vendredi 2 avril 2021

Accord entre Dassault et Airbus: fin du SCAF-tête ?


Plusieurs médias annoncent ce vendredi que Dassault Aviation et Airbus ont réussi à conclure un accord de principe sur le futur avion de combat du SCAF européen. Le dossier revient dans la main des trois Etats partenaires au programme pour une avancée significative attendue ce printemps.

Ci-dessus: montage maison sobrement intitulé "SCAF-tête", à partir d'un visuel Dassault Aviation


Ce blog a fait le choix de ne pas trop commenter le débat actuel sur les décisions à prendre - ou ne pas prendre - concernant le programme SCAF (système de combat aérien futur). Un débat presque déraisonné et surtout largement pollué par certains groupes d'influence.

Si l'on résume toutefois les dernières semaines, il était question de la signature de la phase "démonstrateur" qui aurait dû intervenir en début d'année. Des blocages ont rapidement été dénoncés côté allemand, et français.
Le contentieux aurait principalement porté sur les partages de technologies de la pièce maîtresse du SCAF, à savoir le futur avion de combat franco-allemand-espagnol. Dassault Aviation ayant préalablement été désigné maitre d'œuvre,  l'entreprise se refuse légitimement à céder certains éléments de propriétés intellectuelles, fruit de décennies d'histoire industrielle. De surcroît l'arrivée de l'Espagne (fortement "imprégnée" par Airbus) dans le programme a encore compliqué l'équation, Madrid réclamant a priori trop de charge de travail.   

Le climax intervenait alors à Paris début mars, lors des auditions parlementaires des représentants de groupe (Eric Trappier, PDG, pour Dassault Aviation, et Antoine Bouvier, Directeur de la stratégie, pour Airbus Defence & Space), Dassault mettant une pression importante sur les négociations en citant des exigences allemandes inacceptables, et même l'existence d'un plan B moins ambitieux... là où Airbus préférait jouer à 100% sur la fibre de la coopération européenne. Sous entendu, il n'y a aucun plan B, et celui-ci est le seul que nous ayons. Airbus a notamment démenti l'information rumeur selon laquelle il aurait voulu son propre démonstrateur issu de l'Eurofighter.

Pour compliquer les choses, ajoutons à cela la crise sanitaire, et un calendrier politique allemand contraint pour les futures élections (un potentiel changement de majorité post-Merkel menaçant l'existence même des coopérations ?).

Mais tout dernièrement, tandis que commentateurs "es réseaux sociaux", quelques médias ou lobbys enterraient le SCAF bien promptement, des bruits de couloirs faisaient finalement état d'un accord possible.

C'est donc chose faite ce 2 avril, avec l'accord des deux industriels, qui remettent le dossier dans les mains du politique. A Paris, Berlin et Madrid d'évaluer désormais l'offre des industriels pour cette phase de démonstrateur. Pas plus de commentaire officiel à ce stade, mais le cabinet de la ministre des Armées promet une prise de parole prochaine. Attendons tous les détails sur la résolution de cette équation donc, mais il en va d'un intérêt commun que les choses avancent.

Conséquence du retard pris dans ces négociations (il y en aura d'autres), on sait que le démonstrateur ne verra pas le jour en 2025, comme prévu initialement, mais au mieux en 2026. 

SCAF est un ambitieux programme de coopération. Mais plus encore, c'est un programme stratégique et structurant pour l'intégralité des acteurs, que l'on parle en toute évidence de militaires français très opérationnels en comparaison de leurs partenaires européens (+ les particularismes de l'aéronavale et de la dissuasion nucléaire), de Dassault Aviation qui joue ici l'après Rafale, ou Airbus l'après Eurofighter mais aussi et surtout peut-être toute une famille de nouveaux aéronefs (le effecteurs déportés). Sans même évoquer l'architecture du système de combat, les motoristes et intégrateurs, la place du SCAF dans l'OTAN... 

Rien n'est donc simple et d'autres crispations interviendront, d'autant plus quand nous commencerons à parler, tout prochainement, en milliards d'euros. 


Mise à jour n°1 (7 avril): les motoristes Safran et MTU ont trouvé un  accord sur le pilier moteur du programme SCAF et ont remis une offre aux Etats. L'industriel espagnol ITP ne l'a pas signée. On y apprend que le démonstrateur du NGF sera propulsé par des M88 (le moteur du Rafale) "améliorés".

Mise à jour n°2: le Sénat français se félicite de l'accord et du rôle des auditions dans les négociations.


7 commentaires:

  1. Est-il possible d'exprimer, sans être taxé d'appartenir à des groupe d'influence pollueurs, un profond désaccord sur le processus politico-industriel en cours, en tirant les enseignements de l'histoire récente des relations germano-française? https://www.athena-vostok.com/france-allemagne-et-europe-de-la-defense-une-lutte-frontale

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous le reconnaissez vous même, ce sont des décisions issues de volontés politiques. Que je ne fais moi ici que commenter. N'allez pas cependant penser que les partisans de la coopération sont aveugles devant les écueils ou même absurdités de programmes comme Eurodrone ou MAWS.

      Mais je vous en prie, vous êtes libre de publier selon la ligne éditoriale qui vous convient ! Je fais surtout allusion aux réactions déraisonnées et non argumentées sur les réseaux sociaux.

      Supprimer
  2. La négociation a été laborieuse, mais n'est-on pas en train de faire un F-35 like ?
    https://mobile.twitter.com/Trois_Ponts/status/1369283644922208256

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et la négociation n'est même pas terminée ! Une belle partie de l'idée du SCAF fut justement d'endiguer l'élargissement du club-F35, puisque tout indiquait que la France aurait des F-35 à ses frontières pour un demi siècle, Espagne et Allemagne compris.

      Pour répondre à votre question: oui les voisins nous voient clairement comme un pays qui veut imposer sa culture stratégique, ce qui déclenche d'ailleurs un débat tout à fait sain chez eux (débat sur la souveraineté renforcé depuis la crise COVID).

      Ceci-dit, le F-35 nous a enseigné tout ce qu'il fallait éviter sur de nombreux plans, industriel comme diplomatique. Et comme nous n'avons de toute manière pas la puissance de prédation des USA, cela passera par plus de coopération, de négociations (ou de concessions diront certains).

      Supprimer
    2. On peut parier que le sacrifié semble évidemment être le programme MGCS. Il y a en France trop de partisans de la roue :)
      ...et désormais de la robotique blindée, de plus en plus.

      Supprimer
    3. J'espère que vous avez raison, l'industrie aéronautique anglaise est condamnée, je ne nous souhaite pas le même chemin.
      https://www.meta-defense.fr/2021/04/02/le-royaume-uni-va-commander-plus-de-f35b-dans-les-annees-a-venir/

      Supprimer
    4. Vous avez raison, c'est loin d'être des négociations terminées...
      https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/scaf-accord-entre-safran-et-l-allemand-mtu-sur-le-moteur-mais-sans-l-espagnol-itp-881742.html

      Supprimer