vendredi 24 juillet 2020

La relance au secours de Dassault Aviation ?


Bien que peu concerné - au contraire d'Airbus - par le crash de l'aviation commerciale, Dassault Aviation a pourtant de quoi être (un peu) pessimiste. Ses produits phares, les Falcon, se vendent moins... tandis que de minces espoirs se portent désormais sur le Rafale pour garantir un socle de production.

Ci-dessus: Rafale & Falcon, les deux produits phares de Dassault Aviation - image DA


Dassault Aviation publie ses résultats semestriels (CA de 2,6 Mds €, soit une baisse de 13,6% sur un an), au sein desquels un chiffre fait tiquer le monde aéronautique. L'avionneur de Saint-Cloud résiste à la crise, mais ne prévoit plus en effet que la livraison de 30 avions de la gamme Falcon cette année. C'était 40 l'an passé, 49 en 2017, 75 en 2013...

Ce chiffre s'explique certes par un glissement des livraisons 2020 (-10), provoqué par la crise sanitaire, mais s'inscrit aussi dans une tendance inquiétante.

Au lancement de ce blog en 2013, il y a une phrase que l'on entendait souvent dans la communication de Dassault: "le grand public nous voit comme un vendeur d'armes, alors que 80% de notre chiffre d'affaires est réalisé via la gamme de business jet Falcon". Le record avait été atteint en 2008, avec 77 livraisons.

Aujourd'hui ce chiffre s'est tellement rééquilibré, que c'est bien le militaire qui maintient le groupe à flot (le Rafale oui bien sûr, mais sans oublier la part substantielle que représentent les futurs programmes de Falcon militarisés). Malgré les études de marché rassurantes depuis une décennie, la reprise ne sera jamais venue pour les jets d'affaires qui souffrent encore de la crise financière de 2008, crise qui semble t-il a mis un point définitif à leur apogée.
D'autant plus que question d'image, les déplacements en jet privé, même pour un membre du gouvernement, peuvent faire tache dans un environnement désormais écolo-formaté.

Il faut donc s'adapter et si les investissements en R&D ou en modernisation - comme à Mérignac - sont heureusement maintenus (et ce malgré les mauvais signaux envoyés par le politique, comme la suppression de la navette Bordeaux-Orly), une réduction de la production, y compris militaire, aura des conséquences sur l'emploi. Des mesures de chômage partiel "longue durée" sont déjà évoquées. Et cela sans parler des sous-traitants... dont certains n'ont pas survécu au confinement.


Après l'annulation du programme 5X en 2017, l'arrivée d'un nouvel appareil, le Falcon 6X en 2022 redonnera on l'espère un peu d'élan à cette gamme historique. 


Le militaire au secours ?

Le SCAF est encore loin (et non pérennisé d'ailleurs), et nous en sommes encore à la modernisation du Rafale au standard F4. Pourtant, déjà, les yeux se tournent vers l'export, et surtout, les possibles commandes de l'Etat français.

S'agissant de l'export, difficile de dire dans quel environnement stratégique se considère chaque pays aujourd'hui. Certains comme l'Inde (qui reçoit son premier escadron Rafale la semaine prochaine), ou l'Egypte, sont clairement sous pression et pourraient réveiller les marchés. D'autres sont plutôt dans une position d'attente, on pense ici à la Finlande. Et il y a le cas de la Suisse, qui a mis le destin du renouvellement de sa chasse entre les mains des citoyens, qui se prononceront lors d'une votation cet automne. 

La mission "Flash" sur la relance dans la BITD portée par les députés Benjamin Griveaux et Jean-Louis Thiériot évoque un prospect en Croatie. Mais il s'agirait de Rafale d'occasion que la France céderait au moment où elle recevrait de nouveaux appareils...

Et justement, cette même mission Flash rappelle que les livraisons Rafale courent jusqu'en 2024 grâce à l'export, et qu'il existe un trou de 3 ans avant que la France ne prévoit de recevoir de nouveaux appareils pour ses armées (2027 donc).

C'est pourquoi déjà, le résultat des consultations nous indique l'espoir d'une relance à grand renfort de commande publique dans la défense, avec le retour notamment de la fameuse "tranche 5" du Rafale. Le plan de relance aéronautique dévoilé en juin faisait la part belle à Airbus (MRTT & hélicoptères), là où la mission Flash évoque directement le Rafale:
  • une vingtaine de Rafale commandés à court terme, pour environ 2 milliards d'euros;
  • une dizaine de Rafale M supplémentaire pour l'aéronavale (combler l'attrition et assurer la formation);
  • assurance dans le projet d'eurodrone (Airbus, Dassault, Leornardo);
  • développement d'un drone spatial comme le X37-B américain.


On notera évidemment les pistes exotiques dans le cadre de cette relance, comme le développement d'un drone spatial militaire pour l'armée de l'Air (et de l'Espace). L'avion spatial dont Eric Trappier (PSG de Dassault Aviation) aime tant parler ? 
Un tel projet aurait des avantages certains (missions, outil de souveraineté, gros impact en R&D) mais en revanche, peu, voire même aucun intérêt commercial.

Sur ce blog, j'avais personnellement plaidé il y a quelques mois pour un programme de drone furtif issu du démonstrateur Neuron de Dassault (voir lien ci-dessous). Un drone de combat furtif dont le premier théâtre semble tout trouvé: la Méditerranée, au sujet de laquelle le Président de la République a récemment exprimé de vives inquiétudes.

Aussi sur le blog: Penser un avenir au drone nEUROn



Nul ne sait aujourd'hui si ce plan de relance pour la BITD deviendra réalité, où s'il irriguera tous les acteurs. On peut néanmoins conclure que Dassault Aviation, grâce au Rafale d'abord, en sera un des principaux bénéficiaires s'il venait à voir le jour.
Cette stratégie de l'Etat s'inscrirait en tout cas dans un cadre géopolitique plus large qui a vu la pandémie cristalliser des inquiétudes déjà bien ancrées.


NB: cet éventuel plan de relance dans la défense est à différencier de l'augmentation budgétaire prévue dans la Loi de programmation militaire. Le projet de budget 2021 prévoit bien lui, une augmentation de 1,7 milliards d'euros du budget MINARM. Comme prévu.


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