vendredi 16 avril 2021

Nexter dévoile son nouveau concept de canon ASCALON

Nexter a surpris son monde cette semaine en présentant ASCALON, un concept de canon allant jusqu'au 140mm et destiné à traiter les menaces lourdes actuelles et futures. Une annonce surprenante quand on sait que les Allemands, avec lesquels l'industriel français est engagé sur le programme MGCS, ne veulent entre parler que de calibre 130mm. 


Avec le visuel dévoilé cette semaine (et visible ci-dessus), le champion français du terrestre, Nexter, présente le concept ASCALON: Autoloaded and SCALable Outperforming guN

ASCALON se veut, selon les dires de son concepteur, «destiné à traiter les menaces lourdes de dernière génération tout en permettant d’anticiper les menaces du prochain demi-siècle ». Il met « à profit sa longue expérience du canon lisse de 120mm du char Leclerc, sa maîtrise des munitions télescopées ainsi que la maturité atteinte lors des tirs réalisés avec un calibre de 140mm ».

On parle donc ici d'un nouveau concept d'armement pour chars du futur, allant jusqu'au calibre de 140 mm, et disposant d'une puissance de 13 mégajoules, d'un « large choix d’effets terminaux », de munitions télescopées compactes et intelligentes pour des tirs directs ou indirects, de chargement automatique (évidemment), d'un recul permettant d'intégrer l'arme sur des blindés de moins de 50 tonnes, d'un effet blast maîtrisé (consultez la fiche de présentation).

L'industriel l'annonce mature à horizon 2025.

Cette annonce est elle si surprenante ? Nexter évoque une architecture ouverte conçue pour servir de base dans le cadre du programme franco-allemand MGCS, qui - sous direction allemande - doit comprendre rappelons le, un MBT successeur des chars Leopard 2 et Leclerc, ainsi que d'autres plateformes, dont des robots. 
Toutefois, on a pu lire de relativement abondants débats doctrinaux ces derniers mois qui opposaient Français et Allemands sur le choix du calibre principal futur. Pour résumer, Nexter pousse pour un 140 mm (testé avec succès sur Leclerc "Terminator", avec un gain en puissance de feu de 70%), face à des industriels allemands qui prônent eux l'évolution du 120 mm vers le 130 mm. 

Avec ASCALON, Nexter se présente donc, très en amont, avec un concept de rupture qui contredit ce qu'on a pu entendre ou lire jusque là. Alors, coup de force médiatique visant à démontrer la supériorité de l'innovation française face aux solutions prônées outre-Rhin  ? On aurait tendance à le penser. 

ASCALON s'impose quoiqu'il arrive comme un concept très prometteur pour de futures gammes de blindés.


mercredi 14 avril 2021

Les forces spéciales Terre retrouvent le milieu équatorial


Les forces spéciales Terre se sont entraînées en Côte d'Ivoire, avec un contingent plutôt inédit pour la période. L'occasion de retrouver un climat équatorial, peu pratiqué ces dernières années.

Images: Mathieu Houadec pour la Rep des Pyrénées/ COM CFST - Articles à découvrir ICI & ICI


Quelques médias ont pu suivre un exercice de tir important en Côte d'Ivoire. Ce dernier impliquait notamment trois hélicoptères du 4ème RHFS: un Tigre, une Gazelle (M134), et un Cougar. Ainsi que des opérateurs SAS du 1er RPIMa.

Nous nous étions habitués au même décor: du sable, du sable, encore du sable. Aussi ces images en milieu équatorial donnent un sentiment de... moiteur n'est ce pas ? Milieu africain peu entrevu depuis Sangaris en RCA (2013-2016), parmi les opérations successives d'Afghanistan, Sahel, Libye, Levant... mais milieu qui a largement marqué les OPEX françaises jusqu'au début des années 2000, et la Côte d'Ivoire justement.

Ce déploiement relativement conséquent - dans une période de fort engagement - montre un réel effort de la part du COS. L'entraînement vient précisément répondre aux besoins futurs de projection dans un court préavis.
Il a impliqué 60 personnels en tout. Le 4ème RHFS avec 3 hélicoptères donc, une patrouille SAS de la 3e compagnie du 1er RPIMa, et la compagnie de commandement et de transmissions des forces spéciales. 

Il s'agissait, outre l'action de déploiement rapide (à peine plus de 24h depuis le départ de France des hélicoptères par Antonov), de démontrer la capacité à aller au feu sur cet immense champ de tir de Lomo Nord en RCI.

Retour en France et dans le sud-ouest ces jours-ci, où 3 régiments du CSFT (4e RHFS + 1er RPIMa + 13e RDP) participent au grand exercice Athena. On en reparle.



vendredi 9 avril 2021

Pari impossible pour le Rafale en Ukraine


La France compterait proposer le Rafale dans le marché de renouvellement de la chasse ukrainienne. Une ambition qui semble compliquée à réaliser dans un contexte stratégique très tendu qui favorise largement les matériels américains. 


La crise ukrainienne a déjà par le passé impacté les contrats d'armement français, lorsque François Hollande annulait en 2014 la vente des navires Mistral à la Russie. Une mesure de rétorsion après l'invasion de la Crimée. 

Nouvel épisode en vue avec l'information largement diffusée il y a une dizaine de jours. La France tenterait de placer le Rafale en Ukraine, Kiev devant remplacer sa flotte de chasseurs d'origine soviétique, constituée de Mig-29, Su-24, Su-25 et Su-27. Ce plan « Air Force Vision 2035 » représenterait un marché de 30 à 45 appareils, pour 7,5 milliards d’euros.
Selon plusieurs sources, ce marché pourrait intéresser les Américains bien sûr, mais également les Suédois avec le Gripen de Saab, et les Français avec le Rafale de Dassault Aviation.

Alors le Rafale a t'il ses chances ? Oui selon l'Elysée, qui voit en Ukraine un créneau pour l'offre française, moins marquée "OTAN" que l'offre américaine probablement constituée de F-16v et F-18. 

Car la géopolitique s'en mêle, effectivement.

On peut affirmer sans ciller qu'un bon pourcentage des marchés d'armement - et particulièrement les chasseurs - sont conclus dans un cadre plus politique qu'opérationnel. A moins que cela serve simultanément ce double-objectif, comme c'est le cas du Rafale en Grèce, qui fait pour cette dernière à la fois office de mesure de réassurance, et de gain capacitaire. 
Et on ne le sait que trop bien en France, l'Europe de l'Est demeure la chasse gardée des Américains (cf les affaires polonaises).

Dans notre cas ukrainien, tous les feux sont rouges en l'occurrence. Le contexte est extrêmement tendu ces dernières semaines, à coup de manœuvres militaires aux frontières du Donbass sécessionniste. Les dirigeants à Kiev jouent pleinement la carte du rapprochement avec Washington et l'OTAN (dont elle n'est pas membre rappelons le !).

Enfin il y a aussi le problème des garanties financières, que Paris devrait assumer, comme c'est souvent le cas avec ce type de client "fragile".

Vous l'aurez compris, il ne semble pas y avoir la place pour autre partenaire que les Etats-Unis en Ukraine. La France y a certes déjà remporté des marchés de défense, mais pas d'une telle ampleur. De plus, Washington y veillera d'une part, afin d'y garantir ses marchés quasiment "captifs". Et d'autre part, Kiev semble obstinée à suivre cette voie atlantiste, et donc à ne pas emprunter celle d'un partenariat avec la France, partenariat probablement plus mesuré face à Moscou.

En conclusion, mettons d'ores et déjà une pièce sur la vente du F-16 Viper en Ukraine. 


mercredi 7 avril 2021

Nexter et Shark Robotics expérimentent leurs robots à Saint-Cyr

 
Rassemblement inédit de robots dans l'armée de Terre ces 30 et 31 mars, à l'initiative du CREC. Les constructeurs Nexter et Shark Robotics ont eu l'occasion de faire monter au front leurs robots sur le camp de Coëtquidan. Un exercice source de riches enseignements, avant un futur bouleversement doctrinal ?

Images publiées sur les réseaux: Challenges, Ouest France, Nexter et Shark Robotics, et l' EMIA.


Des images qui ont attisé la curiosité des historiques la semaine dernière sur le site de l'EMIA (école militaire inter-armes) de Saint-Cyr. Une petite invasion de robots, et pas n'importe lesquels, puisque parmi les plus modernes du monde. 

Nexter et Shark Robotics ont effet répondu présent pour un exercice piloté par le CREC (centre de recherches des écoles de Coëtquidan), consistant durant deux jours à évaluer le soutien que pouvaient apporter les robots terrestres en environnement urbain. 

Les expérimentations se sont déroulées selon trois scénarios: une action offensive, une action défensive (jour & nuit), et une action de combat urbain. Tous les scénarios ont été joués deux fois, avec et sans robots.

Ci-dessous en vidéo, un reportage de Ouest-France:


Nexter alignait une nouvelle fois le Themis (de l'estonien Milrem) surmonté d'un tourelleau de 20mm maison, le petit Nerva déjà bien connu et commercialisé, ainsi qu'une nouveauté, une mule électrique dénommée ULTRO capable d'emporter 600 kg.

Shark Robotics déployait de son côté sa mule Barakuda (connue elle depuis 2019) qui comporte de plus en plus d'options de matériels embarqués, dont notamment ce bouclier visible sur les photos.
L'autre star emmenée par la société rochelaise, c'est bien sûr le petit quadripède SPOT de l'américain Boston Dynamics, que Shark distribue en Europe depuis la crise sanitaire (voir lien ci-dessous). C'est la première fois qu'on peut le voir évoluer en France avec des forces combattantes.

L'ensemble du panel montre une force relativement homogène pour des débuts, le Thémis offrant l'essentiel de la puissance de feu avec son canon de 20 mm.
Pour les constructeurs français comme étrangers présents, il s'agit a priori d'une chance de pouvoir travailler avec une armée aussi opérationnelle que l'armée de Terre française. 

Si l'idée est bien d'évaluer les apports possibles de ces machines (soutien, couverture, reconnaissance), il s'agit également d'en déterminer les faiblesses. L'autonomie est un exemple.
On notera que contrairement à d'autres domaines (hum les drones hum !), l'armée de Terre progresse vite dans ses expérimentations (aussi en cours à l'AID), semblant vouloir développer une doctrine en matière de robotique de combat terrestre dans un délai relativement court. 
France et Europe possédant quelques pépites émergentes en la matière - qui attisent les convoitises - il s'agirait d'en profiter pleinement et de saisir les opportunités pour cette future branche du combat mécanisé.