mercredi 13 décembre 2017

Coup dur pour Dassault Aviation, qui annule le Falcon 5X !


Dassault Aviation engage le processus de résiliation du contrat Silvercrest conduisant à l’arrêt du programme Falcon 5X et annonce le lancement d’un nouvel avion avec une entrée en service en 2022.

Alors que tout roule pour son Rafale, proche de la centaine d'exportation (96), le secteur de l'aviation d'affaires continue de miner les ambitions de Dassault Aviation. Nouveau drama, et alors qu'il avait volé pour la première fois cette année, voilà que le Falcon 5X est annulé !

En cause, le moteur Silvercrest de Safran, définitivement pas au point. Déjà reporté, on n'évoquait pas dernièrement d'issue pour le projet avant 2020.

Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, annonce cependant qu'un nouvel avion (dérivé du 5X, qu'on ne met pas à la poubelle donc) verra le jour en 2022, mais motorisé cette fois par Pratt & Witney.


Communiqué ci-dessous:
Saint-Cloud, le 13 décembre 2017 – Dassault Aviation engage le processus de résiliation du contrat Silvercrest conduisant à l’arrêt du programme Falcon 5X et annonce le lancement d’un nouvel avion avec une entrée en service en 2022.

Le moteur Silvercrest de Safran, conforme aux spécifications du contrat, aurait dû être livré fin 2013 pour les essais en vol sur Falcon 5X.

Safran a rencontré des difficultés successives dans le développement de ce moteur.

En 2015 et 2016, des problèmes majeurs ont conduit Safran à proposer un nouveau calendrier se traduisant par un engagement de livraison de moteurs fin 2017 pour les essais en vol sur Falcon 5X. Sur ces bases, Dassault Aviation a été contraint de repousser l’entrée en service du Falcon 5X de 2017 à 2020, soit un retard de 3 ans. Cela a suscité l’inquiétude des clients et provoqué des annulations de commandes (12 en 2016).

Équipé de moteurs provisoires non conformes aux spécifications, le Falcon 5X a réalisé son 1er vol le 5 juillet 2017 et entamé une campagne d’essais préliminaire limitée par les capacités du moteur. Le comportement de l’avion s’est révélé conforme aux attentes.

À l’automne 2017, Safran a rencontré des problèmes sur le compresseur haute pression et a informé Dassault Aviation d’un retard supplémentaire et de nouvelles dégradations de performances, rendant impossible l’entrée en service de l’avion en 2020.

Au vu de l’ampleur des risques techniques et calendaires du Silvercrest, Dassault Aviation engage le processus de résiliation du contrat Silvercrest conduisant à l’arrêt du programme Falcon 5X et prévoit de lancer des négociations avec Safran.

« Le besoin des clients pour un avion long range et large cabine reste intact, déclare Éric Trappier, et j’ai donc décidé le lancement d’un projet de nouveau Falcon équipé de moteurs Pratt & Whitney Canada, reprenant le diamètre fuselage du Falcon 5X, avec un range de 5 500 Nm et prévu pour une entrée en service en 2022 »

lundi 11 décembre 2017

Trois grandes mesures pour réformer le MCO aéronautique dans les armées


La ministre des Armées Florence Parly se déplaçait ce lundi matin sur la base aérienne d’Évreux, d'où elle annonçait divers mesures vouées à réformer le secteur du maintien en condition opérationnelle dans les armées. Avec une disponibilité des matériels en berne, plus question pour la ministre de perdre du temps... et de l'argent.

Illustration: ci-dessus un H225M Caracal. L'appareil, conçu pourtant dans les années 90, connait un taux de disponibilité dans les armées françaises qui a fondu d'années en années. 31% en 2016 contre 34 en 2015. A l'inverse, son coût à l'heure de vol explose: 19 000 € en 2012 à 34 000 € en 2016 !


Le MCO (maintien en condition opérationnelle) aéronautique des armées, nous en avons souvent parlé sur ce blog, spécialité régionale oblige. Et la situation, vous le devinez, fleure bon avec la catastrophe industrielle, d'un point de vue opérationnel justement.
On ne refera pas - de nouveau - aujourd'hui l'inventaire de tout ce qui ne va pas s'agissant du MCO aéronautique, il suffit de lire par exemple l'un des articles parus ce jour dans divers médias.

Car en effet, l'heure est à la réforme selon la ministre des armées Florence Parly, présente sur la base aérienne d'Évreux ce lundi matin. Elle y annonçait les recommandations issues d’un rapport demandé à la rentrée à Christian Chabbert, un ingénieur général de l’armement.

Fil ci-dessous à dérouler:

Avec 4 milliards d'euros consacrés au MCO aéronautique, un chiffre conséquent, les résultats devraient être relativement probants. Malheureusement, ce ne sont que 44% des aéronefs des armées qui sont prêts à voler chaque jour. Si ce taux est respectable en opérations, autour de 80% il s’effondre à 30% en métropole...

Ces chiffres sont alarmants certes, mais ils sont le reflet d'une époque et d'une stratégie qui voient dans les armées modernes des flottes hétéroclites vieillir d'un côté (30,40,50, 60 ans !), de nouveaux appareils ultra-sophistiqués et en manque de maturité arriver dans les forces de l'autre, et au milieu des opérations extérieures extrêmement usantes pour les matériels (de l'altitude afghane aux sables corrosifs du Sahara, le matériel conçu pour des théâtres européens souffre comme jamais).

Florence Parly le 11 décembre 2017 sur la BA105 d’Evreux. Crédits : Aude Borel

La ministre ne compte pas remettre de l'argent sur la table (17 % du budget de la défense part en maintenance, dont 60% pour l'aéro), mais vise une réorganisation drastique. Le MCO aéronautique concerne trois entités phares au sein des armées. 16 000 personnels directement dans les forces; 1 400 à la SIMMAD, structure en charge de la maîtrise d'ouvrage;  4 500 au SIAé, service industriel de l'aéronautique et entité publique.
Problème: le MCO, cela fait 15 ans que l'on cherche à l'optimiser. C'est une bonne quinzaine d'audits et autres rapports parlementaires qui ont tenté d'en analyser les failles.

La volonté de Florence Parly, c'est d'acheter des matériels dans le but "de voler, pas de stocker".

L'idée de cette réforme repose donc sur trois mesures, "d’effet immédiat, qui concernent toutes les flottes d’hélicoptères et l’ensemble des contrats de MCO à échéance dans les dix-huit mois."


Une gouvernance plus efficace 


Création le 1er mars de la "direction de la maintenance aéronautique" (DMAé), qui remplace de facto la SIMMAD, en tant que service interarmées relevant du chef d’Etat-major des armées (et non plus Armée de l'air donc ! CQFD). La DMAé sera concentrée sur un nombre restreint d’activités, à plus forte valeur ajoutée. Son objectif de départ sera de "supprimer les interfaces inutiles, aligner les travaux dans une logique de performance, accorder des responsabilités globales de bout en bout et sans dilution". Et la ministre de citer une exemple à ne pas reproduire, celui du MCO de l’hélicoptère Tigre qui cumule 30 contrats différents. Il s'agira donc de "généraliser le recours à des contrats de soutien longs et globaux qui responsabiliseront de bout en bout un industriel unique".


Une meilleure coordination


Le recours aux plateaux industrie-forces et aux guichets logistiques industriels sur les bases aéronautiques sera systématisé. Mauvaise gestion des stocks de pièces détachées, ou documentation pas à jour sont des mauvaises pratiques à bannir urgemment. C'est là une véritable course à l'externalisation, ou plutôt, à une plus grande responsabilité des industriels. A eux de mettre en oeuvre les process les plus efficaces qui feront voler les machines qu'ils ont œuvré à construire. Ce point fait sens dans le contexte de la transformation digitale. Big data, impression 3D, réalité augmentée, maintenance prédictive... tous ces domaines propres à l’industrie 4.0 seront d'une aide sans précédent dans les domaines du MCO, et il est fort probable que les opérateurs privés bénéficient d'une avance, d'une agilité confortable dans la maîtrise de ces technologies. Autant la mettre à profit au plus vite.

Attention, nous parlons ici du MCO en métropole. Les armées conserveront les compétences et qualifications qui leur permettent d’agir de façon autonome sur les théâtres.


Un SIAé plus entreprenant



Enfin, le SIAé restera bien une entité publique ! Le rapport Chabbert préconise une étude de la possibilité de donner au SIAé davantage de liberté d’action, en matière d’achats industriels, de partenariats ou de ressources humaines. Quelle que soit l’option choisie au final, il restera une entité publique. Véritable "garde fou", il reste le garant d'une gestion souveraine des matériels, à l'heure où l'industrie s'européanise, quand elle n'est pas américanisée... 

Comme dit plus haut, ces décisions sont applicables immédiatement, avec des échéances dans les 18 mois. La ministre annonce attendre des résultats probants pour 2020, même si « le taux de disponibilité ne va pas grimper du jour au lendemain ». Restons lucides.


NB: et tant que nous y sommes, il faut rappeler qu'ADS SHOW, salon international du MCO aéronautique de défense, reviendra les 26 & 27 septembre 2018 sur la base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac.


vendredi 8 décembre 2017

Images fantastiques des Caracal des forces spéciales Air lors de Dark Dune #2 !


Jeudi 7 décembre 2017 s'est déroulée la deuxième session Dark Dune de l'année 2017. Deux MC-130J de l'US Air Force sont venus à Cazaux permettre aux pilotes de Caracal du "Pyrénées" de valider leur qualification au ravitaillement en vol, de jour comme de nuit. Et permettre aussi à l'Armée de l'air de nous offrir quelques images exceptionnelles !

Images © BA120/ARMEE DE l'AIR/ARMEES


L'US Air Force était de retour une fois de plus à Cazaux cette semaine, pour un nouvel exercice "Dark Dune", dédié au ravitaillement en vol des hélicoptères. 
Cette deuxième édition 2017 suit celle de mai, qui s'était déroulée sur la Base américaine de Midenhall en Angleterre. Elle avait lieu ce jeudi 7 décembre à partir de la base aérienne 120 de Cazaux, sur le bassin d'Arcachon.

Dark Dune permet aux pilotes de l'EH 01.067 « Pyrénées » de valider leur qualification au ravitaillement en vol, de jour comme de nuit.

Comme à l'habitude, ce sont deux MC-130-J américains qui ont permis la réalisation de l'exercice. L'Armée de l'air alignait le (joli) chiffre de trois H225M "Caracal". Pour rappel, le Caracal est à ce jour le seul hélicoptère français ravitaillable en vol, ce qui en fait l'instrument de prédilection des opérations spéciales.

S'agissant des avions de ravitaillement français, et en attendant que l'A400M puisse un jour réaliser cette mission sans danger*, la France a commandé 4 nouveaux C-130J, dont le premier a vient de voler et sera bientôt réceptionné par l'Armée de l'air. Cette commande de 4 appareils, passée en 2016, comprend deux KC-130J à même de ravitailler en vol nos hélicoptères. Ces deux appareils sont attendus en 2019.


* Les A400M qui reviennent dans l'Armée de l'air ces dernières semaines ont un standard tactique qui permettra le ravitaillement en vol d'autres appareils à voilure fixe. Des essais seront réalisés en France fin 2018. En Espagne, l'A400M a déjà procédé à des essais de ravitaillement en vol sur des chasseurs F-18.