vendredi 11 janvier 2019

Safran et Thalès prennent le taxi du futur


Avec son projet Nexus, que présente l'hélicoptériste américain Bell présente au CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas en partenariat avec le nouveau géant du transport Uber, nous voyons là les premières manifestations concrètes de la future guerre des taxis volants-propres-urbains-autonomes qui risque d'animer la décennie 2020. La bonne nouvelle, c'est que l'industrie aérospatiale française a pris le train en route (ou plutôt le taxi).

Illustrations: © Bell


Le prototype du Nexus est rutilant, et surtout assez impressionnant, avec ses 6 imposants rotors basculants (et carénés, limitant le bruit), qui lui donne un aspect assez lourdaud c'est vrai, mais résolument futuriste. 

Le véhicule est conçu pour une utilisation première consistant à désengorger les voies d'accès aux aéroports. Le.s passager.s se déplace ainsi par les airs jusque dans le cœur des centres urbains gangrenés par le trafic routier. 
Les 6 rotors sont là non seulement pour la performance, mais avant-tout pour respecter les draconiennes règles de sécurité. 

Aussi, la fonction VTOL de l'appareil (décollage vertical, puis bascule des rotors pour un vol rapide) devrait permettre d'ici 2025 d'atteindre 240 Km/h  pour 240 km d'autonomie. Rien à dire, sur le papier, les performances sont là.



Et afin de doter son Nexus des meilleurs systèmes, Bell s'est adressé aux français Safran et Thales.


Safran Helicopter Engines pour les moteurs...

Safran Helicopter Engines (l'ex Turbomeca) développera en effet la motorisation du Nexus, les fameux 6 rotors basculants. 
On se rappellera  d'ailleurs qu'en juillet 2018, le champion mondial des turbines pour hélicoptères avait réalisé le premier essai au sol d'un système de propulsion distribuée hybride électrique. Nous en parlions sur le blog.


Capable de produire plus de 600 kWe, il a été testé au banc à une puissance de 100 kWe. Il s'agit d'un système de propulsion hybride électrique qui fonctionne avec une distribution de l'énergie thermique et électrique selon les différentes phases de vol vers plusieurs rotors. Il se compose de trois sous-systèmes : génération de l'énergie avec un turbogénérateur et des batteries, gestion de la puissance électrique et moteurs électriques qui assurent la portance et la propulsion.



Le système a l'avantage de fournir des garanties de sécurité, chaque moteur électrique pouvant continuer de fonctionner si un autre venait à tomber en panne, chaque rotor étant de surcroît équipé d'un second moteur électrique en sécurité, et la batterie pouvant, en plus, assurer 4 minutes de vol supplémentaire s'il fallait se poser en urgence. 


...Thales pour l'avionique

Outre Safran, Bell s'est également adressé au leader mondial de l'avionique commerciale et militaire et de la gestion du trafic aérien, Thales.
L'entreprise française, dont la position industrielle "duale" est aujourd'hui stratégique, joue un rôle majeur dans la formation de ce nouveau marché de la mobilité aérienne urbaine. La société va fournir les systèmes de commandes et contrôle de vol pour les véhicules  VTOL de Bell Helicopters, avec qui elle a signé un accord.


« Avec Bell et d'autres partenaires impliqués dans ce programme, Thales est l'un des pionniers de la mobilité aérienne en ville. C'est une période très excitante pour nous, qui marque un jalon historique pour les solutions de transport futures », déclare Michel Grenier, vice-président de l'avionique chez Thales au Canada, dans un communiqué.


Airbus a aussi son projet

Si nos deux français se sont alliés à un américain, il existe d'autre part un projet européen mené par Airbus: CityAirbus. 
Fin 2017, Airbus affirmait avoir testé avec succès les rotors de son "taxi volant autonome", motorisé lui par Siemens.
L'aéronef affiche sur le papier des performances deux fois moindres que le projet Nexus, mais il faut noter cependant qu'il est lui 100% électrique !


Il était prévu que le démonstrateur vole fin 2018. Cette ambition a semble t-il était retardée.

Si peu de monde croyait sérieusement à la réalité de ces projets il y a encore 5 ans, ces derniers deviennent absolument concrets, tangibles aujourd'hui.
Dans les deux cas cités, l'opérateur prévoit dans un premier temps d'embarquer des pilotes dans l'appareil, afin de rassurer le client, mais nul doute que la fonction autonome, tout comme dans les voitures, s'imposera à moyen terme.

Reste à déterminer la viabilité économique du marché... mais pour certaines mégalopoles saturées, le choix devrait être vite validé.

Dans le militaire, les perspectives sont immenses, même si rien n'a été planifié à ce jour (la France recevra par exemple à la fin des années 2020 le nouveau HIL, hélicoptère interarmées léger, basé sur la plateforme Airbus H160, "traditionnelle" mais aux performances remarquables). On imagine en premier lieu ces aéronefs autonomes servir à l'extraction de blessés, à la logistique, ou pourquoi pas à l'infiltration derrière les lignes ennemies.
Après l'écran tactile, nous sommes probablement ici avec ces taxis autonomes devant une nouvelle innovation de rupture du monde civil, qui pourrait bien faire le chemin vers le militaire à bref horizon.

Il faut se réjouir que des industriels français soient à l'oeuvre sur ces technologies.


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