HyPrSpace profite d'être le seul constructeur de lanceurs invité au sommet Choose France ce 17 novembre pour annoncer la sécurisation d'une levée de 21 millions d'euros. Ces fonds seront consacrés à accélérer l’autonomie stratégique de la France dans l’espace, qui se matérialise ici par les étapes finales du développement du micro-lanceur Baguette One. L'aboutissement sera la construction d'une usine à Bordeaux d'ici 2028.
Illustration: vue d'artiste du lanceur "Baguette One" - HyPrSpace.
Le pari lancé en 2019 serait-il sur le point d'être remporté ? Dans un paysage économique où les sources de financements se tarissent, tant au plan macro (les finances de l'Etat) que micro (le domaine particulier du New Space, qui a franchi son apogée), les dirigeants de la start-up HyprSpace, basée à Saint-Médard en Jalles près de Bordeaux, peuvent se réjouir ouvertement ce lundi.
Au lendemain de la présentation de la stratégie spatiale nationale par le président de la République [à Toulouse la semaine dernière], l'annonce d'une levée de fonds sursouscrite de 21 millions d'euros en capitaux propres pour accélérer le développement et l’industrialisation de sa technologie de propulsion hybride pour les lanceurs spatiaux vient en effet confirmer la confiance des investisseurs, après avoir acquis celle de l'Etat (France 2030, DGA, CNES…).
21 millions d'euros qui viendront supporter le développement des solutions technologiques d'HyPrSpace, ainsi que la phase d'industrialisation à Bordeaux, avec la construction d'une usine à horizon 2028.
Selon le communiqué de l'entreprise, cette levée de fonds permettra de :
- Finaliser la qualification de son moteur à l’échelle, après trois campagnes d’essais réussies ayant levé le verrou technologique de la propulsion hybride ;
- Réaliser le premier vol suborbital du démonstrateur Baguette One depuis un site DGA Essais de Missiles en France métropolitaine, une première historique ;
- Accélérer le développement du lanceur orbital OB-1 et de son service de lancement ;
- Lancer la production en série et préparer l’industrialisation complète de ses lanceurs ;
- Développer les applications défense de la technologie de propulsion hybride.
A noter que cette série A est menée par Red River West et par le fonds DeepTech 2030 géré pour le compte de l’État par Bpifrance dans le cadre de France 2030, avec la participation des fonds SPI, French Tech Seed1, d’Expansion, et de NACO.
Devenir le champion mondial de la propulsion hybride
Il fut un temps pas si lointain ou HyPrSpace était la seule start-up (elles sont plusieurs aujourd'hui autour du monde) à miser sur la technologie du moteur « hybride » liquide/solide, concevant et révélant une architecture brevetée combinant les différents atouts des deux mondes: sécurité (non-pyrotechnique), poussée modulable et stockabilité. Et d'appuyer sur la simplicité du système: pas de pièces mécaniques complexes comme les turbopompes, fiabilité, industrialisation plus facile, carburants issus du plastique, possibilité de réaliser des moteurs pour toutes les gammes de puissance. De plus, ce moteur sûr et stockable permet de réduire les coûts logistique au sol et de gagner en flexibilité opérationnelle, que ce soit pour des missions planifiées ou des lancements réactifs.
Au delà du discours, encore fallait-il prouver, et so far so good… puisqu'à ce jour, les essais moteur se déroulent sans encombre dans les installations de la DGA en Gironde, et que cette dernière accueillera même d'ici un an, et depuis la Métropole (dans les Landes ou le Var), le tir inaugural du démonstrateur.
L'objectif affirmé désormais, est non seulement d'ouvrir la voie à une nouvelle filière industrielle stratégique au croisement du spatial civil et de la défense, mais également d'en devenir le leader mondial grâce à l'avance acquise ces dernières années.
Dans le milieu, HyprSpace bénéficiait déjà d'une solide réputation (alors que bien peu y croyaient au commencement, l'idée de propulsion hybride ayant été mise au placard il y a un demi-siècle), induisant une certaine confiance accordée par les experts, alors que les temps s'avèrent de plus en plus difficiles pour les porteurs de projets, comme en témoigne le dépôt de bilan de Dark, le mois dernier. Mais en démontrant toute la pertinence de sa solution, et en ne s'étalant pas trop sur des ambitions commerciales ou opérationnelles démesurées, sa crédibilité n'a fait que se renforcer avec les années, à mesure que l'on défrichait les potentiels stratégiques de cette rupture technologique.
HyPrSpace ne cache pas aujourd'hui son ambition de s'imposer sur différents marchés, qui ne se résument donc pas simplement à celui des lancements commerciaux civils. Il est question ici en premier lieu de suborbital, notamment pour la défense (expériences en microgravité, tests hypersoniques ou balistiques). D'ailleurs, dans son communiqué, la start-up mentionne les besoins stratégiques de l'Europe, mais aussi de l'OTAN.
Lu sur OPEX360 : "Les choses se précisent pour les satellites du programme TOUTATIS, lequel a été confié par la DGA à l’entreprise U-SPACE et à MBDA en septembre 2024.
RépondreSupprimerPour rappel, intégré à l’opération Ares [Action et résilience spatiale], TOUTATIS constitue la « première étape de la stratégie de défense en orbite basse ». Il repose sur le satellite Splinter, doté d’une capacité de manœuvre élevée, et le satellite « guetteur » Lisa-1.
L’un et l’autre auront à réaliser des « scénarios d’opposition ou de coopération qui permettront de vérifier les performances du satellite d’action en orbite basse et les capacités du satellite guetteur en termes de surveillance de l’espace », avait expliqué la DGA au moment du lancement du programme TOUTATIS. Surtout, ils permettront d’agir contre des satellites hostiles ou dangereux.
Quoi qu’il en soit, la mise en orbite de Splinter et de Lisa-1 ne saurait tarder. En effet, ce 28 novembre, U-SPACE a indiqué qu’ils seront lancés par MaiaSpace, une filiale d’ArianeGroup qui, fondée en 2022, « fabrique, commercialise et exploite le premier mini-lanceur réutilisable et éco-conçu en Europe ».
Selon l’Agence de l’innovation de défense [AID], Splinter et Lisa-1, d’une masse totale au décollage de 200 kg, seront placés simultanément sur une orbite héliosynchrone par le lanceur Maia en 2027, depuis le Centre Spatial Guyanais de Kourou.
« Après évaluation de l’adéquation des solutions de lancement disponibles sur le marché avec les besoins de la mission TOUTATIS, le choix de MaiaSpace s’imposait. Il nous permet ainsi d’accompagner l’émergence d’une filière européenne souveraine d’accès à l’espace pour les opérateurs de microsatellites », a expliqué Fabien Apper, le PDG de U-Space.
En effet, souligne l’AID, la « synergie entre le savoir-faire de U-Space en matière de fabrication de petits satellites innovants, et la modularité des solutions de transport spatial de MaiaSpace, marque une étape majeure en matière de souveraineté d’accès à l’espace fiable et réactif pour la France et l’Europe ».
Cela étant, le lancement des deux satellites du programme TOUTATIS est suspendu au premier vol de Maia, prévu en 2026."
Source:
https://www.opex360.com/2025/11/28/le-commandement-de-lespace-aura-une-premiere-capacite-de-defense-en-orbite-basse-des-2027/
D'autres bonnes nouvelles ici:
https://www.20minutes.fr/high-tech/sciences/4187087-20251124-entre-lanceurs-vehicules-spatiaux-gironde-devient-hub-acteurs-new-space
2026, année charnière pour les petits acteurs français du New Space:
RépondreSupprimer"MaiaSpace, HyPrSpace, Latitude et Sirius Space Services et ils ont le même objectif : atteindre l’espace en 2026. S’ils respectent leur calendrier, les quatre projets français de petites fusées réutilisables soutenus par le Centre national d’études spatiales (CNES) réaliseront en 2026 leur premier vol d’essai, étape cruciale pour valider, ou non, la viabilité de leur lanceur".
Source:
https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/10/spatial-l-heure-de-verite-approche-pour-les-petites-fusees-francaises_6656781_3234.html