vendredi 28 juillet 2017

Pas de Rafale (pour l'instant) en Malaisie. Une situation à méditer


En proie à la menace terroriste, la Malaisie se voit obligée de retarder son projet d'acquisition d'avions de combat. Elle privilégiera les moyens de surveillance. Le Rafale, qui partait pourtant favori, devra patienter. Il y a là des enseignements à tirer, du point de vue français.

Ci-dessus, un Rafale et un Typhoon (à droite) lors du salon LIMA en 2013 - Photo Armée de l'air.


La route du succès semblait toute tracée. Après moults efforts chez Dassault et sous l'administration Hollande (Jean-Yves Le Drian avait multiplié les visites à Kuala Lumpur), les observateurs voyaient dans la Malaisie le prochain contrat export de chasseur Dassault Rafale.
Il y a quelques mois encore, on apprenait même que l'appareil était seul en lice pour le programme de renouvellement de la flotte de combat de la Malaysian Air Force.


Ce programme de remplacement des MIG-29, évalué à 2 milliards de dollars, porte sur l'acquisition de 18 avions de combat, et le Rafale en est donc le favori. 

Problème, dans le voisinage direct de la Malaisie, les Philippines sont touchées par le terrorisme djihadiste, avec notamment une forte activité du groupe Etat Islamique. C'est pourquoi le pays compte renforcer en priorité ses capacités de surveillance, aérienne notamment... tout en repoussant l’achat de chasseurs.

Un choix stratégique qui oblige Dassault à se montrer patient, mais qui pourrait néanmoins profiter...à Thales ! Le groupe français est en effet déjà un partenaire de Kuala Lumpur en matière de surveillance.


Un cas d'école de déclassement stratégique. A surveiller, et à éviter !

Pour des raisons essentiellement économiques donc, un pays doit faire l'impasse sur une capacité stratégique afin d'en renforcer une autre, jugée prioritaire.
Et si j'évoque cela aujourd'hui, c'est que la problématique fait écho à notre situation en France.

Explications: outre le fait que cela repousse une commande de Rafale chez l'avionneur français (la patience est la mère de toutes les vertus), le cas malaisien nous montre, au moment où le budget de la défense est attaqué en France, que des difficultés budgétaires peuvent causer un déficit sur le plan sécuritaire.

On juge donc en Malaisie que le risque terroriste est la menace de premier plan. Il est pourtant question d'une région, l'Asie du sud-est, dont le monde entier scrute avec attention les facteurs d'instabilité. Et l'on parle ici d'un potentiel conflit de haute intensité, qui demanderait donc de solides capacités de défense pour tous les pays du voisinage. Ce n'est pas un secret d'ailleurs, il s'agit d'une région qui s'arme, principalement dans les domaines maritimes et aériens. Disposer d'un avion de chasse moderne et omnirôle comme le Rafale ne serait donc pas un luxe.
Chez nous, c'est un peu le même constat, alors que le monde réarme et que certaines puissances s'affirment avec véhémence, que des défis comme la zone arctique - et pourquoi pas Antarctique - se profilent à l'horizon, c'est le risque terroriste qui semble dicter notre politique de défense (cf la réaction fin 2015).

D'autant plus que ce n'est pas la première fois que Kuala Lumpur doit retarder le renouvellement de sa flotte de chasse. La Malaisie, productrice d'hydrocarbures, est en effet depuis deux ans victime de la chute du prix du baril de pétrole (quand on sait que cette baisse provient de la guerre économique que se livrent l'Arabie Saoudite et les USA depuis l’avènement du pétrole de schiste...).

Il y a pour moi ici un enseignement. La Malaisie se retrouve en situation de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins stratégiques. Le fameux déclassement.
Un scénario qui pourrait se produire en France, si jamais nous ne nous engagions pas à véritablement porter nos capacités aux fameux 2% du PIB, soit les 50 milliards d'euros de budget de la défense en 2025 sur lesquels s'est engagé le Président Macron.

Bien sûr, le "2%" est un marqueur symbolique. C'est sur l’adéquation missions/moyens que la cohérence doit être maximisée. La France, puissance nucléaire et membre du Conseil de Sécurité, se doit de ne concéder aucune capacité sous prétexte de plus pouvoir tenir un rôle qu'elle peine déjà à garantir aujourd'hui.
A ce titre (et le parallèle est inquiétant), à quand remonte la dernière livraison* d'un Rafale à l'Armée de l'air ou la Marine française ?

Gageons que la revue stratégique attendue pour l'automne saura rappeler ces enjeux. Y voir mentionner des "priorités" seraient en soit déjà un mauvais signe.


*4 appareils seulement à livrer avant la fin 2019. 28 Rafale seront commandés dans la prochaine Loi de programmation militaire. En attendant ensuite la fameuse 5ème tranche dans les années 2020.


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