vendredi 3 juillet 2020

Avec la suppression de la navette, Dassault va t'il revoir ses plans à Mérignac ?


Avec la fermeture de la ligne quotidienne Air France Bordeaux-Paris, c'est toute une clientèle business qui pourrait disparaître en Aquitaine. La CCI sonne l'alarme et indique même que de grandes entreprises pourraient revoir leurs plans sur l'agglomération.

Ci-dessus: le nouveau bâtiment de Dassault en construction à Mérignac, destiné aux équipes d'étude, de développement et de soutien après-vente pour les activités civiles et militaires de l'avionneur - Dassault Aviation


C'est une conséquence indirecte de la crise - certains l'appellent "tempête du siècle - provoquée par la pandémie dans l'aéronautique. 

Déjà dans le viseur des écologistes, qui ont désormais pris le pouvoir à Bordeaux (et donc énormément de poids à la Métropole), la navette Air France Bordeaux-Paris (ou plutôt Mérignac-Orly) va disparaître, sur décision gouvernementale, suite au plan d'aide de 7 milliards d'euros pour Air France. Elle n'aura donc pas survécu au printemps. 

La "navette" était fréquentée par plus de 560 000 voyageurs chaque année, en grande partie des clients business, notamment dans le secteur de l'aéronautique.

Privilège désormais à la LGV. La problématique est cependant que le poumon économique de la Région ne se trouve pas en centre ville de Bordeaux près de la gare Saint Jean (sauf bien entendu si vous êtes un touriste arrivant de Montparnasse... ou Disneyland), mais bien dans l'agglomération, notamment autour de l'aéroparc. 

Or, jeudi 2 juillet, dans un reportage traitant du sujet et diffusé durant le 20H de TF1 (vidéo avec timecode ci-dessous), les journalistes suivaient Philippe Rochet, président de Sabena Technics, constatant ses difficultés à circuler entre Paris et Mérignac, via le TGV plutôt que l'avion. 
Mais dans le même reportage, nous pouvons également voir Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux Gironde, y évoquer le fait que la Direction de Dassault Aviation pourrait revoir ses plans quant au rapatriement de bureaux d'études sur Mérignac.


Car Dassault comptait bien investir sur le territoire, dans une logique de rapprochement de ses cadres vers les sites de production. A compter de 2021, un bâtiment tertiaire accueillera sur le site de Dassault Aviation à Mérignac les équipes d'étude, de développement et de soutien après-vente pour les activités civiles et militaires de l'avionneur. Cela doit se traduire par un nombre non-négligeable de transferts de postes parisiens vers l'agglomération bordelaise, mais aussi des recrutements.

Eric Trappier, PDG, déclarait il y a un an lors de la pose de la première pierre: « Cette réalisation ambitieuse marque notre volonté de rapprocher une partie des équipes qui conçoivent et soutiennent nos avions de celles chargées d’en assurer la production finale. Elle favorisera le travail collaboratif, avec la mise en œuvre du bureau d’études étendu. Le principe est d’intégrer encore davantage, quand cela est nécessaire, et ce dès la phase de conception, tous les métiers qui interviennent dans le cycle de vie du produit. Plus qu’une nouvelle construction, ce bâtiment est donc l’un des moyens de repenser le fonctionnement des activités de Mérignac et de Saint-Cloud. Nous en attendons une meilleure interaction entre les compétences techniques, la connaissance des produits et le service des clients ».

La capacité totale sera de 1 500 postes de travail avec 24 espaces collaboratifs modulaires et neuf plateaux projets. Sont également prévus des espaces VIP pour les clients civils et militaires, un centre de commandement Falcon, des salles pour bancs systèmes avions, un centre de réalité virtuelle, un centre de réalité immersive et un auditorium.

Lire sur le blog: Dassault Aviation s'étend à Mérignac



Tout cela est il désormais remis en cause ? Probablement pas (la construction du bâtiment est déjà avancée), mais il est certain qu'il s’avérera encore plus difficile de faire venir des cadres sur Bordeaux. Cela l'était déjà, contrairement aux idées reçues.

Les acteurs économiques réclament donc le maintien d'une liaison quotidien minimale, avec vols le matin, et le soir.
De plus, même sans la navette Air France, et comme la nature a horreur du vide, le créneau pourrait vite être comblé par la concurrence européenne. 

C'est bien là un grand défi pour les territoires: se battre pour exister économiquement tout en respectant les engagements écologiques. 
Le tourisme, dont Bordeaux est devenue largement dépendante (trop ?), étant réduit à néant pour une période de court ou moyen terme, il s'agirait de ne pas torpiller le développement économique dans l'industrie, en particulier de l'aérospatial, pourvoyeuse d'emplois et de retombées financières non-négligeables.


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