Comme avant. Une virée dans les allées du salon SOFINS 2021 sur le camp de Souge (33) n'a rien de dépaysant si on la compare à la dernière édition de 2019. Pourtant, en y regardant de plus près…
Photos: Pax Aquitania/privé - Equipementiers - Organisation
"Ça repart. Et ça repart même fort". C'est une phrase que l'on a pu souvent entendre lors du SOFINS (Special Operations Forces Innovation Network Seminar), signe que le retour en Europe d'un grand événement touchant à la défense sonne le retour aux affaires courantes.
SOFINS est plus un salon d'équipementiers qu'un salon de grands maîtres d'œuvre. Aussi y avait-il moins de "surprises" cette année: pas de Hawkei chez Thalès, pas de Scarabee, Areg ou de Sherpa chez Arquus, moins de démo FS... moins de ministres aussi avec l'absence de Florence Parly (mais la présence de Geneviève Darrieussecq).
Il y avait néanmoins une star sur le salon, la maquette chez Airbus Helicopters du NH90 au standard 2: tout y est, de la perche de ravitaillement au bras d'emport avec pods canon & roquettes; la boule optronique; une rampe à l'arrière; en passant par les mitrailleuses de sabord (des deux côtés, à l'arrière grâce à de larges fenêtres, dont une M134); jusqu'aux mécanismes d'aérocordage (ou nacelle d'extraction).
Bien sûr, on doute très très fortement que le NH90 "FS" tel qu'il équipera le 4ème RHFS en 2025 emporte tous ces équipements (on privilégiera par exemple les bidons à la perche à mon sens) et même qu'il en soit capable structurellement, mais Airbus montre ici aux potentiels clients que toutes les options sont sur la table.
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| Une idée du NH90fs avec toutes ses options - Pax Aquitania |
Au sol ou sur l'eau, malgré les absents on retrouvait quelques classiques comme la gamme Masstech, des fardiers dont le RIDER d'Unac, le superbe EFLyCO de SEAir avec ses 4 hydrofoils faisant de cet ETRACO un bateau "volant".
Les buggys étaient en vogue il y a 2 ans, mais absents cette année, laissant de la place à une gamme étendue de quads (ou motoneige, ou hybride), notamment chez Polaris.
Parmi les nouveauté marquantes, le Venpyr NG de Soframe, qui à ma connaissance se montrait pour la première fois au SOFINS 21.
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| Le Venpyr NG de Soframe affiche une belle hauteur et une ligne... agressive - Pax Aquitania |
Un détour sur le stand Arquus où le constructeur n'exhibait certes pas de véhicules (hors maquettes du Scarabee et du Fortress), mais son TTO Hornet pour la première fois en France, pilotable au joystick de surcroît.
Ce tourelleau téléopéré affiche une masse à nue de 260 kg, suffisamment réduite pour l'imaginer sur des missions spéciales nécessitant autonomie et empreinte réduite. Quant à savoir si un TTO est adapté à des véhicules PATSAS, l'industriel répond que le Hornet est "incomparablement" plus précis qu'une arme montée sur circulaire, en raison du fait qu'il est gyrostabilisé à partir du bloc optronique.
Tirant les enseignements de son expérience sur les tourelleaux du programme Scorpion (sur Griffon, Jaguar et Serval), la Business Unit Hornet travaille même sur un TTO plus léger, le Hornet Lite. L'optronique est la même, mais le calibre change.
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| TTO (tourelleau téléopéré) Hornet - Arquus |
Concernant le fameux Scarabee, candidat potentiel au programme VBAE, on sait maintenant qu'il faudra passer par la case "Europe". C'est la volonté du ministère.
Des pistes sont explorées… et mes discussions avec des industriels étrangers sur le SOFINS laissent penser que certains Etats pourraient être tentés par l'option de départ Scarabee.
Quoiqu'il en soit, dans un contexte stratégique tirant vers la haute intensité, une version forces spéciales est toujours prévue en parallèle au catalogue Arquus.
Le véhicule (exemplaire unique à ce jour), qui va être testé par les forces dans les mois qui viennent, arrive bientôt à maturité, avec des choix, des priorités, qui ont été tranchés. Et au rythme où vont les choses, il pourrait d'abord passer par la case export avant même que le programme VBAE ne soit initié. Plus d'infos à la rentrée en septembre, où un événement lui sera dédié.
Enfin, qu'en est-il des programmes PLFS et VLFS (poids lourds et véhicule léger des forces spéciales) ? On sait que les programmes ont connu des tumultes - et même disons-le un reboot - dus à un défaut de coordination entre les 3 acteurs: COS, DGA, industriel (une leçon pour l'avenir). Les livraisons devaient débuter en 2018... ce sera 2023. Pire encore, la cible des commandes devrait être fortement réduite. C'est une réalité, il est en effet souvent plus facile de couper dans les programmes terrestres que dans l'aéronautique.
Mais les choses avancent de nouveau dans le bon sens, et les deux véhicules (standard 2 pour le PLFS) viennent d'effectuer avec succès des campagnes d'essais. La DGA prend désormais le relais.
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| Le VLFS, dans sa version export "Areg" était absent du SOFINS - Arquus |
Des drones, des robots, encore des drones
Enfin, comment ne pas évoquer les ruptures ? Comme je le disais précédemment, le SOFINS est un salon d'équipementiers, faisant la part belle aux petites structures, PME voire start-up. Et mis à part les équipementiers spécialistes en armes à feu, optique, équipements pour opérateurs (ou opérateurs canins !), on a pu sentir un incroyable engouement pour la robotique, les drones, et par affiliations les domaines associés de l'IA, des capteurs... la cybersécurité.
Drones et anti-drones ont évidemment la part belle, avec toujours plus de solutions, de variété, de miniaturisation aussi.
Mais quelques retex tactiques comme stratégiques étant passés par là, la question des essaims (drones ou munitions rodeuses) a fait l'objet d'une attention toute particulière, et ce notamment lors de passionnantes tables rondes.
A noter qu'un rapport sénatorial sera présenté ce 7 juillet sur la question de ce qu'on appelle désormais "la nouvelle guerre des drones".
Le SOFINS fut l'occasion aussi pour la société bordelaise Dronisos, spécialiste des spectacles de drones, de montrer sa maitrise lors d'un show déployé en nocturne avec 400 micro-drones (photo en Une de ce billet). Dronisos collabore d'ailleurs à tester grâce à ses essaims les solutions anti-drones de divers fabricants et centres de recherches sur le terrain du CESA Drones en Gironde.
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| On ne peut plus manquer ces quadripodes hyper-mobiles. |
Pour terminer, venons-en enfin aux robots, qui étaient véritablement les immanquables de cette édition. Les plus gros modèles ne sont pas toujours adaptés à l'idée que l'on se fait des opérations spéciales (le châssis du Thémis, à vide, affiche déjà plus de 1,5 tonne), mais ils témoignent d'une évolution du champ de bataille, vers le durcissement.
Derrière les exemplaires de Thémis armés, présentés en France par Nexter, on retrouvait un bon nombre de mules, chenillés, à roues, ou possiblement une hybridation des deux comme sur le ROBOPEX.
Il y a enfin ceux qui attirent toute l'attention dans les allées, les robots miniatures, avec les émules quadripodes ultra-agiles du célébrissime SPOT de Boston Dynamics.
En matière de robotique, toute la problématique va désormais être de définir quel degré d'autonomie attribuer à ces machines. Débat éthique tout autant que technique.
Pour certains, nous allons vers une prolifération désinhibée. Pour d'autres, comme chez Shark Robotics, l'homme, et la robustesse des matériels comme des liaisons, doivent rester la priorité des développements à court terme. Le milieu terrestre offre en effet un certain nombre de défis que n'ont pas à surmonter les systèmes aériens (pour le naval c'est encore différent). Les retours désastreux sur la robotique de combat russe en Syrie tendent à valider le scénario selon lequel la marge de progression est encore immense en matière d'autonomisation.
C'est donc toute une doctrine qu'il s'agira de bâtir durant la décennie 2020. D'ici 10 ans en effet, la plupart de ces systèmes devraient avoir atteint un tout autre niveau de maturité opérationnelle. L'AID lance d'ailleurs un appel à projets ASTRID cet été.
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| La mule ROBOPEX (Gaci/Roboteam) a été testée au Mali par l'armée française - Pax Aquitania |
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| Le panel Nexter avec en star le robot Optio-X20, monté sur châssis Themis de l'estonien Milrem - Nexter |
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| Le Multiscope Rescue chez Milrem paraît un peu disproportionné par la mission anti-incendie - Pax Aquitania |
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| La mule civière de l'Institut franco-allemand de recherche Saint-Louis - Pax Aquitania |