vendredi 20 avril 2018

Les ratés français (classifiés) de l'opération Hamilton


Un mot rapide, presque en forme d'erratum, pour revenir sur l'opération Hamilton, qui voyait il y a une semaine maintenant les USA, la France et le Royaume-Uni frapper des installations chimiques syriennes. Alors que la partition française s'annonçait jouée à la perfection, nous apprenons cette semaine que des ratés importants ont marqué l'opération, qui n'a cependant pas été perturbée dans son "effet militaire".

Tout semblait pourtant parfait. La très proportionnée (12 missiles tirés) participation française aux frappes occidentales contre le régime syrien samedi 14 avril nous démontrait que la France, avec des moyens aériens et maritimes déployés directement depuis la métropole, était en mesure de frapper militairement si elle estimait devoir le faire.

Lire sur le blog: Mission accomplie pour les forces armées françaises



Mais très vite, en début de semaine, La Lettre A révélait que le fameux et nouveau MdCN (missile de croisière naval) dont 3 exemplaires ont été tirés par une Frégate Multi-Mission avait connu des ratés. A partir de là, la presse spécialisée (Le Mamouth, Secret Défense...) s'emparait de l'affaire, jusqu'à aujourd'hui, où ce sont les médias généralistes qui en font largement mention.


A vrai dire, un soupçon de questionnement existait dès samedi dernier. Pourquoi mobiliser 3 FREMM pour lancer seulement 3 missiles de croisières ? Et pourquoi les 5 Rafale, qui sont partis avec 10 missiles SCALP, et revenus avec zéro, n'en avaient-il tiré que 9 ?

On connait maintenant les réponses à ces questions. Citons La Lettre A: « La première frégate multi-mission (FREMM) qui devait intervenir n’a pas été l’Aquitaine, comme cela était prévu initialement. Au moment décisif, cette dernière a été dans l’incapacité de faire partir ses missiles. Sa « doublure », L’Auvergne, n’a pas pu non plus y aller de sa rafale. » Cette incapacité serait dûe, non pas à un problème technique (ce qui reste à déterminer du moins), mais à une trop courte fenêtre de tir. C’est alors la FREMM Languedoc, qui dut tirer la salve de MdCN. Et trois seulement donc. 

Cette première pour la Marine Nationale a bien failli tourner au fiasco.

Pour l'Armée de l'air, c'est le 10ème missile SCALP qui ne se serait pas décroché, peut-on lire sur le Mamouth. Le missile de croisière a alors été largué dans la mer Méditerranée. 

Les échecs de ce type ne sont pas non plus rarissimes. Il serait d'ailleurs interessant de savoir le taux d'échec sur des lancements américains, où ce sont des dizaines, voire centaines de missiles qui sont tirés.
Cependant, une avarie dans la Marine, une autre dans l'Armée de l'air (10%), cela inquiète les spécialistes, et cela a de quoi alarmer en haut lieu, même si, et on le regrettera, la ministre Florence Parly déclarait ce matin à Toulon: « Je n’ai pas l’intention de commenter les performances de tel ou tel système d’armes, ces informations, qu’elles soient vraies ou fausses, sont classifiées, je ne les commenterai pas. Nos objectifs ont été atteints et nous n’avons rien à ajouter concernant la performance des systèmes d’armes».

Pas plus d'informations pour le moment donc, même si l'on ne doute pas que journalistes ou mêmes parlementaires ne tarderont pas à enquêter. L'affaire s'avère trop majeure pour que des "coupables" ne soient pas identifiés (MBDA, Naval Group, DGA ?). Question de crédibilité en opérations comme sur les marchés de l'armement.

A suivre donc.

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