vendredi 19 mars 2021

À Anglet chez Telerad, relance d'une filière stratégique pour la sous-marinade


La France se lance dans la reconstitution d'une véritable filière industrielle: celle des bouées acoustiques. Outre son caractère stratégique pour la Défense, les retombées commerciales pourraient être remarquables. 

Illustration: Thales Group


Petit rebondissement ce 18 mars à Anglet. En raison de contraintes d'agendas, le déplacement ministériel de Madame Florence Parly, ministre des Armées, et de Madame Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée de la Mémoire et des anciens combattants, est annulé ! Mais finalement, là n'est pas l'essentiel.

Donnée peu connue, la Marine Nationale est dépendante du matériel américain dans le domaine particulier des bouées acoustiques de lutte anti-sous-marine depuis les années 1990. Il s'agit d'une capacité stratégique quand on sait l'importance de la sous-marinade pour la Défense Nationale... et quand on sait également que nos côtes sont régulièrement visitées.

C'est pourquoi la France, jusque là dépendante de l'américain Sparton, s'est lancée dans un effort presque inédit de création de filière en s'appuyant sur Thalès et plusieurs PME. 
Le ministère des Armées a signé avec Thales Group le contrat "Sonoflash" prévoyant la fourniture de bouées acoustiques développées en partenariat avec Telerad, Realmeca, Selha Group, ainsi que Saft (le fabricant de batteries est d'ailleurs souvent impliqué sur les programmes stratégiques).

L'annonce devait être faite par la ministre à Anglet (64) chez Telerad ce jeudi 18 mars, mais la visite a été reportée. Partie remise donc.



Un vrai marché

Les bouées acoustiques sont larguées par voie aérienne (hélicoptère ou avion de patrouille maritime) et agissent à la façon d'un sonar. 
Leur rôle est donc fondamental dans la détection et la traque des sous-marins adverses. Il est aussi et surtout, dans le cadre d'un monde en paix mais où les tensions existent, fortement dissuasif.

Constituer, ou reconstituer, une filière s'impose comme une problématique souvent débattue, avec vigueur même. Mais un argument est régulièrement oublié: le coût. Je renvoie vers l'exemple de l'effort faramineux mené par la Commission Européenne pour la standardisation des composants satellitaires "ITAR-FREE". En effet, l'émancipation n'est que rarement rentable et l'achat "sur étagère" est souvent préféré à un investissement lourd dont la viabilité fera défaut. On citera ici évidemment les EMALS, catapultes électromagnétiques du futur porte-avions français, mais aussi les drones MALE, ou la filière des armes légères...

Or, nous avons avec les bouées acoustiques une formidable exception, et opportunité donc. Le ministère des Armées estime que le marché représente 4 500 à 7 000 bouées par an, seulement pour la Marine Nationale. En prenant en compte l'export, sous monopole américain, le potentiel est faramineux, surtout quand on observe le dynamisme autour de la sous-marinade partout sur la planète.

Justement, Thales tente de démontrer depuis plusieurs années maintenant que sa technologie Sonoflash est mature. La Sonoflash possède selon Thalès des capacités de détection importantes qui peuvent encore être multipliées lorsqu'elle est utilisée en mode multistatique avec d'autres bouées collaboratives ou avec le sonar trempé FLASH, car leurs bandes de fréquences sont cohérentes. Elle est couplée au système de traitement des bouées BlueTracker capable de gérer 16 à 64 bouées simultanément selon sa version MK1 ou MK2.

A Anglet, c'est Telerad, spécialiste des radiocommunications, qui a été choisie comme un des partenaires sous-traitants du programme. Avec 75 salariés et 11 millions d'euros de chiffre d'affaires, la PME est déjà bien implantée à l'export, et est un partenaire privilégié de Thales.

Sonoflash a déjà fait l'objet de campagnes de test, et devrait entrer en service en 2025 dans la Marine. Thales entend l'imposer comme nouvelle référence dans sa catégorie.


2 commentaires:

  1. Une petite visite pour fêter ça:
    https://objectifaquitaine.latribune.fr/business/2021-03-29/defense-florence-parly-vient-chercher-a-anglet-des-bouees-sous-marines-made-in-france-881117.html

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  2. Jolie idée, il ne fallait pas attendre:
    https://mobile.twitter.com/WaelPascha/status/1379781343316414468

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