vendredi 2 mars 2018

Voici venir le Falcon "EPICURE" destiné au renseignement



Dans le cadre de la nouvelle loi de programmation militaire, le Ministère des armées a lancé le programme CUGE, pour Capacité universelle de guerre électronique. Mission est ainsi confiée à Dassault Aviation et Thalès de livrer après 2025 trois avions de la gamme Falcon, dotés d'une charge utile de renseignement électromagnétique, dite EPICURE. Ils remplaceront les deux avions de guerre électronique Transall Gabriel.

Illustration ci-dessus: un Falcon "EPICURE", au design largement inspiré du Falcon de surveillance maritime "MRA" - Dassault Aviation


La rumeur courait depuis quelques jours, les deux très mystérieux C-160G Transall "Gabriel" mis en oeuvre par l'Escadron Electronique Aéroporté 54 «Dunkerque» depuis la base aérienne 105 d'Evreux pour des missions de collecte de renseignement d'origine électromagnétique (ROEM), seront remplacés à l'horizon 2027. Etaient évoqués une plateforme Airbus ou un business jet Dassault Aviation de la gamme Falcon.

Et alors que ce mercredi 28 février en audition à l'Assemblée Nationale, le PDG de Dassaut Eric Trappier passait rapidement sur le sujet,  évoquant un résultat de l'appel d'offres "d'ici quelques jours ou quelques semaines", on apprenait de la ministre de la Défense le soir même que c'est bien Dassault qui a été sélectionné pour ce programme CUGE: Capacité universelle de guerre électronique.



Le jour du Falcon

Dans la foulée, Dassault Aviation publiait un communiqué annonçant que le ministère des Armées lui confiait l’intégration sur trois Falcon de la Capacité Universelle de Guerre Electronique (CUGE) développée par Thales (programme Epicure):
« Je suis fier et heureux de la décision du ministère des Armées. Le Falcon Epicure servira les Forces françaises comme le font déjà les Falcon 10, 200, 50, 900, 2000 et 7X, déclare Eric Trappier, P-DG de Dassault Aviation. Les Falcon de mission sont la parfaite illustration des compétences duales de Dassault Aviation : nos avions civils bénéficient des technologies de pointe développées pour nos avions de combat qui tirent profit en retour des processus industriels mis en œuvre pour la production très concurrentielle des Falcon ».
Le matin même au Bourget, la firme avait présenté son nouveau né, le Falcon 6X.



Trois Falcon, sur une base 7X ou 8X (parions sur ce dernier), des triréacteurs, seront donc équipés par Thalès, le spécialiste du genre, en équipements de guerre électronique. Selon le MinArm, "Epicure" est un capteur inédit pour les Armées françaises, permettant simultanément les interceptions des émissions radio et radar, et le résultat de près de 10 années d'études sur des technologies de pointe.

Evidemment tout cela se passe principalement dans le bordelais.

Et ce n'est pas fini pour le Falcon, car cette loi de programmation militaire 2019-2025 devrait dès cette année permettre la désignation d'un nouvel avion de PATSIMAR (surveillance maritime). Dans cette catégorie, où plusieurs modèles de Falcon opèrent déjà, notamment à l'outre-mer, le Falcon MRA fait figure de favori. Dassault Aviation l'a déjà vendu aux gardes-côtes japonais, et propose même une version armée de missiles (visible en maquette sur les salons aéronautiques), qui selon moi, finira par avoir les faveurs de l'Etat Major. L'ATL2 est bien devenu un bombardier dans le désert...

Dassault Falcon 2000 MRA - Maquette ©Aermech

Le renseignement, priorité des priorités

Pilier stratégique pour la Défense Nationale, élément de garantie de souveraineté, il n'est pas un secret que de dire que le renseignement fait depuis des années maintenant l'objet d'un souci certain, que l'on parle de satellites, d'un navire de combat (ou pas forcément de combat d'ailleurs), ou des plus petits drones tactiques.

Dans ce domaine, les Transall Gabriel sont de sacrés baroudeurs. Œuvrant pour les diverses services de renseignement français, on a pu les apercevoir sur divers théâtres en 30 ans. Ils en ont probablement parcouru bien d'autres dans la discrétion.

Programme lancé en 1984, deux Transall C.160 sont alors transformés en avions de guerre électronique. Dotés d'équipements visibles de l'extérieur, les Gabriel sont la "licorne" des spotters ! Ils disposent d'un radôme sous le ventre de l’avion, de pods en bouts d’ailes ou encore de quatre antennes sur le haut du cockpit.

Les actuels et très discrets Transall Gabriel - Armée de l'air

Les trois Falcon Epicure viendront donc les remplacer entre 2025 et 2030. Les forces françaises recevront normalement aussi huit nouveaux avions légers de surveillance et de reconnaissance (ALSR), des Beechcraft King Air 350 militarisés par Thales et Sabena Technics. Deux ont été formellement commandés et sont en cours de modification.

De plus, le six drones Reaper encore à livrer par les USA à l'Armée de l'air seront équipés d’une charge utile de renseignement électromagnétique. Inversement, dans l'Armée de terre, le futurs drones tactiques Patroller pourraient finalement être armés d'ici 2020 (ce qui pose plusieurs questions).


Nous le voyons donc, les moyens ISR (intelligence, surveillance, renseignement) sont modernisés et multipliés dans les armées. Et cela sans compter sur des vecteurs de haute altitude qui pourraient voir le jour prochainement, comme le ballon dirigeable Stratobus de Thalès Alenia Space, ou l'avion solaire "pseudo satellite" Zéphyr d'Airbus. 
Ajoutons y la fusion des données entre tous ces systèmes... et nous percevons l'ampleur de cette révolution des capteurs, qui dépassera largement le cadre des moyens de renseignement, pour s'étendre au SCAF ou à SCORPION.


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