mercredi 9 juin 2021

CLS fournit à la Marine un service de surveillance satellitaire des ZEE françaises


Pour un montant non communiqué, la Marine Nationale s'est engagée avec l'entreprise CLS sur le contrat TRIMARAN III. Elle va ainsi pouvoir bénéficier sur la période 2021-25 d'une constellation de 300 satellites pour la surveillance de l'espace maritime français. Une vraie rupture.


Les progrès en matière de surveillance satellitaire font des pas de géant ces dernières années, que l'on parle d'imagerie, ou de tracking plus complexe (voir la géolocalisation des navires chez les Bretons d'Unseenlabs). Qui a oublié les images satellites (fournies par Airbus) du Canal de Suez obstrué par le cargo Evergiven en mars dernier ? 

Or en France, pays qui rappelons-le possède plus de plus de 11 millions de km² de Zone Economique Exclusive, soit le deuxième espace maritime mondial, la Marine Nationale ambitionne depuis quelques temps de recourir, non pas seulement à ses navires, ou à ses drones, mais aussi à la surveillance satellitaire.
Cela tombe bien, puisque deux domaines où le spatial français performe particulièrement, sont ceux des satellites (fabrication et opération) d'une part, et du traitement de données desdits satellites d'autre part.

Avec ce contrat TRIMARAN III, la Marine s'offre donc une double capacité, à travers un double service: 300 satellites de surveillance déjà en orbite, accompagnés d'un service de traitement des données.

Pour la constellation, la Marine fait appel à CLS (attention la constellation Kinéis, propre à CLS, n'est pas encore déployée), filiale du CNES et du CNP basée à Toulouse, qui a déployé un système inédit basé sur les données satellitaires multi-capteurs. Les données de "plus de 300" satellites (constellation Planet ?) sont désormais à la disposition de la Marine Nationale combinant l'imagerie, les données d'identification des navires (AIS satellite et terrestre), les détections RF par satellite, une base de données commerciale et les nouvelles technologies de l'information (Machine Learning et Intelligence Artificielle). 

Ainsi, CLS annonce offrir une couverture et une surveillance des zones maritimes française en quasi temps réel. 
A quoi s'ajoute l'expertise déjà acquise chez CLS en matière de renseignement maritime et d'analyse de données satellitaires avec MAS (Maritime Awareness System). Le marché comprend d'ailleurs des rapports détaillés qui seront fournis à la demande, à l'appui des opérations maritimes.



Le défi de l'analyse géospatiale

Le service TRIMARAN III ouvre un nouveau champ de possibilités selon CLS: "une plateforme unique combinant un portail de création de requêtes et un outil d'analyse de la situation maritime, l'accès à de nouveaux services d'analyse (ex : suivi des activités maritimes en zones polaires), l'accès à de nouveaux satellites radar et optique constellations d'images et intégration de nouvelles sources de données innovantes (détection RF, etc.)."

Effectivement, avec une surveillance temps réel, la Marine Nationale entre dans une nouvelle ère, où la donnée d'origine spatiale lui permet d'optimiser ses missions sur d'immenses espaces (ex: orienter une patrouille). Mais plus encore, il s'agira de pouvoir digérer une telle masse de données, une surabondance informationnelle. 

C'est pourquoi TRIMARAN III associe également Preligens (ex-Earthcube), spécialiste français de l'intelligence artificielle et de l'analyse de données géospatiales. Preligens a récemment participé au grand exercice AsterX du Commandement de l'Espace, et collabore avec plusieurs branches du renseignement français. Il se spécialise notamment dans l'identification de matériels militaires.


Externalisation de mission régalienne ?

La Marine Nationale, avant de se lancer dans ce contrat, a d'abord évalué l'ensemble du service, avant d'en ressortir conquise, tant par l'offre de données brutes que par les travaux de synthèse et d'analyse qui en découlent.

Mais une question se pose évidemment pour conclure: est-il choquant d'externaliser à tel point une mission régalienne ? Dans sa stratégie spatiale, la France avait affirmé sa volonté de recourir à des prestataires dans le but de démultiplier ses capacités en termes de surveillance depuis l'espace, et de surveillance de l'espace. De plus, le service vient en appui des moyens purement militaires, afin de les orienter au mieux. En cela, les marins l'ont jugé suffisamment efficient et "intuitif". 

Il apparaît surtout que cette solution démontre toute la pertinence de pouvoir disposer d'une ou plusieurs constellations souveraines pour la surveillance temps réel. Ce qui n'est pas encore le cas.

La GEOINT (Geospatial Intelligence) entre dans une nouvelle ère. Le recours à des services privés est aujourd'hui le seul moyen de mobiliser immédiatement une flotte considérable de satellites à même d'offrir une surveillance temps réel. D'un point de vue stratégique, il convient même de soutenir le développement d'entreprises à qui vont s'offrir de formidables perspectives sur le marché international, notamment dans les pays qui n'ont pas développé de capacités spatiales. 

L'accès à l'espace et la permanence en orbite sont la condition de succès autour d'un enjeu vital qui est celui du contrôle et de l'exploitation de la donnée d'origine spatiale. 


2 commentaires:

  1. Il y a également un contrat pour la fourniture de navires pour jouer les plastrons dans les exercices navals:
    http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/06/05/37-6-millions-d-euros-pour-l-affretement-de-deux-navires-pou-22198.html

    En matière de Geoint, les bonds technologiques sont spectaculaires!
    https://geointblog.wordpress.com/2021/05/26/la-revolution-tactique-de-lobservation-spatiale/

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  2. Un contrat qui sera en lien avec celui-ci?
    http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/04/02/externalisation-de-la-collecte-d-images-et-de-videos-lors-d-22014.html

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