mercredi 16 décembre 2020

L'Europe démarre son programme de lanceur spatial réutilisable


L’Agence spatiale européenne a attribué à ArianeGroup un contrat d'une valeur de 33 millions d'euros pour la phase initiale du développement du démonstrateur Themis d’étage réutilisable. Objectif 2030.

Illustration ci-dessus par Ariane Goup.


Disons le clairement, le lanceur réutilisable est le grand pêché de l'Europe du spatial. Elle n'y a pas cru lorsque les Américains en ont fait le pari, et cette rupture menace de bouleverser le marché de l'accès à l'espace.
Ayant raté le coche avec Ariane 6, programme qui se concentre sur l'adaptabilité et un industrialisation optimisée (= réduction par 2 du coût de lancement par rapport à Ariane 5), l'Europe a lancé les projets  de lanceurs réutilisables Thémis et Callisto.

S'agissant de Thémis, qui nous intéresse aujourd'hui, l’objectif à ce stade selon Ariane Group est de démontrer les capacités technologiques de l’Europe en matière de réutilisation afin de donner aux Etats membres de l’ESA dès 2022, les éléments permettant de déterminer quelle sera la gamme de lanceurs la mieux adaptée aux besoins de l’Europe au-delà de 2030.


Avec des acteurs internationaux, du New Space mais pas seulement, qui prennent une avance considérable en la matière, l’Europe spatiale doit se presser, et surtout, faire les bons choix pour tenter d'effacer les erreurs stratégiques du début des années 2010. 

Plusieurs ambitions ont été énoncées au niveau de la Commission Européenne (constellation de satellites à communication quantique par exemple, ou politique de micro-lanceurs), mais l'UE comme l'ESA doivent pour cela accorder leur politique. 
Thémis concerne directement Ariane à échéance 2030 - ce qui est tard - puisque les avancées du programme constitueront les briques technologiques qui détermineront son ou ses évolutions, avec le principal objectif de la réutilisation - si pertinent commercialement ! - de l'étage principal. 

Ce blog en profite pour rappeler que la Région Nouvelle-Aquitaine et Ariane Group ont annoncé début octobre que plusieurs PME "stars" de la région rejoignaient Ariane Works et son programme Thémis d'étage de lanceur réutilisable.

Reste la problématique de la place des micro-lanceurs dans l'écosystème européen qui reste très institutionnel et formaté: quel(s) marché(s) ? Quel(s) opérateur(s) ?


Lancement également du développement pour le premier drone spatial européen


De plus, le Space Rider, cette navette issue des travaux sur le démonstrateur IXV (Intermediate eXperimental Vehicle), qu'on avait pu voir exposé à Bordeaux après sa rentrée atmosphérique réussie en 2015, a vu son contrat de maitrise d'œuvre signé ce 9 décembre.
Ce programme très italien sera mené par Thales Alenia Space et Avio pour 167 millions d'euros, pour un premier vol en 2023, tiré depuis Vega C. 

Space Rider est un drone spatial, automatique et réutilisable, conçu officiellement pour des missions scientifiques de deux mois en orbite basse. Ses capacités pourraient néanmoins être largement supérieures.
L'Europe rattrape sur ce point les USA et la Chine, et même si l'appareil n'a aucune mission militaire au programme, l'important dans le spatial stratégique - ou tout ou presque est d'intérêt dual - reste aujourd'hui de montrer que l'on maîtrise les points technologiques clés. 

Ce qu'on appelle l'avion spatial  (habité ou non) a tout autant d'importance pour la France que les lanceurs dans l'avenir. 


Enfin, on notera l'aboutissement des négociations au sein de la Commission Européenne sur le fonds européen de Défense (FED), qui sera doté de 7,953 milliards d'euros. C'est moins que le 13 milliards espérés il fut un temps, mais le chiffre demeure tout de même historique.


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