samedi 22 avril 2017

Défense & Election Présidentielle, la France et ses alliances


Quitter l'OTAN, quitter l'UE, se rapprocher de la Russie... La Présidentielle 2017 serait-elle gagnée par un courant isolationniste sans précédent ? "Faux" vous répondront ces candidats qui prônent les dialogues et partenariats "avec tout le monde". Il n'empêche que rarement les alliances en vigueur depuis 1945 n'auront été si remises en cause. 

Illustrations: vues d'artiste du nouveau QG de l'OTAN actuellement en construction près de Bruxelles.

On termine cette série comparative des programmes pour l’élection présidentielle du 23 avril par la remise en cause, ou non, des alliances militaires de la France. Sujet complexe sur lequel on pourrait digresser des heures durant, il va malheureusement me falloir être plus expéditif aujourd'hui.


Quitter l'OTAN !? 

C'est LA nouvelle lubie d'une partie des candidats à la Présidentielle. Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau, Jacques Cheminade, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan,  et enfin Jean Lassalle sont pour un retrait de la France de l'Alliance Atlantique, ou a minima de son commandement intégré pour les trois derniers cités (intérêt ?).

Dans le désordre, ces candidats jugent l'Alliance obsolète car conçue pour un contexte de Guerre Froide et qu'elle n'a donc plus d'ennemi, dangereuse pour la souveraineté de la France dans le sens où elle nous installerait dans un confortable mais insidieux atlantisme qui nous entraînerait dans les guerres américaines (Ah ? L'exemple souvent invoqué est celui de l'Irak en 2003, où ne participait ni la France, ni l'OTAN), dangereuse également pour l'industrie française de l'armement et le format de nos armées.

6 candidats "otano-sceptiques", cela représente une majorité sur les 11 prétendants à l'Elysée. Et quand on sait que ni Nathalie Arthaud, ni Philippe Poutou - qui ne sont en fait jamais questionnés sur ces problématiques - n'ont pris position... 

En face, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, et François Fillon ne remettent pas en cause l'Alliance Atlantique. Toutefois, le premier recommande de ne plus intégrer de nouveaux membres (ce qui irrite la Russie), le second veut privilégier l'Europe de la Défense à l'OTAN, et le dernier annonce un rapprochement quasi historique avec la Russie.

Cette défiance vis à vis de l'alliance avec les USA, car c'est bien cela qui est visé, découlerait tout droit du courant populiste ascendant qui touche nos sociétés. La France d'abord.


Europe de la Défense, ou pas d'Europe du tout ?

Sur l'Europe de la Défense, il y a une grande divergence également. Sans surprise, les eurosceptiques n'y croient pas une seule seconde, et s'en détachent.

Nous retrouvons donc les trois mêmes (et seuls) candidats pro-européens  nous parler d'Europe de la Défense.
Benoît Hamon est le plus ambitieux en voyant l'Europe comme notre Alliance Militaire prioritaire, devant l'OTAN, proposant une "Union de Défense". Il espère faire exonérer les dépenses militaires des calculs brusselois du déficit public.
Tout comme François Fillon sur ce dernier point, lui qui rappelle que les partenariats stratégiques sur le continent ne tiennent pas qu'à l'UE, citant le Royaume-Uni.

Emmanuel Macron possède le projet le plus détaillé avec la création d'un Conseil de Sécurité Européen, d'un Quartier Général Européen (où, enfin, les Groupes Tactiques trouveraient une utilité), ainsi qu'un Fond Européen d'Investissement de Défense.


Quand on invoque la France "non-alignée" du Général De Gaulle

Comme je le disais plus haut, ce repositionnement, ou plutôt ce recentrage sur les intérêts franco-français est à mettre sur le renouveau du courant nationaliste. Ce sont les intérêts de la nation France qui comptent, eux et seulement eux. Dans ce contexte, il faudrait nous libérer de nos contraintes diplomatiques et militaires, qui seraient elles basées à Washington ou à Bruxelles.
Un positionnement à double tranchant, comme le démontre le revirement actuel de Marine Le Pen au sujet de Donald Trump le président des Etats-Unis. Lui qui s'annonçait non-interventionniste a surpris la communauté internationale en frappant la Syrie au début du mois d'avril en représailles d'une attaque chimique contre des civils, attaque attribuée au régime de Bachar El Assad. La candidate du FN s'était félicitée de l’élection de ce candidat "anti-système", et doit maintenant faire machine arrière devant les manœuvres américaines. Ce n'est pourtant pas une surprise, le slogan de campagne de monsieur Trump le laissait présager: "America First".

Regardons à l'est maintenant, où la très virile politique de Vladimir Poutine semble faire des émules chez nos hommes politiques français. Russophilie, le mot est lâché. La tendance était mesurable depuis des années, à travers l'habile politique d'influence, de soft power, dans laquelle s'était lancée une Russie boostée sur la scène internationale par ses coups d'éclat géorgiens (2008) et ukrainien (2014). La côté de popularité du Président russe est montée en flèche dans les opinions occidentales, et dans la foulée, chez les politiques, Marine le Pen et François Fillon en tête.
Mieux/Pire, à grand renfort de médias comme RT ou Sputnik, ou même de cyberattaques avérées, des tentatives de déstabilisation vis à vis des courants politiques libéraux ont été initiées depuis la Russie, qui cherche par ce biais à gagner des supports au sein des nations occidentales. Emmanuel Macron est notamment apparu comme une cible.

De manière générale, on constate en fait une remise en cause du bloc occidental. Ces candidats ne revendiquent pas (ou plus) une alliance ou partenariat stratégique avec la Russie, mais une politique de non-alignement rappelant celle en vigueur un temps dans les années soixantes sous le mandat du Général De Gaulle. Avec des positions singulières parfois, comme cette "alliance bolivarienne", l'Alba, que désire rejoindre Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France Insoumise veut une France modèle en matière de promotion de la paix dans le monde. Une France qui mettrait l'ONU et la négociation au centre du jeu diplomatique, mais qui surtout serait opposée aux logiques impérialistes.

Reste que pour en revenir à la défense nationale, que doit-on en conclure ? Tous revendiquent au final une France forte et indépendante, mais ils sont désormais nombreux à remettre en cause des partenariats vieux de plusieurs décennies.
Aujourd'hui cependant, qui a sérieusement les moyens d'agir hors d'une coalition ? Même au Mali, où la France a pu se targuer d'avoir réalisé une fameuse "entrée en premier", les moyens de transport aérien logistique de nos alliés (Canadiens, américains, britanniques..) ont été nécessaires et fondamentaux. Ils le sont toujours sur l'opération Barkhane, je pense ici aux ravitailleurs pour la chasse ou les forces spéciales.
Ambitionner que l'on soit à ce point capables à court terme paraît illusoire. Les moyens matériels et humains, donc financiers, nécessaires seraient considérables. Il s'agirait d'admettre que la France est certes une grande puissance à l'échelle européenne, mais une puissance moyenne (ce n'en est pas moins honorable, pas de déclinisme ici) à l'échelle du monde.


Que l'on parle de Donald Trump aux USA, de la politique extérieure de Vladimir Poutine en Russie, où de monsieur Erdogan en Turquie, que l'on parle du Brexit, de la montée des nationalismes dans les démocraties, de la crise qui n'en finit plus au Levant... la France, membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, elle qui a souvent su jouer un rôle important aux yeux du monde, compte sur son prochain Président pour la placer justement dans ce tumultueux "concert des Nations".
Le jeu de la diplomatie n'est pas si coutumier que cela des coups d'éclat et grands revirements. A vouloir jouer la carte du coup de pied dans la fourmilière, attention de ne pas y gagner l'isolement. Nos partenariats sont nécessaires, et ils nous définissent.

Une dernière chose. Demain, votez !


vendredi 21 avril 2017

Défense & Election Présidentielle, la question du nouveau porte-avions


Le second porte-avions français, censé venir seconder le Charles De Gaulle, est peu à peu devenu un habitué des élections présidentielles. Néanmoins, cette fois, le prochain Président de la République devra trancher, et vite. Les candidats se sont positionnés.

Photo: le porte-avions Charles De Gaulle en 2015 - Marine Nationale


Promis dès 2007 par Nicolas Sarkozy, le "PA2" fut l'une des grandes victimes de la chute des budgets de la défense nationale. Son destin fut même lié pendant un temps à celui des deux portes-avions britanniques, projet qui sombra avec les 100 millions d'euros investis par la France. Depuis, il alimente les débats, mais n'avait jamais semblé ne serait ce qu'approcher le haut de la pile des dossiers prioritaires. Jusqu'à cette campagne électorale 2017 donc.

Nous l'affirmions en début de semaine, le prochain quinquennat pourrait bien être marqué par une hausse conséquente du budget de la défense. Et comme un symbole de ce désir de remonter en puissance, les candidats à la présidentielle François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignant se sont publiquement prononcés pour le lancement d'un second porte-avions.
Jean-Luc Mélenchon, lui, est plus ambiguë sur le sujet, mais nous allons y revenir.

Sont en jeu ici la permanence à la mer (enfin le sujet de la puissance maritime française revient sur le devant de la scène) de la Marine Nationale, ainsi que l'outil diplomatique. Car oui, un porte-avions, comme nous l'avons vu avec les américains face à la Corée du Nord, où les russes avec le Kuznetsov fin 2016, est un bel outil pour affirmer sa puissance sur la scène internationale.
Si on ne peut plus vraiment les qualifier de "game changer" sur les théâtres d'opération, les porte-avions offrent une capacité de "surge", mais sont surtout devenus un véritable aimant médiatique ! Il n'y a qu'à voir le traitement par les médias du monde entier du départ du Charles De Gaulle pour la mission "Arromanches" fin 2015, dans la foulée des attaques de Paris. Pourtant planifié avant les attentats, l'envoi du navire amiral français avait été interprété comme une riposte musclée.

Faisons l'inventaire donc: François Fillon et Emmanuel Macron évoquent le lancement rapide des études sur le nouveau porte-avions, afin que celui-ci arrive avant la fin de vie du PACDG vers 2040.
Benoît Hamon les rejoint mais n'évoque lui que le remplacement du Charles De Gaulle, pas de cohabitation donc. Contrairement aux autres candidats qui chiffrent le bâtiment à 4,5 milliards d'euros, lui parle du double, et émet l'hypothèse que l'on lance le programme avec des alliés - citant,  de façon surprenante... l'Allemagne - afin de réaliser des économies d'échelle.
Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignant prônent directement la mise en chantier du navire au plus vite (baptisée "Richelieu" et nucléaire pour MLP).
Chez Jean Luc Mélenchon, on invoque d'une part la puissance maritime française ainsi que les besoins du chantier naval de Saint-Nazaire de tourner. Toutefois dans le même temps... on juge un second porte-avions non nécessaire pour la simple et bonne raison que le terrain d'opération de prédilection étant la Méditerranée, la France dispose déjà de portes-hélicoptères "sous-utilisés" et de son porte-avions permanent avec la base de Solenzara (voir conférence ANAJ-IHEDN du 6 avril). Le fameux "USS Corsica".


Un 2ème porte-avions ? Non. Un nouveau porte-avions !

Il faut bien différencier deux choses: parle t-on ici d'un second porte-avions venant seconder le Charles De Gaulle, ou du simple renouvellement d'ici la fin de carrière de ce dernier ?

Le temps a passé depuis les années 2000 et notre actuel porte-avions a déjà 20 ans. Il vient d'entrer pour 18 mois dans sa période de modernisation à mi-vie. A ce stade, on ne parle donc plus d'un sister-ship, mais bel et bien d'un remplaçant dont la construction serait décidée durant le prochain mandat présidentiel, après une phase d'études préparatoires qui décideront de spécificités techniques comme le tonnage, la propulsion, ou le format de catapulte.

Selon les études, les marins et les industriels, ce nouveau porte-avions présenterait un tonnage proche des 60 000 tonnes (comparables aux PA britanniques), pour une longueur de 300m. Il serait capable de mener simultanément des manœuvres d'appontage et de catapultage, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il accueillerait bien évidemment le Rafale, mais peut-être également la prochaine génération de drones de combat.
Un navire plus imposant que le Charles De Gaulle, mais adapté aux normes récentes, avec tout de même un tonnage inférieur de moitié au dernier né de l'US Navy, l'USS Gérald R. Ford.

Voilà à quoi pourrait ressembler le "Georges Pompidou" (les présidents de la 5ème République, pourquoi pas ?), mais pas le Richelieu de Marine le Pen. En effet, cette dernière, en proposant la mise en chantier du navire dès 2018 avec seulement un an d'études, lancerait là en quelque sorte un Charles De Gaulle modernisé "bis".
A ce stade en fait, le mal est fait, le PA2 tel que pensé à l'origine, comme une version améliorée/actualisée du CDG, aurait dû être lancé il y a moins 10 ans. Il serait donc plus raisonnable de préparer la prochaine génération de porte-avions, et de le faire seul, au contraire de ce que propose Benoît Hamon. L'échec de la coopération avec les britanniques, comme le fait qu'il s'agisse d'un instrument de souveraineté diplomatique pousse en ce sens.

Vue d'artiste du nouveau porte-avions

La vraie décision concernera le 3ème porte-avions

Encore une fois, il convient de préciser: ce "PA3" serait bien le sistership du nouveau porte-avions entré en service vers 2030. Il arriverait lui en 2040, soit juste après le désarmement du Charles de Gaulle, qui aura alors servi près de 40 ans.
Ce navire permettrait bien évidemment d'éviter l'écueil que nous connaissons actuellement, à savoir un porte-avions qui n'est disponible que ponctuellement.

Seule Marine Le Pen s'avance à promettre le lancement de ce chantier, qui viendrait après son PA2 "Richelieu".
Pour Emmanuel Macron, la décision sera prise dans le nouveau Livre Blanc. Il y sera en effet décidé si la France se lance dans la construction d'un seul nouveau porte-avions, ou de deux exemplaires.
Les autres candidats ne vont pas jusqu'à évoquer ce troisième porte-avions. Attention toutefois, 2040, c'est déjà demain.

[Remarque: Contrairement aux idées reçues, la constitution d'un deuxième groupe aéronaval ne veut pas forcément dire plus de Rafale, ou plus de Frégates. Le mot d'ordre demeure la permanence opérationnelle. Plus généralement, en ce qui concerne ces questions, je vous invite donc à lire mon cher collègue du blog référence en la matière, Le Fauteuil de Colbert.]


Grande Bretagne et USA à l'ouest, Russie à l'est, Chine et Inde en Asie, les grandes puissances ne comptent pas négliger le domaine maritime et misent aujourd'hui sur les porte-avions. La France est aujourd'hui la seule puissance derrière les Etat-Unis à posséder un tel appareil disposant de catapulte STOBAR. Un instrument de projection que certains aiment renommer par le titre suivant: "42 000 tonnes de diplomatie".
Peut-être les missiles tueurs de navires , où la 6ème génération d'avions de chasse, rendront les porte-avions obsolètes, mais nous sommes encore loin de cette rupture stratégique. C'est pourquoi il reviendra au prochain Président de la République d'être audacieux sur cette problématique.


jeudi 20 avril 2017

Défense & Election Présidentielle, la fausse bonne idée du Service National


Le débat sur le retour d'un Service National est réapparu durant cette campagne présidentielle. Une grande partie des candidats le propose sous la forme d'un service dit "militaire", ou d'un service "civique". Seulement, est ce bien raisonnable ? Et surtout utile ?

Photo: Rallye Citoyen 2017 pour les lycéens au Camp de Souge (33) - Défense Sud Ouest.


Abrogé par Jacques Chirac au profit de la professionnalisation des armées et disparu dès 1997, le service militaire connaît un retour en grâce. Selon un sondage CSA en novembre 2016, les trois quarts des français (74%) souhaitaient voir son retour. 
Les raisons invoquées sont multiples: lutte contre la délinquance, contre la radicalisation, brassage social, détection des lacunes scolaires, (ré)apprendre la citoyenneté française.... être apte à faire face à la menace terroriste.

Cette tendance n'est pas spécifiquement française, car si la conscription est largement minoritaire dans les Etats étrangers, plusieurs pays se posent aujourd'hui la question. La Suède par exemple, a franchi le pas en mars dernier, préoccupée non pas par le risque terroriste, mais par le comportement de la Russie en mer Baltique.

Retour sur le contexte français, du moins une partie: après les attentats de 2015, nous avons pu constater une demande d'implication très forte dans la jeunesse. Du secourisme aux armées, en passant par les associations, les études ont montré un bond de l'engagement chez les 18-30 ans.
Dans le même temps, François Hollande décidait l’instauration d'une Garde Nationale, une réserve militaire de 84 000 hommes et femmes réparties entre la Défense et l'Intérieur à l'horizon 2019.

C'est ainsi que les candidats à la présidentielle française se sont massivement mis à proposer l'instauration d'un service national sous diverses formes. Je ne détaille pas plus, l'infographie AFP ci-dessous schématise ces propositions.


On retrouve donc deux écoles, quatre candidats sur onze proposent de rétablir le service militaire, là où les autres imaginent un système civique, voire hybride.
C'est surtout sur la notion de service "obligatoire" que naissent les divergences. Notamment pour François Fillon qui est fermement opposé au rétablissement d'un service militaire obligatoire. Ou civique comme le propose Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon le rejoint sur ce point, mais le candidat de la droite a lui sévèrement attaqué la proposition faite par un autre candidat, favori des sondages, Emmanuel Macron, la qualifiant de "centre aéré".


La surprise Macron


La proposition choc est venue de là où ne l'attendait pas, c'est à dire d'Emmanuel Macron, dont on aime dire qu'il reçoit les conseils du Ministre Le Drian.
Emmanuel Macron souhaite en effet instaurer un service militaire obligatoire d’un mois pour les filles comme pour les garçons, à effectuer entre 18 et 21 ans. Au programme, formation militaire avec maniement des armes, sport, cours de stratégie, ainsi qu’une formation au secourisme et au risque attentat.

Selon le candidat d'En Marche, cela permettra à chaque jeune français de faire « l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois ». Un service national qui permettrait de surcroît de proposer une mise à niveau scolaire.

L'idée plaît chez de nombreuses personnalités influentes, y compris militaires. Le concept selon lequel la jeunesse connaîtrait des carences en terme de civisme, patriotisme, cohésion nationale... n'est - vraiment - pas nouvelle.
Le problème, c'est bien entendu le fonctionnement. Ce service serait encadré par l’armée et la gendarmerie. Or, on sait pertinemment que celles-ci ont d'autres priorités, à commencer par notre sécurité nationale.
Au niveau budgétaire, on indique chez le candidat que la mesure coûterait entre deux et trois milliards d’euros par an. Car en effet, il s'agirait de prévoir le logement (la Grande problématique alors que les armées vendent à tour de bras leur patrimoine immobilier, la solution envisagée est celle des établissements scolaires en été), les transports, la rémunération... Sous le feu croisé de ses opposants, Emmanuel Macron assure que ces crédits ne viendront pas amputer les crédits d'équipements des armées professionnelles: « Son financement comme les effectifs d'encadrement nécessaires s'inscriront au-delà de l'enveloppe de 2% du PIB de la programmation militaire».
En terme de RH enfin, il y a de quoi être alarmiste. Afin d'encadrer près de 600 000 jeunes par an, il manquerait pas moins 15 à 25 000 militaires. Là encore, nous sommes loin des priorités des armées.


Ce débat est-il bien raisonnable ?

Devant le flot assez dense de critiques, on réplique dans le camp Macron que des études décideront de la bonne forme que prendra ce projet.
Mais au final, que ce soit Jean-Luc Mélenchon avec son service citoyen obligatoire de 9 mois à effectuer auprès des armées, des pompiers, de la sécurité civile, de services de protection de l’environnement ou d’associations d’intérêt général;  ou Marine Le Pen qui opte elle pour un service militaire obligatoire de 3 mois, nous sommes loin des priorités du Ministère de la Défense.

Cas particulier avec Benoît Hamon qui propose un service civique permettant aux jeunes de valider des unités d’enseignement pendant leurs études. Un système qui épargne les armées mais élude de facto les problématiques de défense.

Au final, seul François Fillon - chez qui la réduction du déficit public semble empêcher ce type d'initiative - juge la mise en place d'un service national absolument inapproprié. Il propose simplement de renforcer le SMA (service militaire adapté) actuellement en vigueur de 50%.

Les débats sur le service national sont d'une nature complexe, tant ils essaient de répondre à des problématiques diverses qui concerneront souvent les notions de patriotisme et de citoyenneté (ajoutons mixité sociale), parfois l'éducation, et au final plus rarement les sécurité et défense nationales. Je conseille à ce titre cet article de la chercheuse Bénédicte Cheron paru sur le site The Conversation le 2 avril: "Le service militaire, objet de fantasme politique".
En fait, c'est bien toute la problématique qui semble alors relever de l'agitation générée par la campagne plus que du bon sens. Il s'agirait surtout de ne rien précipiter, et à mon sens de privilégier  en premier lieu la constitution d'une Garde Nationale (donc sur une base de volontariat) efficiente.


Quelque soit le résultat de la Présidentielle, je m'avance à parier que ces projets ont peu de chances d'aller jusqu'à la mise en oeuvre. Du moins en ce qui concerne les services obligatoires. La société fluctuante dans laquelle nous vivons, et surtout dans laquelle la jeunesse évolue, ne paraît pas être à l'abri d'un nouveau retournement. Ce qui est sous-entendu ici, c'est bien qu'il existe une "mode".
Je disais en introduction que 74% des français souhaitaient le retour du service militaire fin 2016. Un an plus tôt, quelques semaines après les attaques de Paris, ils étaient 80%.


mercredi 19 avril 2017

Défense & Election Présidentielle, vers une hausse massive des budgets ?


Qui aurait cru il y a 5 ans que les candidats à l’élection présidentielle 2017 réclameraient presque en cœur une augmentation drastique du budget de la Défense ? Au début du quinquennat de François Hollande, le mot d'ordre dans la communauté de la défense était la mise en garde contre le "déclassement stratégique".
Les travaux sur le Livre Blanc de 2013 et la future LPM (2014/2019) étaient en cours, et l'on craignait alors que la Défense, qui venait d'être une des principales victimes de la crise, ET de la RGPP, soient encore une fois sacrifiée sur l'autel de l'austérité...

Seulement, vous le savez, le contexte a depuis bien changé, sur les fronts extérieurs comme sur le territoire national. Une aggravation de la situation sécuritaire internationale qui a généré une importante prise de conscience, et même un grand revirement. 

Sur le blog: Le monde de la défense réclame en cœur les fameux "2%"


C'est donc ainsi que de façon quasi unanime, à droite comme à gauche (ce schéma compte t-il encore ?) de l'échiquier politique, le discours  prône un budget de la défense à hauteur de 2% du PIB, minimum. Chiffre symbolique qui rejoint la norme théoriquement en vigueur au sein de l'OTAN.
Et il n'y a guère que chez les candidats d'extrême gauche Nathalie Arthaud et Philippe Poutou (ainsi que Jean Lassalle) que l'effort de Défense est en partie voire totalement abandonné. Y compris dans l'industrie de l'armement qui doit être "reconvertie". Jean-Luc Mélenchon maintient le budget actuel. Pour lui, "ce n'est pas le budget qui commande, c'est la stratégie" (Discours sur la politique étrangère du 31 mars 2017).


Un budget à 2% du PIB = 42 milliards d'euros 

Benoît Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon, ainsi que Nicolas Dupont-Aignant annoncent eux un budget porté à 2% du PIB, soit 42 milliards d'euros, pensions incluses.
Il s'agirait donc là d'une augmentation considérable ! 9 milliards d'euros supplémentaires pour un Ministère ! Inimaginable...

Cet argent servirait à financer les grands chantiers industriels lancés ou sur le point de l'être, tout en garantissant une gestion des ressources humaines ambitieuse. 
On pense à la modernisation de la dissuasion nucléaire pour 1 milliard/an, à l'accélération du programme SCORPION pour l'Armée de terre, aux FTI de la Marine, ou encore souvent cités, au moins 2 milliards pour acheter/renouveler et maintenir en condition opérationnelle les équipements.
S'agissant des hommes, ce budget permettrait de maintenir l'effort engagé après les attentats de 2015, tout en constituant la nouvelle Garde Nationale.

En fait, s'agissant des 2%, les différences se font sur le temps de mise en oeuvre. Emmanuel Macron l'annonce pour 2025, là où François Fillon évoque la fin de la prochaine LPM (donc 2024), Benoît Hamon planifie lui la montée en puissance sur le quinquennat (donc 2022).
Ce qui m'amène à évoquer les programmes de Marine Le Pen, François Asselineau, et Jacques Cheminade.


2% du PIB pour la Défense. Une simple étape sur la route des 3%

En effet, les trois candidats pré-cités présentent un planning très (très) ambitieux. Les 2% du PIB n'y sont qu'un objectif à court terme, le résultat final étant fixé à 3% ! Soit près de 60 milliards d'euros ! A peu de choses près le budget militaire de la Russie.

Problème: peut-on décemment croire à une telle "prouesse" budgétaire ? Dans quelles circonstances la croissance française pourrait-elle permettre un quasi doublement du budget de la défense ? 

Certes, avec ces candidats, les critères de Maastricht volent en éclat. Donc admettons...

Un budget à 3% pour financer quoi ? Marine Le Pen veut lancer la construction du second porte-avions dans la foulée de son hypothétique élection, ce qui coûterait environ 5 milliards. Ainsi que recruter 50 000 militaires. Pour le reste, cela demeure vague, "renforcer la Marine", "développer l'industrie de défense"...

En réalité, dans ce milieu stratégique qui demande donc justement des "temps longs", ce branle-bas-le-combat budgétaire passe plus pour un effet d'annonce que pour une mesure réaliste et efficace. L'administration publique doit pouvoir suivre, l'industrie doit pouvoir suivre, la supply chain (et ses innombrables PME) doit pouvoir suivre. 3% du PIB en 2022, personne n'y croit, et personne ne le demande.


Hors victoire de Jean-Luc Mélenchon, l'ambition de la France sur le plan militaire s'annonce donc à la hausse. Ces moyens, réclamés dans les Etat-Majors depuis des années, devront - s'ils sont bien mis en oeuvre, en politique comme en économie le vent tourne ! - d'abord venir combler les lacunes du système actuel. Les grands programmes doivent eux être pensés et planifiés sur la totalité de la décennie 2020, y compris les drones de combat ou un nouveau porte-avions qu'on ne peut décemment pas attendre avant 2030.