mercredi 13 octobre 2021

Un micro-lanceur réutilisable français en 2026 ?


Emmanuel Macron présentait hier le plan FRANCE 2030, qui doit voir l'Etat réaliser à court terme un investissement de 30 milliards d'euros. Parmi la dizaine de grands thèmes qui ont été retenus, on retrouve le spatial, avec l'ambition de développer d'ici 2026 un micro-lanceur réutilisable made in France.

Ci-dessus: la famille de lanceurs imaginée par HyPrSpace


Après le plan de relance (100 milliards), voici France 2030, un plan d’investissement de 30 milliards d'euros sur cinq ans, censé combler certains manques, ou appuyer quelques paris comme l'hydrogène ou les petits réacteurs nucléaires "SMR".

Parmi les secteurs phares de ce plan, stratégiques, on retrouve le nucléaire donc, l'aéronautique décarbonée, la voiture électrique, l'agriculture ou même la culture (numérique: plateforme VOD, jeu-vidéo). Tout cela agrémenté de technologies de pointe que sont l'IA, la robotique, les batteries… 

Mais au bout de la liste, avec chacun 1 milliard d'euros au compteur, nous retrouvons le maritime avec le sujet passionnant des grands fonds, et donc, l'espace. 

MAJ: l'enveloppe spatiale contiendra 1,5 milliard €, répartis de façon égale entre les industriels et les start-up. 200 millions iront vers les micro-lanceurs, 500 millions vers les constellations satellitaires. 



Des constellations, des nano-sat... et un micro-lanceur

Jouant la carte de l'imaginaire français, le Président de la République a pris l'exemple de SpaceX et du New Space ( ou "Nouvel Espace" comme il était indiqué à l'Elysée), secteur dans lequel les décideurs français comme européens n'ont pas voulu croire. 

Avec un air de campagne 2017 (et quand même de 2022), Emmanuel Macron a voulu pousser à la disruption, appelant à la prise de risque et à l'innovation de rupture soutenues par l'investissement de l'Etat.

Citant la création du Commandement de l'Espace dans l'armée de l'Air... & de l'Espace, il a présenté plusieurs objectifs, mais en restant toutefois relativement vague: 

  • micro-lanceur(s) réutilisable(s);
  • small-sat, nano-sat, constellations;
  • services.

En vérité, cela est déjà lancé au sein  de l'écosystème du New Space français, principalement dans le domaine des satellites où quelques pépites (et en l'occurrence le terme pépite n'est ici pas galvaudé) enchaînent les succès grâce à des technologies et services de tout premier ordre. Y compris dans la défense, qui demeure le moteur d'innovations de rupture, et sera de plus en plus demandeuse en ce qui concerne le spatial.

Pour les micro-lanceurs en revanche, il y a ici une nouveauté. 


Le réveil français 

Il y a quelques mois encore, il était question dans les mots du Président du développement de micro-lanceurs européens. Or aujourd'hui, on parle bien de micro-lanceurs made in France, au sein d'un plan d'investissement national. 

Plus précisément, Emmanuel Macron parle de « mini-lanceurs réutilisables –  un objectif qu’on doit pouvoir atteindre d’ici 2026 ».

Qu'est ce qui a donc changé ? La réponse se trouve probablement de l'autre côté du Rhin avec la volonté désormais affichée ouvertement des Allemands de s'imposer sur ce marché des micro-lanceurs, avec un pas de tir en mer du Nord (loin de Kourou donc). Les Allemands, mais aussi les Britanniques, les Espagnols, voire à terme les Italiens.



Autrement dit, - et cela reste mon interprétation des mots présidentiels - Paris doit dès aujourd'hui abandonner toute naïveté, jouer pleinement sa propre carte grâce aux technologies et compétences dont nous disposons, et imposer ses solutions sur ce marché bientôt hyperconcurrentiel.


2026. Vraiment ?

Mais alors, sur le plan national, à qui s'adresse le message ? Le Président évoque, s'agissant du "Nouvel Espace", des acteurs traditionnels qui doivent apprendre à collaborer avec les nouveaux acteurs que sont les start-up. Et alors que certains spécialistes pensent que ce projet de micro-lanceur réutilisable consisterait en une accélération des programmes en cours chez Ariane (démonstrateur Thémis avec moteur Prometheus pour service à horizon 2030), je pense en revanche que le message est bel est bien adressé à de nouveaux entrants*. 


On citera par exemple Venture Orbital Systems, start-up basée à Reims, mais aussi bien sûr à Bordeaux Hybrid Propulsion for Space (ou HyPrSpace) qui a ces derniers mois reçu les soutiens importants de l'incubateur Blast, de la DGA, de l'ONERA... et d'autres à venir !

Voici donc que l'heure est peut-être venue de créer notre "Licorne de l'Espace" ;) qui comme pour SpaceX aux USA, aura autant besoin de l'apport de capitaux privés que du soutien de l'Etat. Ce qui passe aujourd'hui par un plan d'investissement, et passera demain par des marchés de lancements institutionnels.  

Mais attention car 2026, c'est déjà demain. 


*et toujours selon moi, les innovations lancées autour d'Ariane, bénéficieront en 2030... au programme Ariane.


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