vendredi 24 avril 2020

Dans la défense, une reprise... stratégique


Alors que l'on se dirige vers la reprise ou "déconfinement", le secteur défense prend les devants. Il a tenté jusqu'ici, au travers de cette crise historique, de limiter l'impact de la pandémie sur les affaires stratégiques. Il s'agit maintenant d'obtenir des garanties pour le futur.

Ci-dessus: le bilan de l'opération Résilience (cliquer pour agrandir) - MINARM


Le fait que le ministère des Armées présente déjà un bilan quasi complet (il couvre la période du 18 mars au 12 avril) de l'opération Résilience nous montre que le pic de la crise sanitaire a bien été franchi, et que les services civils sont ou seront bientôt totalement en mesure de prendre en main les patients COVID. Cela relance d'ailleurs une problématique autour des hôpitaux des armées, comme Robert Picqué à Bordeaux, dont des processus de fusion sont désormais gelés. 

En visite en Aquitaine ces derniers jours justement (base de Cazaux, puis Pau aujourd'hui pour rendre hommage au 5ème RHC), la ministre Florence Parly a indiqué dans une interview donnée à Sud-Ouest que bien sûr, tout était fait pour que le rythme opérationnel ne soit pas perturbé.
Dans les faits, la relève des éléments de l'opération Barkhane au Sahel peut être retardée, d'autant plus qu'il faudra certainement tester les militaires avant leur départ. La décontamination du porte-avions à Toulon est quasiment terminée, tandis que son équipage est en quatorzaine, faisant l'objet d'une vive attention.

Conséquence inattendue de la pandémie - mais finalement salvatrice pour les forces ? - une partie des personnels affectés à l'opération anti-terroriste Sentinelle est désormais libérée de cette mission, les grands événements de l'été ayant été annulés. 


La BITD reprend ses activités, et demande des garanties

Les mesures de confinements ayant mis l'économie à l'arrêt, l'industrie de défense a tenté de trouver des solutions pour une reprise rapide. Les activités de maintenance ont notamment été largement perturbées, la production un peu moins, et la plupart des acteurs assurent aujourd'hui être bientôt en passe de retrouver un rythme proche de la normale. En moyenne, 30% des employés seraient présents sur les sites de production, tandis que les services sont en télétravail. 

Nous avions déjà évoqué Airbus, citons aujourd'hui Texelis à Limoges, qui a annoncé ce 21 avril un redémarrage progressif de la production avec l'ajout d'un 2ème quart, tout en assurant que l'approvisionnement continu des pièces de rechange essentielles pour les véhicules opérationnels de l'armée française a pu être maintenu au plus fort de la crise.
Il a pour cela fallu s'adapter avec de nouvelles mesures de sécurité: utilisation de masques, de gants, distanciation sociale, désinfection et réorganisation des postes de travail... Des processus ont également été mis en place pour permettre le travail à distance dans la mesure du possible dans toute la structure commerciale de Texelis.

Texelis est notamment impliqué dans un programme phare, celui du VBMR léger "Serval".  « Malgré les circonstances sérieuses et sans précédent, nos clients, comme l'armée française et la DGA, comptent sur nous pour rester opérationnels et ont besoin des équipements essentiels que nous produisons ici dans notre usine de Limoges », a indiqué Jean Vandel, directeur général de Texelis Defense, dans ce communiqué. « Nous nous efforçons de poursuivre la production pour les soutenir conformément aux directives gouvernementales, tout en accordant la priorité à la sécurité de l'ensemble du personnel et des clients de Texelis. Nous continuerons de surveiller la situation de près et d'adapter nos processus en fonction de l'évolution de la situation. »

En outre, ce matin, les présidents des différents groupements industriels du secteur de la défense (GIFAS, GICAT, GICAN...) ont été auditionnés par la Commission de la Défense nationale et des Forces armées de l'Assemblée nationale afin de faire le point, et surtout d'obtenir des garanties.
La crainte de ces derniers est bien entendu, dans un contexte désormais très incertain (surtout dans l'aéronautique), que les investissements de défense soient largement frappés par la crise économique, ce qui avait le cas il y a 10 ans. La Corée du Sud est déjà revenue sur la hausse prévue de ses budgets de défense, d'autres suivront certainement. 

Pour les représentants de la BITD, un plan de support doit être mis en place, pour les grands groupes, mais aussi et surtout pour le tissu de 4 000 PME qui constitue la supply chain, dont les fragilités sont bien connues.
Mais un tel plan demanderait des commandes étatiques pour combler les pertes à l'export. Un regain de financements dans la R&D est également espéré. A ce stade, de nombreux programmes de recherches, ou activités d'études et conseils, ont été gelés. 
Et comment enfin, combler le déficit d'activité incroyable qui attend les entreprises de défense liées à l'aviation civile, secteur dans lequel la crise va durer des mois encore ?


A l'heure des choix, la tâche est donc dantesque. Il ne fait nul doute que le secteur de la défense sera d'une certaine façon en parti protégé, du fait d'un avenir international incertain où l'enjeu de la souveraineté redevient numéro un. D'autant plus que la BITD pourrait jouer un rôle non négligeable dans l'effort de relance économique. Il ne faudra cependant oublier personne. 


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