vendredi 3 avril 2020

COVID-19: Mobilisation générale pour l'opération Résilience


Un point rapide ce vendredi pour signaler que les armées, et principalement l'armée de l'Air, emploient désormais à peu près tout ce qui vole (sauf les appareils de combat naturellement) pour acheminer patients, personnel médical et matériel à travers la France métropolitaine et l'Outre-Mer. Ce qui ne les a pas empêché de mener un exercice nucléaire "Poker" dans la nuit de mardi à mercredi.

Ci-dessus: un Caracal de l'escadron Pyrénées à Orly, mercredi 1er avril - Armée de l'Air


En bref, on a également appris que les TGV médicalisés, qui rendent de fiers services ces derniers jours, avaient à la base été imaginés pour le transport de patients après un attentat.

Le porte-hélicoptères Dixmude a appareillé à Toulon et gagnera les Antilles à la mi-avril. Il emporte à son bord du matériel médical, des véhicules du génie et 3 hélicoptères.

Après les Caïman de l'ALAT et l'A330 "Phénix" de l'armée de l'air, cette dernière engage désormais des Puma et Caracal, un A400M et un CASA 235. Un des tout nouveaux C-130J transporte du personnel médical, ainsi qu'un Transall. Même les Twin Otter sont mis à contribution.

Plusieurs objectifs: désengorger l'Est et Paris. Faire transiter du personnel médical et du matériel. Au sol, ce sont les régiments du Train de l'armée de Terre qui assurent également cette mission, notamment s'agissant des masques.

Enfin, si de nombreux (cela se compte désormais en milliers) militaires ont été touchés par l'épidémie en métropole, on sait que 4 d'entre eux ont été testés positifs au COVID-19 sur l'opération Barkhane. Il est néanmoins encore difficile de juger de l'impact de la pandémie sur les opérations extérieures. 


Sur ce Caïman comme sur l'Airbus A330 MRTT, après chaque vol, il faut désinfecter ! 

Comme dans la Luftwaffe, l'armée de l'Air a commencé à employer l'A400M pour le transport de patients 

Plutôt habitué aux missions en Outre-Mer, un CASA fait la navette le 2 avril entre l'ïle de France et la Roche-sur-Yon. 

Retour sur Paris en C-130J pour le personnel médical qui avait voyagé jusqu'en Bretagne dans le TGV médicalisé
L'aéroport d'Orly, fermé au public, est désormais devenue une quasi-base aérienne - Armée de l'Air


Plusieurs Caracal de Cazaux sont désormais basés à Orly - Armée de l'Air 

Transport de personnel médical de Marseille vers Paris le 2 avril en C160 Transall - Armée de l'Air

mercredi 1 avril 2020

Résilience: le « Pyrénées » entre en jeu


Les opérations de transfert s'intensifient chaque jour pour désengorger les hôpitaux de la région Grand-Est, de la Corse, et désormais de l’île de France. Outre les TGV médicalisés, les porte-hélicoptères de la Marine, les hélicoptères du SAMU, de la Sécurité civile et de l'armée de Terre, c'est l'Armée de l'air qui annonce engager de nouveaux appareils pour le transport de patients. 

Ci-dessus: l'armée de l'Air annonce ce soir l'engagement de ses hélicoptères. Ici deux Caracal.


Déjà fortement mobilisée, de l'A330 "Phénix" et son kit Morphée jusqu'à l'Airbus présidentiel (qui convoie du matériel pour Mayotte), l'armée de l'air annonce ce mercredi qu'elle s'apprête à engager dans l'opération Résilience 5 hélicoptères de manœuvre.
L'escadron 1/67 Pyrénées de la base aérienne 120 de Cazaux est ainsi engagé avec deux Caracal, déjà à Villacoublay depuis ce jour. L'autre appareil est un Puma de l'escadron 1/44 Solenzara de la base aérienne 126 de Ventiseri-Solenzara.

Ces appareils sont, comme les 3 Caïman de l'ALAT déjà engagés dans l'est, capables de transporter deux patients à la fois. Ils évolueront visiblement en soutien de la région parisienne, vers la province et les zones moins touchées du grand ouest.


Lire sur le blog: Le marché des H225 de l'armée de l'Air retardé par la crise



Et bientôt les Cougar du 5ème RHC ?

De plus, Sud Ouest signalait aujourd'hui que mardi matin, les équipes médicales du SAMU de Pau et les militaires du 5e RHC ont réalisé un vol d’essai pour préparer les futurs transports de malades du Covid-19.
Il s'agissait d'un hélicoptère Cougar avec à son bord une équipe médicale du SAMU de Pau et un médecin militaire du Service de santé des armées basé au 5e RHC. 


En ce moment critique, les hélicoptères de manœuvre des armées révèlent tout leur intérêt. Le problème, bien connu, est que ces derniers sont relativement peu disponibles, et sont de surcroît dans le même temps vitaux pour les opérations extérieures au Sahel (mais également d'autres missions comme le sauvetage en mer). En bref, il y a surchauffe. 



lundi 30 mars 2020

Le marché des H225 de l'armée de l'Air retardé par la crise du COVID-19



A l'automne dernier, après quelques années à militer en ce sens, l'armée de l'Air a enfin obtenu la publication d'un avis de pré-information dont l'objet est la location de 12 à 20 hélicoptères de type H225. Dans la foulée, l'appel d'offre fut lancé début mars... mais la crise actuelle vient de faire glisser le dépôt des dossiers du mois d'avril au mois de juin. 


Le recours à la location d'appareils dans les armées devrait prendre une ampleur importante dans les années 2020. En effet, après la volonté de la Marine de se doter de Dauphin et H160M de location en attendant le HIL (hélicoptère interarmées léger) "Guépard" à partir de 2026, le Ministère des Armées et la Direction générale de l'armement ont publié un appel d'offres début mars pour la location d'une vingtaine d'Airbus H225M. 
Ces appareils pourraient être disponibles rapidement, car venant du marché de l'Oil&Gas et étant reconditionnés par l'industriel, Airbus Helicopters

L'avis de pré-information publié le 30 septembre 2019 évoquait un marché directement passé avec l'industriel, Airbus pour une cible de 12 à 20 H225M. On parle donc maintenant plutôt de la fourchette haute, soit 20 machines, même si le nombre est indiqué "à titre indicatif".

Ces hélicoptères, dont le standard tactique n'atteindra pas celui du Caracal (forces spéciales), opéreraient depuis les bases aériennes en France métropolitaine et Outre-mer ainsi qu'à l'étranger (Djibouti). Leurs missions consisteraient dans le SAR (Search and Rescue) et les FSI (Forces de Sécurité et d'intervention). Mais pas les opérations extérieures.

Cette flotte, demandée par l'Etat Major Air depuis des années, viendra remplacer les vieux Puma Air, notamment ceux à l'Outre-Mer.


Tout comme les NH90 des RHC de l'ALAT, qui rendent actuellement de fiers services dans la région Grand-Est avec le transport de patients atteints par le nouveau coronavirus, le H225M dispose de capacités plus importantes que l'ancienne génération.
Sur les théâtres extérieurs comme sur le Territoire National, le développement de l'ensemble de la gamme des transports logistiques prend un sens stratégique. 

Mais la crise sanitaire du COVID-19 a un impact direct sur tous les marchés publics. Ainsi, la date limite du dépôt des demandes de participation pour ce marché est désormais passée du 8 avril... au 8 juin. 




vendredi 27 mars 2020

COVID-19: Premier bilan et conséquences dans la Défense


La pandémie mondiale résultant du COVID-19 a - et aura - de lourdes répercussions sur les sociétés. Et probablement sur la géopolitique mondiale. S'il est encore bien trop tôt pour en évaluer les conséquences, nous pouvons néanmoins rendre compte de l'impact actuel de l'épidémie sur les affaires stratégiques.

Ci-dessus: le porte-avions Charles De Gaulle est actuellement en exercice international au large du Danemark - Marine Nationale


Soyons concis, et tentons de faire une photographie de la situation ce 27 mars.


Opération Résilience

Sur le Territoire National, où les militaires appuient le personnel de santé avec divers moyens modernes, la ministre des Armées a précisé que les forces étaient sujettes aux mêmes règles de confinement que les autres citoyens, et ce d'autant plus qu'elles ont des missions d’intérêt public à mener. Environ 400 personnels sont d'ailleurs contaminés, et mis en quarantaine.

L'Opération Résilience a été lancée mercredi par Emmanuel Macron, après proposition de la ministre des Armées et du CEMA. Elle se concrétise par les moyens qui avaient déjà été engagés jusque là (Hôpital de campagne, transport aérien de malades, emploi du PHA Tonnerre pour des liaisons avec la Corse), ainsi que par une montée en puissance des moyens militaires: deux autres portes hélicoptères prennent la direction de l'Océan Indien et des Antilles, l'Armée de l'air intensifie ses vols, et la logistique se met au service du soutien au personnel soignant, avec par exemple la livraison de masques.

Ce vendredi, l'A330 MRTT de l'Armée de l'air a de nouveau convoyé 6 patients de Mulhouse vers le CHU de Bordeaux.

De façon générale, c'est un nombre très important de services des armées qui évolue en appui des personnels médicaux. Cela concerne des milliers de militaires.


Un vrai impact sur les conflits

Sur le terrain, les missions principales subsistent, certains théâtres n'étant que pas, peu, ou pas encore touchés par la pandémie, mais des programmes sont mis en pause, comme la formation des troupes irakiennes par les membres de la coalition. Plusieurs pays ont rapatrié leur petit contingent d'Irak. La France a annoncé le rapatriement de ses 200 personnels mercredi soir.

Le groupe aéronaval poursuit ses exercices au large du Danemark, mais une partie du programme est annulée.
A ce propos, tout semble bien se passer pour la Marine, mais deux portes-avions américains dans le Pacifique sont en quarantaine, des marins étant contaminés à bord. Une vraie problématique.

Les opérations de combat elle, continuent bien évidemment. C'est le cas sur Chammal (où les sorties de Rafale sont devenues de plus en plus rares), et surtout Barkhane où en revanche, des opérations importantes sont en cours. Le Sahel... où Boko Haram a frappé durement ces derniers jours au Niger et au Tchad.

L'épidémie aura t'elle raison des OPEX ? Difficile à dire à ce stade, mais il est certain que les - derniers - Etats occidentaux qui mènent encore des opérations à l'étranger (France y compris donc) risquent d'être tentés de recentrer leur politique de défense sur la garantie de leur souveraineté, en particulier dans ce "monde d'après" qui s'avère bien incertain et où des tensions entre pays pourraient apparaître.

La question financière sera également posée avec la crise qui s'annonce.

Une première victime pourrait être la Task Force Takuba au Sahel, qui doit rassembler des forces spéciales européennes, mission à laquelle la Norvège a finalement renoncé cette semaine, pour des raisons de politique intérieure certes, mais on l'imagine déjà grandement influencées pour le nouveau contexte.

Une information significative enfin: la pandémie a déjà une conséquence directe sur l'ensemble les conflits en cours. Plusieurs cessez-le-feu ont été conclus après un appel de l'ONU.


Des conséquences durables pour l'industrie ?

Dans l'industrie de l'armement, on s'adapte, secteur d'importance stratégique oblige. Ariane Group a ralenti la cadence, mais continue son travail vital pour la doctrine nationale de dissuasion nucléaire.
Les avionneurs ont eux réduit la voilure, et tablent encore sur une reprise en avril.
Airbus a reçu des garanties de la part de Bercy... mais comment imaginer que le secteur commercial pourra se relever d'une telle chute d'activité (on prédit une chute de 30% en France, soit 65 millions de passagers) ? D'autant plus que les formidables perspectives concernant le trafic aérien dans les prochaines années semblent toutes remises en cause.

Dassault souffre encore du crash des business jet après la crise boursière de 2008. Cette fois-ci, c'est Airbus qui est en danger.

Aux USA, Boeing, déjà en difficulté, doit stopper la production de ses usines de Seattle. Même le programme F-35 (Lockheed Martin) est interrompu ! Le Pentagone prévoit 2 000 milliards de dollars de soutien à son industrie de la défense.

Le secteur de la maintenance semble aujourd'hui être le premier à souffrir, dans tous les domaines. Safran, dont 26 sites sont à l'arrêt dans le monde, annonce une perte de 35% sur cette activité au premier trimestre, tandis que même l'entretien des sous-marins nucléaires d'attaque est en "pause" à Toulon.

Dans l'événementiel, c'est une hécatombe. Le plus grand salon de l'armement terrestre, Eurosatory (qui devait se tenir en juin à Paris) a été annulé ce mercredi. Et dans l'aéronautique, c'est Farnborough  (le "Bourget" britannique) qui n'y échappe pas. Ceci sans compter la multitude de petits événements qui ne verront pas le jour en régions. Une fois encore, rappelons que les premières victimes de la crise seront les PME.
Les salons de l'automne (en France EuroNaval, ou ADS Show) ne sont, pour le moment, pas menacés, et prendront par conséquent une tout autre importance pour les exposants.

A Kourou, l'activité est suspendue pour préserver la santé du personnel. Mais la plupart des sites de lancement dans le monde continuent à tirer. 

Devant ces perspectives bien sombres, mais pas insurmontables (dans l'indifférence générale, Berlin a par exemple fait avancer le programme de char lourd européen), peut-il y avoir des gagnants ?
On l'a vu, en plein cœur de la crise, des solutions émergent, et concernent principalement le secteur du numérique (il faut s'attendre à une large percée dans le domaine du recueil de données sanitaires) en ces heures où l’infrastructure réseaux est poussée dans ses retranchements...
Plus marginalement, il y a les drones. Plusieurs entreprises françaises dans le drone ou la robotique ont déjà proposé des solutions pour aider les pouvoirs publics, comme Shark Robotics, avec un robot désinfectant. 
L'AID (Agence pour l'Innovation de Défense) a elle lancé un grand appel à projets de solutions innovantes pour lutter contre le COVID-19. Celui-ci est doté d'un budget de 10 millions d'euros.


Vous le devinez à la lecture de toutes ces informations: nous sommes encore dans la réaction, l'adaptation, le combat. Il faudra des mois pour évaluer précisément l'impact d'une crise sanitaire mondiale qui s’inscrit d'ores et déjà dans l'Histoire. Car de celle-ci pourrait découler une véritable refondation des relations internationales, de l'économie, de notre organisation industrielle... voire même d'un modèle sociétal tout entier. 


mercredi 25 mars 2020

« Opération Résilience »



Face à la pandémie de Coronavirus, l'appui des militaires aux personnels de santé et à la population prendra désormais la forme d' « Opération Résilience ». Un mot que la France avait découvert durant les attentats de 2015.


Le Président de la République, s'exprimant depuis Mulhouse (devant l'hôpital de campagne "EMR") a annoncé ce 25 mars un accroissement de l'appui des forces Armées dans la lutte contre l'épidémie de COVID-19.

Nous l'avons vu la semaine dernière, les armées ont été engagées avec des moyens spécialisés: l'Armée de l'air avec son kit "Morphée" (un A330 MRTT et deux Falcon d'astreinte) ou l'unité de décontamination de Cazaux, le SSA avec son hôpital de campagne et l'intégralité de ses établissements, ou encore la Marine avec le PHA Tonnerre pour des liaisons médicalisées avec la Corse.

Mais alors que la "vague" épidémique est attendue pour les prochains jours, le recours aux armées va évoluer encore. 
En effet, « face à ce qui se profile, ce pic de l’épidémie qui est devant nous, j’ai  [le Président] décidé, sur proposition de la ministre des Armées et du chef d’état-major des armées, de lancer l’opération Résilience. Cette opération, distincte de l’opération Sentinelle, qui continue de se concentrer sur la lutte contre le terrorisme, sera entièrement consacrée à l’aide et au soutien aux populations ainsi qu’à l’appui aux services publics pour faire face à l’épidémie de Covid-19, en métropole comme en outre-Mer, en particulier dans les domaines sanitaire, logistique et de la protection ».

Résilience est une opération militaire qualifiée d'inédite, dédiée au soutien des services publics et des Français.
Vraisemblablement détournée du volet sécuritaire (même si on y parle de "protection"), l'opération Résilience vise à soutenir les services de l'Etat, dans tous les domaines où les compétences des armées seront nécessaires. Nous en découvrirons d'avantage dans les prochains jours, notamment le nombre de personnels qui seront impliqués. 

A ce stade, une des mesures phares de cette opération avait déjà été pressentie la semaine dernière lorsque le Tonnerre a été mobilisé.
Il s'agit pour la Marine d'appuyer l'Outre-Mer avec ses deux autres porte-hélicoptères amphibies (PHA). Ainsi, sur décision du Président de la République, le Mistral, déjà dans l'Océan Indien pour la mission Jeanne d'Arc, prend la direction de La Réunion.
Le Dixmude lui, encore à Toulon, ira se positionner dans la zone Antilles-Guyane d'ici le début du mois d'avril.

L'Etat se montre ainsi proactif vis à vis des territoires ultra-marins, moins touchés que la métropole certes, mais tous déjà concernés par des cas d'infection. Et où l'inquiétude monte.

Cette implication des forces armées (il en va de même désormais partout dans le monde) risque d'avoir une conséquence sur les opérations extérieures, ce que nous analyserons ici dans les prochaines semaines. La ministre Florence Parly garantit la continuité de ces dernières.
Mais cependant, la mission de formation des forces irakiennes a vu ces derniers jours le rapatriement de la plupart des contingents de formateurs de la coalition. Le retrait français a lui été annoncé ce soir (deux cent personnes, équipes médicales incluses).