vendredi 26 juillet 2019

La France vise le podium des puissances spatiales


Moins de deux semaines après l'annonce par Emmanuel Macron de la création d'un commandement de l'Espace intégré au sein de l'Armée de l'air, la ministre des Armées Florence Parly a détaillé ce 25 juillet à Lyon les premières mesures qui feront la stratégie spatiale de défense française.

Image: Florence Parly, accompagnée du CEMAA, ce 25 juillet 2019 sur la base base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun - MINARM


Le discours de Florence Parly était très attendu ce 25 juillet. Accompagnée du Chef d'Etat Major de l'Armée de l'air (et bientôt de l'espace), le général Lavigne, la ministre des Armées s'est donc rendue sur le site stratégique qu'est la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun où elle a dévoilé, devant un par-terre quasiment exclusivement constitué d'aviateurs, les détails de la fameuse nouvelle stratégie spatiale de défense, que le Président de la République avait officiellement annoncé le 13 juillet.

Discours disponible ci-dessous:


La stratégie spatiale de défense se décline donc selon 3 axes:
  1. Création d'un commandement de l'espace
  2. Evolution de l'environnement juridique
  3. Perfectionner nos capacités de défense spatiales

Durant 30 minutes, Florence Parly a donc rappelé les enjeux, stratégiques, géopolitiques... du libre accès à l'espace et de la défense de ces intérêts désormais qualifiés de souverains.

Lire sur le blog: Doctrine spatiale : priorité nationale, enjeu européen



Nous le savions déjà depuis la fête nationale, un Commandement intégré de l'espace, sous la responsabilité de l'Armée de l'air, et rendant compte au Chef d'Etat Major des Armées, sera créé dès la rentrée à Toulouse (un choix que légitime largement la ministre) dès septembre, avec en son sein 220 personnes. Pour commencer. La montée en puissance se fera progressivement, par la suite.

L'idée sera de mettre en oeuvre depuis Toulouse, cité à la "croisée des idées et des innovations", la stratégie spatiale de défense, et par la même de fédérer les différents acteurs publics comme privés, sans oublier bien sûr le centre spatial français, le CNES.
A terme, c'est bien l'ensemble des opérations qui sera géré depuis Toulouse, avec la promesse de l'émergence d'un écosystème bâti autour d'un "Campus spatial", comprenant un "Space lab" consacré à la défense.

A Paris (à confirmer), une "académie" aura la charge de former, de familiariser, de spécialiser les officiers à cette nouvelle doctrine, qui reste encore largement à établir. Si la ministre a réutilisé la formule à la mode dans les forces aériennes, selon laquelle l'espace est le prolongement du ciel, c'est en réalité bien plus que ça... et tant de concepts restent à définir.



Le Ministère des Armées devient son propre opérateur

Vous entendrez moins parler du deuxième axe de présentation évoqué par la ministre dans son discours. Et pourtant, il est fondamental. Il s'agit du droit ! 
Nous l'avions anticipé dans un précédent article sur ce blog, le deuxième volet est donc la transformation juridique: "nos armées sont légalistes", rappelle la Ministre. "La loi doit évoluer, et ce dans le plein respect du droit international, pour intégrer la spécificité des opérations spatiales militaires, comme cela a déjà été fait aux États-Unis ou en Finlande".
C'est ainsi qu'un avant projet de loi sera proposé prochainement dans le but d'aménager la loi de 2008 sur les opérations spatiales (LOS). Cette évolution se fera selon 2 principes: libérer nos armées  afin de leur assurer une marge de manœuvre suffisante pour préserver les intérêts de la nation, et protéger nos capacités.

Cette évolution sera l'occasion de pousser le secteur privé, dans le but notamment de faire émerger le secteur français du new space (exploitation des ressources dans l'espace ?). Légiférer pour assurer la compétitivité des entreprises tout en contrôlant certaines activités stratégiques de ces dernières. Rappel, il n'y a pas plus dual que le secteur du spatial, un satellite pouvant servir à la fois des intérêts civils comme militaires.

Aussi et surtout, la modification de la loi va permettre au Ministère des Armées de devenir son propre opérateur. Florence Parly en a alors profité pour largement remercier le CNES de son travail jusque là.

Enfin sur ce point du droit, la France tient à rappeler qu'elle est contre toute arsenalisation ou course à l'armement. 


Des lasers embarqués comme moyens de défense active

Et justement, afin d'être crédible, et actif plutôt que passif, tout en respectant cet engagement de non militarisation de l'espace, la France compte avoir recours à une stratégie bien connue: la dissuasion.

Face aux menaces, qui peuvent être les débris comme les moyens actifs de nos "adversaires" (Madame Parly cite aussi comme menace la dérégulation que représente le New Space, qui selon elle doit être encadré), la France entend donc disposer d'un réseau de détection renforcé, et dans le cas d'une agression, de moyens "de défense active".


L'actuelle Loi de programmation militaire, qui court jusqu'à 2025, prévoit le renouvellement des grandes capacités spatiales des armées françaises, grâce à un investissement chiffré à 3,6 milliards d'euros. Il faudra faire d'avantage.
C'est pourquoi le nouveau programme nommé "Maîtrise de l'espace" prévoit des moyens de surveillance et défense active supplémentaires. Ainsi, le successeur du radar GRAVES, développé par l'ONERA, devra pouvoir repérer des nano-satellites à 1500 km, tandis que le commandement de l'espace s'appuiera également sur d'avantage de télescopes et trackeurs de satellites, dans le but de maintenir une classification optimales (il y aurait aujourd'hui environ 400 satellites militaires, ou à vocation militaire en orbites). Pour cela, l'Etat s'appuiera sur les service d'Ariane et d'Airbus.

Venons en donc aux grosses annonces avec la mise en place ("en cours") de cameras sur les satellites militaires français, et à horizon 2023 (ce qui est du court terme), le déploiement d'essaims de nano satellites-patrouilleurs ayant pour mission la sécurisation de nos moyens principaux. 
Ces "chiens de gardes", comme leurs grands frères, seraient dotés de laser capable d'éblouir tout intrus susceptible de venir espionner ou perturber les missions. 
Attention, ce laser de puissance embarqué n'aurait pas vocation à détruire un satellite ennemi, la France se refusant de multiplier les déchets dans l'espace, mais plutôt à les neutraliser.

De plus, l'Etat aura également recours dans à des constellations privées, Thalès étant cité comme partenaire potentiel.
Il est même envisagé de placer des objets civils sous protection militaire, si ceux-ci présentent un intérêt stratégique pour la France. On pense ici par exemple aux communications.

Enfin, un démonstrateur de radar de très longue portée est annoncé, pour faire face à la menace croissante des missiles antisatellites, dont l'Inde est la dernière puissance à en avoir démontré la capacité en mars 2019, avec des conséquences non-maîtrisées (débris).

L'Europe n'est pas oubliée, puisque Florence Parly annonce compter sur prioritairement l'Allemagne et l'Italie pour élaborer avec la France une capacité commune de détection et classification. Rendez-vous en novembre sur ce volet coopératif.

L'ensemble de ces mesure devra être mis en oeuvre d'ici 2030.


Une stratégie volontairement évasive, au coût maîtrisé

Avec cette stratégie de défense active, la France se place clairement sur le terrain de la dissuasion. Florence Parly le martèle, cela n'a "rien d'une stratégie offensive", mais relève d'un droit à l' autodéfense.

Et comme pour toute dissuasion, "nous nous réservons le droit et les moyens de riposter", à savoir au moins 3 niveaux de ripostes, allant de la mesure de rétorsion à la contre-mesures, jusqu'à la mise en oeuvre du droit à la légitime défense (à ce stade, le spectre dans la riposte devient volontairement très très large). 

Tout cela aura un coût, supplémentaire, mais globalement maîtrisé si l'on en croît les annonces. Mais effectivement, avec ces solutions, la France fait au moins à court terme des choix innovants, et low cost !
La ministre chiffre l'investissement à 700 millions d'euros supplémentaires sur la LPM, et tout autant sur les deux LPM suivantes. Le budget espace d'une LPM passe donc de 3,6 à 4,3 milliards d'euros. Conséquent pour une puissance de notre rang.


A noter que ces financements proviennent de la LPM en elle-même. Cela ne coûtera donc pas plus cher au contribuable, mais cela n'ira pas non plus dans un autre programme. A moins que d'ici là, les dépenses des OPEX aient fondu... sait-on jamais.

Afin de réduire les coût, le recours aux services de grands industriels, et la mutualisation au niveau européen sont censés permettre de "faire mieux ensemble".


La France 3ème puissance spatiale ?

Alors que penser après la révélation de tous ces éléments (d'ailleurs pas de document officiel publié par le MINARM à cet instant) ?

Nous pourrons regretter l'absence d'un programme d'avion spatial, sur le modèle du X37-B américain, ou l'absence de références aux pseudo-satellites que sont le Stratobus de Thalès ou le Zéphyr d'Airbus, qui peuvent offrir une certaine redondance en cas de perte de nos capacités orbitales... mais ces technologies ne sont il est vrai pas encore opérationnelles ou même matures chez nous, et pourront faire l'objet de débats plus constructifs à moyen terme.

En conclusion de son allocution, la ministre a tenu a rappeler l'importance du lanceur Ariane, notamment sa 6ème itération qui arrivera en 2020, et sur laquelle repose l'essentielle de notre capacité souveraine d'accès à l'espace.


Surtout, parmi les derniers mots de Florence Parly, certains feront date: "3ème puissance spatiale nous y croyons". 

Derrière les Etat-Unis, derrière la Chine, la France, forte de son histoire et de son rôle de leader en Europe, ambitionne donc de se positionner sur la 3ème marche du podium des puissances spatiales, qu'elle dispute à la Russie. L'objectif semble très haut,  volontairement. Il a au moins le grand mérite de fixer un cap des plus stimulants, nous offrant la possibilité de développer une doctrine spatiale singulière, comme ce fut le cas dans d'autres domaines stratégiques.


vendredi 19 juillet 2019

Sortie pour un Rafale indien à Mérignac


Sortie estivale ce 17 juillet à Mérignac pour le tout premier Rafale indien de série. Cet automne, les choses sérieuses commenceront avec la réception des appareils, et surtout, le début des vols de formation, avec à Bordeaux 800 vols sur une période d'un an et demi ! 

Photos: Jean-Pierre Dewam, merci à lui ! 


A partir de 2019, et selon les termes contractuels, Dassault Aviation forme techniciens et pilotes indiens. Plus précisément, entre octobre 2019 et janvier 2021, pour 800 vols à raison de 3 vols par jour du lundi après-midi au vendredi matin. Une nuisance a priori surmontable, même si les M88, les deux turboréacteurs du Rafale, aiment les décibels. 

Et avec un peu d'avance, voici, le premier Rafale indien pour une sortie ce 17 juillet sur l'aéroport de Bordeaux/Mérignac. "RB 001" est un biplace, et le premier appareil d'une série de 36. Il porte la même livrée, entièrement grise, que les chasseurs français (le Qatar lui, a droit à une livrée 2 tons). Les spécialistes remarqueront d'autres détails.



A Bordeaux, les vols de Rafale ont déjà débuté cette année, au profit des qataris, qui ont réalisé 72 vols entre avril et mai 2019.
La spécifié de ces deux contrats, quataris et indiens, est que Dassault prend en charge une partie de la formation. Les vols depuis bordeaux s'expliquent par la "proximité de la chaîne d'assemblage Rafale et de la force logistique associée est jugée stratégique." 

L'Inde a commandé 36 Rafale à ce jour, mais ce chiffre pourrait augmenter largement étant donné les besoins importants de l'Indian Air Force et de la marine (90 appareils ?). 
Et si le contrat Rafale, qui a mis tant d'années à se concrétiser, a fait l'objet de plusieurs retentissements politico-judiciaires en Inde, la large victoire du pouvoir actuel aux récentes législatives pourrait être synonyme d'une reprise de la marche en avant sur ces dossiers.





mercredi 17 juillet 2019

Rafale français et Sukhoï indiens, les folles images de l’exercice Garuda


Début juillet, quatre Su-30MKI et un Il-78 indiens étaient en France dans le cadre de l'exercice Garuda. L'exercice se déroulait depuis Mont-de-Marsan, avec l'Armée de l'air, dans le but d'améliorer l’interopérabilité entre nos forces et permet d'entretenir la coopération avec ce partenaire si stratégique de la zone indo-pacifique.

Ci-dessus: les Sukhoï indiens lors de leur arrivée en Méditerranée fin juin - Indian Air Force


L'occasion pour les équipages français, et notamment du Normandie-Niemen, de monter à bord des monstrueux "Flanker C" (dénomination OTAN des Sukhoï Su-30), et pour la 30ème escadre, l'Armée de l'air et l'Indian Air Force, de nous livrer des images exceptionnelles !





















BONUS: Merci à Jean Pierre pour ses photos exclusives des SU-30 en approche des pistes de la BA-118 fin juin.





lundi 15 juillet 2019

La France crée son Commandement de l'Espace au sein de l'Armée de l'air


Une confirmation, peu d'annonces. Emmanuel Macron a annoncé ce 13 juillet dans un discours devant les militaires la création d'un Commandement intégré de l'espace, en septembre, à Toulouse. A terme, l'Armée de l'air, en charge de cette structure, deviendra l'Armée de l'air et de l'espace. 
Peu de détails mais un message clair: la France adoptera désormais une doctrine spatiale à la fois défensive et offensive.

Ci-dessus: Emmanuel Macron, entourée de Florence Parly et Geneviève Darrieussecq, lors de son discours aux armées à l'Hôtel de Brienne.


Le discours du Président est succinct mais néanmoins historique: « La nouvelle doctrine spatiale militaire, qui m'a été présentée par la ministre et que j'ai approuvée permettra d'assurer notre défense de l'espace et par l'espace. [...] Pour assurer le développement et le renforcement de nos capacités spatiales, un grand commandement de l'espace sera créé en septembre prochain, au sein de l'armée de l'air. Celle-ci deviendra à terme l'armée de l'air et de l'espace. [...] Nous renforcerons notre connaissance de la situation spatiale. Nous protégerons mieux nos satellites, y compris de manière active. »

Comme "promis", l'Armée de l'air deviendra sous peu l'Armée de l'air et de l'espace. Le rêve du général Lavigne, Chef d'Etat Major de l'Armée de l'air, et de bien d'autres aviateurs, pour qui les cieux sont un prolongement naturel du ciel, se réalise donc ! 

Lire sur le blog - Doctrine spatiale : priorité nationale, enjeu européen



Pour des raisons évidentes de simplification organisationnelle et de gouvernance, l'Armée de l'air chapeautera donc les opérations, comme l'US Air Force avec la fameuse "Space Force" voulue par Donald Trump aux Etats-Unis. Toutefois, il faudra compter évidemment sur une forte identité interarmées, le spatial étant naturellement aussi vital pour les opérations aériennes que maritimes, ou même terrestres aujourd'hui, en raison d'un niveau encore jamais atteint de numérisation du champ de bataille.


Ce commandement spatial, d'abord constitué (dès septembre) de 200 personnes, montera progressivement en puissance, développant petit à petit ses propres concepts et doctrines. 
Car en effet, les concepts de puissance aérienne façonnés en occident depuis des décennies ne pourront s'appliquer dans leur ensemble au domaine spatial. 
Nous partons aujourd'hui avec une mission simple: garantir par des moyens défensifs ET offensifs la souveraineté nationale en protégeant nos acquis, autrement dit nos réseaux satellitaires. 

La création de ce commandement devrait intervenir dès septembre, à Toulouse. Il évoluera durant au mois 5 ans, aspirant progressivement le CIE, actuel Commandement Interarmées de l'Espace, lui créé en 2010. On parle bien ici d'une restructuration, d'une optimisation des ressources existantes, et non d'une révolution. 

Malgré tout l'emballement médiatique est là, effet d'annonce oblige.

D'autres annonces suivront quant à ce qu'il reste à créer, quant à cette fameuse doctrine spatiale offensive et à ses moyens concrets, à ce jour inexistants. La ministre Florence Parly s'exprimera dans les jours et semaines qui viennent.
Il est d'ailleurs fort probable que d'ici à 2025, dans le cadre de l'actuelle LPM, cela ne se caractérise que par des plans d'études amont (PEA), avant des concrétisations lors de la prochaine Loi de programmation militaire dans 5 ans. On pense alors à "Iris" et "Celeste", programmes de satellites militaires de nouvelle génération...


Le grand Sud-Ouest, ou l'axe fort du spatial stratégique national

Le Commandement de l'espace atterrit donc à Toulouse, choix logique, car lieu d'implantation des siège Airbus et Thales Alenia Space, et surtout du CNES. Une ville qui manquait également d'une implantation militaire d'envergure.

On notera sur ce blog, que l'axe Bordeaux-Toulouse-Montpellier (-et nous pourrions pousser jusqu’à Cannes !) concentre une partie importante de l'activité spatiale stratégique, grâce notamment à l'industrie lourde représentée par Ariane Group, Airbus, Thalès Alenia Space... et ses milliers d'emplois (voire dizaines de milliers).

Du missile stratégique M-51 aux activités lanceurs Ariane, au satellitaire, en attendant l'éclosion d'un écosystème "New Space" structuré autour de projets régionaux et pôle de compétitivité comme Aerospace Valley, le grand sud-ouest dispose des armes pour pérenniser et accroître les capacités nationales en matière de défense par et depuis l'espace.   


vendredi 12 juillet 2019

Doctrine spatiale : priorité nationale, enjeu européen


Ce 14 Juillet 2019, l'Espace devrait occuper une place prépondérante en parallèle des traditionnelles cérémonies militaires. Emmanuel Macron doit s'exprimer sur le sujet et présenter la "doctrine spatiale" nationale. Car en effet, le contexte international fait plus que jamais de l'espace stratégique souverain, une priorité nationale. Et plus encore, un enjeu européen.

Ci-dessus: décollage d'Ariane 5 à Kourou, en juin 2019, pour la mission VA-248. D'ici un an, Ariane 6 effectuera son premier lancement - CNES


Le Président de la République Emmanuel Macron doit axer une partie de son discours aux Armées le 13 juillet sur la stratégie spatiale du pays. Un discours qui présentera les grandes lignes de notre nouvelle "doctrine spatiale", une doctrine ayant vocation à comprendre un important volet européen. 

Toute la difficulté dans la rédaction de ce billet résidera donc pour nous dans le besoin de présenter des enjeux à la fois militaires... et civils, à la fois français... et européens.

L'espace, comme le cyber-espace, sont devenus en quelques années des priorités des grandes puissances militaires. Si dans le second domaine, la France opère une discrète mais néanmoins sérieuse montée en puissance depuis le mandat de Jean-Yves le Drian à Brienne (2012-2017), le spatial, où la France est un challenger reconnu (dans l'ensemble des domaines), a très vite été identifié depuis l’élection d'Emmanuel Macron comme un secteur clé à renforcer, un rapport ayant été commandé et élaboré en 2018, avant d'être remis à la ministre Florence Parly.

Initialement prévue pour être dévoilée fin 2018, la stratégie, ou "doctrine" spatiale a donc l'occasion avec les cérémonies du 14 juillet de s'offrir une tribune exceptionnelle. Un week-end important pour les ambitions souveraines de la France, alors que le 12 juillet est mis à l'eau le SNA Suffren.

Si l'espace est depuis longtemps une clé pour les opérations militaires (du renseignement image à la dissuasion nucléaire), c'est bien entendu le contexte international qui guide désormais la stratégie française. Si les USA demeurent ultra-dominants, la Russie reste crédible, et la Chine, avec ses dizaines de lancements à vocation militaire annuels, conteste déjà le leader américain. D'autres Etats, comme Israël, l'Inde (qui a tiré en mars en missile anti-satellite, avec des conséquences mal contrôlées...) ou le Japon affiche des ambitions prometteuses.

Dressons un état des lieux des domaines où la France va, et pourrait progresser.


Les satellites au cœur de la bataille

A la fois centres névralgiques (comparons la "toile" satellitaire à des réseaux de neurones, parfois différenciés, parfois entrecroisés) de multiples opérations, civiles comme militaires, vitales pour notre société ultra-numérisée et mondialisée, et aussi véritables poumons du marché, les satellites sont aujourd'hui plus que jamais l'enjeu majeur.

De leur nombre, de leurs capacités, et de leur niveau technologique dépendent bien des solutions dites "souveraines". L'exemple le plus connu est bien entendu le GPS américain, dont aujourd'hui, toute grande puissance spatiale, Europe comprise avec son Galileo, cherche à se détacher par souci d'indépendance. 

C'est ainsi qu'en matière militaire, la "revue stratégique" tout comme la LPM 2019-25 (loi de programmation miliaire) prévoient que le libre accès et l’utilisation de l’espace exo-atmosphérique sont des conditions de notre autonomie stratégique. Un investissement de 3,6 milliards d'euros pour le renouvellement des capacités spatiales françaises doit consolider « nos capacités nationales de surveillance de l’espace exo-atmosphérique (Space Surveillance and Tracking, SST) et de connaissance de la situation spatiale (Space Situational Awareness, SSA), notamment par le renforcement du Commandement Interarmées de l’Espace et du Commandement de la Défense Aérienne et des Opérations Aériennes ».


Sur le blog: Le renouvellement des capacités spatiales stratégiques est lancé



Ainsi, on se rappelle en décembre dernier du lancement du satellite CSO-1. Fabriqué par Airbus Defence & Space et Thales Alenia Space, CSO-1 (pour composante spatiale optique) vient suppléer Helios II au service des capacités d'imagerie à destination du renseignement militaire. C'est surtout la première pièce du renouvellement de l'ensemble des capacités spatiales de défense pour la prochaine décennie.
A moyen terme, ce sont 3 satellites CSO, 3 satellites CERES (capacité d'écoute et de renseignement électromagnétique spatiale) et 2 satellites SYRACUSE IV (système de radiocommunication satellitaire) qui seront mis en orbite dans le cadre du renouvellement des capacités françaises.


Dans son désormais célèbre discours de Toulouse en septembre 2018, la ministre des Armées Florence Parly avait cité la nécessite de se doter de moyens défensifs ET offensifs dans le but de protéger notre réseau de satellites à vocation stratégique.

Car si la France est plutôt bonne élève en matière de SST (Space Surveillance and Tracking), notamment grâce à son système GRAVES (Grand Réseau Adapté à la VEille Spatiale) développé par l'ONERA pour la DGA et capable de détecter les satellites (ou autres objets, y compris des débris) orbitant au-dessus de la France métropolitaine à une altitude inférieure à 1 000 kilomètres (orbite basse), ou encore les outils de GeoTracking fournis par Airbus, elle ne dispose d'aucun moyen de défense "concret". Or, lorsqu'un satellite étranger, russe par exemple, vient "renifler" l'un des nôtres, la seule solution revient à couper toute activité, en attendant patiemment que l'intrus s'éloigne...

C'est pourquoi des organismes comme l'ONERA pensent donc à des solutions plus "dissuasives", et autres que le missile, un choix qui rebute en raison de la dispersion de débris qu'il provoque sur des orbites qui toucheront tout le monde. C'est le cas justement du projet de laser annoncé par l'ONERA le 7 juin dernier, une arme laser antisatellites capable de rendre inopérants des cibles situés entre 400 et 700km d’altitude. De les griller sans les détruire. Reste la limite inhérente à l’utilisation des lasers, la météo !

D'autres solutions, plus radicales, viseraient à doter chaque satellite militaire de moyen d'autodéfense, ou de disposer d'une navette dronisée capable d'intervenir, tel le X-37B américain (nous y revenons plus bas). Enfin bien sûr, il y a le cyber.


Ariane 6 et les nouvelles générations de lanceurs

Passons maintenant à l'échelle continentale. Côté européen, si nombre de capacités militaires sont partagées avec des pays alliés, comme l'Allemagne ou l'Italie, l'Europe doit permettre de garantir, avant toute chose, la pérennité de nos lanceurs, ce qui passe par le volet commercial et la passation de marché dans le lancement de satellites. A ce jour, le compte n'y est pas, et des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent en faveur d'un "Buy European Act". Vous retrouverez ici une problématique bien connue du monde de l'armement...

Ce qui nous amène donc aux lanceurs Ariane, et Vega.

Si les coopérations internationales de l'agence spatiale française, le CNES, et de l'agence européenne, l'ESA, sont une force inestimable (notamment avec la Russie, et surtout la Chine, que la NASA américaine délaisse), le fait qu'un satellite français de l'importance de CSO-1 ait été lancé depuis Kourou... sur Soyouz russe a hérissé les poils de nombreux observateurs. Effectivement, il est difficilement compréhensible de dénoncer en septembre l'espionnage d'un satellite franco-italien par un satellite russe, pour 3 mois plus tard lancer une des composantes principales d’observation orbitale via un lanceur russe. 

Si la problématique et ces logiques de coopérations sont évidemment plus complexes qu'il n'y paraît, la nécessité de disposer d'un panel complet de lanceurs européens est réelle. Du nano satellite électrique de quelques dizaines de kilos au satellite lourd de plusieurs tonnes, l'Europe doit pouvoir grâce à Ariane et Vega, tirer tous les types de charge, et ce fréquemment, et à moindre coût.

Vue d'artiste d'Ariane 6.4 - Ariane Group

Jusqu'à maintenant, c'est la formidable Ariane 5 qui fait le prestige de l'Europe. Lanceur ultra fiable, Ariane 5 est néanmoins devenu trop cher (+/= 100 millions €) pour un marché désormais très concurrentiel depuis l’avènement de Space X et consorts.
A partir de 2020, c'est Ariane 6 qui débutera sa carrière, avec deux configurations (Ariane 6-2 et Ariane 6-4, selon le nombre de boosters) et un coût de lancement largement réduit (70 millions d'euros ?) grâce à des process industriels optimisés.

Vega, qui vient de connaitre ce 11 juillet 2019 son premier échec en 15 lancements, est capable de tirer de petits satellites pour un coût estimé à 30 ou 40 millions d'euros.

L'optimisation des coûts et l’avènement d'Ariane 6, conçu pour évoluer très rapidement même après son entrée en service, doit sauver le marché européen, mais il nécessite actuellement des sacrifices. C'est ici la suppression de 2300 postes chez Ariane Group d'ici 2023. Il est alors fondamental que l'Europe propose dans les mois qui viennent une feuille de route industrielle, afin de redonner un élan à l'ensemble du secteur.

Aussi sur le blog: L'avenir du spatial européen s'est il assombri ?


Les travaux sur les lanceurs réutilisables seront eux fondamentaux, et les industriels européens, qui n'y croyaient pas il y a encore 4 ou 5 ans, sont désormais à la manœuvre sur ce créneau.

Se pose enfin la question des sites de lancement, dont le panel pourrait bien s'élargir avec la profusion de nouveaux lanceurs, en particulier privés. Dans le contexte du "New Space", il s'agira éventuellement de proposer des solutions nouvelles et plus variées.
Kourou, en Guyane française, héritière de Hammaguir dans le Sahara Algérien, offre une solution évidente de par sa proximité avec l'équateur. Les contraintes cependant, se situant elles dans l'éloignement du continent européen, et dans son climat tropical qui rend le travail sur place difficile.

Fin 2018, un appel à projet a été lancé par le gouvernement portugais lors du Congrès international de l'astronautique pour la construction à horizon 2021 d'une base de lancement destinée au petits lanceurs sur l'île de Santa Maria, dans l'archipel des Açores. La nouvelle fut accueillie très froidement par Arianespace,  qui y voit une concurrence à Kourou, tandis que l'ESA a préféré tempérer les remous causés par cette annonce, en rappelant qu'il ne s'agissait que d'un projet. Ailleurs en Europe, le Royaume-Uni s’intéresse à un site en Ecosse, et l’Espagne pense aux Canaries.


Saisir les opportunités du New Space

Ce qui nous amène au New Space, qui peut se définir comme le nouvel écosystème économique du monde spatial, un écosystème tiré par des acteurs non-traditionnels du secteur, et dont le mérite principal est d'avoir véritablement su donner un nouvel élan à la conquête spatiale ("conquête", ou "exploration", cela dépendra de la doctrine, voire de la sensibilité).

Par nature, le spatial nécessite, afin de garder des capacités souveraines, de pouvoir compter sur un écosystème technologique particulièrement complet. Par exemple, outre les domaines déjà cités, et pour entrer dans des considérations plus techniques, nous penserons la capacité à fabriquer des cellules solaires et batteries toujours plus performantes, capables d'encaisser les radiations. Ou bien les amplificateurs à tubes utilisés pour amplifier les signaux radiofréquences et dont Thales est un spécialiste mondial, les gyroscopes, ou encore les détecteurs infrarouges.
Mais avec le New Space, les champs s'élargissent considérablement. Et c'est bien là une chance pour l'Europe, qui dispose de multiples atouts, privés mais aussi publics, en matière de R&D dans les hautes technologies, ses équipements se retrouvant déjà sur un nombre considérable de missions dans partout dans le système solaire.

Pourtant, l'Europe patine. Habituée à des logiques programmatiques lourdes, son temps de réaction face aux acteurs du New Space, en premier lieu américains, a été beaucoup trop long, avant qu'un vent de panique, puis une remise en ordre de marche, ne viennent successivement réordonner le secteur. 
A la France, comme à ses voisins européens de structurer cette économie, notamment via des mécanismes de financements adaptés, et avec l'aide des grands groupes industriels comme Ariane. Et de profiter ensuite des formidables opportunités qui se présentent. Nous citerons les multiples technologies duales, dans la santé notamment, et, plus encore que le très médiatique tourisme spatial, une pratique à vocation stratégique s'il en est: l'exploitation des ressources de l'espace. 

Concept d'exploitation des minerais d'un astéroïde, par DSI, devenu Bradford Space Inc.

Barack Obama a ouvert la voie à cette exploitation en légiférant dès 2015 (nous l'évoquions alors sur le blog !). En Europe, c'est, dans un soucis de diversification de son économie, le Luxembourg qui a misé sur ce marché en légiférant en juillet 2017, s'appuyant sur des expertises internationales, dont celles de la Banque Européenne d'Investissements et de l'ESA. Les pays du Golfe ont annoncé qu'ils feraient de même.

3 ans à peine après la mission Philae de l'ESA, avec la réussite actuelle de sa mission Ayabusa-2, le Japon démontre lui aussi sa capacité à orbiter à se poser sur un corps céleste pour recueillir des échantillons (mais également sa capacité à l'impacter avec un tir de précision ! Un message pour son voisin chinois ?). 



Pour clôturer cette partie sur le New Space, nous pourrons enfin nous appuyer sur le tout récent document d'orientation de l'Agence de l'Innovation de Défense, publié ce 11 juillet, qui donne pour mission à l'Agence et au Ministère des Armées de s’appuyer sur l’expertise du CNES et de soutenir l’émergence d’une filière nationale duale du « New Space » sur les enjeux de miniaturisation et de réduction des coûts, cela dans le but de soutenir les capacités stratégiques et leur renouvellement.


De grands projets pour de grandes ambitions

Revenons-en au contexte international. L'espace est pour les puissances majeures, comme émergentes, tout autant une nécessité stratégique qu'un objet de prestige. La Lune fit l'objet d'une course durant la Guerre Froide, et redevient attirante pour la décennie qui se présente. Avant Mars, un jour.
Moribond il y a encore 10 ans, quand la NASA peine à justifier l'existence de ses programmes, le secteur spatial s'apprête à connaitre un nouvel âge d'or, sur fond de rivalités internationales et de prouesses scientifiques.

Bien entendu, plus que des robots, des drones... il faut envoyer des hommes et des femmes dans l'espace. La France a connu le formidable engouement autour de la mission de Thomas Pesquet en 2016 et 2017, qui lui, repartira bientôt.

En attendant, tentons d'imaginer les quelques grandes orientations qui pourront émerger de la nouvelle doctrine spatiale française:

  • La France doit-elle se doter d'une "Space Force" ?
Donald Trump avait surpris son monde, une fois n'est pas coutume (!), en annonçant la création d'une "Space Force", un commandement spécial chargé de l'espace au Pentagone. Est-ce bien pertinent ? Et pourrait on prendre ce chemin ?

En France, le « Commandement interarmées de l’espace », ou CIE, s’appuie sur quatre bureaux (politique spatiale et coopérations, préparation de l’avenir, emploi et coordination et maîtrise de l’environnement spatial) ainsi que sur 6 sections (observation, écoute, surveillance de l’espace, alerte, télécommunications et navigation-positionnement-datation) et un centre d’opérations espace.

C'est la grosse côte parmi les annonces : dans l'Armée de l'air, on se plait déjà à imaginer prendre la direction des affaires, comme le citait récemment le CEMAA: « L’espace est pour l’aviateur la prolongation évidente du milieu aérien ». Et institution s'imagine déjà prendre le nom d' « Armée de l’Air et de l’Espace »
Il existe bel et bien une bataille doctrinale sur le sujet, que l'on retrouve aux USA. Alors que l'US Air Force gère déjà des programmes comme la navette (drone) X-37B, et par nature la surveillance du ciel, l'affirmation selon laquelle l'espace est le prolongement du ciel est désormais largement remise en cause, au profit d'une vision selon laquelle ce milieu doit développer ses propres concepts stratégiques, ces derniers ne devant en aucun cas être biaisés par les doctrines et concepts des forces armées traditionnelles... Tout comme la puissance aérienne a dû prendre son indépendance, elle qui n'était qu'un prolongement des forces terrestres ou maritimes.

Le mystérieux X-37B américain, photographié en orbite par un astronome amateur en 2019

En janvier, dans un rapport remis à la Commission de la Défense et des forces armées de l'Assemblée Nationale, les députés Olivier Becht et Stéphane Trompille proposaient la création d'une "Force spatiale" sous l'autorité directe du Chef d'état-major des Armées ainsi que d'une "Haute Autorité de Défense Spatiale" placée directement sous l'autorité du Premier Ministre en lien direct avec le ministre des Armées.

Une telle annonce ne serait donc pas si surprenante à Paris. Il s'agira également de conforter le CNES dans son rôle dual.

  • Une navette française ou européenne ?
Un autre sujet brûlant est celui des véhicules manoeuvrants, dont l'intérêt stratégique va de soi. Fin 2018, Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation déclarait: « Qui contrôle l'espace, contrôlera ce qu'il y a en dessous. Il faudra être dans l'espace avec très certainement des avions spatiaux à un horizon de 15 à 20 ans (...) Si on vole dans l'espace, Dassault Aviation peut y être et doit y être ».
Effectivement, Dassault se montre plutôt proactif sur cette question, avec encore quelques pistes lâchées par son PDG Eric Trappier lors du Paris Air Forum, le 15 juin dernier: « On commence à maîtriser l'espace pas seulement en y allant et en en revenant, mais aussi en s'y promenant. Cela peut intéresser les avionneurs de combat et en particulier Dassault de pousser un peu plus la frontière. (...) Il faut accentuer et accélérer la volonté de coopération européenne dans ce domaine ».

L'idée est certes séduisante, mais étant donné le coût, à ce jour non dévoilé, d'un tel programme, que seuls les USA avec leurs X37-B, et la Chine avec Shenlong, semblent pouvoir mener, la coopération à échelle européenne s'avère obligatoire. 

Le Space Rider, future navette non-habitée de l'ESA, est notamment développée par Thales

Faute de solution nationale low cost, même si Dassault justement, a travaillé sur des projets de navettes autonomes, il existe bel et bien une piste crédible: le Space Rider.
Thales Alenia Space et la compagnie italienne ELV (European Launch Vehicle) se sont vus confier en novembre 2017 un contrat de 36,7 millions d'euros dans le cadre du programme Space Rider, qui fait directement suite au démonstrateur IXV, qui a volé en 2015.
Envoyé par le lanceur Vega-C depuis Kourou, Space Rider pourra dans quelques années, après un premier vol en 2021, emporter des charges utiles de 800 kg pour des missions diverses. Réutilisable, il sera surtout muni d'un bras robotisé.

A vocation civile, d'abord au sein de l'ESA, mais plus tard chez Arianespace, on peut facilement imaginer un emploi plus stratégique pour le Space Rider.
Dans un entretien chez Aviation Week en juin, Eric Trappier, qui porte également la casquette de Président du GIFAS, citait justement le programme: « Je peux voir où les Chinois veulent aller - un avion spatial. Je peux voir les États-Unis réagir. Il y a beaucoup de créativité aux États-Unis. Nous devons suivre cet exemple sans nous contenter de copier. L'Europe doit pouvoir se rallier et conserver son autonomie dans l’espace. De plus, l’espace militarise. Nous ne pouvons pas être laissés pour compte. Un autre problème est l’accès aux données de l’observation de la Terre. Donc, le Space Rider est une petite contribution à quelque chose de plus grand. Les Chinois progressent rapidement dans l'aérodynamique et l'hypervelocité. Nous pouvons (Dassault Aviation) apporter certaines capacités dans le programme Space Rider, ce qui serait la réponse de l’Europe ».

Mais là encore, un tel projet rencontrera des divergences politiques et doctrinales. Il s'agira de passer outre. Une impulsion dans ce domaine est donc attendue, et certains industriels semblent convaincus. Reste à savoir si nous avons les moyens, et la volonté, d'inscrire cela dans un cadre purement national et stratégique, ou dans un cadre européen plus large et dual.

  • La résilience de notre réseau satellitaire
Plus qu'une politique de puissance, la France vise l'indépendance. Dans un tel cadre, les capacités défensives sont fondamentales, et les capacités offensives servent la dissuasion. La priorité est alors de pouvoir disposer de capacités crédibles, car non seulement performantes, mais aussi et surtout extrêmement résilientes. 

Si certaines puissances ont tenu a démontrer leur capacité à cibler et détruire un satellite en développant des missiles dédiés, la menace la plus directe aujourd'hui est la cyber-menace.
Or, on trouve quelques solutions dans le rapport parlementaire d'Olivier Becht et Stéphane Trompille: pouvoir disposer de constellations de satellites, et/ou de moyens de lancement rapides de fusées emportant un satellite à partir "de drones spéciaux de type ALTAIR développé par l'Onera ou de type Pegasus de Dassault", et ce afin de combler les pertes en cas d'agression, soit par la masse, soit par des lancements en urgence.
Une autre solution prônée par le rapport parlementaire, déjà presque "sur étagère, s'incarne dans le recours aux pseudo-satellites comme le Stratobus de Thales Alenia Space ou le Zephyr d'Airbus Defense & Space.

Le Stratobus de TAS débutera sa carrière commerciale en 2022. Il pourrait jouer un rôle fondamental sur certains théâtres.

Ces "pseudo satellites de haute altitude", ou HAPS, sont en phase finale de développement et devrait pouvoir se faire une place, notamment dans les armées européennes. Problème et limite, ces appareils ne sont pas adaptés au contexte de guerre de haute intensité.

Le drone solaire Zephyr d'Airbus, intéresse notamment l'armée britannique 

Quid du satellite à communication quantique ? Disposant d'un chiffrage "quantique" supposé indéchiffrable, la Chine semble en avance dans ce domaine. Elle qui a tiré un satellite de ce type en août 2016, espère disposer d'un réseau quantique aux environs de 2030. Ses investissements en la matière se comptent en dizaines de milliards, ce qui rend cette technologie inaccessible pour des puissances moyennes... jusqu'à preuve du contraire, la France n'étant pas inactive dans ce domaine.

  • Le droit !
Si l'ont en croît les diverses déclarations entendues cette année, principalement depuis le discours de Florence Parly à Toulouse, la France, dans un désir d'indépendance et de souveraineté, s'inscrit dans une posture basée sur son droit de légitime défense : « Nous allons continuer à avoir une stratégie défensive  mais nous ne nous interdisons pas d’avoir une stratégie plus offensive » (Florence Parly).
Mais en parallèle de toute action, toute doctrine, toute stratégie, la France peut tenter de jouer un rôle, qui historiquement lui plaît, celui de leader sur le plan diplomatique, dans un domaine où tout reste à faire, ou plutôt à refaire... puisque depuis le Traité sur l'espace de 1967, le corpus tient sur des principes que l'on qualifiera désormais d'idéalistes.

Car cette militarisation de l'espace qui ne dit pas son nom, fruit d'une partie d'échec avec au centre le contrôle des réseaux et l'exploitation des ressources, ne peut pas, ne doit pas se dérouler dans dans une sorte de no man's land juridique. La France, qui se veut toujours respectueuse du droit international et qui prône la diplomatie avant tout, doit non seulement proposer des initiatives pour un nouveau droit spatial international, mais peut de façon plus simple, d'ores et déjà commencer à initier des mesures nouvelles au plan national comme européen. Le secteur du New Space est sur ce point en première ligne.