lundi 3 août 2026

Incendie de Gironde (et des Landes) : dans le "Smog" de l'information


42 000 hectares parcourus, dont 38 000 pour le seul incendie de Gironde, 240 habitations détruites, 3 300 pompiers engagés, ainsi que 24 moyens aériens. Mais encore, outre les services de sécurité (Police, Gendarmerie soit 1 200 personnels) et de santé, 1 500 militaires dont des moyens lourds du génie, un drone MQ-9 Reaper, et bien sûr, ce fameux A400M. Cette démesure suffit à elle-même pour retranscrire la dimension historique de ce méga-feu, un terme désormais entrée dans le commun de notre actualité à l'heure de changement climatique. Une opération dantesque qui n'aura malheureusement pas été avare en dysfonctionnements informationnels… 

Ci-dessus : première intervention de l'A400M avec son kit de largage - ministère des Armées. 


A J+13, le méga-feu de Gironde, dit "de Saumos" (sa commune de départ le 22 juillet), est officiellement fixé. Et l'entièreté des évacués a été autorisée regagner leur logis. Enfin. Gageons que grâce à la lutte acharnée des moyens massifs engagés, français comme étrangers, le pire est désormais derrière nous, en particulier pour les 220 000 personnes qui ont été touchées d'une façon ou d'une autre par le sinistre, sans même parler des millions d'autres qui ont subi le passage des fumées dans le Département et une grande partie du territoire national.  

Quatre ans à peine après le traumatisme des méga-feux de La Teste et Landiras, rendons évidemment hommage aux sapeur-pompiers venus de partout en France et en Europe (mécanisme RescUE), dont 330 ont été blessés, ainsi qu'aux pilotes de la Sécurité Civile, de l'armée de l'Air, des forces étrangères (Allemagne, Pologne, Slovaquie, Republique Tchèque, Suisse, et même Ukraine), ou encore d'entreprises privées arrivées de Suède, de Turquie, d'Afrique du Sud, ou d'Australie. 
Comment oublier aussi, outre les services de l'Etat, la société civile mobilisée comme jamais: ce sont les agriculteurs, et tous les bénévoles qui ont joué un rôle essentiel dans cette crise, que ce soit sur la zone d'intervention, dans les salles d'accueil pour évacués bien au delà de Bordeaux, ou jusque dans les refuges pour animaux. 

Intégrés à cette incroyable mobilisation, et l'incendie de Gironde étant rapidement devenu un énième symbole de cette planète en sruchauffe, ce sont également au plus fort de la crise une trentaine de médias du monde entier (et probablement bien davantage par la suite, une fois qu'une multitude de micro-médias avait pu rejoindre la zone) qui a investi la zone de feu. Une couverture qui aurait dû être synonyme de traitement correcte de l'événement. Cela n'a pas vraiment été le cas. 

Photo de remerciement aux agriculteurs postée par le Porte-parole des sapeurs-pompiers le 3 août.


Moyens aériens : polémiques et A400M Circus

Pour nous qui avons suivi de près l'intervention sur les méga-feux régionaux de l'été 2022, la problématique de la modernisation de la flotte d'avions bombardiers d'eau de la Sécurité Civile est bien connue. 
En quatre ans, nous avons ainsi vu se développer la proposition d'Airbus concernant le kit de largage pour l'A400M. Nous avons vu les maigres progrès de DHC au Canada, qui n'arrivera finalement -et malgré les commandes- à relancer la production (un grand mot quand on sait à quel point ces assemblages sont faits de façon artisanale) de Canadair qu'en cette fin d'année, pour des livraisons à l'Europe bien tardives, et au compte goutte. Nous avons vu des entreprises comme Hynaero (celle-ci ayant été fondée à Bordeaux avant déménager à Istres) ou Kepplair Evolution et Positive Aviation (à Toulouse, tous les deux pour une modification d'un ATR-72) proposer leur solution nationale, sans qu'à ce jour, ni le politique, ni les investisseurs privés, ne s'engagent à les financer. L'absence de rentabilité sur un si petit marché continue en effet de dicter sa loi. Il faudra pourtant bien que nous, européens, nous décidions à prendre notre destin en main sur ce sujet.

De cette polémique a découlé une ubuesque séquence "A400M", alors que le seul kit de largage (pour 20 tonnes de produit retardant) disponible était encore en phase de qualification dans l'armée de l'Air et de l'Espace. Sous la pression politico-médiatique (venant de tout bord), le Président de la République demande au Premier Ministre d'accélérer le processus et de mettre à disposition l'appareil  dès le samedi 25 juillet. Une intervention -depuis Istres, le pélicandrome de Bordeaux ne pouvant assurer son rechargement en retardant- suivie et commentée en direct par l'ensemble des médias nationaux d'information continue, et par une partie du grand public puisque le plan de vol de l'avion était disponible sur les applications de suivi du trafic aérien.
Une intervention qui, sans la moindre surprise, n'aura pas réellement changé la donne opérationnelle, mais aura constitué un affichage pour le politique et l'industrielle. La fameuse "première mondiale" reprise par les médias du monde entier, pendant que, naturellement, en France, l'action était finalement jugée bien inutile par les mêmes qui la réclamaient trois jours plus tôt. L'idole A400M était déjà brulée.  

Plus concrètement, l'Airbus A400M, qui a largué samedi et lundi seulement, aura possiblement causé plus de tracas que de solutions, une bonne partie des observateurs signifiant que la manœuvre était non seulement dangereuse pour l'appareil et son équipage, mais également pour tout le dispositif aérien, très concentré dans la zone (visiblement de réels problèmes de coordination -ou de déconfliction dirait-on sur un théâtre de guerre- entre l'armée de l'Air et la Sécurité Civile). Néanmoins, des kits devraient bien être commandés par l'Etat à court terme.

Il n'en demeure pas moins en effet que l'opération s'inscrit comme le plus grand déploiement de moyens aériens d'intervention de l'histoire en France, durant lequel le grand public se sera découvert un petit favori: le Air Tractor AT-802 utilisé par des entreprises privés, véritable bête de somme. Une vraie prouesse à saluer, quand on constate par ailleurs (en Grèce malheureusement ce dimanche 2 août) la complexité, et donc le risque engendré, d'un tel exercice. 

Enfin, nous noterons quelques couacs de communication du coté de la Sécurité Civile (responsables, pilotes, ou syndicats) avec notamment des déclarations contradictoires concernant la prestation fournie par Sabena Technics sur la maintenance des Canadair, ou la volonté de se doter de capacités d'intervention nocturnes…


Donnée satellitaire open source… et déficit d'analyse

Un autre volet qui aura dû attirer l'attention durant la crise concerne lui l'accès aux données spatiales. En quelques jours, les médias et le grand public se sont en effet appropriés des outils de surveillance, non seulement de la météo, mais aussi et surtout des feux de forêt utilisant des sources ouvertes. Le premier de ces outils est le FIRMS (Fire Information for Resource Management System) de la NASA, mais nous pourrons aussi citer EFFIS (European Forest Fire Information System), Windy (pour l'évolution des vents), ou plus simplement Google Maps et son option de surveillance des catastrophes (capture ci dessous). 


Cet accès aux ressources de grandes agences publiques est précieux, comme en témoigne l'émergence aussi rapide que massive d'applications grand public mises à disposition par des anonymes doués en informatique ou en utilisation de l'IA (avec parfois ses erreurs grossières de cartographie) dès les premières heures de la catastrophe. 

Le problème ne vient cependant pas de la disponibilité de cette information brute, mais de son traitement. Rappelons d'ailleurs que cet accès à la donnée n'est garanti que par le soutien des Etats à la science et leur volonté de transparence, ces deux éléments étant aujourd'hui remis en cause par l'administration Trump, qui va par exemple, pour des raisons stratégiques, jusqu'à faire pression ces derniers jours sur l'Union Européenne pour qu'elle retarde la publication des données satellitaires du programme Copernicus.
Mais sans compétences analytiques bien spécifiques, il n'aura pas fallu attendre bien longtemps avant qu'une multitude de pages Facebook abreuve directement, ou par le biais de leurs inscrits, les fils d'actualité en images satellites censées montrer l'évolution du sinistre heure par heure, avec pour résultat une dangereuse quantité d'interprétations divergentes. Cela fut vrai en particulier pour la détection des "points chauds" par la NASA, systématiquement assimilée par les internautes à de feux en activité. Or, ces mêmes internautes étaient souvent des riverains des communes touchés, connaissant à la perfection chaque route, parcelle, lotissement…et étaient donc de ce fait facilement sujet à la panique face ces cartes livrées à l'état brute, sans le traitement approprié.  

L'expertise en la matière demeurant déjà une denrée rare dans le monde professionnel, y compris militaire, on pardonnera volontiers cette découverte "à la dure" de l'imagerie satellitaire. L'amateurisme est en revanche moins pardonnable lorsqu'il s'agit de rédactions de grands médias parisiens, qui sont pourtant désormais habituées à mettre de l'image satellite partout, jusqu'à l'outrance… et devraient avoir acquis un minimum de maîtrise s'agissant de l'ensemble de ces outils plus précis (FIRMS compris) depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et l'explosion de la pratique de l'OSINT (Open Source Intelligence) pour le suivi des conflits armés.


"Bordeaux brûle-t-elle ?" -  Une information qui déraille 

Passons donc sur l'effet -recherché ?- aussi anxiogène qu'irritant qu'aura provoqué le traitement parisien de la crise vis à vis des populations concernées, les questions sur une très hypothétique évacuation de Bordeaux (ces flammes "aux portes de Bordeaux" quand elles étaient à 15 kilomètres de sa banlieue extra-rocade) étant revenues obstinément sur les chaines de télévision.  

Le comportement erratique du méga-feu aura eu pour autre conséquence de faire découvrir à une partie du pays, certains spécialistes de la défense compris, l'incroyable concentration de sites stratégiques dans l'agglomération bordelaise et sa proche géographie (l'objet initial de la création de ce blog en 2013, on le rappelle !), comme le montre cette infographie du journal Sud Ouest, ci dessous :


Le moment de rappeler que tous ces sites ont fait l'objet de mesure de protection (mise à l'abri de matériels, aménagement de coupe-feux grâce à des moyens civils et militaires du génie…) dès le troisième jour de la crise, sans parler du fait qu'une bonne partie d'entre eux se trouvent dans des zones largement artificialisées, relativement loin des vastes parcelles de pins maritimes qui étaient consumées.

Finalement la zone liée à la défense la plus touchée aura été l'ouest du camp de Souge, emprise militaire des forces spéciales où la sécurité aura malheureusement eu à faire à l'intrusion des équipes de journalistes de certains médias français, si l'on en croit les avertissements très ciblés des sapeur-pompiers en conférence de presse. 


L'ensemble de cette séquence médiatique, parfois déplorable, aura donc montré deux choses : 
  • le problème général touchant à l'OSINT, qui est une source dont on ne peut se satisfaire sans l'apport complémentaire de remontées de terrain. Autrement dit, ce n'est pas en consultant des cartes et des images satellites depuis un bureau que l'on peut livrer une analyse cohérente des risques à une audience aussi large que celle offerte par la télévision ou les réseaux sociaux. Voir ainsi des experts multiplier les approximations géographiques au sujet d'une agglomération majeure du pays a quelque chose de tragicomique… ou simplement révoltant. De quoi se poser bien des questions quant au traitement quotidien de conflits qui se déroulent à plusieurs milliers de kilomètres;
  • deuxièmement, et toujours concernant l'importance d'une connaissance de terrain, rarement en France une dissonance aussi importante n'aura pu être constatée par les habitants d'un territoire entre la réalité des événements et le compte rendu qui en était fait dans les médias nationaux, quand bien même ces derniers disposaient d'équipes dans la zone d'intervention. Finalement, pour disposer de sources fiables et détaillées, on aura, et de loin, préféré les sources locales, à commencer par la si précieuse presse régionale. Et du côté des sources ouvertes (sous entendu gratuites et libres d'accès), les pages Facebook des communes concernées, ainsi que d'innombrables groupes sur ce même réseau social, où dans un bel élan de solidarité, chacun a pu rapporter des données "tactiques" extrêmement précises, tant pour aider que surtout, pour rassurer. Une parenthèse qui semble toutefois s'être refermée depuis, Facebook (tout comme X) ayant retrouvé un parfum plus trivial et… trop souvent complotiste !   

vendredi 19 juin 2026

Le Dassault Falcon 10X a volé !

 

Cinq ans après sa présentation et quelques semaines après sa première sortie sur piste, le dernier né de la famille Falcon, le "10X" a effectué son premier vol ce 19 juin. Ce grand business jet qui défie toutes les statistiques sur son segment de marché représente un bond en avant pour Dassault Aviation. Son vol a duré près de 2h30 au dessus de la métropole bordelaise. 

Images : Dassault Aviation.


Les spotteurs ainsi que les applications de suivi du trafic aérien avait rapidement vendu la mèche ce vendredi matin, mais c'est bien dans un communiqué officiel que Dassault Aviation a annoncé ce 29 juin que son tout nouveau Falcon 10X avait effectué avec succès son premier vol, démontrant la maturité du programme et marquant le lancement de la campagne d'essais en vol.

Le groupe précise que c'est le pilote d'essai Sébastien Dupont de Dinechin et son copilote Fabrice Dougnac qui ont décollé de la piste 23 de Bordeaux-Mérignac à 11 h 10 pour un vol de deux heures et demie. "À 15 000 pieds, ils ont évalué les qualités de vol et les systèmes de l'appareil, puis ont rentré le train d'atterrissage et toutes les surfaces mobiles avant de monter à 40 000 pieds, où ils ont accéléré jusqu'à Mach 0,82. Ils sont revenus à Bordeaux-Mérignac et ont atterri en douceur à 13 h 40."

Motorisé par Rolls Royce, ce Falcon est de loin le plus impressionnant de sa famille (33,4 mètres de long, 33,6 mètres d'envergure), et même de sa gamme d'appareils dans le monde. Avec 2,03 mètres de hauteur pour 2,77 de largeur, il dispose aussi de la cabine la plus spacieuse du marché (et la plus lumineuse grâce à 38 hublots), capable d'inclure si besoin une salle de conférence. Il est le plus endurant enfin, puisque pouvant de franchir quasiment 14 000 kilomètres sans escale. Sa vitesse maximale est de Mach 0,925.

Sa voilure est entièrement constituée de composites (fibres de carbone), permettant une solidité maximale, un poids réduit et une traînée minimale. Des enseignements tirés de l'expérience engrangée sur… le programme Rafale.
Ce qui se ressent jusqu'au cockpit et ses commandes de dernières générations issues des technologies militaires. Ultra-spacieux, ce cockpit dispose d'écrans tactiles, et offre pour la première fois sur un business jet un « recovery mode » (rattrapage automatique d’urgence). La puissance est optimisée selon les besoins et conditions de vol grâce à un système numérique de gestion. Les manettes des gaz sont elles remplacées par une commande intelligente unique. Les pilotes bénéficieront d'affichages tête haute, grâce d'une part au système FalconEye de Dassault, et d'autre part aux deux visualisations tête haute pouvant servir d’écrans principaux de vol.

Dassault annonce que ce premier appareil sera bientôt suivi dans les airs par un deuxième avion d'essai en voie d'achèvement, puis par un troisième, en cours d'aménagement intérieur complet, qui sera lui principalement utilisé pour les tests fonctionnels et de fiabilité des systèmes et de la cabine.

La carrière du Falcon 10X s'annonce pour le moment exclusivement civile. 





lundi 8 juin 2026

Le SOFINS quitte le camp de Souge… pour Bordeaux-Lac et son plan d'eau


Présent depuis bientôt 15 ans sur la camp de Souge à Martigas-sur-Jalle, le salon des forces spéciales SOFINS déménage en 2027 pour le Parc des expositions de Bordeaux. Une petite rupture quand on sait que l'antre du 13ème Régiment de dragons parachutistes offrait la possibilité de nombreuses expérimentations directement sur le terrain, ce qui était l'un des grands intérêt de ce rendez-vous.  


Au moins il reste à Bordeaux. Convoité de longue date par d'autres régions (et bien entendu Paris), le salon SOFINS, "séminaire" international dédié à l'innovation dans l'écosystème des forces spéciales, s’installera à Bordeaux-Lac en avril 2027, du 6 au 8. Habituellement organisé sur le camp militaire de Souge (Martignas-sur-Jalle, Gironde) en périphérie de Bordeaux, cette édition marquera donc sa première tenue en dehors d'une enceinte militaire, pour retrouver la métropole et ses facilités. 

Si cette localisation -parfois un peu poussiéreuse- était régulièrement critiquée (accès, manque de services) par les plus urbains des visiteurs "business" en effet, il faut constater que l'événement perd ici un de ses points forts qui était de proposer des tests grandeur nature de matériels (démonstrations dynamiques de véhicules, stands de tir (y compris longue distance), usage de jumelles de vision nocturne dans des espaces dédiés…
Les organisateurs (toujours le Cercle de l'arbalète), à encore un an du rendez vous, insistent cependant sur le fait que le vaste plan d'eau de Bordeaux Lac permettra de réaliser des démonstrations inédites, nautiques vous le devinez (drones de surface, équipements nautiques, interventions combinées), qui rappelleront la formidable édition 2015, quand le Bassin d'Arcachon avait servi de décor de prestige lors d'une impressionnante démo des commandos marine.

A noter que la semaine suivant le SOFINS 2027, c'est le D2NS (Digital Defense & National Security) qui prendra la place. Il s'agit d'un salon pionnier entièrement dédié au numérique au profit des ministères français et des forces armées.


mercredi 13 mai 2026

Avec l'allemand OHB, Dassault Aviation européanise son avion spatial Vortex


Dassault Aviation et OHB ont annoncé lundi 11 mai une association dans le but de proposer à l'Agence spatiale européenne le VORTEX-S, un avion spatial capable d'effectuer des allers-retours (non-habités) vers les stations spatiales et des missions orbitales autonomes. Les deux entreprises évoquent aussi d'autres collaborations à venir avec des partenaires européens, alors que cette version du Vortex doit voler en 2031.

Illustration: le Vortex et de son module de service - Dassault Aviation / Falcon Graphic Lab.


« Nos amis allemands d’OHB sont des partenaires naturels pour participer à ce projet [Vortex-S], en apportant leur remarquable expertise. Nous sommes très heureux de cette collaboration, qui promet d’être très fructueuse », Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation. 
Bien loin des considérations -et tumultes- du SCAF (avant tout un projet politique rappelons le, avant d'être une coopération industrielle infructueuse), Dassault Aviation et l'allemand OHB-System ont confirmé le 11 leur association, pressentie depuis des mois, sur le programme d'avion spatial Vortex. 

Une nouvelle qui est officialisée quelques semaines à peine (21 avril dernier) après la sélection, en Espagne, d'Arkadia Space comme équipementier qui fournira l'intégralité du système de propulsion du Vortex-D. 
Pour rappel, la version "D" de Vortex est celle dont le développement a été annoncé en juin 2025 au Bourget, avec un financement pour partie (30 millions d'euros) assuré par le Ministère français des Armées. Il s'agit d'un Vortex à 1/3 de sa taille finale, et qui sera le premier démonstrateur à voler, dès 2028. Les choix techniques concernant ce dernier, effectué "en mode New Space", seront finalisés cet été dans les bureaux d'études de Saint-Cloud & Mérignac, tandis que l'assemblage débutera en fin d'année 2026 à Istres.

La version "S", dont il est question aujourd'hui, sera l'étape suivante. Un vaisseau Vortex (l'appellation de drone convient également) à échelle 2/3, de 7,7m de long pour 5m d'envergure et une masse de 6,3 tonnes. Son premier vol est aujourd'hui planifié pour 2031, avec deux versions imaginées :
  • Vortex S-1 pour les missions civiles publiques ou privées;
  • Vortex S-2 pour la défense.  

Or, Dassault Aviation a, semble-t-il, pensé Vortex-S très tôt pour être "européanisé", accédant ainsi aux crédits de programmes de l'ESA, la France seule ne pouvant assurément pas l'assumer, et/ou, du moins, n'en faisant pas une priorité stratégique. 

C'est ainsi que Dassault, en tant qu’architecte du VORTEX-S et intégrateur global de l’avion spatial, s'associe à OHB, principal concurrent d'Airbus dans le spatial allemand, qui sera architecte et intégrateur du module de service. Ils formeront ensemble l’équipe centrale du projet proposé à l'Agence européenne.

Le communiqué publié par les deux groupes suggère que des discussions sont en cours avec d’autres grandes entreprises spatiales européennes dans le but d’élargir l’équipe projet, au moment où le futur des capacités de transport spatial du continent se décide (ce qui concernera aussi les capsules avec, par exemple, The Exploration Company).  

Précisons enfin que l'ambition ultime du programme Vortex, habité par l'esprit de la navette Hermes, est pour Dassault de pouvoir proposer à terme, non seulement un vaisseau cargo Vortex-C à échelle 1, mais aussi, à horizon 2050, un Vortex-M en version habitée. 


mercredi 22 avril 2026

Robotique terrestre : Shark Robotics s'unit à l'ukrainien Tencore

Le champion français de la robotique terrestre, Shark Robotics, annonce son alliance avec l'ukrainienne Tencore. Cette dernière apportera son expérience issue de l'emploi de milliers de robots sur le front de guerre, tandis que la PME française soutiendra sa consœur tout en innovant pour proposer des solutions aux forces armées françaises.  

Crédits images : Shark Robotics & Tencore.


L'info a fait le tour des médias ces derniers jours, l'Ukraine vient de remporter une victoire tactique (la prise d'une position tenue par des soldats russes) en utilisant exclusivement des éléments robotiques. Et elle compte désormais se doter de plusieurs milliers de drones terrestres (UGV) pour sa logistique. 

Et il semble bien que le succès des entreprises de la "Défense Tech" européenne passe par l'Ukraine, ses contraintes opérationnelles, et ses enjeux de production et de maintenance… car c'est dans ce contexte que ce 22 avril à Bruxelles, à l'occasion du Forum d'affaires Union Européenne-Ukraine, que la PME rochelaise Shark Roboticsmondialement connue pour la success story de son robot « Colossus » de lutte contre les incendies (elle en a livré 40 à l'Ukraine), a annoncé la signature d'un protocole d'accord avec Tencore, jeune (2024) leader ukrainien des robots terrestres et véhicules sans pilote pour la défense et la sécurité, qui déploie des milliers d'exemplaires unité « Termit » en première ligne sur le front pour la logistique et l'évacuation sanitaire notamment. Cette plateforme électrique modulaire d'environ 600 kg est capable de transporter jusqu'à 400 kg de charge utile.

Le mémorandum signé ce jour constitue la première initiative conjointe de coentreprises complémentaires menées simultanément en France et en Ukraine dans le secteur de la sécurité et de la défense. Il illustre un nouveau modèle de coopération industrielle, combinant les approches « Construire avec l’Ukraine » (soutien industriel d’un autre pays) et « Construire en Ukraine », avec le soutien de l’Union européenne.

Les deux entreprises, dont l'origine du partenariat remonte à moins de six mois (le 18 novembre 2025 à l’Élysée en présence des présidents Macron et Zelensky), entendent recueillir des retours d'expérience sur le terrain en Ukraine et les appliquer directement à la production et à l'innovation.
Deux coentreprises seront créées: en France, il s'agira du développement et de la production de robots de défense, ces systèmes étant conçus pour répondre aux besoins des forces armées françaises. Ils pourront aussi être fournis, sous forme de dons, aux forces ukrainiennes. En Ukraine, une plateforme industrielle et de services sera dédiée à la robotique de sécurité civile, y compris la maintenance, la formation et la production progressive de certains composants, afin de construire une chaîne d'approvisionnement plus européenne et de fournir un soutien à long terme aux opérations.

Selon le communiqué, les systèmes développés et maintenus dans le cadre de ce partenariat couvrent l'ensemble des missions de robotique terrestre, sur deux volets: 
  • Défense: logistique dans les zones à haut risque ; évacuation des blessés (CASEVAC/MEDEVAC) ; transport d'équipements et de charges utiles ; soutien au combat ; soutien du génie, notamment pour les missions de déminage.
  • Sécurité civile et résilience: lutte contre les incendies suite aux grèves, protection du personnel de secours, sécurisation des infrastructures critiques (énergie, transports, sites industriels) et protection des populations civiles.

Rappelons que Shark Robotics, valeur sûre que nous suivons sur ce blog depuis 2016, a été créée à La Rochelle par Cyrille Kabbara, un ancien militaire. Celui-ci commente cette union:  « À l’instar de l’Ukraine, l’Europe doit se préparer à des conflits où les robots joueront un rôle déterminant. Ce partenariat vise à développer les capacités dont nous aurons besoin à l’avenir. L’objectif est d’agir rapidement, d’intensifier nos efforts et de doter les forces ukrainiennes et européennes des moyens d’intervenir sur le terrain. »
Et son homologue, Maksym Vasylchenko, d'ajouter: « En Ukraine, nous innovons sous pression, dans des conditions réelles. Avec Shark Robotics, nous associons la robotique de défense développée sur le champ de bataille à la robotique au service de la sécurité civile et de la résilience. C’est cette synergie qui fait la force de notre partenariat. »