mercredi 25 avril 2018

Dassault Aviation et Airbus, France et Allemagne, feront le chasseur du futur


Airbus et Dassault Aviation se sont accordés pour développer le futur de l'aviation de combat européenne. Un chasseur franco-allemand verra donc le jour entre 2035 et 2040, au sein d'un système de combat aérien futur qui réunira a minima les deux principales puissances européennes. 

Comme prévu lors de l'annonce du 13 juillet 2017, lorsque qu'Emmanuel Macron et Angela Merkel avaient annoncé un avion européen, la coopération se structure entre français et allemands, à peine retardée par les déboires politiques hivernaux de la chancelière.
Airbus Defence & Space et Dassault Aviation ont donc annoncé durant le salon aéronautique de Berlin ILA qu'ils s'accordaient pour "regrouper leurs forces pour le développement et la production du Système de combat aérien du futur européen (SCAF)" .
Selon le communiqué officiel (commun) publié par les deux groupes industriels, le Système de Combat Aérien Futur (SCAF), en anglais Future Combat Air System (FCAS), sera amené à compléter puis à remplacer les Eurofighter et les Rafale actuellement en service, entre 2035 et 2040.
Il s'agira d'un chasseur bien sûr, mais aussi d'abord, de plusieurs briques, des systèmes et "systèmes de systèmes", qui prépareront progressivement à l'environnement du combat aérien de demain, avec des drones, un C2 intégré à quasiment chaque appareil, et fusionné  dans le cloud de la force déployée, des éléments d'IA, etc...

Eric Trappier (Dassault) et Dirk Hoke (Airbus DS) à Berlin, ce 25 avril 2018

Ce partenariat, conclu à Berlin par Éric Trappier, Président-Directeur général de Dassault Aviation et Dirk Hoke, Chief Executive Officer (CEO) d’Airbus Defence and Space, est un accord industriel historique qui permettra de garantir la souveraineté et le leadership technologique de l’Europe dans le secteur de l’aviation militaire au cours des prochaines décennies.


Selon, Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, et grand défenseur de l'autonomie stratégique européenne (face au F-35 notamment) : « Nous sommes convaincus qu’en associant leurs savoir-faire, Dassault Aviation et Airbus sont les mieux placés pour répondre aux besoins opérationnels des Forces Armées en développant ce programme européen d’une importance critique. Nos deux entreprises s’engagent à travailler ensemble de façon pragmatique et efficace. Notre feuille de route commune pour le programme SCAF comprendra des propositions pour le développement de démonstrateurs à partir de 2025. Je suis convaincu que seules des solutions européennes indépendantes sont en mesure de garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique de l’Europe. La vision que la France et l’Allemagne se sont donnée avec le SCAF est ambitieuse et constitue un signal fort en Europe et pour l’Europe. Le programme SCAF renforcera les liens politiques et militaires entre les principaux États européens, tout en dynamisant son industrie aérospatiale. »

Illustration tirée des concepts Airbus pour l'écosystème de combat aérien du futur - Airbus DS

Pour Dirk Hoke, CEO d’Airbus Defence and Space, « L’Europe n’a jamais été aussi déterminée à préserver et à promouvoir son autonomie politique et industrielle et sa souveraineté dans le domaine de la défense. Airbus et Dassault Aviation ont absolument l’expertise requise pour mener le projet SCAF. Les deux compagnies ont démontré leur capacité à travailler ensemble sur des programmes complexes, à l’image du programme européen de drone moyenne altitude, longue endurance de nouvelle génération (le drone MALE dont la maquette est présentée justement à Berlin) ».

Airbus dévoile à Berlin une maquette du futur drone MALE européen, associant France, Allemagne, Italie et Espagne

« Le SCAF fait passer cette coopération fructueuse au niveau supérieur et nous nous engageons fermement à mener à bien cette ambitieuse mission en partenariat avec Dassault Aviation. Au vu du calendrier serré, nous devons nous mettre immédiatement au travail afin d’élaborer ensemble une feuille de route commune qui nous permettra de répondre aux exigences et de respecter les délais qui seront fixés par les deux États. Le lancement d’une étude initiale commune par la France et l’Allemagne dès cette année est donc d’une importante critique pour soutenir cet effort. »

Dassault Aviation et Airbus Defence and Space conviennent de l’importance d’une gouvernance industrielle efficace des programmes militaires. D’autres acteurs industriels européens du secteur de la défense et d’autres États pourront également être mis à contribution en fonction des financements publics et sur la base de la meilleure contribution.
Traduction: le SCAF se fera, en franco-allemand, quoiqu'il arrive. Liberté pour les autres pays de se greffer au projet, mais plus tardivement ils le feront, plus difficile sera pour eux d'obtenir de l'influence et des retombées industrielles.

Les réactions politiques au sommet des Etats français et allemands devraient rapidement arriver (Angela Merkel visite le salon à l'heure où ces lignes sont écrites).
Selon le blog Secret Défense, qui annonçait l'accord dès vendredi dernier, le français Dassault a gagné une bataille politique importante: "L'accord confierait à Dassault Aviation le futur avion de combat piloté à l’horizon 2040, alors qu’Airbus Defence & Space s’occuperait de l’architecture générale du système et d’autres briques importantes". Autrement, dit, le spécialiste européen de l'aviation de combat, Dassault, fera ce qu'il sait faire mieux: un avion.

Politiquement, l'Allemagne aurait gagné dans cet accord le rôle de leader s'agissant du futur char lourd européen, qui sera le fruit de la fusion entre Nexter et KNDS. Autre question qui semble-t-il trouve sa réponse: l'Allemagne n’achètera pas de F-35, et comblera ses lacunes capacités liées au retrait des Tornado par des Eurofighter Typhoon supplémentaires.

Grands absents: les anglais évidemment. Hors-jeu pour cause de Brexit. Faut-il imaginer que le drone de combat prévu au sein du SCAF, initialement avec les britanniques, verra le jour en franco-allemand, franco-français ?


Les grands travaux censés structurer l'Europe de la Défense ont donc commencé. Les volontaires sont en première ligne. Il ne fait aucun doute que le chemin sera semé d’embûches politiques ou industrielles, mais nous n'avons plus le droit à l'échec. Celui-ci se ferait au détriment de notre autonomie stratégique, et probablement pour de bon cette fois. 


ILA est un salon mineur, mais regroupe cette année des annonces majeures !


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