vendredi 2 juin 2017

"Il s'est passé pas mal de choses depuis que vous êtes parti"



"Il s'est passé pas mal de choses depuis que vous êtes parti". Cette phrase, c'est celle prononcée  au téléphone par le Président de la République Emmanuel Macron quelques minutes après que l'astronaute français ait atterri à bord de sa capsule Soyouz au Kazakhstan après plus de six mois dans l'espace. "Pas mal de choses" oui, et c'est peu de le dire !

Photo "tricolore" publiée sur les comptes de Thomas Pesquet ce 2 juin 2017, à l'occasion de son retour sur Terre. Des photos de la planète en bleu, blanc, rouge. Tout un symbole.

Thomas Pesquet a décollé le vendredi 17 novembre 2016 pour un séjour de six mois à bord de la station spatiale internationale. Un séjour durant lequel il avait à mener 80 expériences scientifiques (le contenu de sa mission, "Proxima"), mais que le grand public retiendra comme un semestre de partage de cette expérience exceptionnelle.

Sur le blog: Un grand pays doit envoyer des hommes dans l'espace



Car en effet, outre son intérêt technique, Proxima aura été une immense réussite en terme de communication (même si certains n'auront pu s'empêcher de faire du french bashing - ou auto-bashing donc - en y voyant une saturation médiatique autour de ce fils prodigue trop parfait). Photos façon "Terre vue du ciel", selfies, ou même séances de questions réponses en live avec le public auront rythmé le séjour dans l'espace de Thomas Pesquet. Si nombre d'entre nous y ont trouvé un grand plaisir, j'en retiendrai un seul chiffre: 50 000 jeunes français ont été impliqués dans des expériences éducatives en lien direct avec la mission Proxima. 

Mais revoilà donc Thomas Pesquet, qui bientôt fera le tour des plateaux TV, des unes de magazines, et rencontrera bien évidemment le Président de la République (le 19 juin a priori). Le nouveau Président, Emmanuel Macron.
Il faut se rappeler que quand Thomas Pesquet a décollé le 17 novembre, le monde était encore frappé de stupeur devant la toute récente élection de Donald Trump aux USA, et on parlait encore d'Alain Juppé comme favori à l’élection présidentielle en France. Emmanuel Macron a donc bien raison de le dire, il s'est passé pas mal de choses depuis.


L'alignement des planètes

Il y aura donc eu l'incroyable présidentielle française (notamment marquée par des cyberattaques), conclue un soir de mai devant la pyramide du Louvre. Ce jour là fut interprété dans le monde comme l'arrêt brutal de la vague populiste qui avait marqué si brutalement l'année 2016 dès le Brexit. Mai 2017 fut un symbole, une victoire française au nom du progressisme.

Pour le nouveau - et jeune - Président Macron, que certains jugeaient trop tendre pour la fonction, le rythme de l'agenda diplomatique s'est alors emballé de façon impressionnante: sommet de l'OTAN (25 mai), G7 (26/27 mai), rencontre Macron/Poutine à Versailles (29 mai). Et c'est semble t-il un sans faute pour le Président français, qui aura globalement su montrer de la fermeté dans une géopolitique mondiale en plein tumulte. 
Enfin, je disais après l’élection de Donald Trump que l'Amérique demeurait notre premier partenaire stratégique... cela reste vrai. Mais elle s'isole, ce qui immanquablement, lui fera perdre de l'influence. 

L'annonce jeudi 1er juin de la sortie des USA des accords de Paris sur le climat, et dans la foulée la réponse vive des européens, France en porte-étendard, et de la Chine,  marquera peut-être une rupture, en terme de prestige, et d'influence. Une chose est sûre, cette décision indigne, y compris dans la société civile américaine.

Cet enchaînement de symboles, c'est le fameux alignement des planètes (expression qui tombe bien !), qui en politique intérieure avait déjà ouvert la voie de l'Elysée à Emmanuel Macron, et l'inscrit parfaitement sans son rôle souhaité de dirigeant "jupitérien". Mais outre la personne du Président, c'est la France sur qui semble souffler un vent nouveau. La nouvelle administration l'a bien compris et surfe sur les symboles d’envergure internationale, pour le moment sur la forme, et avec brio. Le climat, la défense (les images fortes se sont multipliées dans ce domaine), ou aujourd'hui l'espace... 
Le temps dira si le pays se montre efficace sur le fond, mais on ne niera pas qu'en 2017, elle adresse au monde les bons signaux, chose à laquelle ce dernier semble particulièrement réceptif.

Et puisqu'on parle de défense à l'accoutumée sur ce blog, prenons un exemple très concret: avec une entente cordiale franco/canadienne au dernier G7 (ajoutons-y le CETA), et une politique internationale américaine si imprévisible, la possibilité que le Canada choisisse le Rafale comme son prochain avion de chasse vous paraît-elle encore si fantasque ? Les logiques politiques et économiques issues de la fin de la Guerre Froide sont-elles amenées à durer ? La Chine par exemple, a tout à y gagner. Ce doit être le cas de l'Europe également.

Vous l'aurez compris, en cette période incertaine, il est bien possible que les cartes soient redistribuées, au moins en terme de soft power. Ce qui tombe bien, puisqu'il semble que nous disposions en France d'une très bonne main.


Alors que l'accord climat s'impose comme un nouvel enjeu international majeur, Thomas Pesquet reviendra donc d'ici quelques jours au pays, lui qui a contribué pendant des mois à faire briller l'image de la France, de l'Europe, et en fait de la planète toute entière en nous rappelant son incroyable beauté.
Donc bienvenue dans la France optimiste de 2017 Thomas, et puisque l'on peut désormais se permettre d'être bilingue, Welcome back ! 

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