mercredi 16 août 2017

Il y a un siècle, l'Amérique débarquait à Bordeaux



Si Bordeaux est connue pour son rôle de capitale de repli durant les deux Guerres Mondiales, son rôle logistique est bien moins fameux. En effet, cet été 2017 est enfin l'occasion d'évoquer le centenaire de l'arrivée de dizaines de milliers de soldats américains sur le sol girondin. Une exposition y est d'ailleurs consacrée en ce moment à Bordeaux.

Rompons un instant le break estival du blog pour un petit rappel historique. Le sud-ouest aura largement été épargné par les combats des deux guerres mondiales (nous pouvons même y inclure la défaite de 1870). La région a même servi de base de repli aux gouvernements lorsque Paris était prise ou menacée, et a vu également se développer tout le secteur de l'aéronautique militaire (bases et industrie) loin des lignes de front.

Toutefois, si la guerre de 39-45 fut le théâtre de quelques épisodes fameux dans la région (voir sur le blog: partie 1, 2, 3 et 4), ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est le rôle logistique qu'a joué le port de Bordeaux dans le débarquement des soldats américains, les "sammies", en 1917.

La grande Histoire, vous la connaissez sûrement, elle fut même à l'honneur du défilé du 14 juillet cette année.

Après trois années de boucherie en Europe, le congrès des USA votent l'entrée en guerre le 6 avril 1917. Le 26 juin, les premiers 14 750 hommes du corps expéditionnaire américain du général Pershing débarquent ainsi à Saint-Nazaire.

De nombreux ports de la côte Atlantique sont mis à contribution (Saint-Nazaire, Brest, Bordeaux-Bassens, Nantes, Lambézellec, Rochester) pour recevoir le matériel et les 1 158 000 hommes du corps expéditionnaire. Avec Brest et Saint-Nazaire, Bordeaux fait partie des 3 pôles principaux de l'acheminement, particulièrement en ce qui concerne les matériels et approvisionnements, c'est le Quartier Général de la base n°2 du Service of Supply.

Sur la Garonne et la Gironde, outre Bordeaux, Pauillac, La Pallice et Le Verdon, c'est surtout le port de Bassens qui subit une grande transformation afin de pouvoir décharger 20 navires en même temps, et plusieurs camps de transit sont construits en 1917 tout autour de Bordeaux. 

Après la victoire, en 1919, ce sont plus de 400 000 américains qui rembarqueront pour les USA depuis Bordeaux et sa région. L'impact de ce trafic et le développement des infrastructures marqueront durablement l'activité du port maritime de Bordeaux.


Pour des informations plus complètes, très détaillées même (avec documents et photographies originales), consulter ces adresses:



Le 14 juillet 2017, l'US Army était représentée à Bordeaux, en mémoire de 1917 - Photo EM Zone de défense SO


A ne pas manquer cet automne à Bordeaux

Le centre Jean Moulin à Bordeaux propose du 21 juillet au 7 janvier 2018 une exposition autour de l'intervention des "Sammies" en 1917. Il y est notamment question de l'impact culturel avec l'arrivée du Jazz à Bordeaux.

Informations et programme ICI. Une dizaine d'événements sont organisés durant le semestre à venir.



vendredi 28 juillet 2017

Pas de Rafale (pour l'instant) en Malaisie. Une situation à méditer


En proie à la menace terroriste, la Malaisie se voit obligée de retarder son projet d'acquisition d'avions de combat. Elle privilégiera les moyens de surveillance. Le Rafale, qui partait pourtant favori, devra patienter. Il y a là des enseignements à tirer, du point de vue français.

Ci-dessus, un Rafale et un Typhoon (à droite) lors du salon LIMA en 2013 - Photo Armée de l'air.


La route du succès semblait toute tracée. Après moults efforts chez Dassault et sous l'administration Hollande (Jean-Yves Le Drian avait multiplié les visites à Kuala Lumpur), les observateurs voyaient dans la Malaisie le prochain contrat export de chasseur Dassault Rafale.
Il y a quelques mois encore, on apprenait même que l'appareil était seul en lice pour le programme de renouvellement de la flotte de combat de la Malaysian Air Force.


Ce programme de remplacement des MIG-29, évalué à 2 milliards de dollars, porte sur l'acquisition de 18 avions de combat, et le Rafale en est donc le favori. 

Problème, dans le voisinage direct de la Malaisie, les Philippines sont touchées par le terrorisme djihadiste, avec notamment une forte activité du groupe Etat Islamique. C'est pourquoi le pays compte renforcer en priorité ses capacités de surveillance, aérienne notamment... tout en repoussant l’achat de chasseurs.

Un choix stratégique qui oblige Dassault à se montrer patient, mais qui pourrait néanmoins profiter...à Thales ! Le groupe français est en effet déjà un partenaire de Kuala Lumpur en matière de surveillance.


Un cas d'école de déclassement stratégique. A surveiller, et à éviter !

Pour des raisons essentiellement économiques donc, un pays doit faire l'impasse sur une capacité stratégique afin d'en renforcer une autre, jugée prioritaire.
Et si j'évoque cela aujourd'hui, c'est que la problématique fait écho à notre situation en France.

Explications: outre le fait que cela repousse une commande de Rafale chez l'avionneur français (la patience est la mère de toutes les vertus), le cas malaisien nous montre, au moment où le budget de la défense est attaqué en France, que des difficultés budgétaires peuvent causer un déficit sur le plan sécuritaire.

On juge donc en Malaisie que le risque terroriste est la menace de premier plan. Il est pourtant question d'une région, l'Asie du sud-est, dont le monde entier scrute avec attention les facteurs d'instabilité. Et l'on parle ici d'un potentiel conflit de haute intensité, qui demanderait donc de solides capacités de défense pour tous les pays du voisinage. Ce n'est pas un secret d'ailleurs, il s'agit d'une région qui s'arme, principalement dans les domaines maritimes et aériens. Disposer d'un avion de chasse moderne et omnirôle comme le Rafale ne serait donc pas un luxe.
Chez nous, c'est un peu le même constat, alors que le monde réarme et que certaines puissances s'affirment avec véhémence, que des défis comme la zone arctique - et pourquoi pas Antarctique - se profilent à l'horizon, c'est le risque terroriste qui semble dicter notre politique de défense (cf la réaction fin 2015).

D'autant plus que ce n'est pas la première fois que Kuala Lumpur doit retarder le renouvellement de sa flotte de chasse. La Malaisie, productrice d'hydrocarbures, est en effet depuis deux ans victime de la chute du prix du baril de pétrole (quand on sait que cette baisse provient de la guerre économique que se livrent l'Arabie Saoudite et les USA depuis l’avènement du pétrole de schiste...).

Il y a pour moi ici un enseignement. La Malaisie se retrouve en situation de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins stratégiques. Le fameux déclassement.
Un scénario qui pourrait se produire en France, si jamais nous ne nous engagions pas à véritablement porter nos capacités aux fameux 2% du PIB, soit les 50 milliards d'euros de budget de la défense en 2025 sur lesquels s'est engagé le Président Macron.

Bien sûr, le "2%" est un marqueur symbolique. C'est sur l’adéquation missions/moyens que la cohérence doit être maximisée. La France, puissance nucléaire et membre du Conseil de Sécurité, se doit de ne concéder aucune capacité sous prétexte de plus pouvoir tenir un rôle qu'elle peine déjà à garantir aujourd'hui.
A ce titre (et le parallèle est inquiétant), à quand remonte la dernière livraison* d'un Rafale à l'Armée de l'air ou la Marine française ?

Gageons que la revue stratégique attendue pour l'automne saura rappeler ces enjeux. Y voir mentionner des "priorités" seraient en soit déjà un mauvais signe.


*4 appareils seulement à livrer avant la fin 2019. 28 Rafale seront commandés dans la prochaine Loi de programmation militaire. En attendant ensuite la fameuse 5ème tranche dans les années 2020.


mercredi 26 juillet 2017

Enfin équipées de leur M134, les Gazelle des forces spéciales crachent le feu


Le GAMSTAT (Groupement Aéromobilité de la Section Technique de l’Armée de Terre) nous livre enfin des images photos et vidéos des M134 de sabord montés sur les hélicoptères Gazelle du 4ème régiment d'hélicoptère des forces spéciales.

Pour rappel, nous en avons parlé quelques fois sur le blog, les bonnes vieilles Gazelle françaises vont grandement gagner en puissance de feu avec l'installation de mitrailleuses M134 de sabord. La charge d'assurer le tir revient au troisième membre d'équipage. Cinq kits ont été commandés.

Comme vous le savez sûrement, l'intérêt de la M134 "vulcain" ou "minigun" est son impressionnante cadence de tir de 3000 coups par minute (en moyenne, la cadence étant modulée selon le vecteur utilisé, terrestre, naval ou aérien). Cela change des traditionnels tireurs d'élite embarqués, ce n'est pas tout à fait le même usage.

Aussi sur le blog: Le GIGN remporte le challenge de tir embarqué du 4e RHFS



Côté opérations, la capacité "M134" sera validée sous peu, "dans le cours de l'année".

La phase suivante prévoit l'installation d'une M134 axiale sur les Gazelles des RHC (Régiment d'Hélicoptères de Combat) de l'ALAT
Il aura fallu près de 10 ans pour que cette innovation se concrétise. Espérons que le prochain HIL arrivera dans les forces directement dotés d'armements lourds.








vendredi 21 juillet 2017

Circulez, il n'y a rien à voir. Résumé d'une folle semaine dans la Défense


La Défense Nationale vient de vivre l'une de ses plus folles semaines sous la Vème République, dont le point d'orgue aura été la démission du Chef d'Etat Major des Armées, le général Pierre de Villiers. Retour sur une séquence qui aura déchaîné les passions, et pas de la manière la plus constructive malheureusement...

A l'image: jeudi 20 juillet à Istres, Emmanuel Macron (en tenue), le général Lecointre (au centre) nouveau CEMA, et la Ministre Florence Parly.
Tentons également d'égayer ce post avec quelques caricatures parues dans la presse ces jours-ci. Pour le coup, le sujet des équipements revient comme un véritable marronnier.


Ce billet de vulgarisation dont le but est de résumer les événements des dix derniers jours, sera ponctué de quelques liens. En effet, il y a beaucoup à lire (et à dire) parmi les nombreuses publications qui ont fleuri sur les blogs et dans la presse.


Après la lune de miel, déjà le divorce ? Revenons il y a dix jours donc. Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes Publics, lance l'offensive. Ça va mal du côté du déficit public et 7 milliards doivent être économisés cette année pour rester sous le seuil des 3%. 7 milliards... dont 850 millions que l'on demande à la défense. La facture la plus salée est pour le Ministère des Armées, qui de surcroît est sous la menace d'un gel de 1,9 milliards d'euros.
Ces millions correspondent au surcoût des OPEX (normalement budgétées à hauteur de 450 millions) et devaient logiquement être assumées en interministériel.

Comme d’habitude dira-t-on, Bercy s'en prend aux armées. Et comme d'habitude, la communauté de la défense se mobilise dans les médias. On sent cependant que cette fois, le ton est plus vif comme en témoigne ce billet du colonel Goya "Merci Bercy", ou cet article pour le moins agressif paru sur Atlantico. Extrait: "Faut-il supprimer Bercy? Question, donc: Bercy joue-t-elle le rôle de la cinquième colonne, abaissant systématiquement les moyens de la Défense pour affaiblir le pays dans la perspective d'un conflit? Au vu des arbitrages rendus depuis plusieurs années, la question mérite d'être posée."

Il faut dire, peut-être, que personne ne s'attendait à ce qu'après des attentats si meurtriers sur le sol français, et des engagements opérationnels intenses de nos armées, la question budgétaire revienne sur la table. Rappelez vous, la dernière fois c'était en 2013, quand fut braqué face aux exigences de Bercy (et son fameux "plan Z") l'argument du "déclassement stratégique" qui nous menaçait. Jean-Yves Le Drian avait alors su obtenir en sa faveur l'arbitrage de François Hollande, président martial.

A ce stade, Gérald Darmanin devient l'ennemi public numéro 1 mais on se rassure en attendant l'arbitrage présidentiel qui pourrait tomber pile pour le 14 juillet. Quoi de plus propice ?


Le 13 juillet, le CEMA Pierre de Villiers, en poste depuis 2014, est auditionné par la - nouvelle - commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée Nationale, toute fraîchement constituée. C'est là que la crise va prendre un nouveau tournant.

Personne n'a pu passer à côté de LA petite phrase: "Je ne me ferai pas b..... par Bercy !". On comprend bien l'humeur du CEMA, qui doit déjà faire face à des problème structurels profonds. A partir de là les choses vont s'enchaîner, et pas dans le bon sens.

Le Président de la République est alors occupé à recevoir Angela Merkel (avec qui il parle défense européenne et annonce des travaux sur un avion de combat du futur), puis surtout Donald Trump, invité d'honneur du défilé du 14 juillet.

Tout cela mobilise l'attention des médias, et dans la communauté défense, on attend impatiemment  la traditionnelle réception du soir à l'hôtel de Brienne, où Emmanuel Macron tiendra un discours aux armées.
Mauvaise surprise, alors qu'on était habitué à un François Hollande arbitrant systématiquement en faveur des militaires, Emmanuel "Jupiter" Macron n'apprécie guère le ton du Chef d'Etat Major des Armées, et le fait savoir. Sèchement, devant audience: "Il ne m’a pas échappé que ces derniers jours ont été marqués par de nombreux débats sur le budget de la Défense. Je considère, pour ma part, qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique. J’ai pris des engagements. Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n’ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire".



Le ton est dur, voire même inélégant. Le Président de la République, qui avait réalisé un sans faute auprès des militaires depuis son investiture, se pose là en véritable paratonnerre de son ministre des comptes publics (une pratique managériale n'est ce pas ?). Dans la communauté défense, c'est la fronde. Le Président a manqué de respect au CEMA devant ses hommes, on parle d'autoritarisme. 

Le défilé se passe comme prévu, Donald Trump est lui ravi.

Le soir même, et c'est peut-être là selon moi que tout bascule vraiment, le général de Villiers publie une lettre ouverte sur Facebook (une habitude chez lui), qu'il conclut de la sorte: « Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité », écrit ainsi le général de Villiers.
Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi, la confiance est une vertu vivante (...). Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte. »


Subtilité bonjour ! D'autant plus que dans la foulée, le devoir de réserve (nous allons y revenir) va largement être mis à mal, notamment par le biais des community managers de l'EMA ou en régiment. Tout le week-end, des posts comme celui-ci sur Twitter (ci-dessous) vont fleurir sur les réseaux. Ici, une référence directe au Président, hélitreuillé quelques jours plus tôt par la Marine sur un SNLE.


Ma question est la suivante: était-ce bien nécessaire ? Car si ce "buzz" reste encore cantonné à la communauté défense, qui comprend tout de même militaires, industriels, presse spécialisée et diverses blogueurs ou experts de plateau TV, le débat est ultra passionné, et l'incendie attisé.

Où est le mal me direz-vous ? Il est bien normal de défendre l'institution, les intérêts de la Défense National au sens large. J'en suis le premier convaincu. Cependant, on a à ce stade perdu de vue le débat de fond.

La démission du CEMA mercredi finira d'attirer l'attention, des élus notamment. La majorité chez ces derniers se rangera derrière le général de Villiers, y compris au sein d'un parti LREM qui cherche encore ses marques. C'est bien la première crise du mandat d'Emmanuel Macron.

La fronde est plus alors passionnée que jamais, ce qui n'est jamais bon.

La ministre Florence Parly va par exemple en prendre pour son grade, avec des interpellations sur son utilité, et remarque parfois sexistes bien mal placées... Celle-ci doit alors se demander dans quel pétrin elle a bien pu mettre les pieds. L'héritage de Jean-Yves Le Drian paraît bien difficile à assumer.

D'autre part des critiques seront notamment adressées aux industriels, coupables selon certains de ponctionner des fonds qui pourraient revenir aux militaires sur le terrain. Un non sens bien sûr, tant les matériels font partie intégrante des missions des armées. La BITD française contribue avant tout à l'exercice de la souveraineté, le commerce des armements, l'export, arrivent en complément.

Et les citoyens français ? Qu'en pensent-ils ? Forte de ses 80% de soutien chez les français, l'armée peut-elle compter sur l'opinion publique pour la défendre face à l'exécutif ? Rien n'est moins sûr, de rapides enquêtes démontrent que dès qu'il s'agit de budget, les corporatismes refont surface. Des milliards pour la défense ? Et pourquoi pas pour l'Education, la justice, les hôpitaux ? Les militaires ne peuvent descendre dans la rue, et au cœur de l'été, personne ne semble prêt à le faire en leur nom.


Bien heureusement, quelque uns vont s'évertuer à tenter de ramener les questions de fond en première ligne. Lire par exemple ces excellents papiers sur les blogs Mars Attaque et Guerre et Influences. On y rappelle notamment que la question du budget doit fondamentalement tourner autour de l'adéquation entre les moyens et la mission, ou encore que la sortie de général de Villiers est intelligente en ce qu'elle pose le CEMA en martyr, et va attirer l’œil de médias sur ces questions de fond justement, au prix de son sacrifice.

Aussi, est posée la problématique du devoir de réserve, par Jean Marc Tanguy sur Le Mamouth, ou chez mon camarade du Fauteuil de Colbert. Parler en commission parlementaire, comme l'a fait le CEMA est-il encore possible ? Une vraie question.
Je ne peux toutefois m'empêcher de penser que de nos jours, tout est amené a fuiter. Ce sont des élus qui ont retranscrit dans la presse et sur les réseaux sociaux la fameuse tirade du CEMA en commission de la défense. Celui-ci ne pouvait décemment pas ignorer que ses propos ne resteraient pas entre les murs de l'Assemblée. Il y a durant cette folle semaine un véritable exercice de communication de sa part.

Mais avec Emmanuel Macron versus Pierre de Villiers, nous sommes bien là devant une crise de gouvernance, dont les ressorts nous amènent à repenser les relations sous la Vème République


La crise arrive donc à son paroxysme mercredi 19 juillet, avec, comme on pouvait le redouter, la démission du général de Villiers. Cela est fort dommageable, c'est un précieux commandant qui s'en va. Il quittera le "balargone" entouré d'une inédite et impressionnante haie d'honneur.
Arrivé à la limite d'âge de sa fonction, il avait été prolongé d'un an dès l'arrivée d'Emmanuel Macron. Il s'agit aujourd'hui de se demander s'il n'aurait pas directement fallu nommer son successeur au mois de mai, question de cohérence.

Pour le remplacer, l'Elysée, qui avait anticipé, nomme le général François Lecointre au poste de CEMA, un terrien à la carrière brillante. Les armées étant ce qu'elles sont, c'est à dire loyales, nul doute que ce dernier bénéficiera de toute l'adhésion qu'il mérite. Bonne chance et bon courage au général Lecointre.

Je passe sur l'épisode "Vélo Club", où durant sa visite sur le Tour de France, Emmanuel Macron énonce qu'il ne revient pas au CEMA - mais à la ministre - de défendre le budget. C'est à débattre.


Epilogue: en déplacement sur la base aérienne 125 d'Istres, centre important des Forces Aériennes Stratégiques), Emmanuel Macron part jeudi 20 juillet en opération reconquête accompagné de la Ministre et du nouveau CEMA. L'ambiance est bonne et il y rappelle les mêmes engagements que la semaine passée: un budget 2018 augmenté à 34,2 milliards d'euros, en appuyant bien cette fois sur le fait que le MinArm sera le seul ministère dont le budget augmentera. Il s'engage à porter le budget de la défense à 2% du PIB en 2025.
Pour les médias, pour le grand public, la crise se termine ici, et on va par exemple pouvoir se concentrer sur des choses sérieuses, comme le transfert de Neymar. Dans les armées en revanche, surtout chez les officiers, la cicatrisation demandera plus de temps. Mais nous parlons de professionnels dévoués.

Pédagogie toujours, le Ministère publie également ce jour une explication de évolutions budgétaires.



(MAJ) Scène post-générique: ce matin, vendredi 21 juillet, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, charge une dernière fois le CEMA de Villiers, le qualifiant de "poète revendicatif'. Là encore, était-ce bien nécessaire...