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lundi 16 janvier 2023

Shark Robotics lève 10 millions d'euros

Shark Robotics annonce une levée de fonds de 10 millions d'euros. La PME basée à La Rochelle, qui a déjà montré des choses remarquables depuis sa création en 2016, va ainsi pouvoir continuer de grandir.


Rapidement, une nouvelle particulièrement réjouissante. La rochelaise Shark Robotics, véritable pépite de la robotique terrestre dans la sécurité et la défense (vous la connaissez au moins pour l'action de son robot Colossus lors de l'incendie de Notre-Dame en 2019) annonce aujourd'hui une levée de fonds de l'ordre de 10 millions d’euros auprès du fonds européen Move Capital. 

Ce financement permettra à Shark Robotics de renforcer sa position de leader du marché en densifiant ses investissements en R&D, en accélérant son internationalisation, déjà initiée à travers sa filiale Shark Asia et en améliorant son outil de production.

C'est ici une belle récompense pour cette entreprise très innovante dont les robots (et pas seulement) ont été distribués dans une quinzaine de pays. 
Une récompense également de l'abnégation déployée par ses dirigeants afin de, peu à peu, s'imposer et grandir dans le paysage français et international. Et ça même en l'absence -remarquée par nous autres observateurs- de soutien de la part de grands acteurs nationaux (publics, privés, ou surtout financiers).

Félicitations et longue vie à Shark Robotics !

 

vendredi 4 février 2022

L'armée de l'Air commande des herses à Shark Robotics


Shark encore une fois présente là où on ne l'attendait pas ! La PME rochelaise, spécialiste mondiale de la robotique en milieu "à risque", vient de conclure un contrat avec l'armée de l'Air & de l'Espace pour un produit bien spécifique: des herses robotisées.

En attendant, peut-être, des marchés futurs avec les armées sur la robotique de combat, c'est un contrat majeur que remporte aujourd'hui Shark Robotics auprès de l'armée de l'Air: 149 herses robotisées Bulkhead pour protéger et augmenter la sécurisation des accès des sites du ministère des Armées, en particulier ici les bases aériennes françaises.

L'entreprise précise dans son communiqué que la herse Bulkhead est une innovation issue d’un dialogue public/ privé, puisqu’elle a été développée grâce au retour d’expérience des Douanes de France avec Shark Robotics, dans le but de mieux protéger les opérateurs. La capacité d'innovation de la PME face aux demandes souvent bien spécifiques des clients est en effet une de ses forces reconnues. 
Shark avait d’ailleurs remporté en 2018 le marché visant à équiper toutes les douanes françaises. Innovation protégée, puisque Shark Robotics détient deux brevets à la fois sur le système de déploiement et sur les pointes de ce robot.

L'un des avantages des herses Bulkhead touche bien entendu à sa robotisation, qui permet d'éloigner l'homme du risque. Un leitmotiv chez Shark, numéro 1 sur le créneau des robots de lutte anti-incendie. 

Précisons enfin que les Bulkhead tirent leur autonomie de batteries maison "Shark Energy". Une technologie qui a déjà fait ses preuves dans des environnements particulièrement hostiles, et contribue à assurer la "robustesse" des solutions Shark Robotics. 


lundi 29 novembre 2021

Forum IA & Robotique à Bordeaux du 9 au 11 décembre

Nous arrivons bientôt au terme de ce véritable tunnel événementiel de l'automne 2021, avec la tenue à Bordeaux du 9 au 11 décembre du forum aquitain de l'IA et de la robotique. Un rendez-vous très riche et ouvert à tous !

NAIA.R se tiendra sur les quais de Bordeaux au H14. Il proposera sur plus de 5 000 m² des espaces de démonstrations, stands, rencontres professionnelles, ateliers, tables rondes et conférences autour de l'intelligence artificielle et la robotique. 

Plus de 3 000 personnes sont attendues pour découvrir les 60 exposants, assister aux démonstrations, ou aux 60 conférences dispensées par une centaine d'intervenants, sur des thèmes multiples comme l'éducation, l'agriculture, l'environnement, l'éthique, l'industrie, la recherche, la sécurité, la santé ou encore les services. 

>>> programme disponible ICI.

L'entrée est gratuite, sur inscription. Les deux premières journées sont réservées aux professionnels et étudiants. La troisième journée est ouverte à tous.

L’événement rassemblera les professionnels de ces filières, notamment représentés par le cluster Aquitaine Robotics ainsi que les partenaires de la RoboCup. A noter la présence d'un espace de "Job Dating". 

Initialement programmés pour la RoboCup 2021, de nombreux événements associés tels que les démonstrations de robotique agricole, les “RoboCup Experience” pour le grand public et les visites éducatives pour la jeunesse, prendront également une place majeure dans le programme de l’évènement.


vendredi 5 novembre 2021

Shark Robotics a 5 ans, et de grandes ambitions


Le champion français de la robotique terrestre, Shark Robotics, fête déjà son cinquième anniversaire. Cinq années de croissance maitrisée, et de succès prestigieux. Une aventure qui ne fait que commencer alors que la robotique offre des opportunités de ruptures absolument structurantes. 

Illustration: Shark Robotics / BSPP / BMPM


Shark, nous en parlons désormais régulièrement sur le blog, à mesure que la petite entreprise fondée à La Rochelle en 2016 enchaîne les preuves de reconnaissance internationale. La voilà qui se classe aujourd’hui leader mondial des robots pompiers et parmi les leaders mondiaux de la robotique en milieux hostiles.

Et Shark Robotics fête en effet - seulement - ses 5 ans cet automne. 5 types de robots ont été créés, 25 brevets déposés, 130 machines livrées. L'équipe de 10 personnes a été multipliée par 4, toujours à La Rochelle.


Ce succès s’explique par de multiples innovations robotiques au plus près des besoins opérationnels associées à un travail de démocratisation de l’utilisation de robots. Shark Robotics a été rapidement distinguée sur le plan national et international : visibilité mondiale en raison de l’incendie de Notre-Dame de Paris, prix international de la technologie d’innovation en 2019 par la Société Américaine des Ingénieurs en Mécanique (ASME), Lauréat national de la PME Créative 2020 par les trophées PME RMC, une collaboration demandée par la prestigieuse entreprise américaine Boston Dynamics en 2020, médaille de l’Assemblée nationale, etc.

A l’origine spécialisée sur la mécatronique des robots, Shark Robotics dispose aujourd’hui en interne des trois piliers d’une robotique de haute qualité: la mécatronique, l’intelligence et l’énergie électrique. Sur ce dernier point, la société Shark Energy s’est créée pour répondre aux besoins de batteries électriques sécurisés et ultra-résistantes en milieux hostiles.

Parmi ses clients, Shark Robotics compte des noms prestigieux de la sphère publique comme privée : la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris, Orano, les Marins Pompiers de Marseille, TotalEnergies, le Ministère des Armées, etc. A l’étranger, nos robots sont désormais en service en Belgique, au Luxembourg, en Espagne, en Italie, en Israël, et s’apprêtent à équiper l’Asie du Sud Est, l’Amérique du Sud, et les pays d’Europe du Nord.

Concernant l'avenir proche justement, Shark annonce un carnet de commandes florissant, et une accélération de l’export cette année. 



Alors qu'Emmanuel Macron a annoncé il y a quelques jours 800 millions d'euros pour la robotique française, secteur de rupture, on voit mal ici comment Shark ne pourrait pas devenir le porte étendard du made in France. 100%, made in France. Ma précision n'est pas anodine quand on regarde le catalogue français. 

Car la filière robotique nationale se structure, et de grands projets ont été portés à la connaissance de l'exécutif. Enfin. 

Pour Shark, qui regarde aussi vers le spatial, et surtout la défense, il s'agira notamment dans ce dernier domaine de remporter des contrats structurants qui feront passer la PME à une autre échelle. Il est heureux que la France dispose de telles pépites afin d'aller au devant des ruptures technologiques et/ou stratégiques qui nous font face. 
Ne serait ce que dans le militaire, une trentaine de pays - loin d'être tous amicaux - travaillent actuellement à la robotisation du champ de bataille. 


"Notre vision est aujourd’hui claire : nous croyons aux innovations utiles et responsables car elles participent au bien commun. En soi, il s’agit non seulement d’éloigner les femmes et les hommes du risque, mais aussi d’apporter des solutions robotiques utiles, efficaces et opérationnelles qui valorisent et augmentent l’action humaine dans des situations complexes. Cette robotique porteuse de progrès économique, sociétal et environnemental n’en est qu’à ses prémices. L’enjeu est maintenant de préserver cette position de leadership, en poursuivant cette collaboration engagée avec chacun de nos clients, et en allant conquérir de nouveaux marchés."

 

 

lundi 5 juillet 2021

Robots, drones, essaims… les tendances s'affirment au SOFINS 2021

Comme avant. Une virée dans les allées du salon SOFINS 2021 sur le camp de Souge (33) n'a rien de dépaysant si on la compare à la dernière édition de 2019. Pourtant, en y regardant de plus près…

Photos: Pax Aquitania/privé - Equipementiers - Organisation


"Ça repart. Et ça repart même fort". C'est une phrase que l'on a pu souvent entendre lors du SOFINS (Special Operations Forces Innovation Network Seminar), signe que le retour en Europe d'un grand événement touchant à la défense sonne le retour aux affaires courantes.

SOFINS est plus un salon d'équipementiers qu'un salon de grands maîtres d'œuvre. Aussi y avait-il moins de "surprises" cette année: pas de Hawkei chez Thalès, pas de Scarabee, Areg ou de Sherpa chez Arquus, moins de démo FS... moins de ministres aussi avec l'absence de Florence Parly (mais la présence de Geneviève Darrieussecq).

Il y avait néanmoins une star sur le salon, la maquette chez Airbus Helicopters du NH90 au standard 2: tout y est, de la perche de ravitaillement au bras d'emport avec pods canon & roquettes; la boule optronique; une rampe à l'arrière; en passant par les mitrailleuses de sabord (des deux côtés, à l'arrière grâce à de larges fenêtres, dont une M134); jusqu'aux mécanismes d'aérocordage (ou nacelle d'extraction).
Bien sûr, on doute très très fortement que le NH90 "FS" tel qu'il équipera le 4ème RHFS en 2025 emporte tous ces équipements (on privilégiera par exemple les bidons à la perche à mon sens) et même qu'il en soit capable structurellement, mais Airbus montre ici aux potentiels clients que toutes les options sont sur la table.

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Une idée du NH90fs avec toutes ses options - Pax Aquitania

Au sol ou sur l'eau, malgré les absents on retrouvait quelques classiques comme la gamme Masstech, des fardiers dont le RIDER d'Unac, le superbe EFLyCO de SEAir avec ses 4 hydrofoils faisant de cet ETRACO un bateau "volant".
Les buggys étaient en vogue il y a 2 ans, mais absents cette année, laissant de la place à une gamme étendue de quads (ou motoneige, ou hybride), notamment chez Polaris.

Parmi les nouveauté marquantes, le Venpyr NG de Soframe, qui à ma connaissance se montrait pour la première fois au SOFINS 21.

Le Venpyr NG de Soframe affiche une belle hauteur et une ligne... agressive - Pax Aquitania

Un détour sur le stand Arquus où le constructeur n'exhibait certes pas de véhicules (hors maquettes du Scarabee et du Fortress), mais son TTO Hornet pour la première fois en France, pilotable au joystick de surcroît.
Ce tourelleau téléopéré affiche une masse à nue de 260 kg, suffisamment réduite pour l'imaginer sur des missions spéciales nécessitant autonomie et empreinte réduite. Quant à savoir si un TTO est adapté à des véhicules PATSAS, l'industriel répond que le Hornet est "incomparablement" plus précis qu'une arme montée sur circulaire, en raison du fait qu'il est gyrostabilisé à partir du bloc optronique.

Tirant les enseignements de son expérience sur les tourelleaux du programme Scorpion (sur Griffon, Jaguar et Serval), la Business Unit Hornet travaille même sur un TTO plus léger, le Hornet Lite. L'optronique est la même, mais le calibre change. 

TTO (tourelleau téléopéré) Hornet - Arquus

Concernant le fameux Scarabee, candidat potentiel au programme VBAE, on sait maintenant qu'il faudra passer par la case "Europe". C'est la volonté du ministère. 
Des pistes sont explorées… et mes discussions avec des industriels étrangers sur le SOFINS laissent penser que certains Etats pourraient être tentés par l'option de départ Scarabee.

Quoiqu'il en soit, dans un contexte stratégique tirant vers la haute intensité, une version forces spéciales est toujours prévue en parallèle au catalogue Arquus. 

Le véhicule (exemplaire unique à ce jour), qui va être testé par les forces dans les mois qui viennent, arrive bientôt à maturité, avec des choix, des priorités, qui ont été tranchés. Et au rythme où vont les choses, il pourrait d'abord passer par la case export avant même que le programme VBAE ne soit initié. Plus d'infos à la rentrée en septembre, où un événement lui sera dédié.

Enfin, qu'en est-il des programmes PLFS et VLFS (poids lourds et véhicule léger des forces spéciales) ? On sait que les programmes ont connu des tumultes - et même disons-le un reboot - dus à un défaut de coordination entre les 3 acteurs: COS, DGA, industriel (une leçon pour l'avenir). Les livraisons devaient débuter en 2018... ce sera 2023. Pire encore, la cible des commandes devrait être fortement réduite. C'est une réalité, il est en effet souvent plus facile de couper dans les programmes terrestres que dans l'aéronautique.
Mais les choses avancent de nouveau dans le bon sens, et les deux véhicules (standard 2 pour le PLFS) viennent d'effectuer avec succès des campagnes d'essais. La DGA prend désormais le relais. 
 
Le VLFS, dans sa version export "Areg" était absent du SOFINS - Arquus


Des drones, des robots, encore des drones

Enfin, comment ne pas évoquer les ruptures ? Comme je le disais précédemment, le SOFINS est un salon d'équipementiers, faisant la part belle aux petites structures, PME voire start-up. Et mis à part les équipementiers spécialistes en armes à feu, optique, équipements pour opérateurs (ou opérateurs canins !), on a pu sentir un incroyable engouement pour la robotique, les drones, et par affiliations les domaines associés de l'IA, des capteurs... la cybersécurité.

Drones et anti-drones ont évidemment la part belle, avec toujours plus de solutions, de variété, de miniaturisation aussi.
Mais quelques retex tactiques comme stratégiques étant passés par là, la question des essaims (drones ou munitions rodeuses) a fait l'objet d'une attention toute particulière, et ce notamment lors de passionnantes tables rondes. 
A noter qu'un rapport sénatorial sera présenté ce 7 juillet sur la question de ce qu'on appelle désormais "la nouvelle guerre des drones". 

Le SOFINS fut l'occasion aussi pour la société bordelaise Dronisos, spécialiste des spectacles de drones, de montrer sa maitrise lors d'un show déployé en nocturne avec 400 micro-drones (photo en Une de ce billet). Dronisos collabore d'ailleurs à tester grâce à ses essaims les solutions anti-drones de divers fabricants et centres de recherches sur le terrain du CESA Drones en Gironde. 

On ne peut plus manquer ces quadripodes hyper-mobiles.

Pour terminer, venons-en enfin aux robots, qui étaient véritablement les immanquables de cette édition. Les plus gros modèles ne sont pas toujours adaptés à l'idée que l'on se fait des opérations spéciales (le châssis du Thémis, à vide, affiche déjà plus de 1,5 tonne), mais ils témoignent d'une évolution du champ de bataille, vers le durcissement.

Derrière les exemplaires de Thémis armés, présentés en France par Nexter, on retrouvait un bon nombre de mules, chenillés, à roues, ou possiblement une hybridation des deux comme sur le ROBOPEX.

Il y a enfin ceux qui attirent toute l'attention dans les allées, les robots miniatures, avec les émules quadripodes ultra-agiles du célébrissime SPOT de Boston Dynamics.

En matière de robotique, toute la problématique va désormais être de définir quel degré d'autonomie attribuer à ces machines. Débat éthique tout autant que technique.
Pour certains, nous allons vers une prolifération désinhibée. Pour d'autres, comme chez Shark Robotics, l'homme, et la robustesse des matériels comme des liaisons, doivent rester la priorité des développements à court terme. Le milieu terrestre offre en effet un certain nombre de défis que n'ont pas à surmonter les systèmes aériens (pour le naval c'est encore différent). Les retours désastreux sur la robotique de combat russe en Syrie tendent à valider le scénario selon lequel la marge de progression est encore immense en matière d'autonomisation. 

C'est donc toute une doctrine qu'il s'agira de bâtir durant la décennie 2020. D'ici 10 ans en effet, la plupart de ces systèmes devraient avoir atteint un tout autre niveau de maturité opérationnelle. L'AID lance d'ailleurs un appel à projets ASTRID cet été.

La mule ROBOPEX (Gaci/Roboteam) a été testée au Mali par l'armée française - Pax Aquitania

Le panel Nexter avec en star le robot Optio-X20, monté sur châssis Themis de l'estonien Milrem - Nexter

Le Multiscope Rescue chez Milrem paraît un peu disproportionné par la mission anti-incendie - Pax Aquitania

La mule civière de l'Institut franco-allemand de recherche Saint-Louis - Pax Aquitania

mercredi 23 juin 2021

Avec 20 projets dans sa cohorte, Blast veut booster les ruptures du secteur ASD


Accélérateur de start-up consacré aux secteurs aéronautique, spatial et défense, Blast a dévoilé sa première promotion constituée - ici appelée "cohorte" - de 20 entreprises ou projets aussi innovants qu'ambitieux. Parmi elles, au moins 3 néo-aquitains.


Aboutissement d'un appel à projet inédit lancé ce printemps, l'accélérateur du secteur ASD Blast, consortium réunissant les poids lourds Starburst Aerospace, l’ONERA, Paris-Saclay et l’Ecole Polytechnique (et cofinancé par la BPI), a dévoilé son équipe de 20 start-up (en réalité 12 entreprises et 8 programmes de recherche) ce 23 juin. 

Les domaines d'applications - avant tout dans la deeptech - sont nombreux et variés, et sont envisagés comme porteurs potentiels de rupture technologique: on parle ici de New Space (lanceurs et small sats), d'aviation décarbonée (moteur électrique ou hydrogène), de drones navals ou cargo, de mobilité urbaine, d'apprentissage par renforcement...

Selon son ambition qui est de dynamiser et d’exploiter les technologies ASD afin de favoriser l’émergence d’une filière française avec de nouveaux acteurs entrepreneuriaux, tout en comblant un déficit d'accompagnement, Blast donnera accès aux lauréats à un "Bootcamp" de 13 semaines dont le contenu contribuera à former les dirigeants de ces pépites naissantes, grâce notamment à l'expertise des piliers que sont Starbust, Polytechnique ou l'ONERA. 

Sur une cinquantaine de candidats, 20 ont été choisis. Nous retiendrons particulièrement les seuls étendards nationaux dans les micro-lanceurs français, que sont les bordelais de HyprSpace (motorisation hybride pour micro-lanceur) dont on a déjà plusieurs fois parlé sur ce blog, et les rémois de Venture Orbital Systems.
Mais également Delfox (IA militaire) basée à Mérignac, et aussi connue chez nous pour ses premiers marchés obtenus avec le monde de la défense (MMT par exemple) et du spatial. 
Enfin, les petits nouveaux de Xinétis, qui développent en Nouvelle-Aquitaine des solutions de désorbitation des satellites en fin de vie, avec pour objectif ultime un "space tug", ces remorqueurs spatiaux capables d'intervenir sur plusieurs missions de maintenance ou désorbitation. Leur projet est nommé CLEAN ORBIT.

Blast espère faire émerger une vingtaine de projets chaque année.

A noter qu'en parallèle, Starburst France, représentant les 4 fondateurs de Blast, a signé un accord de coopération avec l'Agence pour l'Innovation de Défense, l'AID, et le Commandement de l'Espace.

La présentation du 23 juin est à visionner en intégralité sur YouTube:

 


Du coté de Bruxelles, lancement de Drones4Sec

Le lancement a eu lieu à Paris ce 22 juin 2021 mais Drones4Sec a bien vocation à agir depuis Bruxelles. L'entité se définit officiellement comme Fédération européenne des drones dans le secteur de la sécurité. Il s'agit également d'un "Action Tank" qui devra faire émerger des innovations et des expérimentations partout en Europe.

Le domaine d'activité concerne le terrestre, le maritime et l'aérien, mais aussi tous les domaines rattachés que sont la robotique, l'optique, la cybersécurité, l'IA. 

On retrouve de très grands noms parmi les 7 membres fondateurs, qui sont Parrot (président de la fédération), Obvious Technologies, l'ONERA,  Orange Cyber Defense, Photonis, Shark Robotics, et Wisekey. Hoverseen a également rejoint Drone4Sec. 



De ces deux actualités on pourra conclure une chose: le changement d'échelle nécessaire lorsqu'il s'agit dans la tech d'aller chercher des financeurs suffisamment puissants pour consolider un secteur. Paris semble notamment reprendre la main sur les Régions.

mercredi 16 juin 2021

Shark Robotics primée dans une nouvelle étude internationale


La principale étude de marché américaine sur les robots destinés aux interventions de pompiers classe les Français de Shark Robotics comme leader mondial du segment. 

Images: Shark Robotics


Un nouveau point robotique (oui, ils se multiplient !) pour signaler que l'entreprise rochelaise Shark Robotics a obtenu une nouvelle reconnaissance internationale. 

En effet l'étude à usage commercial ou professionnel "2020-2025 Global Robot Firefighter Market Report", principale du genre aux Etats-Unis (et donc en fait, au monde), classe les Français à la première place des acteurs sur le marché des "robots pompiers".

Normalement, vous n'avez pas pu passer à côté de l'épopée du Colossus, robot rendu célèbre mondialement lors de l'intervention dans la cathédrale Notre Dame de Paris. Succès commercial, il équipe désormais parmi les plus célèbres unités de soldats du feu, avec son petit frère le Rhyno Protect.


C'est une nouvelle distinction pour Shark, qui est régulièrement citée par les experts comme faisant partie des 10 "top players" de la robotique terrestre au plan mondial. Son partenariat avec Boston Dynamics  et son robot-chien Spot durant la crise sanitaire sont d'ailleurs une preuve tangible et tout à fait remarquable de ce succès reconnu à l'international. 



Partie intégrante de la révolution industrielle "4.0", l'actualité est foisonnante dans la robotique terrestre, dont les innovations devraient irriguer un nombre conséquent de secteurs. Depuis 2016, Shark a conçu à La Rochelle près d'une quinzaine de robots, et en a livré 130. 

On a pu sur ce blog suivre notamment les objectifs de l'entreprise sur le volet Défense (elle sera d'ailleurs présente au SOFINS fin juin), mais le spatial, par exemple, est aussi une ambition. Il existe un partenariat avec Ariane Works autour de l'activité sur les futurs pas de tir Ariane, mais plus ambitieux encore, Amazon a montré son intérêt pour les technologies Shark dans le cadre de ses projets spatiaux. A suivre donc ! 


BONUS: en parallèle du lancement du projet VULCAIN de l'armée de Terre, le GICAT (groupement des industries de défense dans le terrestre) vous invite à parcourir dans une brochure l'offre robotique française de défense: 

 

vendredi 4 juin 2021

Robotics Valley, Naval Campus... quels projets stratégiques pour la Région ?


Les élections Régionales approchent et seront l'occasion de lancer quelques nouvelles politiques d'envergure sur le territoire aquitain. Dans cette idée, deux filières en particulier attirent notre attention: la maintenance navale… et la robotique. 

Ci-dessus: une application du célèbre Colossus de Shark Robotics - photo Pompiers de Marseille


Sur les questions économiques et industrielles, les six principaux candidats aux Elections Régionales ont participé cette semaine à deux débats (liens vidéos ci-dessous). L'occasion d'évoquer leur plan pour la relance post-covid, la mobilité et son débat sur la LGV Bordeaux-Toulouse, l'écologie, la formation professionnelle ou encore, pour l'aide aux entreprises, les mécanismes de financement régionaux.

Comme on ne peut pas tout résumer ici, et que la politique n'est pas le sujet de ce blog, je vous invite donc à visionner ces deux débats qui concentrent une bonne partie des problématiques économiques.

Débat du 1er juin chez 20 Minutes:



Débat du 3 juin chez La Tribune:

Au global, il est assez naturellement question des filières fortes classiques en Nouvelle Aquitaine: le tourisme, l'agriculture… la santé reviennent souvent, l'environnement aussi bien sûr avec notamment du côté des écologistes l'implantation d'éoliennes offshore flottantes au large de la côte Atlantique. Chaque camp, évidemment, joue sur ses idéaux.

Mais sur le plan de la "tech" et de l'industrie, les discours sont finalement assez peu développés, et à ce stade ne concernent pas la question des industries souveraines de défense, aéronautique (dommage car l'aéro-bashing touche la Région et est ici source d'un vrai débat) ou spatiale. C'est pourquoi sur ce blog, et pour ce qui nous intéresse, nous allons nous concentrer sur deux projets qui sont apparus plus clairement.  


Faire de la Nouvelle Aquitaine l'étendard de la robotique

Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée en poste au ministère des Armées, et donc également candidate (MODEM) de la majorité présidentielle aux Régionales, place la robotique comme une absolue priorité de rang stratégique, car sociétale. L'idée est de créer en Nouvelle-Aquitaine la filière de référence en robotique. Au sens large: mécanique, matériaux, impression additive, électronique, mécatronique, photonique, capteur, cybersécurité, IA… 

Comme l'aéronautique ou le spatial, la robotique est de ces filières qui permettent une infinité d'applications duales, avec des retombées financières et sur l'emploi. Elle intéresse autant les militaires que les chirurgiens, les agriculteurs que les pompiers… même les entreprises du New Space. 
Elle pourra à l'avenir combler les manques dans les services à la personne, notamment chez les super seniors. Dans l'agriculture, les robots sont déjà capables de mener des tâches complexes et précises comme le désherbage, bientôt de lutter contre le gel la nuit. Ils y réduiront aussi la pénibilité. Pénibilité qui est à l'origine même aujourd'hui d'un déficit sans précédent des recrutements chez les producteurs, y compris en saison.

On parle en réalité ici d'une grande entreprise de structuration qui s'appuierait tout d'abord sur les forces existantes. La ministre cite d'ailleurs ouvertement Shark Robotics à La Rochelle, mais d'autres champions sont déjà prêts à embarquer, y compris dans le monde du drone… qui lui d'ailleurs a souffert d'un large défaut de structuration de sa filière dans les années 2010.

Robotics Valley serait dans la filiation directe d'Aerospace Valley (qui a le statut de pôle de compétitivité), qui est elle fortement implantée en Nouvelle-Aquitaine, mais reste une création toulousaine. Robotics Valley aurait sa propre identité territoriale.  

Expérimentation dans l'armée de Terre avec la mule Barakuda de Shark Robotics

De plus, qui dit robotique dit avancées et mêmes ruptures dans la recherche, et en particulier l'Intelligence Artificielle. Robotics Valley associerait outre la R&D des entreprises, des labos de recherche, les Universités.



La principale critique contre ce projet vient de la candidate LFI Clémence Guetté (du moins, lors des débats), pour qui la mécanisation/robotisation est une menace pour les emplois. Geneviève Darrieussecq répond à cette inquiétude par l'argument - tout à fait classique - de la création d'emplois hautement qualifiés. Mais également par sa volonté de créer un lycée de la robotique, d'instaurer son enseignement dans tous les établissements, avec des filières de formation entre les BTS, les IUT, les écoles d’ingénieurs et la formation continue.

A  ce stade, logique électorale oblige, nul ne sait dans quelle mesure ce projet pourra aboutir, mais sur ce blog, nous sommes convaincus qu'il y a là, dans ce domaine précis, effectivement une fenêtre de tir stratégique pour la Région. La robotique est un secteur qui file droit vers le point de rupture technologique, dans la défense comme dans la société civile. La révolution est en cours et alors que d'autres pays européens ont lancé les grandes manœuvres de structuration (le géant allemand KMW vient de prendre 25% de l'estonien Milrem), la Nouvelle Aquitaine doit saisir sa chance et jouer les bonnes cartes dont elle a la chance de disposer aujourd'hui. 


Naval Campus, un projet dans les cartons depuis plusieurs années

La formation demeure problématique en NA, et ce malgré les efforts engagés depuis plusieurs mandats. En effet, même des filières très porteuses comme l'aérospatial sont confrontées à une tension sur le recrutement. Une situation que la crise du COVID va probablement faire empirer tant les parcours de formation ont été perturbés depuis un an. 

Toutefois, le Président de Région sortant, Alain Rousset (PS), compte surfer sur l'immense réussite que constitue Aerocampus Aquitaine pour réitérer dans un autre domaine que la maintenance aéronautique*: le naval. En l'occurrence, la maintenance navale. Acteurs publics et privés de l’industrie navale (c'est peu connu, mais la région concentre de superbes entreprises, y compris Naval Group dans le militaire) seront réunis autour d’un campus largement dédié à la formation professionnelle et à l'innovation, au service d'une filière d'excellence pour la nation. 

Ce campus naval n'est pas une idée nouvelle, le projet a même été validé l'hiver dernier. Alain Rousset en parle depuis longtemps, mais ce prochain mandat devrait marquer l'accélération du projet, au grand profit de la Charente Maritime, sur un axe Rochefort - La Rochelle. 


*citons également le projet de Ferrocampus à Saintes (horizon 2025), dédié aux métiers du ferroviaire, avec de belles perspectives en termes de nouvelles technologies.


mercredi 7 avril 2021

Nexter et Shark Robotics expérimentent leurs robots à Saint-Cyr

 
Rassemblement inédit de robots dans l'armée de Terre ces 30 et 31 mars, à l'initiative du CREC. Les constructeurs Nexter et Shark Robotics ont eu l'occasion de faire monter au front leurs robots sur le camp de Coëtquidan. Un exercice source de riches enseignements, avant un futur bouleversement doctrinal ?

Images publiées sur les réseaux: Challenges, Ouest France, Nexter et Shark Robotics, et l' EMIA.


Des images qui ont attisé la curiosité des historiques la semaine dernière sur le site de l'EMIA (école militaire inter-armes) de Saint-Cyr. Une petite invasion de robots, et pas n'importe lesquels, puisque parmi les plus modernes du monde. 

Nexter et Shark Robotics ont effet répondu présent pour un exercice piloté par le CREC (centre de recherches des écoles de Coëtquidan), consistant durant deux jours à évaluer le soutien que pouvaient apporter les robots terrestres en environnement urbain. 

Les expérimentations se sont déroulées selon trois scénarios: une action offensive, une action défensive (jour & nuit), et une action de combat urbain. Tous les scénarios ont été joués deux fois, avec et sans robots.

Ci-dessous en vidéo, un reportage de Ouest-France:


Nexter alignait une nouvelle fois le Themis (de l'estonien Milrem) surmonté d'un tourelleau de 20mm maison, le petit Nerva déjà bien connu et commercialisé, ainsi qu'une nouveauté, une mule électrique dénommée ULTRO capable d'emporter 600 kg.

Shark Robotics déployait de son côté sa mule Barakuda (connue elle depuis 2019) qui comporte de plus en plus d'options de matériels embarqués, dont notamment ce bouclier visible sur les photos.
L'autre star emmenée par la société rochelaise, c'est bien sûr le petit quadripède SPOT de l'américain Boston Dynamics, que Shark distribue en Europe depuis la crise sanitaire (voir lien ci-dessous). C'est la première fois qu'on peut le voir évoluer en France avec des forces combattantes.

L'ensemble du panel montre une force relativement homogène pour des débuts, le Thémis offrant l'essentiel de la puissance de feu avec son canon de 20 mm.
Pour les constructeurs français comme étrangers présents, il s'agit a priori d'une chance de pouvoir travailler avec une armée aussi opérationnelle que l'armée de Terre française. 

Si l'idée est bien d'évaluer les apports possibles de ces machines (soutien, couverture, reconnaissance), il s'agit également d'en déterminer les faiblesses. L'autonomie est un exemple.
On notera que contrairement à d'autres domaines (hum les drones hum !), l'armée de Terre progresse vite dans ses expérimentations (aussi en cours à l'AID), semblant vouloir développer une doctrine en matière de robotique de combat terrestre dans un délai relativement court. 
France et Europe possédant quelques pépites émergentes en la matière - qui attisent les convoitises - il s'agirait d'en profiter pleinement et de saisir les opportunités pour cette future branche du combat mécanisé.










vendredi 12 février 2021

Shark Robotics développe un robot sacrifiable pour l'ouverture d'itinéraire

Comme partout, la Défense française entame les développements et surtout expérimentations en matière de robotique terrestre. En témoigne par exemple la démonstration du 28 janvier à Satory. En parallèle, des solutions répondant à des besoins urgents sont imaginées, comme c'est le cas chez Shark Robotics à La Rochelle. 

Ci-dessus: expérimentations au Battle Lab Terre de Satory associant en janvier 2021 quatre acteurs: Vedecom, Nexter Robotics, CNIM et Arquus - photo Nexter Group


Il y a quelques jours, plusieurs acteurs comme VEDECOM (institut de recherche spécialisé dans la mobilité durable), ou Nexter Robotics ont communiqué sur la démonstration effectuée le 28 janvier dernier au sein du Battle Lab Terre de Versailles-Satory: un convoi autonome réunissant 4 véhicules différents.

Réunis au sein du projet MC² (micro convoi au contact), il s'agissait d'un Sherpa Light et du robot lab PVP d'Arquus, d'un robot-mule Optio de Nexter, et d'un Thémis (de l'estonien Milrem) opéré par CNIM. Cette hétérogénéité des véhicules consistait à démontrer l'interopérabilité du système sur un théâtre d'opérations. 
Deux configurations de convoi ont été testées, sans incidence sur la réalisation de la démonstration. Pour plus de détails, notamment techniques, je vous invite à aller lire l'article plus complet publié chez FOB.

A ce stade, les débats sont assez animés sur le véritable intérêt de "droniser" ou automatiser un convoi militaire. Pour certains, la priorité est et restera de diminuer l'empreinte humaine sur les théâtres afin d'épargner des vies. 
Pour d'autres, ajouter toujours plus de technologie - tout en retirant des moyens humains - n'entrainera que plus de complexification, surtout quand on connait les contraintes (hors combat) qui pèsent déjà sur la mécanique et l'électronique en OPEX. En résumé, des innovations qui iraient à l'encontre de la rusticité justement recherchée sur le terrain, particulièrement en Afrique où le concept de nomadisation reste en vogue. 

De même pour les MULEs qui seront amenées à court terme à accompagner les patrouilles à pied: vont-elles vraiment contribuer à alléger le soldat ? Ou au contraire créeront-elles une tendance à un accroissement de l'emport ?

Toutefois, un domaine particulier pourrait faire l'unanimité: celui de la lutte anti-IED (engin explosif improvisé).


Shark Robotics imagine un robot anti-IED pour Barkhane

C'est ici l'occasion de revenir sur une information lâchée par Challenges en janvier, selon laquelle Shark Robotics travaillerait sur un robot destiné à l'ouverture de terrain au Sahel.

La PME rochelaise, profitant de sa formidable et désormais bien connue capacité de réactivité, aurait en effet proposé au MINARM via l'AID un programme en urgence opération après les attaques à l'IED qu'a connu l'armée de Terre en fin d'année (5 morts au tournant de l'année, 23 morts depuis 2013). Attaques qui ont provoqué une vraie remise en question, voire défiance vis à vis de l'opération Barkhane chez les décideurs, mais surtout dans l'opinion.   

Avec un proof of concept qui serait prêt dès 2021, ce véhicule à roues, rapide et conçu pour les pistes africaines, ouvrirait tout simplement la route des convois blindés français. Doté d'éléments algorithmiques, c'est lui qui serait "sacrifié" en cas d'explosion.
Il ne s'agit pas là d'un véhicule d'ouverture d'itinéraire miné tel qu'on en a connu (comme le Buffalo ou SOUVIM), ou même d'un drone de déminage comme certains sont actuellement en développement avancé, en Russie par exemple. Des engins jugés trop lents pour une patrouille exposée.  

Aucune information à ce stade sur la suite donnée ou non à cette proposition par le ministère.    


Cette solution a le mérite de répondre à la menace IED au Sahel, largement incarnée par des engins à explosion automatique qui réagissent au passage des blindés. En Afghanistan, les véhicules avaient été dotés de brouilleurs afin de rompre la liaison des IED commandés à distance.
Elle ne règle cependant pas encore la question des VBIED (véhicules kamikazes) devant lesquels seuls les pilotes de blindés, VBCI notamment, bénéficient de la réactivité adéquate pour riposter ou même s'interposer. Les robots ne sont pas encore des héros.


lundi 2 novembre 2020

Flying Whales, Shark, Delfox... les pépites s'engagent dans le futur d'Ariane


La Région Nouvelle Aquitaine a engagé un partenariat avec l'accélérateur de projets d'Ariane Group, ArianeWorks, dans le but d'entraîner plusieurs PME innovantes dans le programme Thémis, qui doit conduire Ariane vers le lanceur réutilisable.

Ci-dessus: vue d'artiste Flying Whales/ArianeWorks


Vous les connaissez peut-être ... ou en entendrez bientôt parler. Shark Robotics, Delfox, Flying Whales, OliKrom, Touch Sensity.... Ces PME ou start-up toutes basées en Nouvelle-Aquitaine rejoignent le projet Themis d'ArianeWorks (plateforme d’accélération lancée en 2019 par le CNES et Ariane Group sur la problématique des lanceurs futurs).

On le découvre annonce après annonce, si le "New Space" européen tarde réellement à décoller et pourrait bien prendre un retard irrattrapable faute de - vraie - stratégie commune, la France entend associer au programme de(s) lanceur(s) Ariane tout un environnement d'entreprises innovantes. On pense par exemple au convoyage maritime "décarboné" du lanceur Ariane 6 grâce à un navire hybride révolutionnaire (lecture en lien ci-dessous).



C'est dans ce cadre global que la Région Nouvelle-Aquitaine et Ariane Group ont annoncé début octobre que plusieurs PME de la région rejoignaient Ariane Works et son programme Thémis d'étage de lanceur réutilisable.

On ne connait pas encore le rôle de tous ces acteurs, mais l'on se chargera de détailler chaque projet sur ce blog*. Shark Robotics poursuivra par exemple sa diversification (après la sécurité civile et la défense) en entrant dans le monde du spatial.

Un contrat d'étude particulièrement marquant concerne cependant Flying Whales. L'entreprise qui s'installera à partir de l'année prochaine dans le blayais va en effet s'attaquer à la modélisation d'un concept de transport par dirigeable lors d'une mission de récupération de Themis en plein océan.
Il s'agit d'une hypothèse où le premier étage du lanceur serait revenu se poser sur une barge au large de la Guyane. Le ballon devrait alors le rapatrier par les airs jusqu'au Centre spatial guyanais.

Ce projet n'en est qu'au stade de l'étude préliminaire, mais il permet de noter l'ambition des acteurs, notamment en termes de normes environnementales. Le spatial (comme l'aéronautique désormais) compte bien prouver à ses détracteurs - verts - qu'il peut mettre ses technologies au profit de l'environnement.

Pour Flying Whales, qui outre la Gironde, va s'implanter au Québec et en Chine, le coup pourrait être double puisque la Guyane représente ce qui devrait être le cœur de son activité: l'exploitation forestière et le transport de charge en milieu difficile. La piste d'une usine d'assemblage en Guyane est évoquée pour un futur plus lointain. Elle desservirait toute l'Amérique du Sud si le marché est pérennisé. 


Les dirigeables de Flying Whales doivent voler pour la première fois à l'horizon 2023/24, tandis que les essais de lanceur réutilisable européen sont prévus environ à la même période. Il ne faut donc pas compter sur une application du concept avant 2030, si le projet est mené à son terme.



*Delfox (33): utilisation de l'intelligence artificielle en faveur de l’automatisation du traitement des données du lanceur.
OliKrom (33): peinture innovante qui caractérise les endommagements mécaniques en un coup d’œil.
Shark Robotics (17): robots pour les opérations de remise en sécurité de l’étage fusée.
Touch Sensity (33): démonstration du suivi de santé matière de la surface des matériaux par une technologie non intrusive.

vendredi 9 octobre 2020

Shark Robotics et Boston Dynamics s'allient face à la crise sanitaire

C'est un coup énorme que réalise Shark Robotics. En s'alliant avec le célébrissime champion américain de la robotique Boston Dynamics, la PME basée à La Rochelle a contribué à équiper le petit quadripode jaune « Spot » de son module de décontamination maison. Une collaboration qui résonne comme un adoubement pour la pépite française.

Images: Shark Robotics


Star des réseaux sociaux, les robots de Boston Dynamics, et notamment le petit "robot-chien" jaune Spot, ont déjà fortement  marqué les esprits.
Boston Dynamics, c'est cette véritable "licorne" mondiale de la robotique terrestre, issue du MIT et collaborant avec le Département de la Défense américain sur la robotique militaire de demain.  

De notre côté de l'Atlantique, nous avons certes des moyens infiniment inférieurs, mais assez de talents et d'innovations pour tirer notre épingle du jeu (si tant est que nos institutionnels et financeurs veuillent bien accorder leur confiance).
Et c'est ici bien le cas de Shark Robotics, qu'on a pu voir crever l'écran lors de l'incendie de Notre-Dame et l'intervention du robot Colossus. En développement constant, l'entreprise vise désormais la diversification (sécurité civile, défense... espace).

Au plus fort de la pandémie et du confinement, Shark avait su se montrer hyper réactive en équipant son Colossus d'un module de décontamination (pulvérisation de solutions désinfectantes à 360°), ce qui avait immédiatement attiré l'attention de clients, y compris - et surtout - à l'international. C'est alors que la collaboration avec Boston Dynamics va discrètement s'initier.
L'Américain communique certes habilement (chaque vidéo est un événement), mais demeure très parcimonieux dans ses "alliances", et les élus sont peu nombreux ! 

En d'autres termes, c'est là une superbe reconnaissance de niveau mondial pour la start-up française. Elle que l'on pouvait déjà placer sur le podium de la robotique européenne.


Plus en détails, Shark propose désormais deux solutions de décontamination. La première est le Rhyno Protect télé-opéré, sur un châssis chenillé de 22 kilos, qui rend possible la pulvérisation sur 20 000 m² de surface en trois heures.

La seconde, c'est Spot, qui permet grâce ses capacités de franchissement avant-gardistes, de décontaminer jusqu'à 2 000 m² en 15 minutes, avec l'avantage de pouvoir progresser dans des environnements plus complexes que le Rhyno. C'est dans la vidéo ci-dessous l'exemple d'un amphithéâtre. Cela s'appliquerait bien évidemment à une salle de spectacle, de théâtre, de cinéma… mais on pense aussi à des lieux de vie plus sensibles comme les établissements de soins, ou scolaires. 

En effet, il y a dans le petit robot jaune (dont les inspirations ont d'ailleurs pu faire frissonner dans les œuvres récentes d'anticipation ou science-fiction) de l'anthropomorphisme, ce qui pourrait finalement rendre sa présence plus acceptable dans certains lieux… D'autant plus que lui dispose de potentielles capacités autonomes si nécessaire.

 


lundi 22 juin 2020

Le secteur européen des blindés à l'aube de sa révolution


Le monde des blindés lourds vit-il l'amorce de sa grande révolution ? Une question légitime quand on observe les projets émergents dans le monde et notamment en Europe, où ces dernières semaines ont été marquées par des annonces significatives. 

Ci-dessus: l'estonien Milrem a brièvement révélé son Robotic Combat Vehicle Type X de 12 tonnes.


Pas de salon Eurosatory cette année pour cause de Covid, mais tout de même des informations intéressantes. 
L'Estonien Milrem Robotics a diffusé - puis retiré - une image qui a fait grand bruit: celle d'une robot de combat terrestre, le "RCV" (Robotic Combat Vehicule) Type X équipé d'une tourelle CPWS 25 gen 2 de John Cockerill Defense dotée d'un d'un canon de 25 ou 30mm et de missiles antichars.

Si ce prototype tient probablement plus aujourd'hui de la maquette que du démonstrateur, il s'agit là d'un pas supplémentaire vers la robotisation du champ de bataille. 

Des acteurs comme la Russie sont déjà passés par une large expérimentation au combat (en Syrie), mais l'Europe avance de sérieux arguments. Milrem vient en effet de recevoir 30,6 millions d'euros de la Commission Européenne pour développer un système terrestre sans pilote normalisé européen:


En à peine 5 ans, cette entreprise estonienne se sera inscrite comme innovateur de classe mondiale dans le paysage de l'armement, concluant des partenariats avec les grands groupes européens, y compris français. Sa mule THeMIS (Tracked Hybrid Modular Infantry System), capable de recevoir une tourelle, être aérotransportée par hélicoptère Chinook, ou encore de remorquer un VBCI  (vidéo ci-dessous), vient de fêter ses 1 an d'expérimentations au Mali.


Mais de façon générale, autour des projets touchant à la fois à la robotique, l'IA, la collaboration homme/machine.... nous abordons une ère d'expérimentations majeures qui déterminera nos capacités de combat multidomaines dans un futur relativement proche. 
La France devrait tester des systèmes dès cet été au Mali, avec un choix de matériel israélien qui fait cependant polémique alors que des solutions françaises reconnues émergent.

Comme dans de nombreux domaines, c'est une nouvelle page qui s'écrit, et il s'agira de faire partie de ceux qui écrivent l'histoire. 



Et si enfin, la question éthique oblige aujourd'hui à avancer très prudemment dans nos démocraties - car oui, d'autres ne se gênent/eront pas - sur la problématique des robots terrestres armés, nous en voyons là apparaître les premières briques technologiques.


En parallèle du SCAF, le Main Ground Combat System (MGCS) franco-allemand avance

Justement, les lecteurs de ce blog connaissent le fil rouge du SCAF, ce système de combat aérien futur associant Français, Allemands et Espagnols (et soyons honnête, ayant vocation à s'étendre, voire englober certains projets concurrents) dans le développement d'un système de systèmes conçu autour d'un produit phare: l'avion de combat futur, dont le maître d'oeuvre est Dassault Aviation.

Dans le même temps, le naval cherche son grand programme qui pourrait être l'European Patrol Corvette, tandis que le terrestre possède le sien. Main Ground Combat System.

Vue d'artiste MGCS - Nexter

Pour rester concis, MGCS, ou en vulgarisant, le programme franco-allemand de remplacement des chars Leclerc et Léopard (un succès incroyable pour ce dernier, donc un marché potentiel faramineux pour son successeur), associe industriels des deux côtés du Rhin dans le but de concevoir un système lourd de combat terrestre à horizon 2035/40.

Sous lead allemand, sa feuille de route, éminemment politique, ressemble peu ou prou à celle du SCAF, et est plus ou moins directement liée aux avancées de celui-ci, pour des raisons qui tiennent plus à l'équilibre des forces (direction française sur l'aéro, allemande sur le terrestre) qu'à une quelconque logique touchant aux opérations militaires. 

Dernièrement donc, alors que Airbus et Dassault avançaient au niveau politique sur la validation d'un programme de démonstrateur(s), le programme MGCS rattrapait son léger retard avec la signature, après validation par le Bundestag, d'un accord-cadre, puis d'un accord de mise en œuvre, pour un contrat d'étude de définition de l'architecture du futur système. Le premier contrat d'études d'architecture durera 18 mois pour un montant de 30 millions d'euros, répartis à part égale entre les deux pays. Suivront les contrats des démonstrateurs.

Mais ce programme mérite des développements d'une expertise supérieure, et c'est pourquoi je vous invite à consulter l'excellentissime dossier paru sur Mars Attaque et Forces Operations Blog ces derniers jours, en 3 parties, dont les liens se trouvent ci-dessous:

« MGCS : derrière l’armure, la poursuite d’un système de combat terrestre complet »

Alors, le retour en grâce de la chenille en France ? Bonne lecture !