destruction de chars ou de systèmes anti-aériens par des drones ou munitions « rodeuses » dans le conflit opposant ces dernières semaines l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Cela est même devenu pour Bakou un instrument, d’abord de propagande, ensuite de guerre psychologique, la menace planante des drones de l’Azerbaïdjan étant même parfois comparée par les soldats arméniens et la population civile à celle des bombardiers en piqué Stuka de la Seconde Guerre Mondiale. 

Si l’impact stratégique réel des drones sur un conflit doit toutefois être relativisé, leur apport tactique demeure lui indéniable. La diversité des systèmes, allant du drone HALE/MALE avec sa permanence opérationnelle, au drone tactique capable de déployer une bulle protectrice autour des forces, en passant par les mini ou micro-drones, offre un panel très varié de solutions souvent bien moins onéreuses que ne le sont les systèmes d’armes « traditionnels », notamment dans l’arme aérienne. 

A cela s’ajoute la démocratisation plus récente encore des « munitions rodeuses », comme le drone israélien Harop à l’œuvre sur le plateau du Haut-Karabakh, ou la mise en œuvre d’essaim de drones avec divers niveaux de sophistication (le procédé a pu être opéré artisanalement par le groupe terroriste Daesh dans le conflit syrien, ou tout récemment présenté par la Chine dans un format ultra-moderne) obligeant les forces armées à totalement repenser leur défense anti-aérienne de proximité, pouvant être rendue inopérante par la saturation de cibles, voire leur lenteur et leur faible signature. 

Nous n’évoquons même pas ici l’arrivée prochaine de drones conçus pour le combat aérien de nouvelle génération, ou celle des effecteurs déportés « loyal wingmen » qui s’intégreront dans les systèmes de combat aérien futurs. 

Système CH-901 pouvant déployer un essaim de 48 drones "tueurs" présenté par la Chine à l'automne 2020 


Un marché en progression constante 

Contrairement peut-être au marché civil dont on espère toujours la maturation après de folles promesses, le marché des drones militaires semble lui tenir les siennes. Dans une étude publiée cet automne, le cabinet Ventura Associates estime que le marché mondial des drones militaires, qui s’est établi à 38,8 milliards de dollars pour la période 2010-2019, va continuer de croître pour atteindre une valeur de 101,1 milliards de dollars sur la nouvelle décennie. La croissance du secteur a été marquée par une constance exemplaire, mais elle devrait fortement s’accélérer, pour un marché qui aura ainsi plus que doublé en 2030. 

Si les Etats-Unis ont longtemps contribué à tirer les acquisitions (étant eux-mêmes numéro 1 des pays fournisseurs), c’est bien en Asie, et dans une moindre mesure en région MENA (Middle East – North Africa), que les perspectives de croissance sont les plus importantes, au point que le marché asiatique a dépassé le marché américain, en 2018 d’abord… puis en 2019 ! Tendance qui se confirmera. L’Europe, toujours marquée par des choix technologiques et doctrinaux divergents, reste au même niveau que le marché d’Asie Centrale (11% contre 7%), et devra nécessairement rattraper son retard capacitaire. Afrique et Amérique Latine, grands terrains d’expérimentations, restent en marge. 

S’agissant des utilisateurs, un changement s’opère également. Longtemps, ce sont les forces aériennes qui ont gardé la primauté (et les compétences) de l’usage des drones, notamment les grands drones de type MALE, HALE, ou les UCAV. L’étude effectuée par Ventura constate cependant un rééquilibrage massif au sein des forces armées dans le monde, avec une montée en puissance des drones au sein des forces terrestres, qui loin de rester cantonnées aux petites classes d’aéronefs, font de plus en plus l'expérience des classes supérieures. Surtout, de vastes programmes d’acquisitions (notamment en France) devraient dans la décennie qui vient remettre les forces maritimes dans la course. 

En termes de classes, les drones de classe III dominent le marché du fait notamment de l’importance de leur coût. Les plus petits appareils, de classe I & II, représentaient respectivement près de 13 et 19% du marché dans la dernière décennie, mais ont cependant connu une croissance plus rapide qui devrait se confirmer jusqu’en 2030, la demande augmentant significativement au fur et à mesure que les cycles de remplacement se combinent avec l'entrée de nouveaux pays et utilisateurs. Sans parler de prolifération, il s’agit plutôt d’une démocratisation qui gagne toutes les strates des forces armées dans le monde. 

Le plan Mercator prévoit de doter la Marine Nationale de 900 drones aériens avant 2030 (ici le SDAM) – Naval Group 


Une diversification globale des missions 

Miniatures ou approchant la taille d’un chasseur, voilures fixes ou tournantes (avec même l’émergence de VTOL), rayon d’action allant de quelques mètres à plusieurs milliers de kilomètres, du vol en intérieur jusqu’à la très haute altitude… La variété des missions offerte aujourd’hui – et plus encore demain – par les drones joue en faveur de leur dotation dans l’ensemble des forces militaires sur la planète, et ce à quasiment chaque échelon, de l’escouade au régiment. 

Historiquement, la mission principale de ces vecteurs a été le renseignement (incluant le ciblage au profit des unités d’artillerie ou la guerre électronique). Mais un basculement se profile avec une demande de plus en plus généralisée pour des modèles armés, ou capables de neutraliser. 

Cette tendance devrait conforter le rôle moteur des grands drones MALE sur le marché selon Ventura, avec des prévisions consolidées à environ 38,7 milliards de dollars sur la période 2020-2029. Marché qui sera de surcroît fortement tracté par le segment des drones de combat (UCAV), au point que les drones dotés de capacités armées pourraient bien devenir majoritaires au sein de la classe III en fin de décennie. En parallèle viendront les premières intégrations de « remote carriers », dotés d’un degré avancé d’autonomie. 

Suivant de près cette tendance, les munitions vagabondes, qui connaissent depuis quelques années un développement constant, risque bien de connaître la seconde croissance la plus rapide, avec un presque triplement de sa valeur de la dernière décennie. Une prévision que les événements récents en Azerbaïdjan semblent bien confirmer. 


Quels acteurs sur le marché des drones militaires ? 

Sans surprise, les Etats-Unis s’imposent premier utilisateur, mais aussi premier producteur, à hauteur 48% du marché manufacturier mondial sur la période 2010-2019. Mais c’est un chiffre qu’il faut désormais nuancer selon le cabinet Ventura, tombant en effet à 34% sur la seule année 2019 ! 

Le secteur est en effet marqué, et cela n’a pas échappé aux observateurs, par l’émergence (ou la confirmation) de nouveaux acteurs très ambitieux, principalement en zone MENA et en Asie. 

Tandis que la Russie tente de rattraper son retard en proposant une gamme de drones de plus en plus élargie, l’Europe reste elle en retrait avec de très faibles parts de marché, n’étant de surcroit pas en mesure de proposer l’ensemble du catalogue. Avec un marché mondial marqué par son caractère très domestique, voire captif, la plupart des acteurs ayant l’ambition de développer une filière (exemple très marquant de la Turquie), l’Europe a pourtant l’opportunité de s’imposer, elle qui dispose de la BITD et de compétences largement supérieures à certains concurrents. Un facteur toujours déterminant aujourd’hui, mais pour combien de temps encore ? 


L'EuroMale fait partie des programmes qui doivent replacer l'Europe comme acteur du marché des drones - Airbus 

Observer, renseigner, délivrer de l’armement… débusquer, leurrer ou saturer les défenses ennemies… et même bientôt ravitailler d’autres aéronefs en vol. Les drones, après un siècle d’évolution, offrent désormais des solutions multiples sur le champ de bataille. Un constat tangible qui se concrétise par un véritable emballement du marché sur ce segment militaire. 



mercredi 21 octobre 2020

Missile de croisière, futur porte-avions, nouvelles frégates de surveillance...


Finalement, le salon EuroNaval aura lui aussi été annulé, laissant la filière défense bien orpheline d'événements cette année. Cependant, l'événement, qui se tient en "digital", aura permis quelques annonces importantes pour le futur de la Marine Nationale. Dans le même temps, le Suffren a réalisé une première.

Ci-dessus: le Suffren, SNA de classe Barracuda, continue ses essais à la mer - Marine Nationale


La ministre des Armées a dans son intervention d’ouverture du salon "Euronaval-Online", confirmé que le porte-avions de nouvelle génération (PANG) arriverait en 2038: « Je confirme que ce programme sera lancé pour donner un successeur au Charles de Gaulle en 2038. Ce futur porte-avions fédèrera l’excellence de notre industrie navale dans les prochaines décennies et, par sa dimension stratégique, offrira un cadre d’emploi parfaitement adapté dès sa conception au futur avion de combat de nos armées, connu sous le nom de SCAF ».

Dans le même temps, LA LETTRE A révélait qu'Emmanuel Macron avait tranché: il s'agira - et c'est sans surprise - d'un porte-avions à propulsion nucléaire. Un seul pour le moment, la décision sur un sistership serait prise plus tard, vers 2028...

S'agissant du programme des patrouilleurs océaniques, l'Etat a pris la décision de se passer d'appel d'offres et d'impliquer non pas un, ou deux industriels, mais quatre des principaux chantiers navals. Naval Group bien sûr, mais également CMN, Piriou et Socarenam. L'objectif est de 10 patrouilleurs océaniques (90m, tonnage de 2000t, pouvant opérer hélicoptère et drones) équipés pour la lutte ASM, et de d'un canon de 40mm Rapid Fire de Thalès.


L'Etat soutient donc assez activement une filière stratégique (et nous n'évoquons pas ici les nombreux autres programmes) qui jusqu'ici s'en sort honorablement sur le plan mondial.

Les Patrouilleurs Outre-Mer, autre programme de modernisation, arriveront dès 2022



Le SNA Suffren réalise son premier tir de missile de croisière naval

Sur le plan opérationnel, la semaine est marquée par une première historique. En effet, le Suffren, premier des six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de la classe Barracuda, a tiré avec succès son premier MDCN (missile de croisière naval de MBDA).

L'essai a été réalisé ce 20 octobre au large du centre DGA essais de missiles de Biscarosse.

On se rappelle que le MDCN a déjà été utilisé au combat durant l'opération Hamilton en Syrie, mais par des frégates multimissions. Il s'agit d'une première pour un sous-marin nucléaire d'attaque français. Il s'agit - là encore - d'une capacité dont bien peu sont à même de disposer dans le monde.

Ce tir semble clore les essais du Suffren, qui sera livré à la Marine en fin d'année, avant une entrée en service l'an prochain.

 

lundi 19 octobre 2020

VOLFA 2020, en images


Comme chaque automne, l'armée de l'Air et de l'Espace nous fait découvrir de formidables images de son grand exercice annuel, VOLFA. "Haute intensité, réalisme et coopération" ont marqué cette édition 2020. Avec la présence remarquée des Grecs.

Images - Commandement des Forces Aériennes


L’exercice VOLFA 2020 s’est tenu du 21 septembre au 9 octobre à partir de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan. Il aura mobilisé plus de 500 participants sur un scenario tourné vers l’Entry Force (entrée en premier), la recherche et sauvetage au combat et l’appui aérien. 

Comme à l'accoutumée, étaient au programme des missions de supériorité aérienne, de reconnaissance, de projection de force et de protection de troupes au sol...
L'AAE précise que ces missions "s’inscrivent dans la perspective opérationnelle du concept de dissuasion et de défense de la zone Euro-Atlantique (Concept of Deterrence and Defence of the Euro-Atlantic Area ou DDA)*. Cette démarche est de nature à favoriser le passage d’une situation normale à une situation de crise et contribue à une forme de dissuasion conventionnelle."

Et comme chaque année, des alliés étaient présents. En 2020, il s'agissait des aviateurs belges, espagnols (deux F-18), et surtout - car le contexte de rapprochement stratégique entre Paris et Athènes a marqué l'été 2020 - grecs, avec 4 chasseurs F-16 de l'Hellenic Air Force. Le CEMA grecs a d'ailleurs pu se voir offrir un vol en Rafale (la Grèce recevra ses Rafale en 2021).

Le bilan de l'exercice présente 380 sorties aériennes. 

Ci-dessous une sélections de photographies exceptionnelles. D'autres sont à découvrir sur les pages de réseau social des armées.


























vendredi 16 octobre 2020

A Mérignac, Sabena termine la modernisation des Falcon 50 pour la Marine

En remettant le 8ème appareil à la Marine Nationale, Sabena Technics Bordeaux en a terminé avec la transformation des Falcon 50 de l'armée de l'Air. 

Images: Sabena Technics.


C'est un dossier suivi à chaque livraison sur ce blog: le voilà clos ! Sabena Technics a en effet livré à la Marine Nationale son dernier Falcon 50. L'industriel aura transformé à Mérignac 4 Falcon 50 de l'armée de l'Air depuis deux ans.

Les appareils ont été modifiés pour la mission SURMAR (surveillance maritime) et dotés d'une trappe de largage ventrale permettant le largage d'un kit de secours. 

Cela porte la flotte de Falcon 50 renovés dans la Marine à 8 appareils. Ils sont basés en Lann Bihoué.

Pour Sabena, qui est engagé sur divers programmes de transformation au service des Armées, comme l'avion "espion" ALSR (avion léger de surveillance et de reconnaissance), c'est une fois de plus l'occasion de rappeler son expertise en la matière, dans une période où ses activités civiles sont mises en danger par le contexte de crise que connait le monde aéronautique. 



mercredi 14 octobre 2020

L'Etat commande les NH90 des forces spéciales


Le ministère des Armées a commandé 10 hélicoptères NH90 destinés aux forces spéciales. Il s'agit plus précisément de la mise à niveau de NH90 qui seront opérés par le 4ème Régiment d'hélicoptères des forces spéciales. Le standard des appareils a été précisé.

Images: le standard "opérations spéciales" du NH90 selon NH Industries


NH Industries, consortium réunissant Airbus Helicopters (les NH90 français sont assemblés à Marignane), l'italien Leonardo et le néerlandais Fokker, mais également les équipementiers Thales et Safran, ont pris note de la commande étatique concernant le fameux "standard 2" de l'hélicoptère de manoeuvre NH90 (Caïman dans l'armée de Terre), un standard qui doit adapter l'appareil aux missions des forces spéciales.

Ainsi, cette commande n'en est pas vraiment une puisqu'il s'agit de l'amendement d'un marché concernant 74 NH90. 10 d'entre eux feront l'objet d'une transformation au standard 2.

5 seront livrés en 2025, puis 5 autres l'année suivante. Basés à Pau, ces appareils devraient permettre le transferts des actuels Caracal du 4ème RHFS à Cazaux, où ils rejoindront la flotte Caracal - désormais unifiée - de l'armée de l'Air.

Le standard 2 du NH90 Caïman transportera jusqu'à 20 commandos ou 2,5 tonnes de matériel, pour l'ensemble du panel des missions des forces spéciales. 
Réfléchie depuis maintenant 18 mois avec d'autres pays utilisateurs de l'appareil, cette version bénéficiera d’un nouveau système optronique d’observation avec la boule Euroflir 410 de Safran, une suite de pilotage Euroflir permettant le vol tactique en environnement nocturne ou dégradé, un affichage tête haute grâce au casque TopOwl de Thalès, un affichage 3D inédit pour les opérateurs à l'arrière, mais également d'une capacité d'aérocordage ("fast roping"), un aménagement de la trappe et de l'issue arrière...

L'armement de sabord pourra être de différent calibre comme sur Caracal, et concernant l'endurance, vitale pour les opérations spéciales, il semble que la solution de l'emport de bidons externes de carburant ait toujours été préférée à celle de la perche de ravitaillement, une technologie plus complexe.

Le NH90 FS est annoncé comme "non exclusif" aux forces spéciales, et pourra bénéficier à toutes les missions de l'ALAT. 
Son arrivée préparera celle après 2026 du HIL (hélicoptère interarmées léger) "Guépard", version militaire du nouvel H160 d'Airbus.