mercredi 25 octobre 2017

La France planche sur une Rafale de contrats en Inde


Avec des perspectives optimistes pour l'avenir commercial et opérationnel du Rafale en Inde, le camp français travaille sa stratégie pour les années qui viennent. En jeu, une centaine d'appareils, tant pour l'Indian Air Force que l'aéronavale.

Image: un Rafale français devant 2 SU-30 indiens lors d'un exercice Garuda - Armée de l'air


A quelques jours de la visite (27 & 28 octobre) de la ministres des armées Florence Parly en Inde, la presse, indienne d'abord, puis française ensuite, s’émeut des avancées vers de nouveaux débouchées pour l'avion de combat français Rafale d'ici 2020.

L'année dernière, l'Inde signait enfin, après des années de négociations, un contrat portant sur la  vente par la France de 36 chasseurs Rafale pour 8 milliards d'euros. Après l'Egypte et le Qatar en 2015, une nouvelle victoire pour la "Rafale Team" constituée de Dassault Aviation, Thalès Group, Safran, et plus largement pour la team France, puisque l'Etat et divers acteurs économiques (du missilier MBDA en passant par Aerocampus) sont aussi impliqués dans ce partenariat stratégique à long terme.


Des Rafale assemblés sur place ?

L'Inde, son armée de l'air notamment, a urgemment besoin d'appareils pour faire face aux enjeux régionaux. Et si elle ne recevra ses 36 premiers Rafale commandés en 2016 qu'entre novembre 2019 et la mi-2022, la France ne compte pas lâcher l’étreinte... Car ce sont près 93 appareils qui sont ici en jeu: 36 supplémentaires pour l'Indian Air Force, et 57 pour la marine locale et ses futurs porte-avions.

Blog: Rafale, F-18, Gripen, F-16... l'Inde attise l’appétit des avionneurs



Seulement, New Delhi compte plus que jamais sur sa politique de développement industriel, le fameux "Make in India".
La France joue donc pleinement la carte du partenariat industriel. Accompagnée d'une délégation de haut niveau, Florence Parly se rendra à New Delhi en fin de semaine officiellement pour entretenir cette alliance stratégique de premier ordre, officieusement pour faire avancer certains dossiers avant la venue d'Emmanuel Macron dans quelques semaines. Elle y rencontrera le Premier Ministre Narendra Modi et son homologue indienne, la ministre Nirmala Sitharaman, et enchaînera les réunions avec des responsables sur des questions liées à la coopération en matière de défense.
Sur le plan économique, le grand événement sera la pose de la première pierre, à Nagpur dans le centre du pays, des installations mises en place par Dassault et son partenaire indien, le groupe Reliance, dans le cadre des obligations d’offsets, signées l’an dernier dans le premier contrat Rafale.

Aussi sur le blog: L'écosystème du Rafale s'engage pour le « Make in India »



Si cet accord industriel va dans le sens du "Make in India", c'est parce qu'à terme, des usines indiennes pourraient produire, en premier lieu des pièces (assez simples comme des éléments de fuselage), et pourquoi pas, assembler des appareils. C'est bien sûr là l'ambition de la partie indienne, et ne le cachons pas, la carte maîtresse des français. Cette hypothèse ne sera imaginable qu'en cas de contrats successifs pour des dizaines, voire centaines de Rafale.

La totalité des 84 Rafale vendus à l'export (24 Egypte, 24 Qatar, 36 Inde) à ce jour sont ou seront 100% "made in France", avec un assemblage final à Mérignac. Si la cadence de production y est (en France) en augmentation, il est fort probable qu'un client export majeur possède un jour sa ligne d'assemblage.


Le PAK FA bat de l'aile

D'autre part, se joue en Inde, désireuse de posséder une flotte hétéroclite (un monomoteur, un bimoteur, et un chasseur lourd), une compétition pour des monomoteurs qui va voir s'affronter le suédois Saab avec son Gripen, et l’américain Lockheed-Martin avec le F-16. Là encore, une production sur place sera le facteur clé. A moins qu'une dernière chance ne soit donnée au chasseur local, le Tejas, dont le développement est pour l'instant un échec. La France, par l'intermédiaire du motoriste Safran, peut ajouter son grain de sable en soutenant le Téjas.

Mais c'est du côté du chasseur lourd que pourrait bien se trouver le psychodrame. Le développement avec la Russie d'un chasseur de 5ème génération, le T-50 PAK FA, a pris beaucoup de retard et... engendré de nombreux surcoûts.
Si le programme FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft) n'a pas vraiment été mis en danger jusque là, il subit actuellement une charge de la part de l’Indian Air Force elle-même, dont le sous-chef d’état-major aux plans, l’Air Vice Marshall BV Krishna, a récemment adressé une note au gouvernement dans laquelle il dénonce des caractéristiques de furtivité « ne répondant pas aux caractéristiques de furtivité souhaitées par rapport à un chasseur comme le F-35, (...) de sorte que des changements structurels majeurs, ne pouvant pas être obtenus à partir des prototypes russes existants, sont nécessaires ».

F-35 le mot est lâché ! Et si Washington remettait en cause la longue hégémonie russe dans l'aviation indienne ?

Après l'Egypte, et l'Inde aujourd'hui, il nous restera cette semaine à évoquer la Belgique, où la perspective de la création de 1500 emplois commence à sérieusement éveiller l'intérêt de Bruxelles pour l'offre française.


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