vendredi 8 novembre 2019

Les Journées Eurotémis prennent pour thème la Défense les 21 & 22 novembre


Les 21 et 22 novembre 2019, 9e édition des Journées Eurotémis à Sciences Po Bordeaux sur le thème : "L'Europe de la Défense".

Si la notion « d’Europe de la défense » n’est pas expressément consacrée par les traités européens, ces derniers évoquent toutefois la mise en œuvre d’une politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Les objectifs de la PSDC sont définis par l'article 42 du traité sur l'Union européenne (TUE). Celui-ci prévoit que l'UE peut avoir recours à des moyens civils et militaires en dehors de l'Union « afin d'assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies ». Ce même article envisage, à terme, le développement d’une défense commune. 
Dans un contexte de tensions internationales avec l’affirmation des grandes puissances militaires à l’image des Etats-Unis, de la Russie ou encore de la Chine et avec la remise en cause de plusieurs accords internationaux, facteur de déstabilisation en matière de défense (retrait des Etats-Unis du traité de 1987 sur les forces nucléaire à portée intermédiaire – « INF », …) se pose la question de savoir quel pourrait être le rôle de l’Union et quelle pourrait être sa place sur la scène internationale concernant les questions de défense.

Il s’agira dès lors d’articuler la réflexion autour de trois axes principaux :
  • Une politique européenne de défense est-elle possible ?
  • Quelle intégration pour les industries de défense en Europe ?
  • Défense européenne : quels rôles pour l’OTAN et l’Union ?


PROGRAMME A VENIR


mercredi 6 novembre 2019

Airbus dévoile un programme allemand secret de drone de combat furtif


Airbus a dévoilé en Allemagne à l’occasion du « Trade Media Briefing » l'existence d'un démonstrateur de drone de combat furtif allemand, baptisé LOUT, pour « Low Observable UAV Testbed ». Ce faisant, l'avionneur entend probablement s'affirmer sur le programme SCAF.

Images: Airbus


Le drone de combat furtif était une piste privilégiée dans les années 2000, nous en parlions sur ce blog il y a une semaine à peine.
Alors que les Britanniques se lançaient dans le programme de démonstrateur Taranis, l'Allemagne choisissait de ne pas s'engager sur le programme européen NEURON mené par Dassault Aviation. 
En 2010, Paris et Londres imaginaient même mettre leurs travaux en commun en vue du développement d'un drone de combat furtif opérationnel. Programme aujourd'hui au point mort.

Lire sur le blog: Penser un avenir au drone nEUROn



Et voilà que ce 5 novembre 2019, Airbus dévoile à la surprise générale avoir développé depuis 2010 un démonstrateur de drone furtif, financé par le ministère allemand de la Défense. Le projet avait même été initié dès 2007. On ne connaît pas le montant du programme.


Airbus se félicite d'ailleurs de cette annonce: « Personne ne sait ce que nous avons fait ici. C’est un projet classifié qui a débuté en 2007. Le contrat de développement a été attribué en 2010 et le LOUT a été développé à Manching et à Brême dans une approche de type ‘Skunk Works' ».

Sur le plan technique, LOUT arbore une silhouette en diamant, fruit d'un long processus de réflexion. Ses dimensions sont de 12x12m, et sa masse de 4 tonnes. 

Le démonstrateur n'a semble t-il servi que de banc d'essai dans les différents domaines de la furtivité (signatures radar, infrarouge et acoustiques, contre-mesures électroniques, contrôle des émissions électromagnétiques de ses capteurs embarqués...). 
De ce que l'ont sait, il possède une soute interne, mais pas de train atterrissage, ni de motorisation.




Que traduit cette annonce ?

LOUT ne vole pas, n'a jamais volé, et a priori ne volera jamais. S'il est certainement très loin d'être aussi avancé que le nEUROn, ou même le Taranis (qui lui a volé en Australie), ce programme allemand "secret" nous montre cependant que l'Allemagne et Airbus ne sont pas restés si inactifs que ça durant la dernière décennie.

La révélation du LOUT prouve qu'Airbus a avancé sur les technologies de furtivité. Pour quelles applications ? Les travaux sur LOUT doivent officiellement profiter aux futurs standards de l'Eurofighter, tout comme ceux du nEUROn chez Dassault profiteront au Rafale à l'avenir.

Mais nous pouvons, dans le contexte actuel, aussi voir cela comme une manœuvre du camp allemand pour rééquilibrer la balance dans le programme SCAF, où le maître d'oeuvre du futur chasseur (habité) furtif est français, en l’occurrence Dassault Aviation. Airbus affirme même que Dassault a été mis au courant du programme LOUT.
Pour rappel, tel que connu aujourd'hui, le SCAF (système de combat aérien futur) doit à horizon 2040 présenter une architecture associant un chasseur piloté de nouvelle génération (Dassault), des effecteurs déportés (Airbus & MBDA) que sont les "remote carrier", ainsi que l'ensemble des autres moyens complétant le dispositif aérien (ravitailleur, C2, satellites..). L'apport d'un drone de combat furtif est pressenti, mais non confirmé à ce stade.


Pas un hasard non plus si cette annonce tombe quelques jours après que le Chef d'Etat-Major de l'Armée de l'air (en France donc), le général Lavigne, se soit exprimé lors d'une audition parlementaire en faveur d'une réflexion au sujet de l'emploi des drones de combats furtifs.

En conclusion, voici un nouvel élément qui s'ajoute à l'équation déjà pas si simple du SCAF.





mercredi 30 octobre 2019

Penser un avenir au drone nEUROn



Quel avenir après le nEUROn, ce démonstrateur de drone de combat furtif européen ? Le programme survit aujourd'hui au delà des espérances grâce aux campagnes d'essais régulièrement menées par la DGA. Mais le concept a t-il un avenir industriel et opérationnel ?


Le monde entier connait le nEUROn (permettons nous cet euphémisme). Ce démonstrateur de drone de combat furtif a permis à 6 pays européens de travailler ensemble entre 2006 et 2016 (fin du programme selon ses concepteurs, mais le drone est toujours apte à conduire des essais, comme nous l'évoquons régulièrement sur ce blog).


Un programme exemplaire

Le projet est initié en 2003 au niveau politique et européen selon une volonté française, et Dassault Aviation va vite s'imposer comme maître d'oeuvre du programme, la DGA gardant le rôle de décideur. Thalès s'occupera des liaisons de données.
L'Italie se joint au projet avec Alenia (système de tir), la Suède avec Saab (cellule), l'Espagne avec EADS-CASA (voilure et station contrôle sol), et enfin la Grèce et la Suisse, avec respectivement Hellenic Aerospace Industry (fuselage arrière) et Ruag (soufflerie).

Une participation de la Russie (oui oui) est imaginée, sans suite, tandis que les britanniques, liés aux américains sur le domaine de la furtivité par le programme JSF (le F-35, déjà...), jouent une autre partition. Belgique et Allemagne sont rapidement hors-jeu.

Le contrat de développement est notifié en 2006, pour environ 400 millions d'euros, la France en assurant quasiment la moitié. Le programme en coûtera finalement 450 à 460 millions. Un dépassement certes, mais une prouesse en vérité, en comparaison des programmes similaires, notamment américains, au coût dix fois supérieur en moyenne.

Une image désormais célèbre: Rafale, Falcon et Neuron volent en formation en 2014 - Dassault Aviation

L'unique drone effectuera son premier vol en décembre 2012 à Istres, puis 122 autres jusqu'en 2015, où il entamera des campagnes d'essais en Italie pour la furtivité, ainsi qu'en Suède pour l'armement. Un fait marquant restera ce vol en formation avec un Rafale et un Falcon 7X en 2014, première mondiale et véritable réunion de la famille Dassault.
Depuis, et après des résultats remarquables, nEUROn fait des heures supplémentaires pour la DGA et continue occasionnellement de voler, comme en décembre 2018, où durant sa quatrième campagne d'essais, il se frotte aux radars des Eurofighter de la chasse espagnole.

Le programme nEUROn a dès lors rempli tous ses objectifs, et peut-être plus encore. Il avait principalement trois missions:
  • Préserver et développer des savoir-faire dans la conception, alors que le programme Rafale arrivait à son terme. Derrière la question des drones, il y avait bien entendu celle de la furtivité, domaine dans lequel les Européens avait accumulé le retard.
  • Former une nouvelle génération d'ingénieurs pour les technologies du futur.
  • Valider un schéma de coopération européen, ou derrière un maître d'oeuvre principal, chaque pays apportait un savoir-faire dans sa spécialité. C'est aujourd’hui le schéma que l'on cherche à reproduire sur le programme SCAF.

Mais le nEUROn a aussi connu une carrière médiatique assez grandiloquente, à la fois (et trop vite) qualifié chez nous de nouveau drone de combat furtif de l'Armée de l'air, et de drone embarqué sur porte-avions dans la presse étrangère, notamment américaine, qui a visiblement mal interprété les essais français du démonstrateur dans l'environnement du Charles de Gaulle.


Le FCAS est mort , vive le SCAF !

Avant même que le démonstrateur ne vole, la France et le Royaume-Uni, qui en parallèle a développé avec BAE son Taranis, à la carrière nettement moins riche que le nEUROn, s'engagent avec les Accords de coopération de Lancaster House en 2010 à mettre en commun leurs acquis pour la mise au point d'un drone de combat furtif. La lettre d'intention est signée dans ce domaine en 2012, et ce qu'on appelle alors le FCAS pour Future Combat Air System est lancé en 2014.

David Cameron et François Hollande lors du lancement du programme FCAS en 2014.

En mars 2016, lors d'une nouvelle rencontre entre le Président François Hollande et le Premier Ministre du Royaume-Uni David Cameron, les ministères de la défense britanniques et français s'engagent à débloquer près de 2 milliards d'euros afin de concevoir un démonstrateur d'ici 2025. Un bilan technique est prévu pour 2020, et la possible production et l'emploi dans les forces sont imaginées pour 2030.
La phase d'étude de faisabilité commune (budget de 150 M€) est alors  en cours, et doit s'achever en 2017. Le programme ne dépassera jamais ce stade.

Les dernières nouvelles datent sur ce blog de juin 2017, lorsqu'on annonçait que le démonstrateur utiliserait un moteur M88, le même que le Rafale.

Certes entre-temps, il y a eu le Brexit, mais de ce côté de la Manche, on affirme que les Britanniques ont rechigné à s'engager sur un programme d'appareil furtif avec le continent, jugeant que son industrie avait plus à gagner à collaborer avec ses partenaires américains.

Élu à la présidence en 2017, Emmanuel Macron lui, se tournera rapidement vers Berlin, alors qu'Airbus multipliait les appels pour un programme d'avion de combat européen.

FCAS, que l'on a désormais francisé en SCAF (système de combat aérien futur) ne s'illustre plus par le couple Rafale/UCAV furtif... 

Vue d'artiste du FCAS en 2016 - Dassault Aviation

... mais comme ceci :

Présentation virtuelle dynamique du SCAF, par Airbus en 2018

Il est présenté tel que nous le connaissons aujourd'hui: un système de systèmes conçu pour le combat aérien collaboratif, centré autour d'un chasseur européen de nouvelle génération, appuyé par des "remote carrier" (ou "effecteurs déportés") qui dans les présentations virtuelles ont remplacé les drones de combat furtif.



A l'ouest, rien de nouveau

Mais que deviennent alors les fameux concept d'ailes volantes furtives qui illustraient au début de la décennie l'idée que l'on se faisait du combat aérien des années 2020 ?

Le concept semble en fait s'être progressivement éteint en occident, au fur et à mesure des campagnes d'essais. Les doutes nous viennent directement du leader en la matière, les USA, où les démonstrateurs ont été nombreux. 
L'US Navy a ainsi abandonné son programme de drone furtif X47-B pour dévier vers le programme CBARS (Carrier-Based Aerial-Refueling System), ou désormais MQ-25 "Stingray", un drone ravitailleur pouvant embarquer sur porte-avions, et ainsi donner de l'allonge au groupe de chasse.

Avec la mort du FCAS franco-britannique, l'abandon du Taranis (toujours chez les anglais) rapidement après la campagne de vol en Australie, et ce concept de remote carrier qui semble aujourd'hui prévaloir sur l'UCAV furtif...  Est ce à dire que nous ne verrons jamais dans les forces le successeur du nEUROn ?

Ailleurs pourtant, à l'est, les projets existent et se montrent au grand jour. La Chine a dévoilé son CH-7, d'abord sur un salon aéronautique, puis lors du grand défilé de septembre 2019, tandis que la Russie a fait voler son prototype « Okhotnik » aux côtés de son chasseur furtif Su-57.

Le démonstrateur russe de drone de combat furtif Okhotnik, à l'été 2019, volant aux côté du SU-57

A gauche, un drone de combat furtif chinois (le CH-7 ?) lors du grand défilé à Pékin, en septembre 2019

Si les projets russes et la doctrine en la matière restent mal connus, chez les Chinois en revanche, la recherche de la furtivité est un axe stratégique primordial dans le cadre d'opérations de renseignement ou de frappes en profondeur. Les projets de drones furtifs, y compris supersoniques (et un jour hypersoniques) s'y multiplient.


Développer une capacité unique et européenne, opérationnelle dès 2030

En France, le concept de drone furtif n'a pas encore été remisé au placard, si bien que la DGA veille toujours sur l'unique exemplaire du nEUROn pour des essais qui sont pour la plupart confidentiels.

Mais revenons sur les apports du programme pour les industriels et militaires français: nEUROn est un drone subsonique (il est motorisé par le vénérable mais parfaitement maîtrisé moteur Adour) en forme d'aile volante. D'une envergure comparable au Mirage 2000, soit 12 mètres, et d'une longue ur réduite de 9,2 mètre (eh oui, pas de cokpit), il affiche une masse à vide 4,9 tonnes, et 7 tonnes à pleine charge. Il ne possède pas de dérive, ce qui le rend difficilement manœuvrable. Il compense néanmoins cela par une endurance et une vitesse de croisière tout à fait correctes.
Son pilotage est entièrement automatisé, et sa soute peut embarquer 2 bombes à guidage laser de 250 kg.

Les travaux sur la furtivité du nEUROn ont permis à Dassault et à ses partenaires de faire des avancées remarquables. Matériaux, capteurs furtifs, problématique des armements en soute (vibrations), entrée et sortie d'air, gestion thermique, manœuvrabilité... 
Le drone a de plus été soumis à toutes sortes de radars, que ce soit en intérieur ou en condition réelle. Un appareil furtif n'est pas invisible, mais son but est de passer à travers les mailles du filet. Selon la "légende", nEUROn possède l'empreinte radar d'un moineau.

En revanche, et s'il est apte réglementairement à voler dans le ciel européen, ce démonstrateur n'est pas vraiment "durci" pour un emploi militaire, et sa masse reste faible par rapport à la "concurrence" américaine, russe ou chinoise. Il lui a de surcroît été épargné le vol par mauvais temps (ce qui reste un défi pour une aile volante).

Et maintenant ? Il est certain que l'apprentissage réalisé autour du nEUROn contribuera au développement du futur chasseur dont Dassault Aviation est maître d'oeuvre, puisque celui-ci, on le sait, sera furtif. 

Mais il est possible d'aller encore plus loin, en développant le successeur du nEUROn. Un drone de combat furtif, plus lourd, et plus endurant (ravitaillable en vol), capable de mener des missions stratégiques de renseignement ou de combat en zone non-permissive, et pouvant grâce à sa furtivité se faufiler entre les défenses adverses. 

C'est aussi l'occasion de développer des variantes, toute une famille de drones furtifs jouant à le rôle de ravitailleur, ou de "camions à bombes" lorsque ce dernier rôle ne pourra être tenu par des appareils habités.

Le concept du SCAF tel qu'il nous est présenté aujourd'hui place l'homme, le pilote humain, au centre du système de combat. Il gagne la bataille du cerveau.
Certains visuels Airbus de l'environnement SCAF montrent toujours des ailes volantes furtives au sein d'un groupe de combat, avec pour mission la frappe et la désignation de cible en profondeur.
Mais comparativement aux remote carriers qui opèrent dans l’environnement du chasseur, ils semblent eux destinés à œuvrer en solitaire, là où la force des premiers sera l'action en essaim, fulgurante, et la saturation des défenses.

Mieux encore, Dassault Aviation exhibait un visuel au salon Euronaval 2018 montrant un drone furtif décollant... d'un porte-avions.

Le SCAF selon Airbus en Espagne (2019)


Il existe donc bel et bien un créneau pour la famille du nEUROn. Il s'agit néanmoins d'estimer le besoin, en terme de masse de la flotte, et par conséquent de sa rentabilité en des termes industriels et commerciaux, pour l'Etat comme pour l'avionneur.
Le coût important, même s'il n'atteint pas celui d'un appareil piloté, demeure un frein probable, justement car il ne s'agit pas d'un appareil piloté. C'est un paradoxe, mais le drone est d'abord vu comme un consommable: il est sacrifiable par nature.

A échelle européenne, il semble néanmoins y avoir un marché  non-négligeable, que ce soit chez les membres du SCAF (à ce jour France Allemagne et Espagne), chez les partenaires de la "Team nEUROn" (France Italie Espagne Grèce Suède Suisse), ou chez de nouveaux venus.

Pour les forces, cette éventualité permettrait de disposer d'un tel appareil à l'horizon 2030, soit une décennie avant l'arrivée du chasseur, et préparerait les forces aériennes au combat aérien de nouvelle génération.
Elle consacrerait enfin la première étape de mise en oeuvre du SCAF, dont la pierre angulaire resterait en France le Rafale (au standard F5 ?).
En d'autres termes, c'est sur le couple Rafale/nEUROn que doit dès aujourd'hui se construire la première itération du SCAF. Opérationnels et industriels disposent d'une occasion unique de capitaliser sur un programme de démonstrateur à succès.


Tout à fait indépendamment des réflexions qui ont précédé ce billet, le hasard du calendrier a fait que le Chef d'Etat-Major de l'Armée de l'air, le général Lavigne, s'est exprimé récemment en faveur d'une réflexion au sujet de l'emploi des drones de combats furtifs, lors d'une audition parlementaire. L'histoire n'est donc peut-être pas tout à fait terminée... et un nouveau chapitre pourrait prochainement voir le jour.


lundi 28 octobre 2019

Ariane 6 fera voile vers la Guyane depuis Bordeaux


Dans l'air du temps : le transport maritime décarboné au service de la souveraineté dans le spatial. C'est depuis Blanquefort en Gironde que les derniers éléments du futur lanceur Ariane 6 embarqueront à partir de 2022 pour le Centre Spatial Guyanais de Kourou, à bord d'un cargo à voiles hybride révolutionnaire. 

Images: Alizés


A peine le temps de dire adieu à la célèbre barge A380 (qui convoie les voilures du gros porteur d'Airbus) en 2021, que 2022 verra partir de Bordeaux un navire révolutionnaire. Direction la Guyane Française avec à son bord, les éléments du lanceur Ariane 6.

Ceux qui reprochent au transport maritime, ainsi même qu'aux technologies spatiales, d'être générateurs de CO2 peuvent découvrir qu'Ariane Group les a entendus et montre l'exemple.
C'est en effet un projet particulièrement innovant qui a remporté l'appel d'offres du groupe spatial pour le convoyage du lanceur européen Ariane 6 des sites de production en Europe, vers le site de lancement en Guyane.

C'est ainsi que face à des géants du secteur comme CMA-CGM, la société Alizés, joint-venture entre Jifmar Offshore Services, armateur spécialisé dans l’énergie et la défense, et Zéphyr & Borée, compagnie maritime spécialisée dans la conception et l’exploitation de navire de transport bas-carbone, grâce à une offre que l'on jugera "disruptive".

En effet, avec "Canopée", un roulier de 121 mètres de long pour 23 mètres de large, Ariane Group s'offre une vitrine tout à fait exceptionnelle, la particularité du navire étant sa propulsion hybride gazole/gaz naturel liquéfié, et surtout quatre voiles, ou ailes, articulées de 51 mètres.


Ces quatre ailes articulées équipées de 1450 m² de voiles permettront d’économiser jusqu’à 7200 tonnes de CO2 par an, selon le constructeur.

Ce cargo nouvelle génération a été conçu spécialement pour les besoins de transport d’Ariane 6, mais préfigure probablement du transport maritime de demain.
Canopée réalisera la traversée de l'Atlantique à 16,5 nœuds, soit environ 31 km/h. La première rotation prévue en 2022 ralliera le port de Pariacabo, proche du Centre Spatial Guyanais, en passant par les ports de Brême, Rotterdam, Le Havre et Bordeaux.

Conçu pour le grand large comme pour le fluvial (notamment guyanais, peu profond), c'est depuis le port de Grattequina à Blanquefort, que Canopée entamera sa grande traversée. 
Bordeaux et sa métropole (Le Haillan, Saint-Médard) concentrent une grande partie des installations Ariane Group, y rassemblant 3500 employés, et où sont produites  notamment les tuyères des boosters d'Ariane 6 et Véga.

Embarqué par modules, le lanceur sera assemblé à Kourou. Ariane 6 débutera sa carrière avec des premiers essais en 2020.