vendredi 27 octobre 2023

Ambitions (et rivalités) dans le spatial européen avant le Sommet de Séville


Les derniers jours ont été rythmés par un flot d'annonces concernant le secteur spatial européen, avec des échéances concernant les court, moyen et long termes. Des annonces qui nous parviennent à dix jours d'un nouveau Sommet de l'Espace qui réunira à la fois l'ESA, et l'UE. On fait le tour en quatre actes. 

Ci-dessus: le démonstrateur SUSIE chez ArianeGroup aux Mureaux  - ArianeGroup. 


Ce 6 novembre à Séville se tiendra le Sommet de l'Espace de l'Agence Spatiale Européenne. Il ne s'agit pas de LA grand messe se déroulant tous les trois ans (la dernière étant celle de novembre 2022) et visant notamment à valider les grandes contributions budgétaires, mais on y attend des signaux encourageants quant aux ambitions futures de l'Europe dans l'espace, à commencer par le vol habité. 
"Les ministres des États membres de l’ESA prendront des mesures décisives pour faire de l’espace un instrument encore plus important dans la gestion du changement climatique. Parallèlement, ESA ouvrira une nouvelle ère de modernisation de la mise en œuvre de ses programmes, en répondant à la commercialisation et à la privatisation croissantes des activités dans l’espace notamment dans les domaines du transport spatial et de l’exploration de l’espace."

Jusque ici, Salon du Bourget 2023 compris, l'ensemble des déclarations émanant de la direction de l'ESA n'incite pas vraiment à l'optimisme, d'autant plus qu'en parallèle, de plus en plus d'acteurs (Etats comme entreprises) nouent des accords avec les différents porteurs de projets américains (là encore, institutionnels comme privés). Les Européens décollent déjà grâce à SpaceX… ils orbiteront peut-être à horizon 2030 dans des stations spatiales privées comme celle d'Axiom

Dès le lendemain, le 7 novembre, Séville se tournera vers l'Union Européenne (d'ailleurs sous présidence espagnole ce semestre) avec une réunion informelle ESA de niveau ministériel, accueillant les ministres "de l'espace" des membres de l'UE. L'ESA n'est pas l'agence de l'UE, mais cette dernière y prend chaque année un peu plus de poids. Mais il s'agit d'un autre débat.
"Des progrès coordonnés seront réalisés pour que l'espace soutienne la transition verte européenne, la durabilité dans l’espace, une commercialisation accrue dans l’écosystème spatial européen et la garantie d’un accès autonome, fiable et rentable à l’espace pour l'Europe."

Comme à l'habitude donc, avant un grand rendez-vous politique, le "hasard" de l'actualité fait que de grandes annonces nous sont fournies par le secteur, avec de bonnes nouvelles, excellentes même, et de moins bonnes. 


  • Avio/Arianespace: le divorce franco-italien
Commençons donc par ce triste constat: la guerre des lanceurs européens est officiellement déclarée. Ce serait déjà un euphémisme de dire qu'elle couvait, mais avec la révélation jeudi 26 octobre par le média La Tribune que l'industriel italien Avio a obtenu de son gouvernement la concrétisation d'une vieille demande de son PDG, il nous est confirmé que le lanceur léger Vega va quitter le catalogue d'Arianespace
Le gouvernement italien devrait en faire la demande à Séville le 6 novembre. S'en suivra très probablement une feuille de route de sortie (un nombre conséquent de lancements étant déjà "vendus" et prévus depuis le Centre spatial guyanais) qui s'étendra sur quelques années. 

Pour Avio, s'affranchir d'Arianespace, sous couvert d'arguments relevant de l'autonomie stratégique et surtout commerciale,  relève du pari risqué, très risqué. En effet, Vega demeure un lanceur attractif, mais dont la cote s'effondre de semaines en semaines à mesure que s'additionnent les échecs.
L'italien ne faisait aucun secret de sa volonté d'émancipation (et il faut regarder dans le même temps le cas allemand) mais il joue désormais sa vie. D'autant plus que désormais, les Français vont enfin pouvoir s'octroyer le droit de se comporter en concurrent. Nous retiendrons que messieurs les Italiens ont tiré les premiers… 

Pour Arianespace, le sujet est complexe, inquiétant même, mais la roue pourrait tourner dans le bon sens: certes, Ariane 5 est à la retraite, Soyouz n'est plus au catalogue car russe, et Ariane 6 n'est pas prête. Mais elle le sera bientôt, et une succession d'essais concluants annoncés cette semaine m'amène à penser que non seulement le retour d'Ariane se fera en grande pompe, mais que d'autres acteurs pourraient venir compenser la perte de Vega au catalogue. 


  • Essais moteur chez ArianeGroup
Dans la suite directe du sujet précédent, une double information: ArianeGroup a mené avec succès des essais à Kourou et à Vernon.

En Guyane, il s'agit bien sûr d'Ariane 6 et d'une séquence de lancement simulée qui a permis de valider le remplissage des ergols du lanceur, la gestion de pannes, ainsi que l'allumage partiel du moteur Vulcain.
La prochaine grande étape, absolument majeure et scrutée, devrait intervenir fin novembre, avec un test longue durée de quasiment 8 minutes du moteur. Celui-ci, qui a pris un peu de retard, sera déterminant pour savoir si Ariane 6 décolle au printemps 2024.

L'autre info concerne un futur un peu plus lointain mais déjà tangible, puisqu'elle concerne les essais sur les démonstrateurs de moteur Prometheus et d’étage réutilisable Themis, menés pour le compte de l’ESA.
Un nouvel essai de 30 secondes a été réalisé avec succès ce 20 octobre sur le site de Vernon. 



Prometheus et Themis sont des programmes stratégiques puisqu'ils permettent d'entrevoir l'avenir du catalogue d'Arianespace. On pense évidemment au futur d'Ariane, mais aussi et surtout, peut-être, au "mini"lanceur (à différencier de micro lanceur) de la filiale d'ArianeGroup, Maïa Space. Car en s'appuyant sur les technologies de sa maison mère, championne de niveau mondial, Maïa, encore qualifiée de start-up, a des reins beaucoup plus solides que ses consœurs européennes. Elle pourrait même à terme, une fois l'étape du mini lanceur franchie (1T de charge utile pour l'orbite basse), venir jouer sur les terres d'Avio et de sa Vega... 


  • Revoilà SUSIE !
Une brève communication jeudi 26 octobre aura suffi à rallumer la flamme dans les yeux des nombreux suiveurs de l'actualité spatiale. 
ArianeGroup a en effet dévoilé un démonstrateur à échelle réduite de son étage supérieur réutilisable SUSIE (Smart Upperstage for Innovative Exploration), dont la révélation du concept avait fait sensation en septembre 2022. Mieux encore, un test d'allumage a été réalisé le 25 octobre sur ce démonstrateur de deux mètres et 100 kilos aux Mureaux.

Le démonstrateur, visiblement développé sur fonds propres, a demandé  neuf mois de conception, et servira à réaliser des tests durant encore deux ans. En priorité il y aura la capacité à développer un système d’atterrissage contrôlé.
Ce n'est encore pas grand chose, mais on commence à voir émerger l'idée d'une communication à l'américaine, avec un usage moins timoré des démonstrateurs, même largement simplifiés. 

SUSIE est un cargo réutilisable qui pourrait potentiellement accueillir des humains, mais il ne s'agit pas là du seul projet européen en matière de vol habité. Nous citerons par exemple The Exploration Company. Dassault Aviation possède également un ou plusieurs concepts dans les cartons. Reste qu'aucune décision n'a encore été prise au niveau politique. 



  • FRAMATOME place enfin la France sur la carte du nucléaire spatial
Je garde volontairement la nouvelle la plus excitante pour la fin. Framatome, entreprise relativement peu connue du grand public mais assurément l'une des plus importantes du pays puisque leader international dans le domaine de l'énergie nucléaire (c'est elle également qui fournit les chaufferies nucléaires de nos sous-marins et porte-avions), se lance dans le spatial avec la création de Framatome Space.

Il s'agit plus précisément de l'enjeu de l'utilisation de réacteurs nucléaires dans l'espace pour l'exploration ou la colonisation. Une éventualité rendue possible aujourd'hui par les progrès faits en matière de miniaturisation et bien entendu de sûreté. 

Certains pourront y voir de la science-fiction mais il faut savoir que les grands acteurs, USA et sa Space Force en tête, sont déjà lancés dans cette course. Les spécialistes du sujet attendaient un signal venue de France depuis plusieurs mois. Voilà qui est fait.




3 commentaires:

  1. Elle sera sans merci.
    https://www.lefigaro.fr/conjoncture/la-bataille-des-bases-spatiales-est-engagee-20230810

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  2. Pour ARIANE 6, nous serons bientôt fixés:
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/07/03/ariane-6-arrive-dans-la-bataille-mondiale-des-lanceurs_6246486_3234.html

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    1. Check !!!

      Avec des anges gardiens.
      https://lignesdedefense.ouest-france.fr/la-fusee-ariane-decolle-de-guyane-avec-ses-anges-gardiens-de-larmee-de-lair-et-de-lespace/

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