vendredi 6 octobre 2017

Avec ConflictArm, une approche pluridisciplinaire de la conflictualité armée


Le renouveau de la recherche stratégique française semble en bonne voie. Bordeaux était hier le théâtre du lancement d'un programme de réflexion pluridisciplinaire sur la conflictualité armée. Baptisé "CONFLICTARM", il se présente comme un véritable hub permettant aux chercheurs de décloisonner leur travail, au bénéfice de la recherche stratégique nationale, et internationale.

Replaçons nous dans le contexte français des dernières années, et même plus précisément, de cette année 2017.
Après les grands atermoiements (ou pire, de mauvaises décisions qui nous amènent aujourd'hui à marcher sur un fil) qui ont marqué la politique de défense au tournant de ce siècle, on ne peut que constater le manque, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, d'études stratégiques. Nous parlons pourtant bien d'un pays membre du CSNU, d'une puissance nucléaire, de la première force militaire de l'UE... d'un pays qui fut engagé sur quasiment 50 opérations extérieures sous la 5ème République, et qui l'est de façon continue depuis le 11 septembre 2001.

La filière des "War Studies" françaises (mettons également dans le panier les "Security; Intelligence, Peace; Warfare Studies...) n'est pas inexistante, mais elle demeure frappée par un manque de structuration académique, au sens large. Ce manque est absolument criant si l'on compare les études stratégiques en France avec l'incroyable force de frappe en la matière chez les anglo-saxons. Nous parlons ici des américains et britanniques évidemment, mais également des canadiens, des scandinaves, voire même des allemands.

Assez pour ce constat. Mais pas de méprise ! On travaille sur les conflits en France: dans les écoles militaires, dans les services du Ministère des armées, à l'IRSEM, à l'IHEDN, dans les universités ou les think tanks (d'ailleurs plutôt bien classés pour certain au niveau mondial). 
Mais le problème n'est pas tant le manque de main d'oeuvre ou même d'idées... mais le cloisonnement  des travaux, et surtout des matières. 

Depuis plusieurs années maintenant, les grandes manœuvres ont débuté pour tenter de complètement renverser ce phénomène de cloisonnement. Un mouvement bien aidé par... le Ministère des armées lui même. Début 2017, le 25 janvier, se déroulait à l'initiative de la DGRIS la première conférence réunissant, sous la présidence du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, l’ensemble de la communauté nationale de recherche stratégique de défense.

Blog: Vers une structuration de la filière française de recherche stratégique ?



Dans ce cadre précis, celui du Pacte Enseignement Supérieur lancé par Jean-Yves Le Drian au début de l'année, l'institution Défense prévoit le développement d'une logique d’excellence avec la création d'un label d’excellence attractif au profit des universités. D'ici deux ans, 3 universités françaises se verront labellisées pour 5 ans, renouvelables. Bordeaux est candidate.

Parenthèse: Ce mercredi, l'IRSEM présentait à l'Ecole Militaire à Paris son "Dictionnaire de la guerre et de la paix", une oeuvre tout à fait ambitieuse comportant plus de 300 entrées, dont le spectre se veut le plus large possible. L'ouvrage s'impose comme une référence en France.


Retour à Bordeaux donc, vrai pôle de défense pour les opérationnels comme pour industriels, et désormais les universitaires. C'est donc une semaine après que la Chaire "Défense & Aérospatial" se soit vue reconduite pour 3 ans, qu'avait lieu hier, 5 octobre, la conférence de lancement du programme "CONFLICTARM" (un mot-clé éponyme est créé pour l'occasion sur le blog, ainsi que #Recherche ).


ConflictArm, une approche pluridisciplinaire de la conflictualité armée

Le programme CONFLICTARM est le fruit de l'union de 3 disciplines que sont le droit, l'économie et les sciences politiques. Financé pour 3 ans par le Département notamment, mais ayant vocation à s'installer dans la durée, ses responsables scientifiques sont Jean Belin, économiste au GRETHA et directeur de la Chaire Ecodef à l'IHEDN, Sébastien-Yves Laurent professeur à l'Université de Bordeaux et chercheur à l'IRM-CMRP, et Anne-Marie Tournepiche, professeur de droit à l'Université de Bordeaux et chercheur au CRDEI.

Le projet se voit motivé par le contexte stratégique international bien sûr, mais également par les mutations qui se préparent dans l'environnement de la recherche, comme je le citais en première partie. De nouvelles thématiques émergent, et le besoin institutionnel est là. Le but final: proposer des solutions novatrices aux enjeux actuels.
Toute la difficulté, car elle existe, va maintenant consister à combiner les singularités des trois disciplines droit/économie/sciencespo. Et nous parlons de sciences humaines et sociales qui ne sont pas les plus incompatibles... Pourtant nombreuses sont les divergences, de méthode, de définition, qui pourraient freiner un tel travail de recherche multidisciplinaire. 

Selon la feuille de route de ConflictArm, trois axes vont guider le programme:
  • l'anticipation, la détermination, la caractérisation des conflictualités armées;
  • application et effet des normes de la conflictualité (DIH, normes anti-terroristes...);
  • choix stratégiques et impact économique.

Le programme va maintenant se mettre en marche à travers plusieurs workshops internes ou ouverts. Un site internet sera bientôt en ligne et des manifestations seront régulièrement organisées.

Bien évidemment, et dans la même démarche que la Chaire Défense & Aérospatial, le programme ConflictArm s'inscrit au cœur de la candidature du pôle universitaire bordelais au Label d'excellence de la Défense.
N'oublions pas non plus, qu'outre cette structuration autour des sciences humaines et sociales, il existe également dans cette région quelques pépites en matière de sciences dures. On pense bien sûr à l'aéronautique et au spatial, mais c'est également la photonique, ou encore la cognitique.


Il faut se réjouir que le renouveau espéré par de nombreux acteurs du monde stratégique français puisse désormais se ressentir sur l'ensemble du territoire.... ce qui veut tout et rien dire d'ailleurs, puisqu'en aucun cas, la recherche n'a vocation à se limiter à des pôles géographiques donnés, et que chaque programme sera amené à croiser les partenariats. Que soit à Paris ou à Bordeaux, il s'agit bien là d'une structuration particulièrement prometteuse.


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