vendredi 12 février 2021

Shark Robotics développe un robot sacrifiable pour l'ouverture d'itinéraire

Comme partout, la Défense française entame les développements et surtout expérimentations en matière de robotique terrestre. En témoigne par exemple la démonstration du 28 janvier à Satory. En parallèle, des solutions répondant à des besoins urgents sont imaginées, comme c'est le cas chez Shark Robotics à La Rochelle. 

Ci-dessus: expérimentations au Battle Lab Terre de Satory associant en janvier 2021 quatre acteurs: Vedecom, Nexter Robotics, CNIM et Arquus - photo Nexter Group


Il y a quelques jours, plusieurs acteurs comme VEDECOM (institut de recherche spécialisé dans la mobilité durable), ou Nexter Robotics ont communiqué sur la démonstration effectuée le 28 janvier dernier au sein du Battle Lab Terre de Versailles-Satory: un convoi autonome réunissant 4 véhicules différents.

Réunis au sein du projet MC² (micro convoi au contact), il s'agissait d'un Sherpa Light et du robot lab PVP d'Arquus, d'un robot-mule Optio de Nexter, et d'un Thémis (de l'estonien Milrem) opéré par CNIM. Cette hétérogénéité des véhicules consistait à démontrer l'interopérabilité du système sur un théâtre d'opérations. 
Deux configurations de convoi ont été testées, sans incidence sur la réalisation de la démonstration. Pour plus de détails, notamment techniques, je vous invite à aller lire l'article plus complet publié chez FOB.

A ce stade, les débats sont assez animés sur le véritable intérêt de "droniser" ou automatiser un convoi militaire. Pour certains, la priorité est et restera de diminuer l'empreinte humaine sur les théâtres afin d'épargner des vies. 
Pour d'autres, ajouter toujours plus de technologie - tout en retirant des moyens humains - n'entrainera que plus de complexification, surtout quand on connait les contraintes (hors combat) qui pèsent déjà sur la mécanique et l'électronique en OPEX. En résumé, des innovations qui iraient à l'encontre de la rusticité justement recherchée sur le terrain, particulièrement en Afrique où le concept de nomadisation reste en vogue. 

De même pour les MULEs qui seront amenées à court terme à accompagner les patrouilles à pied: vont-elles vraiment contribuer à alléger le soldat ? Ou au contraire créeront-elles une tendance à un accroissement de l'emport ?

Toutefois, un domaine particulier pourrait faire l'unanimité: celui de la lutte anti-IED (engin explosif improvisé).


Shark Robotics imagine un robot anti-IED pour Barkhane

C'est ici l'occasion de revenir sur une information lâchée par Challenges en janvier, selon laquelle Shark Robotics travaillerait sur un robot destiné à l'ouverture de terrain au Sahel.

La PME rochelaise, profitant de sa formidable et désormais bien connue capacité de réactivité, aurait en effet proposé au MINARM via l'AID un programme en urgence opération après les attaques à l'IED qu'a connu l'armée de Terre en fin d'année (5 morts au tournant de l'année, 23 morts depuis 2013). Attaques qui ont provoqué une vraie remise en question, voire défiance vis à vis de l'opération Barkhane chez les décideurs, mais surtout dans l'opinion.   

Avec un proof of concept qui serait prêt dès 2021, ce véhicule à roues, rapide et conçu pour les pistes africaines, ouvrirait tout simplement la route des convois blindés français. Doté d'éléments algorithmiques, c'est lui qui serait "sacrifié" en cas d'explosion.
Il ne s'agit pas là d'un véhicule d'ouverture d'itinéraire miné tel qu'on en a connu (comme le Buffalo ou SOUVIM), ou même d'un drone de déminage comme certains sont actuellement en développement avancé, en Russie par exemple. Des engins jugés trop lents pour une patrouille exposée.  

Aucune information à ce stade sur la suite donnée ou non à cette proposition par le ministère.    


Cette solution a le mérite de répondre à la menace IED au Sahel, largement incarnée par des engins à explosion automatique qui réagissent au passage des blindés. En Afghanistan, les véhicules avaient été dotés de brouilleurs afin de rompre la liaison des IED commandés à distance.
Elle ne règle cependant pas encore la question des VBIED (véhicules kamikazes) devant lesquels seuls les pilotes de blindés, VBCI notamment, bénéficient de la réactivité adéquate pour riposter ou même s'interposer. Les robots ne sont pas encore des héros.


1 commentaire:

  1. Une attaque de convoi au Mali et le retour à la maison:
    https://www.irsem.fr/le-collimateur/dans-le-viseur-23-attaque-sur-un-convoi-au-mali.html

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