lundi 10 mai 2021

Les start-up du New Space s'unissent pour un leadership français


Une vingtaine de start-up françaises œuvrant dans le secteur du spatial ont annoncé vendredi 7 mai leur alliance dans le but de positionner la filière nationale du "New Space" comme leader mondial.


L'Alliance NewSpace France est née ce 7 mai 2021 avec pour objectif de fédérer l’ensemble des acteurs de la filière NewSpace sur le territoire Français pour faire rayonner au niveau national et mondial son savoir-faire.
Elle est constituée d'une vingtaine de membres (soit plus de 700 employés et plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissement en 2020), parmi lesquels on remarquera la présence de start-up déjà  bien connues, certaines même déjà évoquées sur ce blog, comme la bordelaise HyPr Space (relire l'interview en lien ci-dessous). 



L'Alliance se donne pour mission de renforcer le positionnement des acteurs de la filière en améliorant leur visibilité, en renforçant l’investissement, en favorisant les co-développements, en saisissant les opportunités d’affaires à l’international.

A noter enfin que le premier Président historique de l'Alliance est Stanislas Maximin, fondateur et dirigeant de Venture Orbital Systems, société la plus en pointe en France dans le développement de micro-lanceur. 


Vers une émancipation nécessaire du New Space tricolore ?

Elément d'analyse: faut il voir dans la création de cette alliance l'acte de naissance véritable du New Space français ? 
En effet, jusqu'à maintenant, les jeunes pépites du spatial français, dépendantes du soutien, du financement, des programmes institutionnels pour leur développement, sont restées dans les sphères du CNES, de l'ESA, d'Ariane Group bien sûr via son accélérateur Ariane Works. Parfois de la DGA (la bordelaise Delfox sur le programme MMT). 

Et malgré quelques succès remarquables et belles levées de fonds (20 M€ pour Unseenlabs récemment), on commence à ressentir dans le milieu le vent d'une inquiétude. La véritable OPA réalisée par les Allemands lors de  la conférence ministérielle de l'Agence spatiale européenne à Séville en novembre 2019, lorsque Berlin est devenu devant la France (et à la grande surprise de cette dernière) le premier financeur de l'agence, résonne aujourd'hui comme la révélation d'une stratégie de leadership. Ou de conquête même. 

Cela se traduit déjà aujourd'hui par les contrats retentissants du premier micro-lanceur allemand Spectrum. L'Allemagne finance 3 projets de micro-lanceurs, l'Espagne 1, le Royaume-Uni également.
Le Centre Spatial Guyanais, fierté française, est lui en passe d'être concurrencé sur l'accès à l'orbite basse par les projets de spatioports européens en Ecosse, aux Açores, en Norvège... en Italie.

Aussi sur le blog: Alpha & Omega



Signal d'alarme donc ? Faute de stratégie nationale réactualisée - et ce à divers niveaux - dans le sens d'une reconquête du leadership français, il revient légitimement au secteur privé de se montrer proactif. 

Car s'agissant du New Space, le nerf de la guerre n'est plus tant la subvention que l'accès au marché international et à ses contrats. Attention, le marché institutionnel  - domestique ou non - reste un socle pour les géants mondiaux du secteur satellitaire que sont Airbus et Thalès (notamment quand il comporte un volet défense très actif comme en France). Il l'est également pour Ariane et ses lanceurs. Mais pour le secteur du New Space, qui ambitionne libéralisation et démocratisation, cela passe par une stratégie agressive sur les marchés.


Remarque: nous sommes bien dans une course. Cette première étape de la nouvelle conquête spatiale n'est pas, contrairement aux apparences, un objet infini. La grande majorité du marché se joue en effet en orbite basse. Une orbite qui sera in fine saturée.

Viendra alors le temps pour les puissances spatiales de réguler, et l'on pourrait bien voir, comme pour l'arme nucléaire, un club se constituer quand (re)viendra l'heure des grands Traités Internationaux. Nul doute que la bataille se jouera entre des puissances spatiales du 1er, 2nd, voire 3ème rang... plus celles développant une stratégie dans le New Space (les Emirats par ex). Soit tout au plus une vingtaine d'Etats. Et tant pis pour les autres.

Le droit spatial étant ce qu'il est, il laisse aujourd'hui bien trop de place à la politique du fait accompli. On peut parier qu'une fois les pions en place, viendra le temps des accords internationaux. Sur le plan juridique, les Etats-Unis sont déjà à l'offensive. Il s'agit donc bien d'une course. 

La France (et dans une certaine mesure, l'Union Européenne avec EUSST) a sur cette question de la régulation, via la surveillance en orbite, et depuis l'orbite, une longueur d'avance très intéressante. Dans l'IA, le Could Computing, elle dispose de véritables pépites (Unseenlabs, Prométhée, Delfox...). La constitution chez les militaires d'un Commandement de l'Espace est par ailleurs un atout tout à fait certain dans ce domaine.


Les start-up fondatrices de l'Alliance NewSpace France



Communiqué de l'Alliance NewSpace: 

Les start-ups et PME spatiales s’allient pour positionner la filière NewSpace française en leader mondial.
Les entreprises françaises du NewSpace se réunissent sous la bannière de l’Alliance NewSpace France pour atteindre une masse critique afin de faire rayonner l’incroyable dynamique des start-ups spatiales françaises.
Arrivée d’acteurs privés, accélération, innovations, nouvelles technologies, nouvelles applications, nouveaux acteurs : le secteur spatial est aujourd’hui en profonde mutation. Cette révolution, appelée “NewSpace” est portée par des start-ups, entreprises, laboratoires et organisations diverses dans le monde entier. 
La mission de l’Alliance NewSpace France est de fédérer l’ensemble des acteurs de la filière NewSpace sur le territoire Français pour faire rayonner au niveau national et mondial son savoir-faire. 
« En France, nous portons des innovations majeures sur l’intégralité du secteur spatial, avec toute la chaîne de valeur du satellite, allant du lancement au traitement des données, en passant par son lancement, et même du tourisme spatial », explique Stanislas Maximin, Président de la nouvelle Alliance. 
Des objectifs ambitieux pour permettre à la France de rester sur le devant de la scène. 
L’Alliance NewSpace représente une vingtaine de membres, plus de 700 employés et plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissement en 2020. Elle renforce le positionnement des acteurs de la filière en améliorant leur visibilité, en renforçant l’investissement, en favorisant les co-développements, en saisissant les opportunités d’affaires à l’international. Sa mission : défendre les valeurs, les besoins et les attentes de la filière en France et en Europe. 
La France dispose d’un terreau institutionnel et industriel fertile, la positionnant au cœur de l’écosystème aérospatial mondial. Cependant, son avenir dépend des nouvelles initiatives qui émergent et se développent très rapidement. 
« Le NewSpace est synonyme d’agilité pour répondre au plus vite à un marché dynamique en pleine mutation. Une coopération ouverte au niveau français est sans conteste un facteur de succès pour faire face à une compétition mondiale qui se renforce. Cette initiative propose une approche constructive face à cet enjeu. » note Giao-Minh Nguyen, Vice-Président de l’Alliance. 
Porter une vision transverse du secteur centrée sur la coopération. 
Si la participation et le support déjà existant des institutions et du gouvernement sont nécessaires au bon développement de la filière, Stanislas Maximin précise : « Nous sommes convaincus que l’innovation doit être au service des marchés, des besoins et de la vision des entreprises. Elle doit émaner des acteurs qui prennent les risques et qui innovent. Ainsi, l’Alliance se veut être une plateforme fertile pour encourager les interactions, les projets et les idées entre les entreprises du NewSpace. » 
Objectif : mettre en commun les besoins et les attentes, faciliter le développement de projets dans la filière, se diversifier et attaquer de nouveaux marchés internationaux.  
 
Contact : Stanislas Maximin, Président : stanislas.maximin@venture-orbital.com


11 commentaires:

  1. Hâte de connaître les projets qui ont été retenus:
    https://www.air-cosmos.com/article/blast-lance-un-appel-projets-pour-les-startups-asd-24678

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  2. Le modèle copié est difficile à imiter vu les investissements colossaux permis par le pétrodollar imprimable à l'infini:
    https://www.air-cosmos.com/article/le-new-space-un-phnomne-typiquement-amricain-24561

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  3. La souveraineté recouvre tellement de domaines pour exister:
    https://mobile.twitter.com/ForcesOperation/status/1386960130340757504

    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-arme-du-big-data-militaire-20210509

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  4. Jolie trouvaille que cet article!
    https://www.maddyness.com/2021/05/11/spacetech-cnes-souhaite-perenniser-contrats-startups/

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    1. si vous regardez, il reprend certains éléments de langage qui sont typiquement les demandes des Start-up (les mêmes, entendues au contact des PME, que je reprends dans mon papier)

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    2. Oui, j'ai aperçu.

      Tout le monde se positionne avant que la fin de la récréation ne soit sifflée, surtout au vu des projets de constellations des milliardaires américains et des ambitions chinoises:
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/04/02/face-au-risque-d-un-far-west-spatial-la-necessite-de-gerer-le-trafic_6075344_3234.html

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  5. La problématique des débris spatiaux a son importance:
    https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/damien-giolito-cree-un-google-maps-de-lespace-1311561

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  6. Anywaves, tout de même, quelle aventure!
    https://air-cosmos.com/article/lquipementier-toulousain-dantennes-pour-nanosatellites-anywaves-a-quatre-ans-24849

    Les autres entreprises mentionnées sont de la même trempe?
    Il y a des talents en France.

    Il va y avoir un dossier Air et Cosmos sur ce thème:
    https://air-cosmos.com/article/dossier-filire-arospatiale-et-de-dfense-le-temps-des-ruptures-24711

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  7. Toujours la course aux étoiles...
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pourquoi-il-est-urgent-de-lancer-des-assises-du-new-space-francais-885123.html

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  8. Il y a aussi des vieux chevaux surle retour...
    https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/lutte-anti-drones-spatial-surveillance-maritime-les-grandes-ambitions-de-cs-group-1321270

    https://www.revue-risques.fr/2015/03/entretien-avec-yazid-sabeg-president-de-communication-et-systemes-cs-ancien-commissaire-a-la-diversite-et-a-legalite-des-chances/

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  9. Il y a des talents en France:
    https://www.capital.fr/entreprises-marches/notre-armee-mise-sur-la-pepite-de-la-quantique-pasqal-parly-salue-des-applications-pour-la-defense-hautement-strategiques-1405688

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