vendredi 9 avril 2021

Pari impossible pour le Rafale en Ukraine


La France compterait proposer le Rafale dans le marché de renouvellement de la chasse ukrainienne. Une ambition qui semble compliquée à réaliser dans un contexte stratégique très tendu qui favorise largement les matériels américains. 


La crise ukrainienne a déjà par le passé impacté les contrats d'armement français, lorsque François Hollande annulait en 2014 la vente des navires Mistral à la Russie. Une mesure de rétorsion après l'invasion de la Crimée. 

Nouvel épisode en vue avec l'information largement diffusée il y a une dizaine de jours. La France tenterait de placer le Rafale en Ukraine, Kiev devant remplacer sa flotte de chasseurs d'origine soviétique, constituée de Mig-29, Su-24, Su-25 et Su-27. Ce plan « Air Force Vision 2035 » représenterait un marché de 30 à 45 appareils, pour 7,5 milliards d’euros.
Selon plusieurs sources, ce marché pourrait intéresser les Américains bien sûr, mais également les Suédois avec le Gripen de Saab, et les Français avec le Rafale de Dassault Aviation.

Alors le Rafale a t'il ses chances ? Oui selon l'Elysée, qui voit en Ukraine un créneau pour l'offre française, moins marquée "OTAN" que l'offre américaine probablement constituée de F-16v et F-18. 

Car la géopolitique s'en mêle, effectivement.

On peut affirmer sans ciller qu'un bon pourcentage des marchés d'armement - et particulièrement les chasseurs - sont conclus dans un cadre plus politique qu'opérationnel. A moins que cela serve simultanément ce double-objectif, comme c'est le cas du Rafale en Grèce, qui fait pour cette dernière à la fois office de mesure de réassurance, et de gain capacitaire. 
Et on ne le sait que trop bien en France, l'Europe de l'Est demeure la chasse gardée des Américains (cf les affaires polonaises).

Dans notre cas ukrainien, tous les feux sont rouges en l'occurrence. Le contexte est extrêmement tendu ces dernières semaines, à coup de manœuvres militaires aux frontières du Donbass sécessionniste. Les dirigeants à Kiev jouent pleinement la carte du rapprochement avec Washington et l'OTAN (dont elle n'est pas membre rappelons le !).

Enfin il y a aussi le problème des garanties financières, que Paris devrait assumer, comme c'est souvent le cas avec ce type de client "fragile".

Vous l'aurez compris, il ne semble pas y avoir la place pour autre partenaire que les Etats-Unis en Ukraine. La France y a certes déjà remporté des marchés de défense, mais pas d'une telle ampleur. De plus, Washington y veillera d'une part, afin d'y garantir ses marchés quasiment "captifs". Et d'autre part, Kiev semble obstinée à suivre cette voie atlantiste, et donc à ne pas emprunter celle d'un partenariat avec la France, partenariat probablement plus mesuré face à Moscou.

En conclusion, mettons d'ores et déjà une pièce sur la vente du F-16 Viper en Ukraine. 


mercredi 7 avril 2021

Nexter et Shark Robotics expérimentent leurs robots à Saint-Cyr

 
Rassemblement inédit de robots dans l'armée de Terre ces 30 et 31 mars, à l'initiative du CREC. Les constructeurs Nexter et Shark Robotics ont eu l'occasion de faire monter au front leurs robots sur le camp de Coëtquidan. Un exercice source de riches enseignements, avant un futur bouleversement doctrinal ?

Images publiées sur les réseaux: Challenges, Ouest France, Nexter et Shark Robotics, et l' EMIA.


Des images qui ont attisé la curiosité des historiques la semaine dernière sur le site de l'EMIA (école militaire inter-armes) de Saint-Cyr. Une petite invasion de robots, et pas n'importe lesquels, puisque parmi les plus modernes du monde. 

Nexter et Shark Robotics ont effet répondu présent pour un exercice piloté par le CREC (centre de recherches des écoles de Coëtquidan), consistant durant deux jours à évaluer le soutien que pouvaient apporter les robots terrestres en environnement urbain. 

Les expérimentations se sont déroulées selon trois scénarios: une action offensive, une action défensive (jour & nuit), et une action de combat urbain. Tous les scénarios ont été joués deux fois, avec et sans robots.

Ci-dessous en vidéo, un reportage de Ouest-France:


Nexter alignait une nouvelle fois le Themis (de l'estonien Milrem) surmonté d'un tourelleau de 20mm maison, le petit Nerva déjà bien connu et commercialisé, ainsi qu'une nouveauté, une mule électrique dénommée ULTRO capable d'emporter 600 kg.

Shark Robotics déployait de son côté sa mule Barakuda (connue elle depuis 2019) qui comporte de plus en plus d'options de matériels embarqués, dont notamment ce bouclier visible sur les photos.
L'autre star emmenée par la société rochelaise, c'est bien sûr le petit quadripède SPOT de l'américain Boston Dynamics, que Shark distribue en Europe depuis la crise sanitaire (voir lien ci-dessous). C'est la première fois qu'on peut le voir évoluer en France avec des forces combattantes.

L'ensemble du panel montre une force relativement homogène pour des débuts, le Thémis offrant l'essentiel de la puissance de feu avec son canon de 20 mm.
Pour les constructeurs français comme étrangers présents, il s'agit a priori d'une chance de pouvoir travailler avec une armée aussi opérationnelle que l'armée de Terre française. 

Si l'idée est bien d'évaluer les apports possibles de ces machines (soutien, couverture, reconnaissance), il s'agit également d'en déterminer les faiblesses. L'autonomie est un exemple.
On notera que contrairement à d'autres domaines (hum les drones hum !), l'armée de Terre progresse vite dans ses expérimentations (aussi en cours à l'AID), semblant vouloir développer une doctrine en matière de robotique de combat terrestre dans un délai relativement court. 
France et Europe possédant quelques pépites émergentes en la matière - qui attisent les convoitises - il s'agirait d'en profiter pleinement et de saisir les opportunités pour cette future branche du combat mécanisé.










vendredi 2 avril 2021

Accord entre Dassault et Airbus: fin du SCAF-tête ?


Plusieurs médias annoncent ce vendredi que Dassault Aviation et Airbus ont réussi à conclure un accord de principe sur le futur avion de combat du SCAF européen. Le dossier revient dans la main des trois Etats partenaires au programme pour une avancée significative attendue ce printemps.

Ci-dessus: montage maison sobrement intitulé "SCAF-tête", à partir d'un visuel Dassault Aviation


Ce blog a fait le choix de ne pas trop commenter le débat actuel sur les décisions à prendre - ou ne pas prendre - concernant le programme SCAF (système de combat aérien futur). Un débat presque déraisonné et surtout largement pollué par certains groupes d'influence.

Si l'on résume toutefois les dernières semaines, il était question de la signature de la phase "démonstrateur" qui aurait dû intervenir en début d'année. Des blocages ont rapidement été dénoncés côté allemand, et français.
Le contentieux aurait principalement porté sur les partages de technologies de la pièce maîtresse du SCAF, à savoir le futur avion de combat franco-allemand-espagnol. Dassault Aviation ayant préalablement été désigné maitre d'œuvre,  l'entreprise se refuse légitimement à céder certains éléments de propriétés intellectuelles, fruit de décennies d'histoire industrielle. De surcroît l'arrivée de l'Espagne (fortement "imprégnée" par Airbus) dans le programme a encore compliqué l'équation, Madrid réclamant a priori trop de charge de travail.   

Le climax intervenait alors à Paris début mars, lors des auditions parlementaires des représentants de groupe (Eric Trappier, PDG, pour Dassault Aviation, et Antoine Bouvier, Directeur de la stratégie, pour Airbus Defence & Space), Dassault mettant une pression importante sur les négociations en citant des exigences allemandes inacceptables, et même l'existence d'un plan B moins ambitieux... là où Airbus préférait jouer à 100% sur la fibre de la coopération européenne. Sous entendu, il n'y a aucun plan B, et celui-ci est le seul que nous ayons. Airbus a notamment démenti l'information rumeur selon laquelle il aurait voulu son propre démonstrateur issu de l'Eurofighter.

Pour compliquer les choses, ajoutons à cela la crise sanitaire, et un calendrier politique allemand contraint pour les futures élections (un potentiel changement de majorité post-Merkel menaçant l'existence même des coopérations ?).

Mais tout dernièrement, tandis que commentateurs "es réseaux sociaux", quelques médias ou lobbys enterraient le SCAF bien promptement, des bruits de couloirs faisaient finalement état d'un accord possible.

C'est donc chose faite ce 2 avril, avec l'accord des deux industriels, qui remettent le dossier dans les mains du politique. A Paris, Berlin et Madrid d'évaluer désormais l'offre des industriels pour cette phase de démonstrateur. Pas plus de commentaire officiel à ce stade, mais le cabinet de la ministre des Armées promet une prise de parole prochaine. Attendons tous les détails sur la résolution de cette équation donc, mais il en va d'un intérêt commun que les choses avancent.

Conséquence du retard pris dans ces négociations (il y en aura d'autres), on sait que le démonstrateur ne verra pas le jour en 2025, comme prévu initialement, mais au mieux en 2026. 

SCAF est un ambitieux programme de coopération. Mais plus encore, c'est un programme stratégique et structurant pour l'intégralité des acteurs, que l'on parle en toute évidence de militaires français très opérationnels en comparaison de leurs partenaires européens (+ les particularismes de l'aéronavale et de la dissuasion nucléaire), de Dassault Aviation qui joue ici l'après Rafale, ou Airbus l'après Eurofighter mais aussi et surtout peut-être toute une famille de nouveaux aéronefs (le effecteurs déportés). Sans même évoquer l'architecture du système de combat, les motoristes et intégrateurs, la place du SCAF dans l'OTAN... 

Rien n'est donc simple et d'autres crispations interviendront, d'autant plus quand nous commencerons à parler, tout prochainement, en milliards d'euros. 


Mise à jour n°1 (7 avril): les motoristes Safran et MTU ont trouvé un  accord sur le pilier moteur du programme SCAF et ont remis une offre aux Etats. L'industriel espagnol ITP ne l'a pas signée. On y apprend que le démonstrateur du NGF sera propulsé par des M88 (le moteur du Rafale) "améliorés".

Mise à jour n°2: le Sénat français se félicite de l'accord et du rôle des auditions dans les négociations.


mercredi 31 mars 2021

Les Caracal du « Pyrénées » relèvent ceux du 4ème RHFS au Levant


Le théâtre irako-syrien a perdu de sa mise en lumière tant politique que médiatique, mais l'activité opérationnelle y reste déterminante. Avec à la fois l'opération Chammal et la Task Force Hydra, son volet forces spéciales, la France y demeure active, avec désormais un plot permanent de Caracal.


On peut lire dans le numéro 417 du magazine Raids (avril 2021), que les Caracal des forces spéciales ont été relevés au Levant, où la France lutte encore discrètement contre la résurgence du groupe terroriste Daesh.

C'est ainsi que cet hiver, en février, l'armée de l'Air, via son escadron d'hélicoptères 1/67 "Pyrénées", a relevé les deux Caracal du 4ème RHFS. Ces deux régiments font évidemment partie d'une même structure, le COS. Deux Caracal "Terre" pour deux Caracal "Air" donc (avec la précision que les appareils de l'armée de l'Air sont potentiellement ravitaillables en vol).

Le Pyrénées délaisse donc le Sahel, où le 4e RHFS gère actuellement toute la flotte du COS, pour se consacrer un temps à la zone irako-syrienne, théâtre éminemment différent. 

Nous rappellerons que si les forces spéciales françaises sont présentes officiellement sur place depuis plusieurs années, la présence d'hélicoptères français a elle été révélée en 2020 lors d'une audition parlementaire (on ne trahit aucun secret ici). 

Lire sur le blog: Le 4ème RHFS serait présent depuis 2 ans au Levant



Cela ferait en effet bientôt 3 ans que les Français ont fait le choix de disposer d'un plot d'hélicoptères sur ce théâtre, conséquence probable d'un besoin de s'émanciper des moyens américains... avec qui la coopération reste néanmoins structurante.

Des Caracal que l'on a pu apercevoir régulièrement sur des vidéos amateurs provenant du théâtre, il y a quelques semaines encore. 

Un mot enfin pour signaler que dans le même numéro du magazine Raids, on trouve un dossier sur la 3D du COS, avec notamment des développements sur le futur du Caracal (tous à Cazaux, mais quand ? 2025 au mieux) et l'arrivée du NH90 Standard 2 au 4ème RHFS à Pau.


lundi 29 mars 2021

Quelques images de la maquette du porte-avions de nouvelle génération


La ministre Florence Parly visite Lorient ce lundi, et les bureaux d'études de Naval Group. Pour l'occasion, voici quelques visuels de la maquette du porte-avions de nouvelle génération, prévu pour 2036.

Images: MINARM sur Twitter/ Naval Group


Nous savons depuis décembre que la construction d'un nouveau porte-avions nucléaire de 70 000 tonnes a été actée, et que celui ci prendra la mer à l'horizon 2035-36. Avec la visite de la ministre des Armées ce 29 mars à Lorient, il était question de la mise en place du plateau de collaboration entre les acteurs majeurs du programme PANG (porte-avions de nouvelle génération) que sont Naval Group et Chantiers de l'Atlantique (+CEA +Framatome), ainsi que de la signature du contrat de l'avant-projet sommaire, avant projet qui déterminera l'architecture et les grands choix du programme.

On apprend donc que la DGA a notifié le 19 mars 2021 les travaux d’avant-projet sommaire du porte-avions de nouvelle génération à Naval Group, Chantiers de l’Atlantique et TechnicAtome, et que ces travaux, d’une durée de deux ans, permettront de consolider les hypothèses et données techniques issues de la phase d’études préliminaires. Cette phase se déroule en parallèle des travaux sur les chaufferies, commandés par le CEA.
La phase suivante de travaux d’études appelée « avant-projet détaillé » durera trois ans à l’issue de laquelle l’industrie remettra une offre dans la perspective du lancement de la construction du navire.

A noter également que le programme des Frégates de Défense et d'Intervention rentre lui dans le dur avec une accélération espérée des livraisons.

Mais retrouvons notre maquette, où nous pouvons décerner 2 catapultes EMALS (il pourrait y en avoir jusqu'à 3, la décision n'est pas arrêtée), ou bien encore, une flotte de 25 chasseurs exclusivement constituée de NGF "Marine" de Dassault Aviation. Une vue à long terme puisque le PANG devrait tout d'abord ne connaître que le Rafale... et éventuellement des drones ?
On distingue également ce chapeau pointu significatif des derniers projets Naval Group.

Pour (bien) plus d'expertise, lire l'article du confrère sur le Fauteuil de Colbert !