mercredi 24 février 2021

L'Indonésie espère bien commander 36 Rafale en 2021

Le Chef d'Etat-Major des forces aériennes indonésiennes a publiquement confirmé que Jakarta entendait à très court terme se doter de 36 Rafale français et 8 F-15EX américains.

Ci-dessus: des Rafale français lors d'un exercice en Inde - Armée de l'Air


La rumeur de décembre dernier semble se préciser, contentant, et c'est un fait rare, Français et Américains. En effet, le maréchal Fajar Prasetyo, CEMAA indonésien, a déclaré ce 18 février que la volonté du pays était de se doter rapidement de Rafale et de F-15EX. Plus précisément, 36 Rafale, et 8 F-15EX (partie d'un plan d'acquisition plus vaste auprès des USA). 

Déjà en décembre, la ministre française Florence Parly avait confirmé en personne que des discussions "très avancées" existaient pour la commande de 36 Rafale. 

Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation a tout de même récemment mis un frein en précisant que la crise sanitaire ralentissait grandement les négociations.

Autre mise en garde: l'Indonésie n'est pas le premier Etat où un haut responsable militaire déclare une telle chose. On se souvient par exemple du cas irakien début janvier.



Pour la France comme l'Indonésie, il s'agit d'entretenir là un positionnement stratégique. Dans le même temps, le choix du dernier F-15 de Boeing (un chasseur lourd) est aussi un signal envoyé par Jakarta à toute la région. 

Il y a en tout cas de quoi espérer. Doucement mais sûrement, le Rafale pourrait bien se rapprocher des chiffres export du Mirage 2000.

lundi 22 février 2021

Lancement du programme stratégique SN3G

Le ministère des Armées a lancé le programme de réalisation des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de 3e génération, surnommé "SNLE 3G", ou dans le milieu SN3G. Les études de développement seront menées jusqu'à 2025, tandis que l'entrée en service est prévue pour 2035.

Illustration ci-dessus: vue d'artiste SN3G - DGA


Après le nouveau porte-avions, la ministre Florence Parly annonce donc le lancement du remplacement de la force océanique stratégique et de ses 4 SNLE.
Ces sous-marins nucléaires lanceur-d 'engins sont, technologiquement parlant, ce qui se fait de mieux au monde. Le premier entrera en service en 2035, et le quatrième et dernier en 2050.

Derrière Naval Group qui est maitre d'œuvre (tandis que TechnicAtome aura la charge des chaufferies nucléaires), il y a la DGA et le CEA.

Vitaux pour la nation, ces bâtiments de 150m de long pour 15 000 tonnes de déplacement en plongée pourront embarquer chacun 16 missiles balistiques M51 (dans ses dernières itérations). Il seront dotés d'un équipage de 110 marins. Ces données préliminaires font du SN3G un sous-marin plus grand que ses prédécesseurs, mais embarquant moins de personnels. 

Annoncé plus furtif sur tout les points d'après les études préliminaires, on en sait relativement peu sur les technologies très classifiées du SN3G. Tout comme le coût du programme, qui demeure confidentiel. 

Sur le plan industriel, ce sont sur la période, 3000 emplois hautement qualifiés et non délocalisables. Naval Group met en action l'intégralité de ses sites, y compris en Aquitaine avec les superbes installations de Ruelle près d'Angoulême. Y sont notamment développés des instruments virtuels de tout premier ordre. 


vendredi 19 février 2021

Avec Perseverance, quelques bouts de France sur Mars

 

Avec Perseverance, un nouveau rover martien va pouvoir entretenir les rêves des passionnés d'espace. Cette mission exceptionnelle de la NASA, qui s'inscrit dans un mois décidemment bien martien, a fait l'objet d'une attention toute particulière en France.

Illustration ci-dessus: NASA/JPL-Caltech


Hier soir, effervescence teintée d'un stress immense dans les locaux du CNES à Paris. En présence du chef de l'Etat, les équipes françaises suivent le très périlleux atterrissage (le mot est évidemment biaisé !) sur Mars de la sonde qui doit in fine déposer le rover Perseverance, qui représente une tonne de haute technologie.

18 février 2021 vers 22h, heure de Paris: mission accomplie ! Un nouveau rover de la NASA est donc sur Mars, au cœur du cratère Jezero, avec pour objectif d'y déceler ou non des traces d'une vie passée. 

S'il s'agit bien d'un évènement exceptionnel, d'ailleurs dignement célébré au niveau international, la France avait fait de cette mission américaine un objectif très important, comme en témoigne le déplacement d'Emmanuel Macron au CNES.
En effet, la participation des laboratoires français est une nouvelle fois très conséquente, et concerne notamment le désormais fameux instrument "SuperCam".

Haute définition, SuperCam est un ensemble instrumental réunissant 5 techniques de mesures différentes. Composé de 3 spectromètres (LIBS, RAMAN et Infrarouge). 6 kg de haute-technologie issu de la recherche franco-américaine, il a été développé par le CNRS, le CNES, et toute une série d'acteurs comme le Laboratoire d'astrophysique bordelais.  
Si des premières images, en noir et blanc, ont été publiées afin de confirmer au monde que le rover est bien posé, il ne s'agit pas toutefois des images dudit SuperCam, qui lui va être mis en service dans les prochaines heures.



Mais outre la technologie, il y a bien un véritable morceau de France sur Mars avec Perseverance. La mission Mars 2020 emmène en effet des éléments de roche terrestre pour des besoins de calibrage, et précisément du calcaire Lunel prélevé en 2016 dans les carrières du Boulonnais !

Mais pour la France comme pour l'Agence Spatiale Européenne (citons aussi les Russes), le vrai défi arrive en 2022 et 2023, avec la mission ExoMars. A ce jour,  seuls les américains ont réussi à poser des rovers sur la planète rouge. 

Un mot enfin pour revenir au plan stratégique, la France vient de lancer une nouvelle phase du Programme Syracuse 4. La DGA a notifié à Thales et Airbus, le développement d’un système de radiocommunications utilisant un satellite Syracuse IV, permettant d’assurer des communications militaires sécurisées et résistantes au brouillage. 

Les Syracuse 4A et B seront lancés en 2022 et 2023, puis un 3ème en 2030.


mercredi 17 février 2021

Barkhane maintient sa posture... pour l'instant


Ce début de semaine était marqué par un nouveau très attendu sommet du G5 Sahel. Emmanuel Macron y a finalement conforté la posture "renforcée" de Barkhane. Mais 2021 devrait tout de même marquer un tournant qui mènera à, si ce n'est un désengagement, une réorganisation massive. 

Illustration: la force Barkhane au Mali, accompagnant les forces locales - EMA


Alors que les résultats et la légitimité de l'opération Barkhane sont grandement discutés en France, après 8 ans d'intervention, ce sommet du G5 Sahel des 15 et 16 février était très attendu. 
Paris, sans réelle surprise, y conforte cependant ses objectifs, et maintient la posture de la force Barkhane.

En effet, l'annonce d'un début de désengagement, de plus en plus réclamé en France, aurait été un signal fort mal compris par des alliés sahéliens que l'on accuse désormais de ne pas assumer leur rôle dans la région. Mais non, Emmanuel Macron le confirme, il n'y aura pas « d’ajustement du dispositif dans l’immédiat », tranchant même sur la question du retrait, la qualifiant d'erreur. Il évoque cependant des évolutions significatives à moyen terme. 

Barkhane (et son volet FS) présente en 2020 un bilan tactique honorable, bilan qui reste mal compris - à moins qu'il ne soit mal présenté - par l'opinion publique et les médias en France.

Toutefois, 8 ans c'est trop, bientôt la plus longue OPEX depuis soixante ans.

Désormais, la zone des trois frontières (Mali, Burkina Faso et Niger) va faire l'objet de toutes les attentions. Le Tchad va y déployer 1 200 hommes, et les renforts européens de la TF Takuba (Estonie, Rep.Tchèque, Suède...) arrivent progressivement, avec des hélicoptères. Des indiscrétions font état de la participation prochaine des forces spéciales italiennes, ce qui sera pour sûr une annonce très importante.

Les forces françaises, elles, ne le cachent pas, elles visent maintenant la neutralisation des chefs terroristes afin de désorganiser les mouvements. 

Le schéma qui se présente est donc, assez clairement, le suivant: Barkhane demeure en l'état, avec ses bataillons, mais va glisser au fur et à mesure de l'internationalisation des opérations ("sahélisation" + européanisation"), d'une OPEX classique vers un format anti-terroriste plus agile.
Mais cela veut dire que les moyens devront suivre afin de permettre cette transformation qui donnera le beau rôle à la mobilité. L'accroissement de la flotte de drones Reaper, qui a pris du retard, sera un pilier (tant pour le renseignement que pour les frappes) de ce modèle "light footprint".

Tout ça bien sûr, concerne le volet sécuritaire. Concernant les volets politiques et économiques en BSS, dont les problématiques sont tout aussi profondes qu'endémiques, tout reste à faire.


lundi 15 février 2021

A la fin... Photonis reste français !


Après un drama qui aura animé toute l'année 2020, c'est finalement une holding d'investissement française, HLD, qui devrait racheter Photonis, spécialiste de l'optronique. Le montant de l'opération serait de 370 millions d'euros. 

Illustration: Photonis


Dans l'organe de visée de l'américain Teledyne depuis plus d'un an, la société Photonis (Brive, Mérignac), entre autres spécialisée dans la haute technologie d'optronique militaire, et notamment la vision nocturne, devrait finalement être cédée par le fonds Ardian (qui était vendeur) à la holding d'investissement HLD.

Selon les Echos, qui révèle cette opération de rachat imminente, la vente doit se faire pour une somme de 370 millions d'euros. Teledyne en proposait 500. L'objectif déclaré est de doubler le chiffre d'affaires à moyen terme.

On se rappellera que l'offensive de Teledyne aura donné lieu à un incroyable imbroglio épisodique, impliquant jusqu'aux ministres Bruno Le Maire et Florence Parly, avec au centre des enjeux, la sanctuarisation des activités stratégiques dites "souveraines". 
Maintes fois la vente aux Américains aura été annoncée, mais c'est finalement en décembre 2020 que Bercy et le MINARM, sous pression politique, auront finalement le dernier mot, en posant un véto définitif, et annonçant travailler sur une solution nationale. Un repreneur industriel était espéré, en vain.

Avec près de 1000 salariés, Photonis travaille sur des technologies telles que l'intensification de lumière utilisées dans les jumelles de vision nocturne, ou encore des instruments du Laser mégajoule.

Une solution qui devrait rassurer... mais cette affaire pourrait bien être l'arbre qui cache la forêt. Ces derniers jours en effet, Joe Biden, le nouveau Président américain aurait encouragé les géants américains à renforcer leurs offensives et à prendre des parts dans la tech européenne dans le but de limiter l'influence chinoise en Occident.