lundi 3 juillet 2017

La Belgique opte pour SCORPION, et pour le partenariat stratégique européen


Le 22 juin (alors que se déroulait en parallèle le salon aéronautique et spatial du Bourget), le ministère belge de la Défense a annoncé son intention d’acquérir pour 1,1 milliard d'euros, 417 Véhicule blindé multi-rôles (VBMR) « Griffon » et 60 Engins blindés de reconnaissance et de combat (EBRC) « Jaguar ».
Il s'agit bien là des véhicules phares du programme SCORPION en France, attendus pour la modernisation de l'Armée de Terre. Ce choix belge va clairement dans le sens d'un partenariat stratégique avec la France, mais surtout européen. 

La Belgique, qui se lance progressivement dans les programmes de modernisation de ses armées (cf les avions de combat), remplacera ses blindés Dingo II et les Piranha III en 2025. A cette date, elle devra donc se faire livrer de nouveaux véhicules. Et on connaît désormais le vainqueur de ce programme « Camo » (capacité motorisée). Ce sont les VBMR Griffon et ERBC Jaguar, des véhicules français du grand programme de modernisation de l'Armée de terre - française toujours - que la Belgique commandera à respectivement 417 et 60 exemplaires, pour 1,1 milliard d’euros.

Le contrat sera prochainement passé entre les deux Etats, comme c'est désormais la norme.

Les Griffon et les Jaguar sont des véhicules blindés développés en France par Nexter Systems, Renault Trucks Defense et Thales. Ils viendront remplacer dans le cadre du programme Scorpion les vénérables VAB et ERC-90 Sagaie. 1 722 Griffon et 248 Jaguar sont prévus, et l'un des principales préoccupations françaises actuellement est d'ailleurs d'en précipiter l'entrée en service. 


Vue d'artiste du Griffon, ici en camouflage français Centre-Europe

Ce qui nous intéresse a priori sur ce blog, c'est bien sûr ce premier succès export pour ces blindés phares du programme SCORPION. Un contrat à 1,1 milliards d'euros dont le retombées se feront notamment ressentir dans les usines RTD de Limoges. Un premier succès export qui en appelle d'autres.

Mais surtout, on remarquera que dans son communiqué, le ministère belge de la Défense indique que « l’objectif est d’établir un partenariat fondé sur des véhicules de combat français et belges identiques. La Belgique et la France auront, entre autres, une organisation commune et la formation, l’entraînement et le soutien logistique seront organisés conjointement ».


Un jeu de billard à deux bandes ? Ou plus...

Alors comment l'interpréter ? Eh bien naturellement, et premièrement, cette potentielle interopérabilité est un grand appel du pied au projet relancé de défense européenne. Steven Vandeput, ministre belge de la Défense, y fait d'ailleurs référence à la suite de l'annonce: « Comme annoncé dans la vision stratégique, l’opérationnalité et l’efficacité des forces terrestres belges sont ainsi renforcées et, en même temps, la construction d’une défense plus européenne, de bas en haut. »
Après des décennies de stagnation, il semble que l'option choisie soit désormais le pragmatisme, à travers la participation à de grands programmes d'armement. De l'interopérabilité découlera naturellement l'engagement dans des opérations communes. C'est une idée qui par exemple, est déjà bien ancrée dans le domaine du transport tactique (EATC), ou bientôt avec les ravitailleurs MRTT (le "pool MMF", rejoint par l'Allemagne et la Norvège).

Encore faudra t-il que les grandes nations d'Europe s'accordent sur ces points, ce qui nous amènent aux enjeux économiques et industriels. Le nerf de la guerre.

Le blindé Jaguar, ici imaginé encore dans sa version française

Deuxièmement donc, comment ne pas penser à l'intérêt de l’entreprise belge CMI Défence pour le rachat de Renault Trucks Défense, officiellement mis en vente par l’actuel propriétaire Volvo Governmental Sales
Partie d'une position d'outsider face à un monstre du terrestre comme KNDS, la proposition belge a depuis gagné une certaine légitimité dans le milieu. Les dossiers de reprises ont été déposés fin juin, décision attendue tout prochainement.

Enfin, quelle influence sur la grande question qui anime la défense belge ? Quel sera le prochain chasseur de la Belgian Air Force. Une question qui n'est absolument pas prise à la légère, quand on sait que ce chasseur devra être apte à porter la bombe nucléaire de l'OTAN. 
Bruxelles remplacera ses F-16 à partir de 2023, et nous l'avons déjà évoqué ici, la crainte est pour les européens que le F-35 américain fasse tomber un nouveau domino sur le continent. Une défaite des Rafale, Typhoon et Gripen, tous en compétition, ferait très mal à cette ambition commune.

Alors, le renforcement du partenariat militaire franco-belge, et par la même du projet européen, ouvre t-il la voie au Rafale en Belgique ? D'autres vous répondront que l'interopérabilité de la puissance aérienne pourra être réalisée via le F-35, déjà choisi en Europe (et dans l'OTAN) par l'Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et la Norvège (hors-UE cette dernière). L'Espagne et la Pologne devraient suivre, l'Allemagne s'est récemment déclarée "intéressée".

Sur ce dossier, Dassault est très actif à Bruxelles, où on attend une coopération économique non négligeable avec le futur partenaire.

La Belgique, une petite armée... dont les enjeux d’équipements semblent si décisifs pour l'Europe.


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