lundi 6 novembre 2017

Le F-35 bientôt dans le Golfe Persique ?


L'administration Trump aurait accepté d'étudier l'intérêt des Emirats Arabes Unis pour son chasseur F-35. Un revirement qui s'explique par la stratégique américaine vis à vis de l'Iran, mais qui pourrait éveiller les inquiétudes d'Israël, seul possesseur de l'appareil dans la région. Quid également des belles perspectives promises au Rafale français aux EAU ? 

Defense News révèle (Trump could let the UAE buy F-35 jets) que dans le cadre de sa stratégie visant à renforcer la coopération stratégique avec les Emirats Arabes Unis, l'administration Trump aurait enfin accepté la demande d'Abu Dhabi d'entamer des pourparlers préliminaires sur une possible acquisition du chasseur F-35 de Lockheed Martin. Les émiratis devaient même bénéficier d'un briefing classifié.

Ce changement de politique, vraie rupture avec les années Obama, aurait deux raisons: d'une part bien sûr, le containment de l'Iran, cher à Donald Trump. D'autre part, il pourrait bien s'agir d'une vraie "récompense" pour un Etat - les EAU - qui est le seul pays du Golfe à avoir participé à toutes les coalitions conduites par les américains depuis 1991 (elles sont au nombre de 6), ainsi que l'un des premiers bénéficiaires du programme FMS (foreign military sales), les ventes d'armements US.

Mais en quoi est-ce une rupture ? C'est évidemment du côté d'Israël qu'il faut chercher, l'Etat hébreux étant soucieux de ne pas voir tomber les armements les plus modernes chez de potentiels adversaires. C'est ainsi que Barack Obama avait éludé l'intérêt des Emirats en 2011, déjà. 
Pour l’administration Trump, pourtant en bons termes avec Tel Aviv (cf l'affaire de l'UNESCO), cela ne représente pas ou plus une limite. On juge en effet à Washington que les EAU sont plus un partenaire qu'une menace pour Israël, et que leur vendre F-35 n'est pas un viol de l'engagement du Congrès à préserver le QME ("Qualitative Military Edge": concept de politique étrangère visant à donner ou garantir un avantage stratégique chez un allié) israélien.

A ce jour selon le site Defense News, ces derniers n'auraient pas montré de signes d'opposition. Pour rappel, Israël a choisi il y a 10 ans de rejoindre le programme F-35. Les premiers des 50 appareils commandés, dénommés "Adir" dans l'IAF, ont été perçus en décembre 2016 et sont déjà en service. 


Et les Rafale ? De l'art de jouer sur tous les tableaux

Les EAU pourraient donc bien être en passe de pouvoir conclure durant le mandat du Président Trump un accord complet "au mérite", incluant divers contrats d'achats et de développement d'armements,  ou de formation.

Ce qui nous fait donc poser la question ici, en France: quel est le destin réservé au si prometteur contrat pour une soixantaine d'avions Rafale espéré à Paris depuis quelques années ? 
Souvent annoncée comme imminente, la signature de ce contrat portant sur 60 exemplaires du chasseur omnirôle de Dassault Aviation a progressivement glissé vers des horizons plus ou moins proches. Aujourd'hui, les plus optimistes évoquent 2018 et une commande divisée en trois tranches de 20 appareils.
Des élections, la baisse des revenus issus du pétrole; et surtout la guerre menée au Yémen par la coalition arabe dirigée par l'Arabie Saoudite et à laquelle les émiratis participent, ont compliqué ce calendrier. A moins que ce ne soit autre chose...

Les Etats du Golfe sont en effet passés maître dans l'art de diversifier leurs fournisseurs, les contrats d'armement se transformant en partenariats stratégiques accompagné d'un soutien diplomatique. On a ainsi vu le Qatar acheter 24 Rafale en 2015, puis signer pour 24 F-15 américains, et enfin annoncer sa volonté en cet été 2017 de se procurer également 24 Eurofighter.
Aux EAU, grand partenaire des français, on soigne le lien avec les USA, tout en annonçant le développement avec la Russie d'un chasseur léger de 5ème génération (février 2017) basé sur le Mig-29.
Le simple calcul de ces potentiels parcs aériens pour des pays parfois grands comme un département français doit laisser rêver nombre d'aviateurs dans le monde !


Une conclusion simple: contrairement à ce que l'on pouvait lire ou entendre, les Etat-Unis de Donald Trump, malgré une année inaugurale parsemée de divers tumultes diplomatiques, ne sont pas devenus un repoussoir.  Mieux encore, s'agissant des contrats d'armements, F-35 en pointe, la stratégique semble être plus agressive que jamais. Des marchés comme ceux du Golfe sont propices à cette politique commerciale décomplexée, et contrairement aux apparences, il n'est pas certain qu'il y ait de la place pour tout le monde.


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