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mercredi 20 mai 2020

A Limoges, Arquus produit son 1000ème blindé Sherpa


L'industriel Arquus annonce que ses équipes de Limoges ont tout récemment conclu la production du 1000ème  véhicule blindé Sherpa. L'entreprise est donc fière d'intégrer son Sherpa au sein du club fermé des véhicules produits à plus de 1000 exemplaires, 14 ans après sa première présentation.

Illustrations: l'assemblage à Limoges - Arquus


Alors que l'industrie française de défense, qui a su garder une activité à hauteur de 30% durant le confinement, tente de retrouver des conditions de travail à peu près normale d'ici l'été, ces dernières semaines ont été marquées par plusieurs annonces. Aujourd'hui nous retenons celle, dans le domaine terrestre, d'Arquus (ex-Renault Truck Defense), qui a sorti de ses lignes de production à Limoges son millième 4x4 blindé Sherpa.

Le Sherpa est donc un vrai succès. Décliné en 4 modèles de base (Sherpa Scout pour la reconnaissance, Carrier pour le transport, APC pour le transport protégé, Sherpa Forces Spéciales), il équipe plusieurs forces armées et/ou de sécurité, faisant dire à son constructeur qu'il est de tous les théâtres.

Véhicule militaire, le Sherpa réalise surtout une belle carrière dans la sécurité intérieure, grâce à une version dotée d'Echelle d’Assaut développée en 2014 sur fonds propres par l'industriel. 
Le GIGN en possède mais on trouve également des Sherpa dans les groupes d'élite de la police au Chili, au Liban, en Indonésie, en Inde ou encore au Brésil. 

Dans les armées, les utilisateurs sont l'OTAN qui l'a engagé au sein de l'ISAF en Afghanistan, l'Egypte, ou le Koweït avec 300 exemplaires commandés.

Enfin, les forces spéciales françaises ont choisi une version spécifique du Sherpa FS pour leur programme VLFS (véhicule lourd des forces spéciales) en 2016. Programme qui connait quelques difficultés, mais dont les livraisons ont débuté.


Dans son communiqué Arquus félicite ses équipes et rappelle qu'en 2019, le site Arquus de Limoges a battu ses records de production, avec plus de 200 livraisons sur l’année. "Le site de Limoges a montré à cette occasion sa capacité à s’adapter à des rythmes très soutenus de production, allant jusqu’à deux véhicules Sherpa par jour. Ce record, obtenu l’année du 80e anniversaire du site, illustre le dynamisme et la capacité de renouvellement d’un centre historique de la Défense française."

Depuis qu'il a été présenté en 2006, le Sherpa est entièrement assemblé à Limoges grâce à une ligne de production complète. En 14 ans, ce sont désormais plus de 1000 véhicules Sherpa de tous modèles et de toutes configurations qui y auront été produits.


lundi 8 avril 2019

Du deux roues à la chenille, un panel de véhicule très varié sur le SOFINS


Le salon SOFINS 2019 qui se tenait du 2 au 4 avril près de Bordeaux a vu défiler un nombre conséquent de véhicules. Mais ce qui impressionne avant tout, c'est leur variété !

Ci-dessus: à droite, le Hawkei de Thalès. A gauche, la mule autonome de Shark Robotics - images Albane Photographe


Il faut dire que sur le SOFINS, on pouvait voir ce qui roule, ce qui vole, ce qui va sur l'eau, et même sous l'eau. Mais contentons nous aujourd’hui du terrestre, tant il y a à dire sur le sujet. 
Si les personnels du COS présentaient chaque jour lors de leur démonstration dynamique une partie de la gamme de véhicules employés en opérations spéciales, comme les nouveaux VPS2 de Technamm désormais bien connus, les constructeurs se sont déplacés sur le salon avec une quantité impressionnante de véhicules. Tentons de dresser une liste succincte, en partant du plus léger.

Le COS emploie aujourd'hui une gamme variée de véhicules tout-terrain - photo Pax Aquitania

Des deux roues pour la reconnaissance

En bas de notre échelle, il y a les vélos, ou plutôt les VTT. Particulièrement adaptés à la reconnaissance, discrète par nature, on en entend peu ou trop rarement parler. Pragma Fuel Cells exposait notamment son modèle électrique "Alpha", doté d'une pile à combustible offrant 100 km d'autonomie.

Ensuite vient la moto. On découvre d'ailleurs dans le dernier numéro de RAIDS (n°393 - Avril 2019) que le 13ème RDP emploie déjà des Yamaha 250 WRR afin de gagner en mobilité et flexibilité.


La tendance "buggy"

Passons aux 4 roues, qui constituent bien entendu le cœur des matériels exposés. Pour preuve, le CEMA a du s'arrêter sur quasiment chaque stand.

ACMAT, filiale d'Arquus, présentait son blindé Bastion qui est un véritable succès en Afrique (grâce notamment aux programmes de soutien américains).

Sur ce même stand, la maison mère Arquus, alignait un "Sabre" (un Sherpa version forces spéciales conçu pour l'export, globalement similaire au premier abord au VLFS tant attendu par le COS) et un "Trigger", pick-up militaire tactique misant clairement sur sa rusticité, et qui devrait par la même occasion intéresser des pays aux moyens moins "conséquents" qu'en occident.

Rusticité toujours, Technamm, qui a le vent en poupe, exposait son "Masstech", ainsi que son très léger 4x4 aérolargable "FenneC".

Vous l'aurez peut-être compris, la tendance est bien à l'ultra mobilité confondue à la rusticité, et ce en raison des missions actuelles. C'est pourquoi on pouvait voir également le grand retour des buggys, y compris sur les zones d'essais dynamiques.
Dans le genre poids lourd du buggy, Haulotte montré son HUTP-R (les images sont rares mais la presse anglo-saxonne en a diffusé). L'américain Polaris exposait lui son Dagor A1 conçu en étroite collaboration avec l’US SOCOM.

Mais l'un des coups de cœur du SOFINS 2019 selon moi, est à trouver chez le français Booxt. Le constructeur troyen développe des buggys dans le civil mais a récemment collaboré avec le COS sur le développement d'un modèle "Assaut", version militarisée de son Scorpik SRK4. Evidemment aérotransportable, la bête, que l'on croisait sur les pistes du camp de Souge, peut transporter 2 à 4 commandos (poids maximum à bord de 700 kg) à la vitesse maximale de 160 km/h. Son autonomie est annoncée à 800 km, pour un prix très abordable... si l'on compare aux standards militaires bien sûr.
Les visiteurs du salon avaient l'occasion de faire un tour pour le moins décoiffant à bord. Émotions garanties !

Le buggy "Assaut" de Booxt, une petite bombe ! - Pax Aquitania

A noter qu'un avantage de ces véhicules légers est qu'on peut les emmener partout ou presque. Ce qui n'est pas le cas des véhicules lourds, même conçus spécifiquement pour les forces spéciales, qui doivent parfois être abandonnés dans le désert pendant plusieurs jours. Et dans ces cas il faut les camoufler. Je vous invite d'ailleurs à aller voir du côté du blog FOB une des solutions exposée au SOFINS.


Le futur est-il plus lourd ?

Les gros véhicules ont marqué les esprits, forcément, sur ce SOFINS 2019. Le Titus de Nexter et ses 27 tonnes, déjà présent il y a 2 ans en version "police", était présent cette année pour emmener les visiteurs sur les terrains accidentés. Certaines délégations étrangères - y compris de forces spéciales -ont passé de longs moments à bord ce qui tombe bien, puisque l'avenir du blindé semble plutôt se trouver à l'étranger.

Aussi, le véhicule était présenté de façon plus classique lors d'une démonstration "guerre du futur", où le blindé faisait face à une menace d'IED, et déployait deux drones terrestres pour assurer la levée de doutes, dont le petit Nerva.

Le Titus était l'une des stars du SOFINS, Nexter proposant des virées sur terrain accidenté - MINARM
Un des drones de Nexter Robotics pilotés depuis de le Titus - Pax Aquitania

Outre Nexter, Centigon était de retour avec son 4x4 tactique blindé estampillé "GIGN", adapté aux zones de risque.

Avec le Titus, un autre véhicule attirait les projecteurs: il s'agit du Hawkei de Thalès. L'industriel français était venu avec 2 exemplaires, un statique, équipé pour le combat, et un autre "nu" pour les essais dynamiques (qui encore une fois ont attiré du monde).
En version armée, le Hawkei est équipé d'un lance-roquettes Thalès de 68 mm (4 roquettes) et d'une tourelle FN Herstal téléopérée de calibre 12.7 mm.

Le Hawkei de Thalès, avec le CEMA à bord ! - Pax Aquitania

Le Hawkei, qui tire son nom d'un serpent venimeux, est assemblé en Australie, premier pays à l'avoir acheté en binôme avec le Bushmaster. Thalès compte le proposer en France, mais il faudra assurément pour cela que l'industriel français propose une chaîne de montage.

Quand à la question de savoir ce que font ces matériels lourds (6 tonnes à vide pour le Hawkey, quasiment 10 en version tactique) sur un salon des forces spéciales ? La réponse est simple: tout dépend de la mission, et les constructeurs tenaient à confirmer qu'il s'agissait bien de la clientèle visée. 
Rappelons tout de même que les forces spéciales françaises (tout comme britanniques et américaines) ont dû se doter en urgence de blindés tactiques sur le théâtre irako-syrien. Pour la France en l'occurence, il s'agissait - et c'est toujours le cas - de l'Aravis. Adieu l'empreinte légère !
Et comme me confiait un opérateur, "quand on a besoin de ce type de véhicule, c'est déjà que ce n'est plus la même guerre".



Des chenillés ? Oui ! Mais dans le domaine du drone ou du véhicule autonome

Un mot pour citer la mule de Shark Robotics. Le constructeur basé à La Rochelle s'était spécialisé dans le robot terrestre de soutien aux pompiers. Il dévoilait au SOFINS "Barakuda", une mule téléopérée que l'on pouvait voir déambuler dans les allées. Pesant 350 kilos, silencieuse car électrique, cette mule dispose d'une autonomie de 10 à 12 heures. Pas plus grosse qu'un quad, elle peut justement embarquer dans un hélicoptère NH90 Caïman.
Enfin une solution française dans ce marché qui s'apprête à exploser et où l'Armée de terre s'apprête à réaliser les premières expériences.

La mule "Barakuda'" de Shark Robotics - Photo constructeur

Concluons avec (pour les puristes) du chenillé. Toujours chez Shark Robotics (ne pas confondre avec Sharks Dynamics !), on pouvait voir une surprenante version du robot Colossus équipée d'une mitrailleuse légère. La machine fut jusque ici réservée aux pompiers, mais pourrait donc connaître un destin plus militaire. 

Technamm (encore) présentait lui un 4x4 chenillé idéal pour les terrains enneigés (il n'y a pas à dire, le constructeur dispose pour le coup d'un catalogue riche, accessible et innovant).

Enfin, on ne pouvait manquer l'impressionnant Themis, monstrueux châssis de l'estonien Milrem, sur lequel était montée au SOFINS la tourelle "Impact" de MBDA. L'Estonie devrait d'ailleurs bientôt déployer ce drone de combat terrestre au Mali.



BONUS : les invités triés sur le volet lors du gala SOFINS qui se tenait dans un château du Médoc ont pu être parmi les premiers chanceux à découvrir dans une douce atmosphère tamisée le prototype du Scarabee d'Arquus (ce blog en parlait en juin 2018 durant Eurosatory). La bête, qui devrait participer à l'appel d'offres français VBAE (Véhicule blindé d’aide à l’engagement) pour remplacer les VBL, arbore en l'état un design tout à fait splendide, et incroyablement compact, capable d'entrer dans un container de taille standard. Aérolargable, le Scarabee doit encore cependant subir l'épreuve de l'intégration des systèmes, d'armes notamment, tout en n'y sacrifiant pas sa "félinité". 

Ci-dessous, le Arquus Scarabee - Photo : constructeur
(Toute photo était bien entendu proscrite !)



mercredi 13 juin 2018

Arquus (Renault Trucks Defense) dévoile son 4x4 "Scarabee"


L'industriel français de l'armement terrestre Arquus, anciennement Renault Trucks Defense, profite du salon EuroSatory pour dévoiler son projet SCARABEE. Ce véhicule, qui sera candidat au programme VBAE (Véhicule blindé d’aide à l’engagement) pour l'Armée de terre, concentre une grande partie des espoirs du groupe.  

Illustration: ci-dessus, le Scarabee de Arquus, dévoilé à l'occasion d'EuroSatory.


Après avoir perdu l'importantissime contrat VMBR Léger, remporté par Nexter/Thales/Texelis, Renault Trucks Defense, nouvellement baptisé Arquus, se relance en présentant un nouveau véhicule blindé 4x4.



"Scarabee", c'est son nom, concourra à la succession du Véhicule blindé léger (VBL) qui interviendra aux alentours de 2025 (en attendant, la LPM qui vient d'être votée prévoit la régénération de 730 VBL).
Mais avant 2025, si tout va bien, sera lancé le programme VBAE, Véhicule blindé d’aide à l’engagement, appelé à prendre le relais des vieux VBL dans le cadre de la seconde phase du programme SCORPION.

C'est là que Scarabee entre en jeu. On en sait peu sur ce 4x4 de reconnaissance si ce n'est qu'il offre selon le constructeur, « une ergonomie collaborative et un confort maximal », et peut emporter « une charge utile exceptionnelle », notamment donc, « une puissance de feu puissante et moderne », ce qui demeure très vague, avouons-le.
Autre argument, et non des moindres, sa maintenance simplifiée « le rendra optimal pour les opérations à l’étranger ».

A titre personnel, je ne pourrai à ce stade que saluer les lignes innovantes et agressives de la machine. Enfin un peu de personnalité ! On n'avait pas vu de design aussi sexy depuis le CRAB de Panhard, en 2012. 


Le programme VBAE, dont la cible devrait tout de même atteindre 2000 exemplaires en 2030, est l'un des derniers grands marchés à prendre dans le cadre de Scorpion. Arquus devrait s'y retrouver confronté à Thales et son "Hawkeye", 4x4 blindé choisi par l'Australie, et dont la seule unité de production a été installée par le géant français chez ce principal client, autrement dit, à l'autre bout du monde. Thales serait cependant prêt à relocaliser en France en cas de victoire.

Le Hawkeye de Thalès, ici dans les forces armées australiennes

300 fardiers "Rider" pour les forces spéciales

A noter l'autre info du jour, la commande de 300 fardier "Rider" pour les forces spéciales. Ce petit véhicule du fabricant UNAC est légèrement armé, silencieux, mais surtout aérotransportable par hélicoptère NH90.

Le Rider de UNAC. Safran développe une version autonome que l'on avait pu voir au SOFINS 2017

vendredi 25 mai 2018

RTD poursuit sa mue et devoile son nouveau logo


Marqué par l'abandon de sa mise en vente par Volvo Group, et la perte du contrat du futur véhicule blindé multi-rôles léger (VBMR-L) face à Nexter/Texelis/Thales, Renault Trucks Defense entame une mue qui doit le voir rebondir au plus vite. Cela commence par un nouveau nom et un nouveau logo.

Renault Trucks Defense devient ARQUUS. L'information lâchée début mai est devenue effective ce 24 mai lors d'une présentation au bois de Boulogne à Paris. L'occasion de révéler le nouveau logo, assez esthétique même si on regrettera le chevron traditionnel de Renault, et son empreinte "french touch". 


RTD/Arquus va devoir se remettre de la perte face à Nexter du contrat VBMR à l'automne dernier, contrat stratégique pour près de 2000 véhicules (VBMR-L et VLTP-P) qui lui aurait assuré des centaines de millions d'euros  de CA d'ici 2030.

Cependant, tout n'est pas perdu, loin de là, avec le futur marché du remplacement des VBL (véhicules blindés légers) par les VBAE qui constituera logiquement une priorité désormais pour l'entreprise. Mais pas au cours de cette loi de Loi de programmation militaire, donc après 2025.

Reste l'export, source de grands espoirs, et les programmes en cours comme le VLTP Non Protégé, successeur du légendaire P4: 4983 exemplaires à militariser avec ACMAT à Saint-Nazaire. Comptons aussi la modernisation des VBL, ou bien sûr la maintenance des VAB...

Rappelons que RTD avait aussi remporté voilà plus de deux ans le contrat de fourniture des véhicules des forces spéciales, les 202 PLFS et 241 VLFS. Ce dernier, le VLFS (Véhicule léger des forces spéciales), était exhibé ce 24 mai dans sa dernière version . Nous la reverrons très certainement le mois prochain lors du salon EuroSatory.
Enfin, toujours sur ce sujet, l’inquiétude est grande depuis plus d'un an, après que les premiers PLFS (Poids-lourds des forces spéciales) n'aient pas du tout répondu aux attentes des régiments. On annonce cependant chez RTD/Arquus que les problèmes de ce dérivé du SHERPA seront bientôt un lointain souvenir...



mercredi 9 mai 2018

Renault Trucks Defence change de nom et devient Arquus


RTD, ou Renault Trucks Defence, va changer de nom pour prendre celui d'Arquus. Ce poids lourd de l'armement terrestre entame ainsi une mue après une période de tumulte qui avaient vu fin 2017 son rachat abandonné. 

Ci-dessus: le Sherpa Light de RTD, lors du SOFINS 2017 - Pax Aquitania


Fournisseur important de l'armée française (Armée de terre, et forces spéciales notamment), RTD, qui dispose de 8 sites et plus de 1300 employés sur le territoire métropolitain, vient de passer une année difficile conclue par l'abandon du projet de vente de l'entreprise par Volvo (voir lien ci-dessous). Car en effet, c'est bien le suédois qui possède RTD. Cela nous fait au moins une raison de changer de nom, ce qui désolidarise définitivement le groupe de Renault, quitté en 2001.



Et RTD devient donc ARQUUS, de la contraction entre Armis & Equus (cheval d'arme en latin). Pas encore de logo dévoilé, puisque le changement de nom ne sera officialisé que le 24 mai prochain.


Attention donc, comme Airbus Safran Launchers devenu Ariane, DCNS devenu Naval Group, Turbomeca... (la liste est longue, et d'autres viendront sans doute), RTD devient Arquus. Sous peu également dans les mots-clés du blog ! 


mercredi 18 octobre 2017

Renault Trucks Defense... n'est plus à vendre


Contre toute attente, Volvo Group a mis fin au processus de cession de sa division Government Sales qui regroupe Panhard, Acmat et Renault Trucks Defense. En cause, la faiblesse des offres. le Français Nexter et le belge CMI étaient candidats à la reprise. 

Images - Reuters, RTD

Officiellement mise en vente il y a un an (voir lien ci-dessous) par le suédois Volvo, la division Government Sales du groupe, qui rassemble Panhard, Acmat et Renault Trucks Defense en France, ainsi que Mack aux États-Unis ne sera finalement pas cédée. Les offres reçues ne reflètent en effet pas la valeur de cette division, selon le Deputy CEO et CFO de Volvo, Jan Gurander: « Volvo Group Governmental Sales se développe positivement et s’est construit un carnet de commandes conséquent. Nous avions annoncé notre volonté de céder cette activité, mais les offres reçues ne reflètent pas sa valeur. Nous avons donc décidé de mettre fin au processus de cession ».


Volvo comptait via cette cession se désengager de la défense. La division Volvo Government Sales, si elle ne représente qu'1,5% des ventes du groupe, comprend pourtant des industriels essentiels pour les programmes de l'Armée de terre notamment, et l'emploi en France.
Renault Trucks Defense (RTD), c'est par exemple 1 200 salariés dont une partie à Limoges, la modernisation des VAB, ou la production des 4x4 Sherpa destinés aux forces spéciales.
C'est aussi via Acmat à Saint-Nazaire la militarisation des 3700 Ford Everest qui seront les nouveaux Véhicules légers de transport de personnes non protégé (VLTP-NP) des armées, remplaçant du légendaire P4.




Le français Nexter, ou plus précisément groupe franco-allemand KNDS (KMW & Nexter Defense Systems) et le belge CMI, qui avait fait une offre audacieuse, étaient candidats à la reprise. On évoque une offre de CMI avoisinant les 400 millions d’euros, et une de KNDS entre 300 et 400 millions. Or, Volvo Group attendait lui  entre 500 et 700 millions d’euros de cette vente.

S'il est compréhensible qu'avec les perspectives du marché, Volvo ne brade pas ces quelques bijoux de famille, on pourra regretter l'occasion manquée de voir réunies sous la même bannière plusieurs majors de l'armement terrestre européen, notamment fournisseurs des armées françaises. 



lundi 3 juillet 2017

La Belgique opte pour SCORPION, et pour le partenariat stratégique européen


Le 22 juin (alors que se déroulait en parallèle le salon aéronautique et spatial du Bourget), le ministère belge de la Défense a annoncé son intention d’acquérir pour 1,1 milliard d'euros, 417 Véhicule blindé multi-rôles (VBMR) « Griffon » et 60 Engins blindés de reconnaissance et de combat (EBRC) « Jaguar ».
Il s'agit bien là des véhicules phares du programme SCORPION en France, attendus pour la modernisation de l'Armée de Terre. Ce choix belge va clairement dans le sens d'un partenariat stratégique avec la France, mais surtout européen. 

La Belgique, qui se lance progressivement dans les programmes de modernisation de ses armées (cf les avions de combat), remplacera ses blindés Dingo II et les Piranha III en 2025. A cette date, elle devra donc se faire livrer de nouveaux véhicules. Et on connaît désormais le vainqueur de ce programme « Camo » (capacité motorisée). Ce sont les VBMR Griffon et ERBC Jaguar, des véhicules français du grand programme de modernisation de l'Armée de terre - française toujours - que la Belgique commandera à respectivement 417 et 60 exemplaires, pour 1,1 milliard d’euros.

Le contrat sera prochainement passé entre les deux Etats, comme c'est désormais la norme.

Les Griffon et les Jaguar sont des véhicules blindés développés en France par Nexter Systems, Renault Trucks Defense et Thales. Ils viendront remplacer dans le cadre du programme Scorpion les vénérables VAB et ERC-90 Sagaie. 1 722 Griffon et 248 Jaguar sont prévus, et l'un des principales préoccupations françaises actuellement est d'ailleurs d'en précipiter l'entrée en service. 


Vue d'artiste du Griffon, ici en camouflage français Centre-Europe

Ce qui nous intéresse a priori sur ce blog, c'est bien sûr ce premier succès export pour ces blindés phares du programme SCORPION. Un contrat à 1,1 milliards d'euros dont le retombées se feront notamment ressentir dans les usines RTD de Limoges. Un premier succès export qui en appelle d'autres.

Mais surtout, on remarquera que dans son communiqué, le ministère belge de la Défense indique que « l’objectif est d’établir un partenariat fondé sur des véhicules de combat français et belges identiques. La Belgique et la France auront, entre autres, une organisation commune et la formation, l’entraînement et le soutien logistique seront organisés conjointement ».


Un jeu de billard à deux bandes ? Ou plus...

Alors comment l'interpréter ? Eh bien naturellement, et premièrement, cette potentielle interopérabilité est un grand appel du pied au projet relancé de défense européenne. Steven Vandeput, ministre belge de la Défense, y fait d'ailleurs référence à la suite de l'annonce: « Comme annoncé dans la vision stratégique, l’opérationnalité et l’efficacité des forces terrestres belges sont ainsi renforcées et, en même temps, la construction d’une défense plus européenne, de bas en haut. »
Après des décennies de stagnation, il semble que l'option choisie soit désormais le pragmatisme, à travers la participation à de grands programmes d'armement. De l'interopérabilité découlera naturellement l'engagement dans des opérations communes. C'est une idée qui par exemple, est déjà bien ancrée dans le domaine du transport tactique (EATC), ou bientôt avec les ravitailleurs MRTT (le "pool MMF", rejoint par l'Allemagne et la Norvège).

Encore faudra t-il que les grandes nations d'Europe s'accordent sur ces points, ce qui nous amènent aux enjeux économiques et industriels. Le nerf de la guerre.

Le blindé Jaguar, ici imaginé encore dans sa version française

Deuxièmement donc, comment ne pas penser à l'intérêt de l’entreprise belge CMI Défence pour le rachat de Renault Trucks Défense, officiellement mis en vente par l’actuel propriétaire Volvo Governmental Sales
Partie d'une position d'outsider face à un monstre du terrestre comme KNDS, la proposition belge a depuis gagné une certaine légitimité dans le milieu. Les dossiers de reprises ont été déposés fin juin, décision attendue tout prochainement.

Enfin, quelle influence sur la grande question qui anime la défense belge ? Quel sera le prochain chasseur de la Belgian Air Force. Une question qui n'est absolument pas prise à la légère, quand on sait que ce chasseur devra être apte à porter la bombe nucléaire de l'OTAN. 
Bruxelles remplacera ses F-16 à partir de 2023, et nous l'avons déjà évoqué ici, la crainte est pour les européens que le F-35 américain fasse tomber un nouveau domino sur le continent. Une défaite des Rafale, Typhoon et Gripen, tous en compétition, ferait très mal à cette ambition commune.

Alors, le renforcement du partenariat militaire franco-belge, et par la même du projet européen, ouvre t-il la voie au Rafale en Belgique ? D'autres vous répondront que l'interopérabilité de la puissance aérienne pourra être réalisée via le F-35, déjà choisi en Europe (et dans l'OTAN) par l'Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et la Norvège (hors-UE cette dernière). L'Espagne et la Pologne devraient suivre, l'Allemagne s'est récemment déclarée "intéressée".

Sur ce dossier, Dassault est très actif à Bruxelles, où on attend une coopération économique non négligeable avec le futur partenaire.

La Belgique, une petite armée... dont les enjeux d’équipements semblent si décisifs pour l'Europe.