lundi 20 mai 2019

L'Armée de l'air entre dans l'ère du pilote de drone


Avec sa campagne de recrutement "Prenez les commandes!", l'Armée de l'air française s'engage dans un objectif à long terme concernant sa flotte de drones MALE. Le but est désormais de former une centaine d'équipages sans passer par la case "pilote de chasse".


La dernière barrière psychologique vient donc de tomber ! Après avoir - enfin - fait le choix - tout à fait logique - d'armer ses drones Reaper, la France lance donc les grandes manœuvres s'agissant de la formation de ses pilotes de drones. Une formation à part entière, pour ce métier bien précis.
En soi, cela constitue une petite révolution, ces derniers étant jusqu'à maintenant tous issus des rangs des pilotes de chasse..

Le développement de la "filière" drones au sein de forces aériennes (tout comme dans les deux autres armées d'ailleurs) est un impératif stratégique. Si débat il y a eu (moral, éthique, juridique, et même industriel !) celui-ci n'a plus lieu d'être.
Ce blog l'a régulièrement évoqué lors que le débat était encore vivace: le pas, les décideurs politiques et militaires français, après avoir longtemps tâtonné, l'ont franchi dans les toutes récentes années, et la totalité des compétences ne seront acquises qu'au cours de la prochaine décennie.

Avec cette campagne de recrutement pour des pilotes de drones, la première d'une telle ampleur (notamment via une utilisation massive des réseaux sociaux, là où clairement, se trouve le vivier), on entre donc véritablement dans un ère nouvelle.



L'Armée de l'air a reçu initialement 6 drones américains Reaper, le MALE de General Atomics étant probablement ce qui se fait de mieux aujourd'hui sur cette gamme. Elle en a perdu un, crashé à Niamey (Niger) à l'automne 2018. Ce drone perdu sera remplacé dès que possible, les négociations étant en cours.
Actuellement, 3 Reaper sont déployés au Niger en appui des opérations Barkhane et Sabre (le volet opérations spéciales), et 2 sont à Cognac, sur la base de leur régiment, l'escadron de drones 1/33 Belfort.

6 autres machines sont attendues d'ici 2020, au standard Block 5, soit avec de meilleurs capteurs électromagnétiques (ROEM) et de l'armement.
Au total, et comme prévu, les forces aériennes françaises disposeront de 12 Reaper, soit 4 systèmes.

Une vingtaine d'équipages ont été formés, chacun étant composé de quatre personnes: un pilote, un opérateur capteurs, un opérateur images et un officier renseignement chargé d'interpréter les informations collectées. 

L'armement arrivera dès la fin 2019, avec pour ces drones déjà en service des bombes GBU-12 à guidage laser. Ensuite, sur le standard Block 5, il sera possible d'utiliser le missile Hellfire.


24 machines et 100 équipages en 2030

Dans sa campagne de communication, l'Armée de l'air affiche des objectifs. En 2030, "l'objectif est de monter à 24 machines au total, et de constituer un vivier d'environ 80 à 100 équipages"

C'est un changement majeur qui s'opère, puisque jusque maintenant, les équipages de drones de l'Armée de l'air étaient constitués de pilotes de chasse, qui avaient suivi une formation complémentaire aux USA.
Pour passer à la vitesse supérieure,  il s'agit désormais de constituer une filière propre.

Les nouvelles recrues recevront une formation initiale d'un an au Centre d'excellence drones de l'Ecole de l'Air, à Salon-de-Provence, où ils apprendront tout de même à voler sur avion léger et recevront leur brevet de pilote de drone. 
Une deuxième année d'apprentissage tactique plus spécifique, comme le pilotage par satellite, se déroulera sur la base de Cognac, où au moins 2 Reaper seront consacrés à la formation, mais aussi à des missions de sécurité intérieures (dès le G7 de Biarritz au mois d’août ?).

Et l'Armée de l'air veille à bien encadrer ce métier qui a, tout de même, mauvaise presse en raison principalement des méfaits de la politique américaine en la matière.
Avec en son cœur l'approche éthique de la guerre, l'idée est donc de développer une école française du pilote de drone, réunissant plusieurs particularismes, comme le déploiement quasi-systématique des équipages sur le théâtre d'opérations, afin d'éviter ce phénomène désormais connu de déshumanisation de la guerre. Dans le cas français autrement dit, pas question qu'un équipage mène des missions de guerre depuis la métropole, avant d'aller récupérer ses enfants à l'école plus tard dans la journée*.

Juridiquement en revanche, aucun problème (il s'agit même d'un faux problème, le droit a toujours été clair sur le sujet). L'ouverture du feu se fait selon les mêmes règles d'engagement que pour un pilote "classique".

Dans sa communication, l'Armée de l'air présente ces recrutements comme un défi, car le métier serait peu attractif, dans l'ombre de celui de pilote de chasse. Pourtant, à la lecture des commentaires sur les réseaux sociaux, l'engouement semble être réel. Moins contraignant, moins dangereux, il se pourrait au contraire en effet que la filière connaisse un véritable succès auprès des jeunes générations nourries dès le biberon au numérique. Mais ce n'est ici que ma rapide analyse !

Quant aux machines enfin, outre les Reaper qui seront 12 en 2020, la cible de 24 devrait être atteinte grâce à l'EuroDrone (Airbus) après 2025. Mais 24 semble un minimum dans l'environnement géopolitique qui se présente. Je pense notamment ici à la surveillance de nos ZEE de l'Outre-mer.
Le drone européen permettra lui, de gagner une totale souveraineté concernant l'emploi des appareils, ce que ne garantit pas aujourd'hui le Reaper américain.


*Précisions face à une question qui peut légitiment être posée: pour les pilotes de l'Armée de terre, qui vont recevoir le drone Patroller (Safran), un aéronef aux capacités semblables à un drone MALE comme le Reaper, la problématique n'est pas la même. L'Armée de terre emploie ses drones, possiblement armés à terme, pour des missions tactiques, c'est à dire sur le champ de bataille, au contact de l'ennemi.
Pour vulgariser, le drone tactique, volant à moindre altitude et moins longtemps, a pour mission d'aller observer derrière la colline, quand le drone MALE a pour mission première d'assurer permanence du renseignement, avec des missions pouvant dépasser 24H.


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