vendredi 23 juin 2017

Le moteur M88 du Rafale pour le démonstrateur du drone FCAS


Le programme FCAS franco-britannique avance. En effet, le choix du moteur aurait été fixé s'agissant du démonstrateur de drone de combat prévu pour 2025. Il s'agira d'un matériel bien connu, le M88, moteur du Rafale.

Illustration: le Future Combat Air System, c'est un drone de combat, mais plus globalement, un système complet incluant les chasseurs actuels comme le Rafale, et probablement les avions du futur - Vue d'artiste, Master Films.

Selon Aviation Week, qui cite des responsables du programme FCAS (Future Combat Air System) au salon du Bourget le France et le Royaume-Uni ont décidé de recourir au moteur M88 de Safran, le même qui équipe (x2) les Rafale de Dassault Aviation.

Un dérivé du moteur sera développé pour être utilisé sur les deux démonstrateurs de drone de combat. Ces derniers ne devraient comporter (tout comme leurs aïeux les prototypes NEURON et TARANIS, ou encore le X-47B américain) qu'un seul moteur. Entre un chasseur et un drone en effet, les exigences ne sont pas du tout les mêmes. Ce qu'on demande au drone, c'est d'être avant tout discret et endurant. Je schématise.

Les deux motoristes en charge sur le programme FCAS sont Safran et Rolls Royce. Il est convenu que ce couple conçoive à part égale un moteur pour le drone de combat. Il est cependant très vite apparu que le M88 comportait des facilités de conception permettant son adaptation rapide au projet.
Par ailleurs, le M88, qui permet une poussée de 7,5 tonnes, pourrait éventuellement à court ou moyen terme voir sa puissance augmenter jusqu'à 8 ou 9 tonnes de poussée. Chose qui bénéficierait en premier lieu vous le devinez... au Rafale. C'est même une demande qui fut émise par des clients export.

Le programme franco-britannique FCAS, initié par les accords de Lancaster House en 2010, en est aujourd'hui au stade de l'étude de faisabilité ("Phase 0"). Les deux pays se sont lancés dans un investissement de deux milliards d'euros pour développer ce drone de combat.
Attention, il ne faut pas le confondre avec le FCAS voulu par Airbus, dont nous parlions ici la semaine dernière, qui n'en est encore lui qu'au stade de concept.
Fin 2017, une nouvelle phase du programme débutera ("Phase 1"), et verra les nombreux acteurs du programme entamer la phase préliminaire de conception et de développement qui devrait durer entre trois et quatre ans.

Ce drone, qui sera normalement opérationnel d'ici 2030, sera la première pierre d'un système de combat aérien plus large qui intégrera au final (2040 ?) un nouvel avion de combat de sixième génération, espérons le européen.
A ceux qui se poseraient la question, cela n'interdit absolument pas le F-35, avion américain de 5ème génération qui a déjà un pied en Grande-Bretagne (et en Italie, aux Pays-Bas, et peut-être même bientôt en Pologne et en Espagne, voire en Allemagne !) d'intégrer le FCAS. Les britanniques ont pris en compte cette éventualité.

Et le drone, intéresse désormais de plus en plus la Marine Nationale, dont le Chef d'Etat Major, l'amiral Prazuck, vient d'annoncer ouvertement qu'il enviait les travaux de l'US Navy sur le X-47B, drone de combat capable d'apponter sur un porte-avions.  La Marine a d'ailleurs rejoint le programme FCAS en 2015.
On se rappellera aussi qu'à l'été 2016, le démonstrateur Neuron de Dassault avait mené des essais en mer, dans l'environnement du Charles de Gaulle. Pas de méprise attention, on parle ici d'essais en vol, le drone n'est pas conçu pour apponter ou même décoller du porte-avions français.

Lire sur le blog: Le drone de combat NEURON débute ses essais en mer


Le développement de ce drone enfin, permettra de travailler sur des domaines de pointe, comme l'intelligence artificielle, les radars, les liaisons de données... des domaines dont les retombées irrigueront le Rafale lui-même dans ses standards futurs, à commencer par le F4.


Et justement, encore un mot pour vous renvoyer vers le JDef du 21 juin qui fait la part belle aux nouvelles technologies:



mercredi 21 juin 2017

Adieu aux armes du général de division Christophe de GOUTTES


Le général de division Christophe de GOUTTES, officier général de la zone de Défense et de sécurité sud-ouest par intérim, et commandant la zone Terre sud-ouest, fera ses adieux aux armes ce mercredi à Bordeaux.

Photo: le général de division Christophe de GOUTTES (au centre), ici le 14 juillet 2015 à Bordeaux, quitte une fonction centrale pour la zone de défense et de sécurité sud-ouest.

Le mercredi 21 juin 2017, à 11h30, dans les jardins de l’Hôtel de ville de Bordeaux, se tiendra la cérémonie d’adieu aux armes du général de division (GDI) Christophe de GOUTTES, Officier général de la zone de Défense et de sécurité sud-ouest (OGZDS-SO) et commandant de la zone Terre sud-ouest ; après 40 ans de service, le GDI de GOUTTES quittera cet été l’institution militaire.

Présidée par le général d’armée Jean-Pierre BOSSER, Chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), avec l’orchestration de la Musique des parachutistes de Toulouse, la cérémonie se déroulera en présence du drapeau et d’une délégation du 6e régiment du génie (6e RG – Anger), de l’Ecole nationale des sous-officiers de l’armée de Terre (ENSOA – St-Maixent-l’Ecole) et du 1er régiment d’infanterie de marine (1er RIMa – Angoulême ).

Nous souhaitons sur Pax Aquitania une très bonne continuation au général de Gouttes !


Dans la vidéo ci-dessous datée de mars 2017, le général de Gouttes vous parle des forces présentes en zone sud-ouest et des missions de ces dernières (notamment Sentinelle):




mardi 20 juin 2017

La commission européenne valide les premiers financements du « X6 »


Deux ans après l'annonce du projet X6, Bruxelles a donné son autorisation pour le financement franco-allemand du futur hélicoptère lourd du groupe Airbus. Paris et Berlin vont pouvoir verser près de 377 millions d'euros à Airbus... dont 330 millions pour la France.

Nom de code "X6". Il s'agit du futur hélicoptère "lourd" (selon la conception européenne, puisqu'on est loin du Chinook) de nouvelle génération, successeur de la famille des Super Puma et Cougar. 
La Commission européenne a autorisé une aide publique de 377 millions d'euros de la part de Paris et Berlin pour développer cet appareil.


377 millions d'euros sous la forme d'avances récupérables accordées sur une période de huit ans. La part française est largement majoritaire (330 millions € contre 47,25 millions pour l'Allemagne). Cela s'explique par le fait que, selon le Ministère français des transport dans son communiqué, "l'État allemand apporte également un soutien, proportionnel à l'empreinte industrielle du projet dans ce pays". De là à conclure que les retombées industrielles et commerciales seront essentiellement à trouver de notre côté de la frontière, il y a encore un pas que je n'oserais m'avancer à franchir...

Dans le veine du très élégant H160, X6 intégrera de multiples technologies de pointe contribuant à rendre cet l'hélicoptère bimoteur plus silencieux, plus économe, ou encore plus endurant. Un dernier argument très important puisque dans le civil, X6 vise le juteux marché de l'offshore pétrolier, sur lequel Airbus positionne aujourd'hui son H225. 

X6 devrait arriver sur les marchés civils et militaires vers 2025. Il est considéré par les industriels comme le prochain grand programme européen, après l'A400M et avant le drone MALE et le FCAS.

Communiqué du Ministère des transports. Le Lundi 19 juin 2017,
Le Gouvernement français salue la décision de la Commission européenne déclarant le soutien franco-allemand au projet d’Airbus Helicopters « X6 » compatible avec le marché intérieur. Ce projet d’hélicoptère lourd, actuellement au stade d’étude, complétera la gamme civile et militaire de l’avionneur européen.

L’Etat français contribue au financement de ce projet via une avance remboursable de 330 M€, issue du programme d’investissements d’avenir. L’Etat allemand apporte également un soutien, proportionnel à l’empreinte industrielle du projet dans ce pays. Cette décision, dont la procédure conjointe de notification est inédite pour un projet industriel, est le fruit du dialogue constructif entre les Etats français, allemand et la Commission européenne.

A l’occasion du 52e salon du Bourget, Elisabeth Borne, Ministre chargée des Transports, a déclaré : «Il s’agit d’une décision majeure pour l’avenir de l’industrie aéronautique européenne. Le X6 aura d’importantes retombées industrielles pour Airbus Helicopters et l’ensemble de sa chaine de fournisseurs, en Europe, mais également pour nos territoires notamment sur les sites de Marignane et Dugny».
Le X6 simplifiera l’accès aux plateformes en haute-mer, facilitera les missions de recherche, de sauvetage et les missions humanitaires, mais aussi celles de surveillance aux frontières.

Par ces avancées technologiques, ce nouvel hélicoptère donnera lieu à des innovations inédites dès la phase de conception. Airbus s’appuiera sur les talents industriels des quatre nations qui font sa force, et plus particulièrement sur les compétences des sites français et allemand de sa filiale hélicoptères.

Le projet X6 mobilisera un nombre important d’emplois hautement qualifiés en France et en Europe, au travers de l’ensemble de la chaine de fournisseurs. Il contribuera à augmenter significativement les dépenses de recherche et développement dans le secteur aéronautique, et dynamisera la croissance et le commerce extérieur de l’Union Européenne.


lundi 19 juin 2017

LREM s'empare de la circonscription la plus "défense" de France


Ce que certains appellent la "grande lessive" a frappé partout durant ces élections législatives. En Gironde, cela est flagrant puisque La République En Marche, parti de la majorité présidentielle, remporte 10 circonscriptions sur 12. La 6ème circo, la plus marquée "défense" de toutes, n'y échappe pas. 

Illustration: l'usine d'assemblage Dassault Aviation à Mérignac, lieu emblématique sur la 6ème circonscription de la Gironde. Image tirée du reportage qui sera diffusé ce 21 juin sur France 3 Aquitaine dans Enquête de Région. La robe de ces Rafale indique qu'ils sont destinés à l'export, et plus précisément au Qatar. 


Dans la 6ème circonscription de la Gironde, l'ouest de l'agglomération bordelaise, Eric Pouillat, le candidat LREM a donc battu la députée PS sortante Marie Récalde. Conforté par son score de 44 % au premier tour, le candidat élu remporte l'élection avec 56,1 %. La députée Marie Récalde limite les dégâts du premier tour (15,8 %) en remontant à 43,99 %, mais cela restera insuffisant pour inverser la tendance.
La participation demeure extrêmement faible, de l'ordre de 40,20 %

Ce qui nous intéresse ici est la question suivante, que je posais sur le blog avant le premier tour des législatives (dont je recommande la lecture pour bien comprendre les enjeux sur cette circonscription, lien ci-dessous), la problématique défense au sens large a-t-elle joué un rôle ? Eh bien... non.

Blog: La bataille pour la 6ème circonscription de la Gironde aura t-elle lieu ?




Eric Pouillat, nouveau député LREM de la 6è Circonscription de la Gironde - photo Sud Ouest

La 6ème circonscription ne sera pas représentée à commission Défense de l'Assemblée

Dans une interview parue la semaine dernière dans le journal Sud Ouest, le futur député LREM Eric Pouillat répond à la question suivante: "Si vous êtes élu député dimanche, siégerez-vous comme vos prédécesseurs à la commission de la défense nationale et des forces armées ?"

Sa réponse fut la suivante:"Non, je pense que je romprai avec cette tradition. cela ne veut pas dire que je néglige la part de l'industrie aéronautique, spatiale, et de défense. Cette filière pèse sur la vie économique de la circonscription. Et je respecte tout ceux qui la représentent, du petit technicien au dirigeant. Mais là encore, j'estime que les choses ont évolué. La part des gens qui résident dans la sixième et travaillent dans ce secteur a fortement diminué. Le prix du foncier étant élevé, les petits salaires sont allés ailleurs, notamment dans le Médoc. D'autres, plus aisés, se sont installés sur le Bassin ou à Bordeaux. Aujourd'hui, il faut considérer le contexte plus largement. Certes, l'industrie est importante, mais elle ne permet pas d'embrasser l'ensemble de la situation économique et sociale de la circonscription. Les services, la technologie innovante, le commerce et le numérique, sont autant de secteurs pourvoyeurs d'emplois."

Dont acte. Eric Pouillat affirme en revanche sa volonté de se pencher en commission sur les affaires européennes et sociales.

Comme je le laissais penser il y a 10 jours donc, la problématique défense au sens stratégique - pour la nation - n'a pas été un enjeu, contrairement à la thématique de l'emploi, Eric Pouillat se référant en effet à l'évolution de la sociologie de sa circonscription (chez les industriels oui, mais les deux bases militaires ?).
De plus, sans présence à la commission défense à Paris, elle risque de ne jamais vraiment le redevenir.

C'est un choix personnel, politique, et légitimé par le vote de surcroît, mais il s'agira pour le nouvel élu d'être particulièrement vigilant, car avec les discussions qui arrivent autour de la nouvelle Loi de Programmation Militaire, on risque de voir émerger quelques batailles rangées au sujet des grands programmes industriels à venir. Les crédits promis par un budget à 2% du PIB devraient faire bien des envieux chez les élus... C'est une certitude. Mais en attendant, il faut déjà défendre l'actuel budget face à Bercy.
Aussi, la volonté affichée au sommet de l'Etat (et même chez les champions industriels comme Dassault ou Airbus) de courir vers l'Europe industrielle de la Défense risque de mettre en balance de grandes structures françaises face à leurs semblables, allemandes notamment.

Et alors que l'aéroparc bordelais est en plein ré-aménagement, il faudra suivre par exemple le projet à Mérignac de grande cité de l'aéronautique.

A noter que le bilan pour la précédente commission de la défense et des forces armées à l'Assemblée Nationale est assez représentatif de la révolution que vient de vivre la classe politique française. Elle apparaît en effet décimée, sa présidente Patricia Adam ayant même été éliminée dès le premier tour des législatives. Avec cette "hécatombe", c'est une certaine expertise qui disparaît. 
A priori, un homme semble sortir grand vainqueur, c'est Gwendal Rouillard (ex-PS, aujourd'hui LREM), ré-élu à Lorient et spécialiste des affaires maritimes. A seulement 41 ans, il fait maintenant figure de vétéran dans le milieu.

Nous découvrirons cet été la composition de la nouvelle commission défense.