mercredi 4 novembre 2026

La DGA et ArianeGroup réalisent le deuxième tir de la fusée-sonde SyLEx

 

Un an tout juste après le premier essai, la DGA a réalisé à Biscarrosse dans la nuit du 4 novembre le second tir de la fusée-sonde SyLEx d'ArianeGroup. Pour rappel, ce système marque le retour en France d'une capacité souveraine de fusée-sonde. 

Ci-dessus : le deuxième tir d'essai de SyLEx a été réalisée ce 4 novembre - DGA CEL.


Développée en seulement trois ans sous le pilotage de la DGA par ArianeGroup, la fusée-sonde Sylex (Système de Lancement d'Expériences) est un lanceur national qui permet de tester en vol des nouvelles technologies au profit de la dissuasion française, du développement de démonstrateurs hypervéloces mais aussi d’applications civiles.

Un an tout juste après le tir inaugural de cette fusée monoétage, et alors que la France a manqué de cette capacité durant plusieurs décennie, ce lancement a contribué aux efforts de dissuasion puisqu'il a permis de conduire de nouvelles expériences essentielles au développement du missile M51.4 et constitue de ce fait un nouveau jalon majeur dans les avancées technologiques au service de la souveraineté nationale.

Destiné à des applications civiles et militaires sur le marché européen (ce même marché suborbital qui intéresse des start-up du New Space comme HyPrSpace ou AndroMach), Sylex permet de mener des expériences en haute atmosphère et en exo-atmosphérique.

Selon la DGA (le tir ayant été salué sur les réseaux sociaux par la ministre et le DGA), ce nouveau tir confirme la fiabilité du système ainsi que ses performances pour l’expérimentation exo-atmosphérique. 

L’essai a été réalisé avec les moyens de pointe du site Landes du centre d’essais et d’expertise DGA Essais de missiles, répartis entre les installations de Biscarrosse, Hourtin et ceux embarqués sur le bâtiment d’essais et de mesures Monge : radars, optiques, télémesure.

La version à deux étages du SyLEx devrait prochainement voler elle aussi.



vendredi 16 octobre 2026

La base aérienne de Cazaux va accueillir un escadron de drones de bombardement


L'armée de l'Air et de l'Espace annonce la création cet automne de deux nouveaux escadrons, respectivement dédiés à la très haute altitude, et aux drones de bombardement. Ce dernier s'installera sur la base aérienne 120 de Cazaux, et sera doté dans un premier temps du DELUGE de MBDA. 

Illustrations : le DELUGE saturera les défenses, ouvrant la voie aux frappes de précision - MBDA. 


Vus depuis plusieurs années dans la guerre Ukraine, ou au Moyen-Orient, les drones kamikazes aux propriété rudimentaires révolutionnent la guerre aérienne, permettant par effet de masse de saturer les systèmes de défense les plus perfectionnés. Un constat qui n'échappe pas aux forces françaises qui ont eu à lutter contre ces drones -iraniens- aux Emirats Arabes Unis l'hiver dernier. 

Probablement facilité par la présence non loin du champ de tir de Captieux, ou simplement par le fait que Cazaux fasse partie des infrastructures clés des expérimentations dans l'armée de l'Air, c'est la base aérienne 120 qui s'apprête donc à accueillir le premier escadron français spécifiquement dédié aux drones de bombardement, a t-on appris ce jeudi 15 octobre. 

Mais encore, son premier système de combat sera à partir de l'été 2027 le drone DELUGE (ex "One Way Effector") de MBDA, un drone kamikaze shahed-like (ou plutôt Geran-like si l'on se fie à la propulsion par turboréacteur) de 4 mètres d'envergure et de 500 km de portée, ce que le Chef d'Etat-Major de l'armée de l'Air et de l'Espace appelle "la petite profondeur". 

L'appareil, présenté en 2025 seulement au Bourget, et annoncé comme low cost, emporte plus de 40 kg d'explosif à 400 km/h, et peut évoluer dans un environnement GNSS brouillé.



Tel que semble le concevoir aujourd'hui l'armée de l'Air, ce drone kamikaze sera employé par salves de quelques dizaines d'unités, en combinaison avec des missiles de croisières plus classiques (plus précis, plus destructeurs, mais bien plus onéreux). Car en effet, si Déluge porte bien son nom, c'est par sa capacité de saturation des défenses aériennes ennemis. 

Il est à ce stade question d'une commande de quelques centaines de ces drones, 500 probablement, qu'il s'agira pour ce nouvel escadron d'expérimenter d'ici un an aux côtés des autres vecteurs des forces aériennes (avions de combat compris). Ou en interarmées par ailleurs. 

Et afin de bénéficier d'une production de masse -et à bas coût- MBDA pourrait s'associer avec le sous-traitant automobile Forvia, au moins pour les premiers 500 exemplaires. Il est question de fabriquer à terme 1 000 Déluge par mois, et de les exporter. 

A l'avenir, l'armée de l'Air devrait également accueillir le système CHORUS que Turgis&Gaillard devrait pouvoir produire aux côté du groupe Renault. Cet autre drone kamikaze pourrait lui frapper dans la grande profondeur, jusqu'à 3 000 km. 

A noter enfin qu'outre la création d'un autre escadron dédié à la THA (très haute altitude), qui sera lui doté dans un premier temps de ballons stratosphériques, l'armée de l'Air et de l'Espace prépare aussi le lancement d'un troisième escadron, spécialisé dans la lutte anti-drones, ou plus exactement la chasse anti-drones... avec des drones tueurs de drones. 


vendredi 11 septembre 2026

Le lanceur « Baguette One » de HyprSpace décollera de Biscarrosse en 2027

Au lendemain du Sommet International de l'Espace de Paris, la Ministre des Armées, la Direction générale de l'armement, et HyprSpace confirment officiellement que le premier tir du lanceur "Baguette One" de la start-up se fera depuis le Centre d'essais des Landes, près de Biscarrosse, en 2027. Ce lancement, qui sera suborbital, marque l'émergence historique des essais spatiaux civils et privés depuis la métropole.

Ci-dessus: vue d'artiste du démonstrateur Baguette One - HyprSpace.


La nouvelle est enfin officialisée. Les autorités militaires (Ministre, DGA, AID) ont confirmé que la DGA Essais de Missiles accueillera en 2027 au Centre d'essais des Landes le premier lancement de la start-up bordelaise du new space, HyprSpace. Le CNES est également de la partie. 

Le lanceur "Baguette One" est suborbital. Il préfigure d'une version orbitale dénommée "OB-1", microlanceur avec 250 kg de capacité de charge utile qui suivra l'année suivante (à Kourou ?). Si Baguette One servira donc de baptême du feu pour la société, qui enchaine toutefois les essais moteur réussis, ce qui devra valider son pari technologique audacieux (et breveté) en faveur d'un moteur hybride associant des carburants solides et liquides à très bas coût. 

De plus, HyprSpace vise désormais un marché aujourd'hui sous exploité des essais technologiques suborbitaux (expériences en microgravité, tests hypersoniques ou balistiques), marché qui intéresse notamment les militaires de nombreux Etats (Europe, OTAN…).

Cette annonce demeure unique dans le paysage du new space français et même européen, puisque HyprSpace est la seule start-up du secteur des lancements à avoir aussi profondément collaboré avec les autorités militaires. Un partenariat aussi rendu possible par le voisinage des deux entités au sein de l'écosystème girondin/aquitain, où la DGA dispose d'une formidable héritage en matière d'essais pyrotechniques. 

Précisons également que l'opération -autrefois espérée fin 2026/début 2027- se fera a priori au second semestre, alors que Biscarrosse accueillera aussi l'année prochaine les essais de la fusée sonde SYLEX (Système de Lancement d'Expériences) d'ArianeGroup, en version deux étages, ce qui devrait inaugurer une nouvelle campagne d'expérimentations dans le cadre du programme de planeur hypersonique V-MAX.

Notons enfin que HyprSpace inaugurera sa nouvelle usine du Haillan au début du moins d'octobre prochain.   


mercredi 9 septembre 2026

Record pour l'Europe spatiale, The Exploration Company lève 450 millions de dollars

 

La start-up du new space The Exploration Company annonce une troisième levée fonds. Celle-ci constitue même un record pour le spatial en Europe, puisqu'elle s'élève à la somme impressionnante de 450 millions de dollars (387 millions d'euros), faisant de la société franco-allemande la première dans son domaine à mobiliser autant de fonds privés lors d'un troisième tour de financement. 

Ci-dessus : les travaux avancent sur le capsule Nyx à Munich - The Exploration Company. 


Alors qu'elle s'impose commune une des figures du Sommet International de l'Espace (elle a été nommée Envoyée Spéciale par le Président de la République pour l'occasion, aux côtés de Thomas Pesquet) qui débute ce mercredi à Paris, Hélène Huby peut se féliciter de diriger l'une des start-ups du new space les mieux financées en Europe, avec un cumul de 680 millions de dollars depuis sa création en 2021 (la première étant l'allemande Isar Aerospace, qui vient de faire voler son lanceur spectrum ce 5 septembre depuis la Norvège. Celle-ci a levé près de 800 millions). 
Avec cette nouvelle levée de 450 millions de dollars annoncée ce mardi 8 septembre, The Exploration Company réalise surtout un record continental dans le spatial, « la plus importante série C jamais réalisée par une entreprise européenne ». Un type de montant que l'on a effectivement plutôt tendance à voir dans le new space américain. 

Et justement, si The Exploration Company s'est longtemps vantée de se financer sur le continent, les fonds anglo-saxons jouent cette fois un rôle majeur avec Bessemer Venture Partners (US) et  Atomico (GB).

Enfin, à la veille du Sommet de l'Espace, le communiqué de la start-up mentionne les félicitations du Président Macron, ainsi que celles de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce qui ancre encore davantage la société dans son empreinte binationale (une stratégie affirmée et confirmée). Ses 550 employés sont en effet à la fois basés à Munich, à Bordeaux… et désormais même, à Turin.


Sur le voie de SpaceX ?

Dans les faits, cet argent (sans oublier les 2 milliards qui emplissent le carnet de commandes de l'entreprise) va contribuer à l'aboutissement du développement de la capsule Nyx dans toutes ses versions, destinées en premier lieu au cargo vers l'orbite basse (ISS, stations privées…), possiblement la Lune, et qui transporteront peut-être un jour des être humains.

Aussi et surtout, et comme on le pressent depuis le début de cette année 2026 et la tentative avortée de rachat du britannique Orbex, alors en faillite, The Exploration Company et Hélène Huby ne cachent plus leur ambition de contribuer à l'élaboration d'un futur lanceur super-lourd européen réutilisable, capable d'envoyer a minima 40 tonnes vers l'orbite basse (soit deux fois la capacité d'une actuelle Ariane 6.4, et similaire à la New Glenn de Blue Origin). Cela passera par la mise au point, avec le soutien de l'ESA, de Storm, un moteur-fusée au méthane à 180t de poussée produit selon les nouvelles normes de l'industrie 4.0 comme l'impression 3D, et donc conçu pour sortir en grande série, tel le Raptor de SpaceX.  

SpaceX, qui est bien le modèle de The Exploration Company, car tout en effet transpire l'ambition dans le discours de l'entreprise [il faut le voir/l'entendre pour le croire], à qui la dirigeante tente tout de même de donner une direction plus teintée de valeurs "européennes" (éthique, durabilité, coopération…). 
Mais au delà de la politique, il est aisé de deviner que l'enjeu est avant tout industrielle, avec pour but de bâtir -ou d'acquérir- rapidement toutes les briques de la chaîne de valeur du transport spatial.