vendredi 29 novembre 2019

Budget record pour l'Agence Spatiale Européenne


C'est assurément une bonne nouvelle, une grande nouvelle. Les 22 ministres chargés du spatial - Recherche & Enseignement Supérieur en France - au sein des pays membres de l'Agence Spatiale Européenne se sont réunis à Séville ces 27 et 28 novembre. Face au dynamisme et surtout aux mutations du secteur, ils ont voté un budget record pour l'ESA: 14,4 milliards d'euros !

Ci-dessus: les ministres en charge du spatial dans les Etats membres de l'Agence Spatiales Européennes étaient réunis à Séville les 27 & 28 novembre - ESA


Il s'agissait d'une réunion absolument déterminante pour l'Europe. L'Agence demandait 14,3 milliards, elle a eu 14,4. 
Avec une telle somme pour les cinq prochaines années, l'Agence spatiale européenne (ESA) s'est vue dotée d'un budget record qui va l'aider à faire face au nouvel environnement géostratégique mondial, qui place désormais le spatial au coeur de nombreux enjeux civils, militaires, scientifiques... 

Avec comme concurrents (ou souvent partenaires, ne l'oublions pas) principaux les USA, la Chine et bien entendu les acteurs privés du New Space ou certains Etats émergents, l'Europe en tant qu'entité institutionnelle entend maintenir son haut niveau d'expertise en la matière.

En dépassant la barre des 14 milliards, les Européens établissent donc un record depuis 1975, mais de surcroît, il faut ajouter à cela les 16 milliards d'euros du budget spatial de la Commission européenne, qui contribuera à de nombreux programmes communs.

"Pas de géant pour l'Europe" pour Jean-Yves Le Gall, le président du CNES, "témoignage évident de notre ambition commune pour l'Europe" selon la ministre française de la Recherche, Frédérique Vidal... les responsables n'ont évidemment pas manqué de se féliciter de cette réunion qui s'est déroulée sans accroc.

Chez l'opérateur du lanceur Ariane, Arianespace, on salue un budget qui donne non seulement les moyens d'appuyer la montée en puissance du nouveau lanceur Ariane 6, qui volera en 2020, mais aussi de financer l'innovation sur les technologies de lanceur, avec, évidemment en pointe, la réutilisation.


L'Allemagne vole la vedette à la France

Le Président Macron a fait du spatial une priorité, nous l'avons vu dans le militaire. D'autant plus que la France a historiquement une position de leader en Europe.

Toutefois, en accroissant largement sa participation, Berlin vient de passer en tête de contributeurs. En effet, l'Allemagne apportera à l'Agence 3,3 milliards d'euros, devant la France avec ses 2,7 milliards. Suivent l'Italie avec 2,3 Mds €, le Royaume-Uni avec 1,7 Mds € (l'ESA est indépendante de l'UE, et donc de la question du Brexit), puis l'Espagne, 


Quelle répartition pour le budget ?


Tous les programmes vont bénéficier de l'augmentation du budget: exploration, accès l'espace, applications, et surtout observation de la Terre (+90% !).

Il y a également la confirmation qu'avec Space Rider, l'Europe va se doter d'un drone spatial manœuvrable. Aux applications civiles pour le moment. Réutilisable, il est majoritairement financé par l'Italie.
Dassault Aviation, qui militait depuis plusieurs mois pour avoir plus de place sur ce programme devra se contenter d'un rôle mineur. Il ne serait pas idiot que l'Armée de l'air réfléchisse de son côté à ce type d'appareil, en "franco-français",  mais nous en reparlerons ici avant Noël.

En termes d'ambitions et de prestige (redevenu soudainement à la mode concernant le spatial), l'ESA vise la Lune, avec une participation au programme de station orbitale lunaire "Gateway", et Mars avec les programmes Exomars en propre, et "Mars sample return", programme américain de recueil d'échantillons du sol martien.

Thomas Pesquet devrait lui repartir sur l'ISS en 2021.


Enfin, à tous ceux qui pensent qu'investir des milliards dans le spatial est une pure et vaine perte d'argent public, sachez que rapporté aux 500 millions d'habitants des 22 pays membres (sans compter les membres associés que sont le Canada et la Slovénie), le budget du spatial européen représente 8 euros par an et par citoyen... pour des retours sans commune mesure.
Et s'agissant de l'autre sujet de débat des sceptiques, à savoir le climat, le directeur du CNES rappelle que l'investissement massif dans la surveillance de la Terre "façonne une nouvelle Europe spatiale, plus proche des citoyens avec des préoccupations climatiques".


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