L'entreprise du new space britannique Orbital Express Launch, connue sous le nom d'Orbex, a signé une lettre d'intention pour vendre son activité à la start-up franco-allemande de logistique spatiale The Exploration Company. Il s'agit là d'un mouvement de consolidation majeur dans le new space européen.
Ci-dessus : vue d'artiste du lanceur Prime d'Orbex - crédit Orbex.
C'est une sacrée surprise, une de plus. The Exploration Company, qu'on avait quitté en fin d'année avec l'inauguration de son usine girondine, s'apprête t-elle à acquérir le fabricant britannique de lanceur Orbex ? Cette consolidation en ferait assurément l'un des leaders du new space européen.
Fondée en 2015 (une éternité dans le paysage européen), Orbex va financièrement très mal. Elle annonce d'ailleurs ce 21 janvier le dépôt de bilan de sa filiale au Danemark (90 employés). Si elle a encore reçu le soutien des autorités britanniques en janvier 2025 (20 millions de £), et a surtout été sélectionnée dans le programme European Launcher Challenge de l'ESA (ce qu'elle semble devoir à la politique, puisqu'elle était seule représentante du Royaume-Uni parmi les cinq lauréat), elle semble toutefois arriver en bout de trésorerie, n'ayant d'autre opportunité pour survivre que le rachat. C'est ce que laisse clairement traduire le communiqué de l'entreprise cette semaine, le même qui annonce donc l'entrée en négociations exclusives avec The Exploration Company, jusque là connue pour du cargo avec le développement de sa capsule Nyx… mais aussi désormais de moteurs pour lanceurs lourds, voire super-lourds dans les années 2030.
Orbex développe un micro-lanceur baptisé Prime, que l'on attend de voir décoller depuis l'Ecosse depuis… 2022. Fin 2025, elle n'en était toujours qu'aux simulations. L'entreprise avait malgré tout annoncé l'été dernier voir plus grand avec son projet de lanceur moyen Proxima.
Si les détails du rachat demeurent confidentiels à ce stade, il semble que The Exploration Company, forte d'un total de 225 millions d'euros levés, avait depuis quelques temps la volonté de se renforcer par acquisition (elle a par exemple acheté cet automne une entreprise allemande d'impression additive), visiblement dans le but de verticaliser son offre globale.
Une stratégie double, sur les traces de SpaceX
A la manière d'un SpaceX, ou plus à son échelle, d'un RocketLab, The Exploration Company se retrouverait in fine à industrialiser à la fois ses lanceurs et ses charges utiles, moteurs compris. Une formule qui assure une grande maitrise et semble fonctionner pour les très rares acteurs qui peuvent se permettre cette stratégie, le coût d'entrée n'étant pas négligeable.
Sur le plan politique, le calcul semble également judicieux. Pour le Royaume-Uni en effet, on retiendra que l'aventure industrielle spatiale s'avère toujours aussi difficile pour un pays qui misait encore tout, il y a deux ans, sur Virgin Orbit pour rattraper son retard et s'offrir une capacité souveraine d'accès à l'espace. L'entreprise déposait finalement le bilan au début du printemps 2024. Le rachat d'un Orbex en difficultés par la start-up franco-allemande apparait alors ici comme une bouée de sauvetage, et l'on remarque que le communiqué d'Hélène Huby (une dirigeante qui maitrise les arcanes de la politique) fait la part belle au rôle des autorités britanniques: « Orbex et TEC sont complémentaires. Nous collaborons étroitement avec le gouvernement britannique afin de garantir que notre activité combinée renforce la feuille de route du Royaume-Uni en matière de lanceurs spatiaux. Nous respecterons la confidentialité de ce processus et communiquerons davantage d'informations en temps voulu. »
La manœuvre apparait donc comme "gagnant-gagnant", Londres sauvant les meubles après le catastrophique échec de Virgin il y a deux ans, et The Exploration Company, fidèle à sa politique européenne (TEC se définit avant tout comme "européenne", et non pas franco-allemande) qui la voit contenter les grandes capitales en supportant des projets majeurs partout où le spatial compte (en Bavière, à Bordeaux, à Turin…), se consolide avec l'acquisition clé en main d'une société de lanceur. Reste à savoir de quelle maturité bénéficie aujourd'hui la technologie d'Orbex.
A noter enfin que nous ne sommes qu'en janvier et que les grandes manœuvres sont lancées dans cette année décisive pour le spatial européen, où beaucoup d'entreprises vont devoir faire leurs preuves. MaïaSpace, fer de lance des nouveaux programmes franco-français de petits lanceurs, vient par exemple d'annoncer trois ans d'activité pour la constellation One Web d'Eutelsat. Mais attention, il y aura aussi des mauvaises nouvelles en 2026.
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