Un pôle militaire de vaccination a ouvert jeudi 29 avril à Mérignac. La ministre des Armées était présente pour l'occasion. Le centre pourra à court terme vacciner 1 000 personnes par semaine.
Evoquons Mérignac mais sur le plan sanitaire aujourd'hui (car il est bon de rappeler quand la vaccination est disponible près de chez vous), avec la visite jeudi 29 avril de la ministre des Armées Florence Parly, ainsi que la ministre déléguée aux anciens combattants Geneviève Darrieussecq.
Les autorités inauguraient en effet le pôle militaire de vaccination qui se situe au Pin Galant.
Alors que plusieurs Hôpitaux d'instruction des armées, comme Robert Picqué à Bordeaux, ouvrent leurs portes aux Français dans le cadre de la stratégie nationale de vaccination contre le COVID-19, des pôles supplémentaires sont progressivement installés sur des sites stratégiques (comme la salle du Pin Galant), sorte de mini-vaccinodromes.
A plein régime, le centre de Mérignac pourra administrer 1 000 doses du vaccin Pfizer-BioNtech par semaine.
Il est bon de rappeler à qui voudrait voir l'armée tout faire dans ce pays (hum hum !) que le service de Santé des Armées ne représente qu'environ 1% du personnel médical français. Les forces comptent toutefois jouer leur rôle comme elles le font depuis un an (on se rappelle de la formidable logistique des premières semaines de l'opération "résilience") en administrant 50 000 doses de vaccins par semaine.
À Mérignac avec @gdarrieussecq pour saluer nos militaires à pied d'oeuvre pour faire fonctionner le centre de vaccination qui a ouvert ses portes ce matin. Merci à tous les services de l'État et aux collectivités locales engagés pour la vaccination des Français. pic.twitter.com/e7XQkycVB3
Ce mercredi 28 avril à 10h00, la DGA a conduit avec succès le tir d'un missile balistique stratégique M51 depuis le centre d'essais des Landes. Le dernier essai avait eu lieu depuis un SNLE en juin 2020.
Après un report de 24h en raison de vents capricieux, Thomas Pesquet et ses
compagnons ont décollé ce 23 avril, destination l'ISS. Ils y passeront les
six prochains mois, aventure que nous suivrons sans aucun doute avec
engouement et passion.
Ci-dessus: la Falcon9 de SpaceX sur son pas de tir de Cap Canaveral avant
le départ de Crew2.
C'est parti pour la mission Alpha ! Décollage réussi ce vendredi midi, heure
française, pour l'équipage de "Crew 2" sur la Falcon 9 de Space X en Floride.
Les 4 astronautes rejoignent l'équipage de la station spatiale internationale,
où après un passage de témoin, le Français Thomas Pesquet prendra à seulement
43 ans le commandement de la station orbitale.
Pour connaitre le détail de la mission de 6 mois de Thomas Pesquet à bord de
l'ISS, je ne saurais que vous conseiller le visionnage de cette excellente
(comme toujours) vidéo de la chaîne Hugo Lisoir:
En 2016 et 2017, Proxima, la première mission de Thomas Pesquet, avait été une
formidable réussite, pour lui comme... pour nous ! La communication (du CNES à
l'ESA, en passant par l'Elysée), suivie de la machine médiatique, s'étaient
mises en marche comme jamais auparavant, cette dernière même jusqu'à
l'overdose.
Oui oui c'est bien arrivé !
On nous annonce déjà une nouvelle campagne encore plus active, et l'ESA misant
pour commencer sur le fait qu'un de ses astronautes vole pour la première fois
avec SpaceX.
Cela, le spatial le mérite, tout comme les Français, notamment les plus jeunes
que les agences françaises et européennes ont la riche idée
d'impliquer à grande échelle. Profitons donc.
Loin des projecteurs en revanche, le spatial français risque gros
Si l'on doit être tout à fait honnête et exhaustif sur l'activité du
monde spatial ces derniers jours (nous vivons une année formidable n'est ce
pas), ce ne sont malheureusement pas les exploits du drone Ingenuity et du
rover Perseverance sur Mars, ou le choix du Starship comme atterrisseur
lunaire, qui attirent mon attention.
En effet, loin des caméras tournées vers la Floride et désormais l'ISS, se
joue un duel industriel fratricide entre Paris et Berlin, qui concerne la
politique européenne des lanceurs.
Tandis qu'un rapport gouvernemental français tire la sonnette d'alarme sur la
pertinence des choix concernant le programme Ariane 6
(encore et toujours plombé par le principe de retour géographique et ce malgré
les progrès considérables en terme de process industriels), et prônant
l'accélération radicale des innovations permettant au plus vite la
réutilisation dudit lanceur, Berlin réfute en bloc, et avance l'argument du
retour sur investissement (c'était on se rappellera, aussi le cas sur Ariane
5).
Divergence de vue ? De politique ? Pas simplement. Car dans le même temps, là où la France - en la personne du Président Macron - appelait à la coopération européenne sur les
micro-lanceurs, l'Allemagne elle, en finançait déjà plusieurs au sein de son
écosystème.
[note à moi-même: Aïe Aïe j'ai l'impression de parler d'un programme de
défense !]
Les micro-lanceurs représentent effectivement aujourd'hui un trou dans le
catalogue d'Arianespace, mais la Commission Européenne avait annoncé
qu'ils devaient faire l'objet d'une politique de coopération. Et voilà que ce
21 avril, on apprend qu'Airbus Defence & Spaceconfie un lancement en orbite basse à la société allemande Isar
Aerospace, dont le lanceur léger Spectrum sera opéré à partir de 2022, avec des
lancements depuis la Norvège.
On parle de coup de tonnerre, mais ayons l'honnêteté de reconnaitre que cela
était prévisible. Plusieurs sociétés allemandes ont reçu des financements
conséquents pour le développement de leur micro-lanceur. De même en Espagne,
et au Royaume Uni. Et tous comptent pouvoir accéder à l'orbite basse depuis
des sites différents et inédits, remettant en cause la sacro-sainte suprématie
du Centre Spatial Guyanais (note : mais tous négocient aussi avec le CSG).
Si l'on tente de résumer, le spatial français, alerté par les incertitudes du
programme Ariane 6 (qui demeure un lanceur moyen/lourd absolument nécessaire),
se fait aujourd'hui brusquement doubler sur ses flancs par le New Space
européen.
Le réveil s'annonce difficile, alors que des acteurs nationaux peinent à
exister dans l'ombre du totem Ariane.
A l'ère du New Space, si quelques brillantes pépites semblent en France
émerger et venir renforcer notre leadership sur le marché satellitaire
derrière Airbus DS et Thalès AS, il semble en revanche venu
l'heure de lancer les grandes manœuvres dans le secteur des
lanceurs.
La prise de conscience est néanmoins naissante. Les grands médias semblent
d'ailleurs avoir saisi les enjeux qui entourent la nouvelle donne
géostratégique du spatial, et la presse économique a même déjà commencé à
évoquer ces dernières heures un risque de relégation en 2ème division tant pour la
France que pour l'Europe. De plus, l'absence totale d'ambition sur le vol habité
made in Europe commence à irriter. L'ESA s'est bâtie sur un idéal de
coopération qui a donné des résultats formidables. Mais dans un contexte de
concurrence stratégique exacerbée, il en faudra peu pour que ces coopérations
soient sacrifiées par nos partenaires historiques.
Bonus 1 : une note enthousiasmante,
avec la prometteuse initiative Blast, qui vise à soutenir des projets de rupture chez les start-up du secteur ASD
français.
Bonus 2 ! Thomas Pesquet et l'ESA ont délivré quelques schémas décrivant le plan de
vol:
Le GIFAS présentait les résultats 2020 de la filière aérospatiale nationale. Comme attendu, la crise est là et seul le secteur défense semble tenir le choc.
Ci-dessus: le salon du Bourget 2021 a été annulé. La prochaine édition aura lieu en juin 2023
La crise sanitaire mondiale a sinistré l'ensemble des activités aéronautiques et spatiales, ce n'est un secret pour personne. Mais les chiffres font mal, tout de même. Une chute d'activité de 36% (ou 28% du CA des 400 membres du GIFAS) pour un secteur clé de l'économie française, habitué à performer.
Surtout, les prises de commandes se sont, elles, effondrées de 53 %, à 28,2 milliards d’euros.
Les activités de défense, essentiellement dépendantes de la commande publique, ne baissent que de 3%, à 16,5 milliards d’euros, mais le spatial français, déjà en plein questionnement sur sa stratégie, encaisse dur, avec 25% de chute de CA (,3,2 milliards).
L'emploi a tenu (-4%, 8000 postes quand même), en grande partie grâce au soutien de l'Etat, mais également car les entreprises ont dû bâtir une stratégie pour ne pas laisser filer les compétences. Toutefois, la perte représente l'effacement de 10 années fastes de recrutement. Terrible symbole.
Comme souvent dans des cas de crise, les grands donneurs d'ordres ont contracté leur activité, se sont repliés sur eux-mêmes, et les premières victimes furent les sous-traitants les plus fragiles, en vérité les plus dépendants et moins diversifiés.
Il s'agit pourtant d'un mantra répété depuis des années, mais pas assez suivi. Le manque de clients export, le manque de catalogue et d'activité duale, devient dangereusement fatal au moment où la crise frappe.
Deux grandes régions sont naturellement concernées: Aquitaine et Occitanie. Pas assez d'ETI, trop de PME. Une politique de regroupement pourrait rapidement revenir sur la table avec les élections régionales.
La crise, jusqu'à quand ?
Telle que se présente la situation sanitaire, et l'on se basera essentiellement sur les campagnes de vaccination, il ne fait aucun doute, qu'au mieux, les pays industrialisés (USA, Europe et une partie de l'Asie, + les Etats insulaires à faible population) vivront un certain temps en circuit fermé, eux seuls ayant atteint d'ici l'automne une immunité suffisante.
Soyons donc clair, il n'y a aucune perspective d'amélioration pour l'aviation commerciale avant la fin de cette année. Une remontée en puissance du trafic peut être envisagée durant l'année 2022, pour un retour à la normale en 2023... au mieux.
Dans ce contexte, il y a, encore, un écueil : cette tendance - politique - désagréable qu'est l'avion-bashing. Un comble quand on connait les prouesses d'innovation du secteur aérospatial, et ce particulièrement quand il s'agit de réduire la consommation de carburant. La crise aura néanmoins permis de lancer des plans sur l'hydrogène et les batteries, en espérant des percées et ruptures technologiques.
Mais c'est peut-être bien selon moi sur le plan de l'emploi qu'il va falloir programmer un plan de relance pour la reprise à horizon 2023/24. Paradoxe, alors que la filière surperformait durant la dernière décennie, elle avait déjà du mal à recruter. Car la France ne manque certes pas d'ingénieurs non, mais elle manque en revanche d'ouvriers. Et ce massivement.
C'est pourquoi il apparait désormais absolument stratégique de planifier une politique de recrutement et surtout de rayonnement d'envergure - a minima - régionale pour la filière.
Le ministère des Armées a confirmé la commande de 8 hélicoptères Caracal auprès d'Airbus vendredi à Marignane. Il s'agit d'un achat financé par le plan de relance aéronautique, qui voit un avancement des opérations de la Loi de Programmation Militaire.
Ci-dessus: dernière campagne de certification pour le ravitaillement des Caracal par A400M - Airbus
Attention, aucune annonce fracassante ici ! Il s'agit de la commande ferme effectuée par le MINARM ce 16 avril à Marignane chez Airbus Helicopters, où la ministre Florence Parly se rendait. Commande qui avait été annoncée l'été dernier dans le cadre du plan de relance aéronautique (décidé en raison de la crise sanitaire).
Pour un montant de 300 millions d'euros, l'armée de l'Air et de l'Espace va pouvoir envisager le retrait de ses Puma, notamment ceux basés à l'Outre-Mer. Ils seront remplacés par des H225M "Caracal", avec des capacités autrement plus performantes.
A noter que 2 appareils viennent combler des Caracal perdus en opération. 12 autres seront probablement commandés par la suite, possiblement en location auprès d'Airbus Helicopters.
Les appareils seront livrés en 2024 et 2025, et leur commande permet de pérenniser 960 emplois chez Airbus, Thalès, Safran et les sous-traitants.
Ce n'est pas tout puisque la DGA va également avoir droit à un deuxième prototype de drone SDAM, futur vecteur de la Marine Nationale doté d'un rayon d'action de 185km et de 10h d'autonomie.
Le ravitaillement en vol c'est pour bientôt !
✅ The Airbus #A400M new generation airlifter has conducted a major helicopter air-to-air refuelling certification campaign in coordination with the @DGA, completing the majority of its development and certification objectives.@AirbusHeli 🔗 https://t.co/Zu4OatlrzYpic.twitter.com/bTkdaZNPmy
Airbus a annoncé ce lundi 19 avril avoir bouclé la plus grande partie de la campagne française de certification de l'A400M concernant la capacité de ravitaillement en vol des hélicoptères. 81 contacts ont été réalisés avec deux hélicoptères H225M Caracal de l'armée de l'Air, permettant le transfert de quelques 6,5 tonnes de carburant.
La capacité est attendue en fin d'année dans les forces.
Nexter a surpris son monde cette semaine en présentant ASCALON, un concept de canon allant jusqu'au 140mm et destiné à traiter les menaces lourdes actuelles et futures. Une annonce surprenante quand on sait que les Allemands, avec lesquels l'industriel français est engagé sur le programme MGCS, ne veulent entre parler que de calibre 130mm.
Avec le visuel dévoilé cette semaine (et visible ci-dessus), le champion français du terrestre, Nexter, présente le concept ASCALON: Autoloaded and SCALable Outperforming guN.
ASCALON se veut, selon les dires de son concepteur, «destiné à traiter les menaces lourdes de dernière génération tout en permettant d’anticiper les menaces du prochain demi-siècle ». Il met « à profit sa longue expérience du canon lisse de 120mm du char Leclerc, sa maîtrise des munitions télescopées ainsi que la maturité atteinte lors des tirs réalisés avec un calibre de 140mm ».
On parle donc ici d'un nouveau concept d'armement pour chars du futur, allant jusqu'au calibre de 140 mm, et disposant d'une puissance de 13 mégajoules, d'un « large choix d’effets terminaux », de munitions télescopées compactes et intelligentes pour des tirs directs ou indirects, de chargement automatique (évidemment), d'un recul permettant d'intégrer l'arme sur des blindés de moins de 50 tonnes, d'un effet blast maîtrisé (consultez la fiche de présentation).
L'industriel l'annonce mature à horizon 2025.
Cette annonce est elle si surprenante ? Nexter évoque une architecture ouverte conçue pour servir de base dans le cadre du programme franco-allemand MGCS, qui - sous direction allemande - doit comprendre rappelons le, un MBT successeur des chars Leopard 2 et Leclerc, ainsi que d'autres plateformes, dont des robots.
Toutefois, on a pu lire de relativement abondants débats doctrinaux ces derniers mois qui opposaient Français et Allemands sur le choix du calibre principal futur. Pour résumer, Nexter pousse pour un 140 mm (testé avec succès sur Leclerc "Terminator", avec un gain en puissance de feu de 70%), face à des industriels allemands qui prônent eux l'évolution du 120 mm vers le 130 mm.
Avec ASCALON, Nexter se présente donc, très en amont, avec un concept de rupture qui contredit ce qu'on a pu entendre ou lire jusque là. Alors, coup de force médiatique visant à démontrer la supériorité de l'innovation française face aux solutions prônées outre-Rhin ? On aurait tendance à le penser.
ASCALON s'impose quoiqu'il arrive comme un concept très prometteur pour de futures gammes de blindés.
Les forces spéciales Terre se sont entraînées en Côte d'Ivoire, avec un contingent plutôt inédit pour la période. L'occasion de retrouver un climat équatorial, peu pratiqué ces dernières années.
Images: Mathieu Houadec pour la Rep des Pyrénées/ COM CFST - Articles à découvrir ICI & ICI
Quelques médias ont pu suivre un exercice de tir important en Côte d'Ivoire. Ce dernier impliquait notamment trois hélicoptères du 4ème RHFS: un Tigre, une Gazelle (M134), et un Cougar. Ainsi que des opérateurs SAS du 1er RPIMa.
Nous nous étions habitués au même décor: du sable, du sable, encore du sable. Aussi ces images en milieu équatorial donnent un sentiment de... moiteur n'est ce pas ? Milieu africain peu entrevu depuis Sangaris en RCA (2013-2016), parmi les opérations successives d'Afghanistan, Sahel, Libye, Levant... mais milieu qui a largement marqué les OPEX françaises jusqu'au début des années 2000, et la Côte d'Ivoire justement.
Ce déploiement relativement conséquent - dans une période de fort engagement - montre un réel effort de la part du COS. L'entraînement vient précisément répondre aux besoins futurs de projection dans un court préavis.
Il a impliqué 60 personnels en tout. Le 4ème RHFS avec 3 hélicoptères donc, une patrouille SAS de la 3e compagnie du 1er RPIMa, et la compagnie de commandement et de transmissions des forces spéciales.
Il s'agissait, outre l'action de déploiement rapide (à peine plus de 24h depuis le départ de France des hélicoptères par Antonov), de démontrer la capacité à aller au feu sur cet immense champ de tir de Lomo Nord en RCI.
Retour en France et dans le sud-ouest ces jours-ci, où 3 régiments du CSFT (4e RHFS + 1er RPIMa + 13e RDP) participent au grand exercice Athena. On en reparle.
La France compterait proposer le Rafale dans le marché de renouvellement de la chasse ukrainienne. Une ambition qui semble compliquée à réaliser dans un contexte stratégique très tendu qui favorise largement les matériels américains.
La crise ukrainienne a déjà par le passé impacté les contrats d'armement français, lorsque François Hollande annulait en 2014 la vente des navires Mistral à la Russie. Une mesure de rétorsion après l'invasion de la Crimée.
Nouvel épisode en vue avec l'information largement diffusée il y a une dizaine de jours. La France tenterait de placer le Rafale en Ukraine, Kiev devant remplacer sa flotte de chasseurs d'origine soviétique, constituée de Mig-29, Su-24, Su-25 et Su-27. Ce plan « Air Force Vision 2035 » représenterait un marché de 30 à 45 appareils, pour 7,5 milliards d’euros.
Selon plusieurs sources, ce marché pourrait intéresser les Américains bien sûr, mais également les Suédois avec le Gripen de Saab, et les Français avec le Rafale de Dassault Aviation.
Alors le Rafale a t'il ses chances ? Oui selon l'Elysée, qui voit en Ukraine un créneau pour l'offre française, moins marquée "OTAN" que l'offre américaine probablement constituée de F-16v et F-18.
Car la géopolitique s'en mêle, effectivement.
On peut affirmer sans ciller qu'un bon pourcentage des marchés d'armement - et particulièrement les chasseurs - sont conclus dans un cadre plus politique qu'opérationnel. A moins que cela serve simultanément ce double-objectif, comme c'est le cas du Rafale en Grèce, qui fait pour cette dernière à la fois office de mesure de réassurance, et de gain capacitaire.
Et on ne le sait que trop bien en France, l'Europe de l'Est demeure la chasse gardée des Américains (cf les affaires polonaises).
Dans notre cas ukrainien, tous les feux sont rouges en l'occurrence. Le contexte est extrêmement tendu ces dernières semaines, à coup de manœuvres militaires aux frontières du Donbass sécessionniste. Les dirigeants à Kiev jouent pleinement la carte du rapprochement avec Washington et l'OTAN (dont elle n'est pas membre rappelons le !).
Enfin il y a aussi le problème des garanties financières, que Paris devrait assumer, comme c'est souvent le cas avec ce type de client "fragile".
Vous l'aurez compris, il ne semble pas y avoir la place pour autre partenaire que les Etats-Unis en Ukraine. La France y a certes déjà remporté des marchés de défense, mais pas d'une telle ampleur. De plus, Washington y veillera d'une part, afin d'y garantir ses marchés quasiment "captifs". Et d'autre part, Kiev semble obstinée à suivre cette voie atlantiste, et donc à ne pas emprunter celle d'un partenariat avec la France, partenariat probablement plus mesuré face à Moscou.
En conclusion, mettons d'ores et déjà une pièce sur la vente du F-16 Viper en Ukraine.
Rassemblement inédit de robots dans l'armée de Terre ces 30 et 31 mars, à l'initiative du CREC. Les constructeurs Nexter et Shark Robotics ont eu l'occasion de faire monter au front leurs robots sur le camp de Coëtquidan. Un exercice source de riches enseignements, avant un futur bouleversement doctrinal ?
Images publiées sur les réseaux: Challenges, Ouest France, Nexter et Shark Robotics, et l' EMIA.
Des images qui ont attisé la curiosité des historiques la semaine dernière sur le site de l'EMIA (école militaire inter-armes) de Saint-Cyr. Une petite invasion de robots, et pas n'importe lesquels, puisque parmi les plus modernes du monde.
Nexter et Shark Robotics ont effet répondu présent pour un exercice piloté par le CREC (centre de recherches des écoles de Coëtquidan), consistant durant deux jours à évaluer le soutien que pouvaient apporter les robots terrestres en environnement urbain.
Les expérimentations se sont déroulées selon trois scénarios: une action offensive, une action défensive (jour & nuit), et une action de combat urbain. Tous les scénarios ont été joués deux fois, avec et sans robots.
Ci-dessous en vidéo, un reportage de Ouest-France:
Nexter alignait une nouvelle fois le Themis (de l'estonien Milrem) surmonté d'un tourelleau de 20mm maison, le petit Nerva déjà bien connu et commercialisé, ainsi qu'une nouveauté, une mule électrique dénommée ULTRO capable d'emporter 600 kg.
Shark Robotics déployait de son côté sa mule Barakuda (connue elle depuis 2019) qui comporte de plus en plus d'options de matériels embarqués, dont notamment ce bouclier visible sur les photos.
L'autre star emmenée par la société rochelaise, c'est bien sûr le petit quadripède SPOT de l'américain Boston Dynamics, que Shark distribue en Europe depuis la crise sanitaire (voir lien ci-dessous). C'est la première fois qu'on peut le voir évoluer en France avec des forces combattantes.
L'ensemble du panel montre une force relativement homogène pour des débuts, le Thémis offrant l'essentiel de la puissance de feu avec son canon de 20 mm.
Pour les constructeurs français comme étrangers présents, il s'agit a priori d'une chance de pouvoir travailler avec une armée aussi opérationnelle que l'armée de Terre française.
Si l'idée est bien d'évaluer les apports possibles de ces machines (soutien, couverture, reconnaissance), il s'agit également d'en déterminer les faiblesses. L'autonomie est un exemple.
On notera que contrairement à d'autres domaines (hum les drones hum !), l'armée de Terre progresse vite dans ses expérimentations (aussi en cours à l'AID), semblant vouloir développer une doctrine en matière de robotique de combat terrestre dans un délai relativement court.
France et Europe possédant quelques pépites émergentes en la matière - qui attisent les convoitises - il s'agirait d'en profiter pleinement et de saisir les opportunités pour cette future branche du combat mécanisé.
Plusieurs médias annoncent ce vendredi que Dassault Aviation et Airbus ont réussi à conclure un accord de principe sur le futur avion de combat du SCAF européen. Le dossier revient dans la main des trois Etats partenaires au programme pour une avancée significative attendue ce printemps.
Ci-dessus: montage maison sobrement intitulé "SCAF-tête", à partir d'un visuel Dassault Aviation
Ce blog a fait le choix de ne pas trop commenter le débat actuel sur les décisions à prendre - ou ne pas prendre - concernant le programme SCAF (système de combat aérien futur). Un débat presque déraisonné et surtout largement pollué par certains groupes d'influence.
Si l'on résume toutefois les dernières semaines, il était question de la signature de la phase "démonstrateur" qui aurait dû intervenir en début d'année. Des blocages ont rapidement été dénoncés côté allemand, et français.
Le contentieux aurait principalement porté sur les partages de technologies de la pièce maîtresse du SCAF, à savoir le futur avion de combat franco-allemand-espagnol. Dassault Aviation ayant préalablement été désigné maitre d'œuvre, l'entreprise se refuse légitimement à céder certains éléments de propriétés intellectuelles, fruit de décennies d'histoire industrielle. De surcroît l'arrivée de l'Espagne (fortement "imprégnée" par Airbus) dans le programme a encore compliqué l'équation, Madrid réclamant a priori trop de charge de travail.
Le climax intervenait alors à Paris début mars, lors des auditions parlementaires des représentants de groupe (Eric Trappier, PDG, pour Dassault Aviation, et Antoine Bouvier, Directeur de la stratégie, pour Airbus Defence & Space), Dassault mettant une pression importante sur les négociations en citant des exigences allemandes inacceptables, et même l'existence d'un plan B moins ambitieux... là où Airbus préférait jouer à 100% sur la fibre de la coopération européenne. Sous entendu, il n'y a aucun plan B, et celui-ci est le seul que nous ayons. Airbus a notamment démenti l'information rumeur selon laquelle il aurait voulu son propre démonstrateur issu de l'Eurofighter.
Pour compliquer les choses, ajoutons à cela la crise sanitaire, et un calendrier politique allemand contraint pour les futures élections (un potentiel changement de majorité post-Merkel menaçant l'existence même des coopérations ?).
Mais tout dernièrement, tandis que commentateurs "es réseaux sociaux", quelques médias ou lobbys enterraient le SCAF bien promptement, des bruits de couloirs faisaient finalement état d'un accord possible.
C'est donc chose faite ce 2 avril, avec l'accord des deux industriels, qui remettent le dossier dans les mains du politique. A Paris, Berlin et Madrid d'évaluer désormais l'offre des industriels pour cette phase de démonstrateur. Pas plus de commentaire officiel à ce stade, mais le cabinet de la ministre des Armées promet une prise de parole prochaine. Attendons tous les détails sur la résolution de cette équation donc, mais il en va d'un intérêt commun que les choses avancent.
Conséquence du retard pris dans ces négociations (il y en aura d'autres), on sait que le démonstrateur ne verra pas le jour en 2025, comme prévu initialement, mais au mieux en 2026.
SCAF est un ambitieux programme de coopération. Mais plus encore, c'est un programme stratégique et structurant pour l'intégralité des acteurs, que l'on parle en toute évidence de militaires français très opérationnels en comparaison de leurs partenaires européens (+ les particularismes de l'aéronavale et de la dissuasion nucléaire), de Dassault Aviation qui joue ici l'après Rafale, ou Airbus l'après Eurofighter mais aussi et surtout peut-être toute une famille de nouveaux aéronefs (le effecteurs déportés). Sans même évoquer l'architecture du système de combat, les motoristes et intégrateurs, la place du SCAF dans l'OTAN...
Rien n'est donc simple et d'autres crispations interviendront, d'autant plus quand nous commencerons à parler, tout prochainement, en milliards d'euros.
Mise à jour n°1 (7 avril): les motoristes Safran et MTU ont trouvé un accord sur le pilier moteur du programme SCAF et ont remis une offre aux Etats. L'industriel espagnol ITP ne l'a pas signée. On y apprend que le démonstrateur du NGF sera propulsé par des M88 (le moteur du Rafale) "améliorés".
Mise à jour n°2: le Sénat français se félicite de l'accord et du rôle des auditions dans les négociations.