mercredi 31 janvier 2024

Des équipages ukrainiens vont être formés à Cazaux sur F-16


Dès le mois de février, des équipages ukrainiens devraient venir se former sur la base de Cazaux en Gironde, dans le cadre de l'offre de formation offerte par la France. Il semble toutefois qu'une bonne partie de la formation, qui concerne des appareils F-16 dont ne dispose pas la France, sera mise en œuvre par des privés. 

Ci-dessus: un F-16 de Top Aces, portant toujours sa livrée d'origine israélienne - photo Top Aces. 


Le renforcement des capacités ukrainiennes en matière de puissance aérienne fait l'objet de débats depuis plus d'un an maintenant, alors que la guerre d'invasion menée par la Russie, elle, s'apprête à entrer dans 3ème année.

Déjà, l'an passé, il y avait eu plusieurs imbroglios (le moins que l'on puisse dire) sur le rôle de la France dans ce renforcement. Pilotes entrainés à Mont-de-Marsan sur Mirage ? Il s'agissait en réalité de stages de survie pour personnels éjectés. Mirage 2000 transférés à l'Ukraine ? Rien ne concret à ce jour. 

Finalement, la question aura été tranchée dans ses grandes largeurs avec l'accord de plusieurs pays européens pour la fourniture de chasseurs F-16 d'occasion, un appareil qui malgré son ancienneté, fera passer un important gap capacitaire aux forces aériennes ukrainiennes. La France, de son côté, fournit des munitions de précisions, dont les fameux missiles de croisières SCALP, ou encore la bombe AASM.

On apprend cependant via Ouest France et le toujours bien informé Phillipe Chapleau que la France va également jouer un rôle majeur en accueillant une partie de la formation des pilotes ukrainiens sur F-16. 

Sur le blog: A Cazaux, fin de la formation des pilotes de chasse sur Alpha Jet


Il est en effet question d'une formation sur la base aérienne 120 de Cazaux (un des centres importants de la formation à la chasse en France), à compter du mois de février, pour 25 personnels (chiffre cité dans l'article), avec mise à contribution des AlphaJet de l'armée de l'Air et de l'Espace, et surtout d'entreprises spécialisées. On évoque ici notamment les Canadiens de Top Aces, qui délivrent des formations sur d'ex F-16 israéliens (et c'est d'ailleurs le mindef canadien qui lâche l'information sur leur contribution à l'effort de formation français), et la française SDTS.  

Plus de précisions sur l'article source ! Et nul doute que l'on devrait en apprendre d'avantage dans les semaines qui viennent, même si l'affaire restera probablement discrète, pour les raisons que vous devinez. 


vendredi 19 janvier 2024

Sylphaero récompensée au Forum économique mondial de Davos

La toute jeune start up bordelaise Sylphaero, qui entend révolutionner la motorisation électrique dans l'aviation à réaction, fait partie des vainqueurs du Sustainable Aviation Challenge au Forum Economique Mondial de Davos. Ce prix récompense au plan mondial les innovations qui permettront d'accélèrer la décarbonation de l'aviation. 

Ci-dessus: vue d'artiste - ©Sylphaero

L'aviation représente selon les méthodes de calculs entre 2% et 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Si peu… et pourtant déjà trop dans ce contexte climatique dégradé. Mais des entreprises, petites ou grandes, tout autour du globe travaillent désormais très activement sur les solutions qui permettront la décarbonation du secteur aéronautique. 


Tout autour du monde, et notamment en France. Sylphaero (dont le nom fait référence à une forme de foudre générant du plasma) en fait partie, avec une technologie de rupture qui permettra non seulement d'électrifier des designs de réacteur existants, tout en améliorant largement leurs performances. 


Sylphaero est une toute jeune start-up basée à Mérignac, et accompagnée par Bordeaux Technowest. Ici, nous l'avions découverte cet automne 2023 lors du Forum Aéronautique et spatial de Bordeaux organisé par La Tribune (lien vidéo, où tout est dit, ci-dessous) et du Salon "Bordeaux Défense Aéronautique" de l'Armée de l'air. Elle était également présente au Forum Innovation Défense à Paris en fin d'année. 

Sylphaero travaille donc depuis plus de deux ans maintenant sur une solution d'électrification des réacteurs déjà disponibles sur le marché, en chauffant l'air dans les moteurs de façon électrique, en lieu et place de la combustion classique. Une batterie ou pile à combustible produit un arc électrique allant de 15 à 30 000°C qui chauffe l'air pénétrant dans le réacteur à une température modulable entre 3 000 et 30 000°C, générant un plasma qui fournit la puissance du moteur. Le grand avantage avec cette transformation est qu'elle permettrait d'éviter le remplacement de tous les appareils, ces derniers passant par une phase de rétrofitage de leurs moteurs. L'autre avantage est bien sûr le coût d'utilisation, qui diminue largement par rapport à l'utilisation de combustible fossile, ou même de biocarburants. Enfin, dernier avantage, et non des moindre: un plasma n'émet pas de CO2 ! 

Le potentiel de rupture technologique -si ce n'est pas stratégique- est là, d'autant plus que les projections laissent entendre un accroissement de performances très, très prometteur (jusqu'à Mach 12 théoriquement, sous réserve des limites structurelles des moteurs ou de la puissance que pourront fournir les batteries ou piles à combustibles dans le futur). De quoi oublier les idées reçues sur les limites de l'aviation électrique telle qu'imaginée à ce jour. 
Si des applications dans des domaines comme la défense ou même le spatial sont possibles, la cible commerciale est d'abord l'aviation d'affaire à horizon 2030, avant possiblement d'envisager le marché de l'aviation de ligne. Parallèlement, un record de vitesse sera tenté sur drone électrique en 2026, année où devrait voir le jour le premier prototype de moteur de l'entreprise. En théorie, le record actuel de 555 km/h pour un aéronef électrique, établi par Rolls Royce en 2021, sera très largement dépassé.  

La start-up, qui est la seule entreprise au monde sur cette innovation (l'Université Georgia Tech. mène également des recherches), reçoit le soutien de plusieurs acteurs publics (comme l'ONERA), écosystèmes (Technowest, Aerospace Valley, Blast...), tout comme de géants du secteurs comme Airbus, ou Dassault Systems (avec son 3D Experience Lab). Elle cherche actuellement à lever des fonds pour poursuivre ses développements. Plus précisément 15 millions d'euros en 2024.

Cela nous amène à Davos, où la French Tech s'est faite remarquer cette semaine autour du Président de la République, qui a une nouvelle fois appelé à investir en France. Davos, où Sylphaero s'est donc distinguée en faisant partie des 16 lauréats, sur 129 dossiers déposés, du Sustainable Aviation Challenge organisé par Uplink. Ce prix vient récompenser les jeunes entreprises proposant des solutions innovantes pour décarboner l’aviation et accélérer les nouvelles voies technologiques, notamment les carburants durables, les technologies de propulsion et les innovations de la chaîne de valeur telles que les matières premières, l’ingénierie, les infrastructures et le développement des marchés.

Ces 16 innovateurs sont désormais connectés à la programmation formelle du Forum économique mondial et à un écosystème de soutien composé de partenaires industriels et d'investisseurs pour développer leurs projets grâce à des collaborations commerciales et technologiques. Nul doute que cela devrait conforter Sylphaero dans sa quête des financeurs. 


Et voici donc les 16 lauréats du challenge Uplink à Davos. Notez également la présence des Toulousains de Beyond Aero: 


mercredi 17 janvier 2024

John Cockerril Defence va bien racheter Arquus pour environ 300 millions d'euros


L'industriel belge John Cockerill Defence va procéder au rachat du Français Arquus, spécialiste du terrestre léger. Arquus, ex-Renault Trucks Défense, était jusqu'à maintenant dans le portefeuille du Suédois Volvo. Ce rachat est une preuve supplémentaire du mouvement de consolidation qui attend le domaine industriel européen du terrestre de défense. 

Ci-dessus: ici le VAB MK3 d'Arquus armé d'une tourelle CSE 90 de John Cockerill - Arquus


Largement pressentie depuis plusieurs mois, l'annonce de l'entrée en négociations exclusives du wallon John Cockerril Defence avec Volvo Group pour le rachat d'Arquus est tombée ce lundi 15 janvier. L'affaire devrait se régler assez rapidement, vers le 3ème trimestre 2024, pour un montant d'environ 300 millions d'euros, sous condition de validation par les autorités politiques. Volvo avait la volonté de se séparer du groupe français depuis plusieurs années déjà.  

Pour la très francophile entreprise belge, dont une grande partie de l'activité se situe dans l'hexagone (elle est aussi propriété d'un Français), il s'agit là d'une opération somme toute logique, car en acquérant un partenaire (parfois), mais aussi et surtout un concurrent (souvent), elle ambitionne de fonder un géant du blindé léger capable d'atteindre le milliard d'euros annuel de chiffres d'affaires "dès 2026".  

Concernant un éventuel plan social, JCD se veut très rassurante, elle qui emploie toutefois quatre fois plus de personnes que sa cible (6000, contre 1500). En cas de restructuration toutefois, il est peu probable qu'un site de production d'Arquus comme Limoges soit menacé, mais on pourra admettre des doutes quant à l'avenir d'autres sites français comme celui de Saint-Nazaire.

Sur le plan purement industriel et commercial, cette consolidation, vantée comme telle dans la communication de JCD, va permettre de structurer le cœur d'activité du groupe autour de l'axe franco-belge, qui s'incarne d'ores et déjà dans le programme CAMO et VBAE. Arquus comme John Cockerill viennent d'ailleurs tout juste de s'engager dans ce dernier.
L'autre marché visé par cette stratégie se trouve pour les blindés légers -ou leur(s) tourelle(s)- dans les nombreux pays émergents qui ont une quantité importante de matériels russes à remplacer à relativement court terme. 



Plus généralement, dans le terrestre de défense, les années qui viennent pourraient voir l'Allemagne, bien consciente de la montée en gamme et de l'arrivée sur le marché de challengers issus des pays émergents (Corée, Turquie), réaliser une véritable campagne d'étouffement de la concurrence européenne en matière de blindés lourds, réduisant les Français ou encore Italiens au rôle de partenaire mineur, devenant par exemple les équipementiers d'un programme MGCS/"Leopard 3" sous domination germanique. 
Dans ce contexte, la constitution d'un pôle franco-belge solide dans les systèmes légers constitue une nouvelle rassurante. 



lundi 15 janvier 2024

Huit hélicoptères NH90 "Caiman" supplémentaires pour les forces spéciales à Pau


Aboutissement ou presque d'un long dossier, la DGA a commandé, dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2019-25, huit hélicoptères NH90 auprès du consortium NH Industries. Les appareils sont destinés au 4ème Régiment d'hélicoptères des forces spéciales. 

Ci-dessus: le NH90 au standard 2 "FS", vue d'artiste. NH Industries. 


Après le Rafale, c'est une autre commande qui a été passée in extremis par l'Etat dans les derniers jours de 2023. Elle concerne les fameux nouveaux hélicoptères des forces spéciales, des NH90 au "standard 2". Pour rappel, il y déjà eu un épisode sur ce dossier en 2020, à savoir l'amendement d'un marché concernant 74 NH90 pour l'aviation légère de l'armée de Terre, qui devait voir 10 d'entre eux faire l'objet d'une transformation au standard 2. Les choses ont évolué depuis, puisqu'il est maintenant question de 18 appareils réservés aux forces spéciales. Huit de plus, donc. 

Pour consulter la liste des évolutions et équipements retenus (suite optronique, armement, aérocordage,  bidons…), un petit tour chez FOB

Conséquence directe, l'arrivée du NH90 au 4ème RHFS à partir de l'année prochaine permettra in fine de transférer les 8 Caracal "Terre"  aux forces spéciales "Air", en l'occurrence à l'escadron "Pyrénées" de Cazaux, qui concentrera la quasi totalité de la flotte de Caracal.

A noter que le commandement des forces spéciales Terre change de nom, pour adopter celui de "Commandement des actions spéciales", formule plus adaptée à la guerre hybride et autres formes de conflictualités. Dans l'ère du temps… 


vendredi 12 janvier 2024

L'Etat commande la 5ème tranche de production du Rafale

La Direction générale de l'armement a révélé ce 12 janvier par communiqué qu'elle avait notifié aux entreprises Dassault Aviation, Thales Group, Safran et MBDA la cinquième tranche de production du programme Rafale. Attendue de longue date, cette commande chiffrée à 5 milliards d'euros se traduira dès 2027 par l'arrivée dans  l'armée de l'Air et de l'Espace de 42 nouveaux Rafale au standard F4. 

Bonne année ! Enfin ! Que ce fut long, n'est ce pas ? La tranche 5 du Rafale, on en parle bien sur ce blog -comme ailleurs- depuis une décennie et trois ou quatre Lois de programmation militaire. Il aura donc fallu attendre janvier 2024, et un peu de retard puisque la signature est intervenue fin décembre 2023, pour que l'armée de l'Air soit enfin assurée de recevoir ses nouveaux appareils (des monoplaces). D'autant plus que cette tranche 5, au dernier standard F4, contribuera massivement à mener l'ADAE vers le "tout Rafale". Nous dirons en effet adieu à la famille Mirage au milieu de la décennie 2030. 

Communiqué Dassault Aviation (cliquer pour agrandir):


Il n'y avait guère de doutes sur la révélation imminente de ce marché, puisque le 22 décembre, Nexter avait communiqué sur les 49 canons 30M91 commandés par la DGA. 

A noter que sur les 42 Rafale de cette commande de 5 milliards d'euros (LPM 2024-30), 12 viennent combler le trou capacitaire laissé par les appareils de seconde main vendus à la Croatie. 

Les appareils seront livrés aux forces aériennes françaises à partir de 2027 et jusqu'à 2032 (EAU, Indonésie et notamment Inde attendront aussi leurs appareils). Le plan de charge de la ligne d'assemblage de Mérignac est assuré pour une grosse décennie. En comptant les appareils de la Marine, cela portera la somme des Rafale commandés par la France pour ses forces armées à 234. 

Deux mots enfin qui concernent l'export: l'Indonésie a bien validé début janvier la dernière tranche (18 appareils) de sa commande comprenant 42 Rafale. 

Du côté de l'Arabie Saoudite, l'Allemagne débloque l'export -britannique- de l'Eurofighter Typhoon, qui reprend donc la tête sur ce marché équivalent à une cinquantaine de chasseurs. Pour rappel, en réaction à ce blocage allemand, Ryad s'était tourné vers la France en 2023 comme solution "de repli". Nul doute que ce coup de pression aura fait son effet, même s'il faut certainement voir plus loin que cela, et se féliciter que l'Allemagne, enfin, ose faire sauter certains verrous. Un dénouement qui devrait donc nuire au Rafale (nous épargnant peut-être aussi d'atterrir sur un marché source de… déficit d'image) mais qui fait les affaires de la coopération européenne à long terme, sur SCAF par exemple.


Communiqué de presse du Ministère des Armées (cliquer sur l'image pour agrandir):