vendredi 16 octobre 2026

La base aérienne de Cazaux va accueillir un escadron de drones de bombardement


L'armée de l'Air et de l'Espace annonce la création cet automne de deux nouveaux escadrons, respectivement dédiés à la très haute altitude, et aux drones de bombardement. Ce dernier s'installera sur la base aérienne 120 de Cazaux, et sera doté dans un premier temps du DELUGE de MBDA. 

Illustrations : le DELUGE saturera les défenses, ouvrant la voie aux frappes de précision - MBDA. 


Vus depuis plusieurs années dans la guerre Ukraine, ou au Moyen-Orient, les drones kamikazes aux propriété rudimentaires révolutionnent la guerre aérienne, permettant par effet de masse de saturer les systèmes de défense les plus perfectionnés. Un constat qui n'échappe pas aux forces françaises qui ont eu à lutter contre ces drones -iraniens- aux Emirats Arabes Unis l'hiver dernier. 

Probablement facilité par la présence non loin du champ de tir de Captieux, ou simplement par le fait que Cazaux fasse partie des infrastructures clés des expérimentations dans l'armée de l'Air, c'est la base aérienne 120 qui s'apprête donc à accueillir le premier escadron français spécifiquement dédié aux drones de bombardement, a t-on appris ce jeudi 15 octobre. 

Mais encore, son premier système de combat sera à partir de l'été 2027 le drone DELUGE (ex "One Way Effector") de MBDA, un drone kamikaze shahed-like (ou plutôt Geran-like si l'on se fie à la propulsion par turboréacteur) de 4 mètres d'envergure et de 500 km de portée, ce que le Chef d'Etat-Major de l'armée de l'Air et de l'Espace appelle "la petite profondeur". 

L'appareil, présenté en 2025 seulement au Bourget, et annoncé comme low cost, emporte plus de 40 kg d'explosif à 400 km/h, et peut évoluer dans un environnement GNSS brouillé.



Tel que semble le concevoir aujourd'hui l'armée de l'Air, ce drone kamikaze sera employé par salves de quelques dizaines d'unités, en combinaison avec des missiles de croisières plus classiques (plus précis, plus destructeurs, mais bien plus onéreux). Car en effet, si Déluge porte bien son nom, c'est par sa capacité de saturation des défenses aériennes ennemis. 

Il est à ce stade question d'une commande de quelques centaines de ces drones, 500 probablement, qu'il s'agira pour ce nouvel escadron d'expérimenter d'ici un an aux côtés des autres vecteurs des forces aériennes (avions de combat compris). Ou en interarmées par ailleurs. 

Et afin de bénéficier d'une production de masse -et à bas coût- MBDA pourrait s'associer avec le sous-traitant automobile Forvia, au moins pour les premiers 500 exemplaires. Il est question de fabriquer à terme 1 000 Déluge par mois, et de les exporter. 

A l'avenir, l'armée de l'Air devrait également accueillir le système CHORUS que Turgis&Gaillard devrait pouvoir produire aux côté du groupe Renault. Cet autre drone kamikaze pourrait lui frapper dans la grande profondeur, jusqu'à 3 000 km. 

A noter enfin qu'outre la création d'un autre escadron dédié à la THA (très haute altitude), qui sera lui doté dans un premier temps de ballons stratosphériques, l'armée de l'Air et de l'Espace prépare aussi le lancement d'un troisième escadron, spécialisé dans la lutte anti-drones, ou plus exactement la chasse anti-drones... avec des drones tueurs de drones. 


vendredi 11 septembre 2026

Le lanceur « Baguette One » de HyprSpace décollera de Biscarrosse en 2027

Au lendemain du Sommet International de l'Espace de Paris, la Ministre des Armées, la Direction générale de l'armement, et HyprSpace confirment officiellement que le premier tir du lanceur "Baguette One" de la start-up se fera depuis le Centre d'essais des Landes, près de Biscarrosse, en 2027. Ce lancement, qui sera suborbital, marque l'émergence historique des essais spatiaux civils et privés depuis la métropole.

Ci-dessus: vue d'artiste du démonstrateur Baguette One - HyprSpace.


La nouvelle est enfin officialisée. Les autorités militaires (Ministre, DGA, AID) ont confirmé que la DGA Essais de Missiles accueillera en 2027 au Centre d'essais des Landes le premier lancement de la start-up bordelaise du new space, HyprSpace. Le CNES est également de la partie. 

Le lanceur "Baguette One" est suborbital. Il préfigure d'une version orbitale dénommée "OB-1", microlanceur avec 250 kg de capacité de charge utile qui suivra l'année suivante (à Kourou ?). Si Baguette One servira donc de baptême du feu pour la société, qui enchaine toutefois les essais moteur réussis, ce qui devra valider son pari technologique audacieux (et breveté) en faveur d'un moteur hybride associant des carburants solides et liquides à très bas coût. 

De plus, HyprSpace vise désormais un marché aujourd'hui sous exploité des essais technologiques suborbitaux (expériences en microgravité, tests hypersoniques ou balistiques), marché qui intéresse notamment les militaires de nombreux Etats (Europe, OTAN…).

Cette annonce demeure unique dans le paysage du new space français et même européen, puisque HyprSpace est la seule start-up du secteur des lancements à avoir aussi profondément collaboré avec les autorités militaires. Un partenariat aussi rendu possible par le voisinage des deux entités au sein de l'écosystème girondin/aquitain, où la DGA dispose d'une formidable héritage en matière d'essais pyrotechniques. 

Précisons également que l'opération -autrefois espérée fin 2026/début 2027- se fera a priori au second semestre, alors que Biscarrosse accueillera aussi l'année prochaine les essais de la fusée sonde SYLEX (Système de Lancement d'Expériences) d'ArianeGroup, en version deux étages, ce qui devrait inaugurer une nouvelle campagne d'expérimentations dans le cadre du programme de planeur hypersonique V-MAX.

Notons enfin que HyprSpace inaugurera sa nouvelle usine du Haillan au début du moins d'octobre prochain.   


mercredi 9 septembre 2026

Record pour l'Europe spatiale, The Exploration Company lève 450 millions de dollars

 

La start-up du new space The Exploration Company annonce une troisième levée fonds. Celle-ci constitue même un record pour le spatial en Europe, puisqu'elle s'élève à la somme impressionnante de 450 millions de dollars (387 millions d'euros), faisant de la société franco-allemande la première dans son domaine à mobiliser autant de fonds privés lors d'un troisième tour de financement. 

Ci-dessus : les travaux avancent sur le capsule Nyx à Munich - The Exploration Company. 


Alors qu'elle s'impose commune une des figures du Sommet International de l'Espace (elle a été nommée Envoyée Spéciale par le Président de la République pour l'occasion, aux côtés de Thomas Pesquet) qui débute ce mercredi à Paris, Hélène Huby peut se féliciter de diriger l'une des start-ups du new space les mieux financées en Europe, avec un cumul de 680 millions de dollars depuis sa création en 2021 (la première étant l'allemande Isar Aerospace, qui vient de faire voler son lanceur spectrum ce 5 septembre depuis la Norvège. Celle-ci a levé près de 800 millions). 
Avec cette nouvelle levée de 450 millions de dollars annoncée ce mardi 8 septembre, The Exploration Company réalise surtout un record continental dans le spatial, « la plus importante série C jamais réalisée par une entreprise européenne ». Un type de montant que l'on a effectivement plutôt tendance à voir dans le new space américain. 

Et justement, si The Exploration Company s'est longtemps vantée de se financer sur le continent, les fonds anglo-saxons jouent cette fois un rôle majeur avec Bessemer Venture Partners (US) et  Atomico (GB).

Enfin, à la veille du Sommet de l'Espace, le communiqué de la start-up mentionne les félicitations du Président Macron, ainsi que celles de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce qui ancre encore davantage la société dans son empreinte binationale (une stratégie affirmée et confirmée). Ses 550 employés sont en effet à la fois basés à Munich, à Bordeaux… et désormais même, à Turin.


Sur le voie de SpaceX ?

Dans les faits, cet argent (sans oublier les 2 milliards qui emplissent le carnet de commandes de l'entreprise) va contribuer à l'aboutissement du développement de la capsule Nyx dans toutes ses versions, destinées en premier lieu au cargo vers l'orbite basse (ISS, stations privées…), possiblement la Lune, et qui transporteront peut-être un jour des être humains.

Aussi et surtout, et comme on le pressent depuis le début de cette année 2026 et la tentative avortée de rachat du britannique Orbex, alors en faillite, The Exploration Company et Hélène Huby ne cachent plus leur ambition de contribuer à l'élaboration d'un futur lanceur super-lourd européen réutilisable, capable d'envoyer a minima 40 tonnes vers l'orbite basse (soit deux fois la capacité d'une actuelle Ariane 6.4, et similaire à la New Glenn de Blue Origin). Cela passera par la mise au point, avec le soutien de l'ESA, de Storm, un moteur-fusée au méthane à 180t de poussée produit selon les nouvelles normes de l'industrie 4.0 comme l'impression 3D, et donc conçu pour sortir en grande série, tel le Raptor de SpaceX.  

SpaceX, qui est bien le modèle de The Exploration Company, car tout en effet transpire l'ambition dans le discours de l'entreprise [il faut le voir/l'entendre pour le croire], à qui la dirigeante tente tout de même de donner une direction plus teintée de valeurs "européennes" (éthique, durabilité, coopération…). 
Mais au delà de la politique, il est aisé de deviner que l'enjeu est avant tout industrielle, avec pour but de bâtir -ou d'acquérir- rapidement toutes les briques de la chaîne de valeur du transport spatial.


lundi 3 août 2026

Incendie de Gironde (et des Landes) : dans le "Smog" de l'information


42 000 hectares parcourus, dont 38 000 pour le seul incendie de Gironde, 240 habitations détruites, 3 300 pompiers engagés, ainsi que 24 moyens aériens. Mais encore, outre les services de sécurité (Police, Gendarmerie soit 1 200 personnels) et de santé, 1 500 militaires dont des moyens lourds du génie, un drone MQ-9 Reaper, et bien sûr, ce fameux A400M. Cette démesure suffit à elle-même pour retranscrire la dimension historique de ce méga-feu, un terme désormais entrée dans le commun de notre actualité à l'heure de changement climatique. Une opération dantesque qui n'aura malheureusement pas été avare en dysfonctionnements informationnels… 

Ci-dessus : première intervention de l'A400M avec son kit de largage - ministère des Armées. 


A J+13, le méga-feu de Gironde, dit "de Saumos" (sa commune de départ le 22 juillet), est officiellement fixé. Et l'entièreté des évacués a été autorisée regagner leur logis. Enfin. Gageons que grâce à la lutte acharnée des moyens massifs engagés, français comme étrangers, le pire est désormais derrière nous, en particulier pour les 220 000 personnes qui ont été touchées d'une façon ou d'une autre par le sinistre, sans même parler des millions d'autres qui ont subi le passage des fumées dans le Département et une grande partie du territoire national.  

Quatre ans à peine après le traumatisme des méga-feux de La Teste et Landiras, rendons évidemment hommage aux sapeur-pompiers venus de partout en France et en Europe (mécanisme RescUE), dont 330 ont été blessés, ainsi qu'aux pilotes de la Sécurité Civile, de l'armée de l'Air, des forces étrangères (Allemagne, Pologne, Slovaquie, Republique Tchèque, Suisse, et même Ukraine), ou encore d'entreprises privées arrivées de Suède, de Turquie, d'Afrique du Sud, ou d'Australie. 
Comment oublier aussi, outre les services de l'Etat, la société civile mobilisée comme jamais: ce sont les agriculteurs, et tous les bénévoles qui ont joué un rôle essentiel dans cette crise, que ce soit sur la zone d'intervention, dans les salles d'accueil pour évacués bien au delà de Bordeaux, ou jusque dans les refuges pour animaux. 

Intégrés à cette incroyable mobilisation, et l'incendie de Gironde étant rapidement devenu un énième symbole de cette planète en sruchauffe, ce sont également au plus fort de la crise une trentaine de médias du monde entier (et probablement bien davantage par la suite, une fois qu'une multitude de micro-médias avait pu rejoindre la zone) qui a investi la zone de feu. Une couverture qui aurait dû être synonyme de traitement correcte de l'événement. Cela n'a pas vraiment été le cas. 

Photo de remerciement aux agriculteurs postée par le Porte-parole des sapeurs-pompiers le 3 août.


Moyens aériens : polémiques et A400M Circus

Pour nous qui avons suivi de près l'intervention sur les méga-feux régionaux de l'été 2022, la problématique de la modernisation de la flotte d'avions bombardiers d'eau de la Sécurité Civile est bien connue. 
En quatre ans, nous avons ainsi vu se développer la proposition d'Airbus concernant le kit de largage pour l'A400M. Nous avons vu les maigres progrès de DHC au Canada, qui n'arrivera finalement -et malgré les commandes- à relancer la production (un grand mot quand on sait à quel point ces assemblages sont faits de façon artisanale) de Canadair qu'en cette fin d'année, pour des livraisons à l'Europe bien tardives, et au compte goutte. Nous avons vu des entreprises comme Hynaero (celle-ci ayant été fondée à Bordeaux avant déménager à Istres) ou Kepplair Evolution et Positive Aviation (à Toulouse, tous les deux pour une modification d'un ATR-72) proposer leur solution nationale, sans qu'à ce jour, ni le politique, ni les investisseurs privés, ne s'engagent à les financer. L'absence de rentabilité sur un si petit marché continue en effet de dicter sa loi. Il faudra pourtant bien que nous, européens, nous décidions à prendre notre destin en main sur ce sujet.

De cette polémique a découlé une ubuesque séquence "A400M", alors que le seul kit de largage (pour 20 tonnes de produit retardant) disponible était encore en phase de qualification dans l'armée de l'Air et de l'Espace. Sous la pression politico-médiatique (venant de tout bord), le Président de la République demande au Premier Ministre d'accélérer le processus et de mettre à disposition l'appareil  dès le samedi 25 juillet. Une intervention -depuis Istres, le pélicandrome de Bordeaux ne pouvant assurer son rechargement en retardant- suivie et commentée en direct par l'ensemble des médias nationaux d'information continue, et par une partie du grand public puisque le plan de vol de l'avion était disponible sur les applications de suivi du trafic aérien.
Une intervention qui, sans la moindre surprise, n'aura pas réellement changé la donne opérationnelle, mais aura constitué un affichage pour le politique et l'industrielle. La fameuse "première mondiale" reprise par les médias du monde entier, pendant que, naturellement, en France, l'action était finalement jugée bien inutile par les mêmes qui la réclamaient trois jours plus tôt. L'idole A400M était déjà brulée.  

Plus concrètement, l'Airbus A400M, qui a largué samedi et lundi seulement, aura possiblement causé plus de tracas que de solutions, une bonne partie des observateurs signifiant que la manœuvre était non seulement dangereuse pour l'appareil et son équipage, mais également pour tout le dispositif aérien, très concentré dans la zone (visiblement de réels problèmes de coordination -ou de déconfliction dirait-on sur un théâtre de guerre- entre l'armée de l'Air et la Sécurité Civile). Néanmoins, des kits devraient bien être commandés par l'Etat à court terme.

Il n'en demeure pas moins en effet que l'opération s'inscrit comme le plus grand déploiement de moyens aériens d'intervention de l'histoire en France, durant lequel le grand public se sera découvert un petit favori: le Air Tractor AT-802 utilisé par des entreprises privés, véritable bête de somme. Une vraie prouesse à saluer, quand on constate par ailleurs (en Grèce malheureusement ce dimanche 2 août) la complexité, et donc le risque engendré, d'un tel exercice. 

Enfin, nous noterons quelques couacs de communication du coté de la Sécurité Civile (responsables, pilotes, ou syndicats) avec notamment des déclarations contradictoires concernant la prestation fournie par Sabena Technics sur la maintenance des Canadair, ou la volonté de se doter de capacités d'intervention nocturnes…


Donnée satellitaire open source… et déficit d'analyse

Un autre volet qui aura dû attirer l'attention durant la crise concerne lui l'accès aux données spatiales. En quelques jours, les médias et le grand public se sont en effet appropriés des outils de surveillance, non seulement de la météo, mais aussi et surtout des feux de forêt utilisant des sources ouvertes. Le premier de ces outils est le FIRMS (Fire Information for Resource Management System) de la NASA, mais nous pourrons aussi citer EFFIS (European Forest Fire Information System), Windy (pour l'évolution des vents), ou plus simplement Google Maps et son option de surveillance des catastrophes (capture ci dessous). 


Cet accès aux ressources de grandes agences publiques est précieux, comme en témoigne l'émergence aussi rapide que massive d'applications grand public mises à disposition par des anonymes doués en informatique ou en utilisation de l'IA (avec parfois ses erreurs grossières de cartographie) dès les premières heures de la catastrophe. 

Le problème ne vient cependant pas de la disponibilité de cette information brute, mais de son traitement. Rappelons d'ailleurs que cet accès à la donnée n'est garanti que par le soutien des Etats à la science et leur volonté de transparence, ces deux éléments étant aujourd'hui remis en cause par l'administration Trump, qui va par exemple, pour des raisons stratégiques, jusqu'à faire pression ces derniers jours sur l'Union Européenne pour qu'elle retarde la publication des données satellitaires du programme Copernicus.
Mais sans compétences analytiques bien spécifiques, il n'aura pas fallu attendre bien longtemps avant qu'une multitude de pages Facebook abreuve directement, ou par le biais de leurs inscrits, les fils d'actualité en images satellites censées montrer l'évolution du sinistre heure par heure, avec pour résultat une dangereuse quantité d'interprétations divergentes. Cela fut vrai en particulier pour la détection des "points chauds" par la NASA, systématiquement assimilée par les internautes à de feux en activité. Or, ces mêmes internautes étaient souvent des riverains des communes touchés, connaissant à la perfection chaque route, parcelle, lotissement…et étaient donc de ce fait facilement sujet à la panique face ces cartes livrées à l'état brute, sans le traitement approprié.  

L'expertise en la matière demeurant déjà une denrée rare dans le monde professionnel, y compris militaire, on pardonnera volontiers cette découverte "à la dure" de l'imagerie satellitaire. L'amateurisme est en revanche moins pardonnable lorsqu'il s'agit de rédactions de grands médias parisiens, qui sont pourtant désormais habituées à mettre de l'image satellite partout, jusqu'à l'outrance… et devraient avoir acquis un minimum de maîtrise s'agissant de l'ensemble de ces outils plus précis (FIRMS compris) depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et l'explosion de la pratique de l'OSINT (Open Source Intelligence) pour le suivi des conflits armés.


"Bordeaux brûle-t-elle ?" -  Une information qui déraille 

Passons donc sur l'effet -recherché ?- aussi anxiogène qu'irritant qu'aura provoqué le traitement parisien de la crise vis à vis des populations concernées, les questions sur une très hypothétique évacuation de Bordeaux (ces flammes "aux portes de Bordeaux" quand elles étaient à 15 kilomètres de sa banlieue extra-rocade) étant revenues obstinément sur les chaines de télévision.  

Le comportement erratique du méga-feu aura eu pour autre conséquence de faire découvrir à une partie du pays, certains spécialistes de la défense compris, l'incroyable concentration de sites stratégiques dans l'agglomération bordelaise et sa proche géographie (l'objet initial de la création de ce blog en 2013, on le rappelle !), comme le montre cette infographie du journal Sud Ouest, ci dessous :


Le moment de rappeler que tous ces sites ont fait l'objet de mesure de protection (mise à l'abri de matériels, aménagement de coupe-feux grâce à des moyens civils et militaires du génie…) dès le troisième jour de la crise, sans parler du fait qu'une bonne partie d'entre eux se trouvent dans des zones largement artificialisées, relativement loin des vastes parcelles de pins maritimes qui étaient consumées.

Finalement la zone liée à la défense la plus touchée aura été l'ouest du camp de Souge, emprise militaire des forces spéciales où la sécurité aura malheureusement eu à faire à l'intrusion des équipes de journalistes de certains médias français, si l'on en croit les avertissements très ciblés des sapeur-pompiers en conférence de presse. 


L'ensemble de cette séquence médiatique, parfois déplorable, aura donc montré deux choses : 
  • le problème général touchant à l'OSINT, qui est une source dont on ne peut se satisfaire sans l'apport complémentaire de remontées de terrain. Autrement dit, ce n'est pas en consultant des cartes et des images satellites depuis un bureau que l'on peut livrer une analyse cohérente des risques à une audience aussi large que celle offerte par la télévision ou les réseaux sociaux. Voir ainsi des experts multiplier les approximations géographiques au sujet d'une agglomération majeure du pays a quelque chose de tragicomique… ou simplement révoltant. De quoi se poser bien des questions quant au traitement quotidien de conflits qui se déroulent à plusieurs milliers de kilomètres;
  • deuxièmement, et toujours concernant l'importance d'une connaissance de terrain, rarement en France une dissonance aussi importante n'aura pu être constatée par les habitants d'un territoire entre la réalité des événements et le compte rendu qui en était fait dans les médias nationaux, quand bien même ces derniers disposaient d'équipes dans la zone d'intervention. Finalement, pour disposer de sources fiables et détaillées, on aura, et de loin, préféré les sources locales, à commencer par la si précieuse presse régionale. Et du côté des sources ouvertes (sous entendu gratuites et libres d'accès), les pages Facebook des communes concernées, ainsi que d'innombrables groupes sur ce même réseau social, où dans un bel élan de solidarité, chacun a pu rapporter des données "tactiques" extrêmement précises, tant pour aider que surtout, pour rassurer. Une parenthèse qui semble toutefois s'être refermée depuis, Facebook (tout comme X) ayant retrouvé un parfum plus trivial et… trop souvent complotiste !   

vendredi 19 juin 2026

Le Dassault Falcon 10X a volé !

 

Cinq ans après sa présentation et quelques semaines après sa première sortie sur piste, le dernier né de la famille Falcon, le "10X" a effectué son premier vol ce 19 juin. Ce grand business jet qui défie toutes les statistiques sur son segment de marché représente un bond en avant pour Dassault Aviation. Son vol a duré près de 2h30 au dessus de la métropole bordelaise. 

Images : Dassault Aviation.


Les spotteurs ainsi que les applications de suivi du trafic aérien avait rapidement vendu la mèche ce vendredi matin, mais c'est bien dans un communiqué officiel que Dassault Aviation a annoncé ce 29 juin que son tout nouveau Falcon 10X avait effectué avec succès son premier vol, démontrant la maturité du programme et marquant le lancement de la campagne d'essais en vol.

Le groupe précise que c'est le pilote d'essai Sébastien Dupont de Dinechin et son copilote Fabrice Dougnac qui ont décollé de la piste 23 de Bordeaux-Mérignac à 11 h 10 pour un vol de deux heures et demie. "À 15 000 pieds, ils ont évalué les qualités de vol et les systèmes de l'appareil, puis ont rentré le train d'atterrissage et toutes les surfaces mobiles avant de monter à 40 000 pieds, où ils ont accéléré jusqu'à Mach 0,82. Ils sont revenus à Bordeaux-Mérignac et ont atterri en douceur à 13 h 40."

Motorisé par Rolls Royce, ce Falcon est de loin le plus impressionnant de sa famille (33,4 mètres de long, 33,6 mètres d'envergure), et même de sa gamme d'appareils dans le monde. Avec 2,03 mètres de hauteur pour 2,77 de largeur, il dispose aussi de la cabine la plus spacieuse du marché (et la plus lumineuse grâce à 38 hublots), capable d'inclure si besoin une salle de conférence. Il est le plus endurant enfin, puisque pouvant de franchir quasiment 14 000 kilomètres sans escale. Sa vitesse maximale est de Mach 0,925.

Sa voilure est entièrement constituée de composites (fibres de carbone), permettant une solidité maximale, un poids réduit et une traînée minimale. Des enseignements tirés de l'expérience engrangée sur… le programme Rafale.
Ce qui se ressent jusqu'au cockpit et ses commandes de dernières générations issues des technologies militaires. Ultra-spacieux, ce cockpit dispose d'écrans tactiles, et offre pour la première fois sur un business jet un « recovery mode » (rattrapage automatique d’urgence). La puissance est optimisée selon les besoins et conditions de vol grâce à un système numérique de gestion. Les manettes des gaz sont elles remplacées par une commande intelligente unique. Les pilotes bénéficieront d'affichages tête haute, grâce d'une part au système FalconEye de Dassault, et d'autre part aux deux visualisations tête haute pouvant servir d’écrans principaux de vol.

Dassault annonce que ce premier appareil sera bientôt suivi dans les airs par un deuxième avion d'essai en voie d'achèvement, puis par un troisième, en cours d'aménagement intérieur complet, qui sera lui principalement utilisé pour les tests fonctionnels et de fiabilité des systèmes et de la cabine.

La carrière du Falcon 10X s'annonce pour le moment exclusivement civile. 





lundi 8 juin 2026

Le SOFINS quitte le camp de Souge… pour Bordeaux-Lac et son plan d'eau


Présent depuis bientôt 15 ans sur la camp de Souge à Martigas-sur-Jalle, le salon des forces spéciales SOFINS déménage en 2027 pour le Parc des expositions de Bordeaux. Une petite rupture quand on sait que l'antre du 13ème Régiment de dragons parachutistes offrait la possibilité de nombreuses expérimentations directement sur le terrain, ce qui était l'un des grands intérêt de ce rendez-vous.  


Au moins il reste à Bordeaux. Convoité de longue date par d'autres régions (et bien entendu Paris), le salon SOFINS, "séminaire" international dédié à l'innovation dans l'écosystème des forces spéciales, s’installera à Bordeaux-Lac en avril 2027, du 6 au 8. Habituellement organisé sur le camp militaire de Souge (Martignas-sur-Jalle, Gironde) en périphérie de Bordeaux, cette édition marquera donc sa première tenue en dehors d'une enceinte militaire, pour retrouver la métropole et ses facilités. 

Si cette localisation -parfois un peu poussiéreuse- était régulièrement critiquée (accès, manque de services) par les plus urbains des visiteurs "business" en effet, il faut constater que l'événement perd ici un de ses points forts qui était de proposer des tests grandeur nature de matériels (démonstrations dynamiques de véhicules, stands de tir (y compris longue distance), usage de jumelles de vision nocturne dans des espaces dédiés…
Les organisateurs (toujours le Cercle de l'arbalète), à encore un an du rendez vous, insistent cependant sur le fait que le vaste plan d'eau de Bordeaux Lac permettra de réaliser des démonstrations inédites, nautiques vous le devinez (drones de surface, équipements nautiques, interventions combinées), qui rappelleront la formidable édition 2015, quand le Bassin d'Arcachon avait servi de décor de prestige lors d'une impressionnante démo des commandos marine.

A noter que la semaine suivant le SOFINS 2027, c'est le D2NS (Digital Defense & National Security) qui prendra la place. Il s'agit d'un salon pionnier entièrement dédié au numérique au profit des ministères français et des forces armées.


mercredi 13 mai 2026

Avec l'allemand OHB, Dassault Aviation européanise son avion spatial Vortex


Dassault Aviation et OHB ont annoncé lundi 11 mai une association dans le but de proposer à l'Agence spatiale européenne le VORTEX-S, un avion spatial capable d'effectuer des allers-retours (non-habités) vers les stations spatiales et des missions orbitales autonomes. Les deux entreprises évoquent aussi d'autres collaborations à venir avec des partenaires européens, alors que cette version du Vortex doit voler en 2031.

Illustration: le Vortex et de son module de service - Dassault Aviation / Falcon Graphic Lab.


« Nos amis allemands d’OHB sont des partenaires naturels pour participer à ce projet [Vortex-S], en apportant leur remarquable expertise. Nous sommes très heureux de cette collaboration, qui promet d’être très fructueuse », Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation. 
Bien loin des considérations -et tumultes- du SCAF (avant tout un projet politique rappelons le, avant d'être une coopération industrielle infructueuse), Dassault Aviation et l'allemand OHB-System ont confirmé le 11 leur association, pressentie depuis des mois, sur le programme d'avion spatial Vortex. 

Une nouvelle qui est officialisée quelques semaines à peine (21 avril dernier) après la sélection, en Espagne, d'Arkadia Space comme équipementier qui fournira l'intégralité du système de propulsion du Vortex-D. 
Pour rappel, la version "D" de Vortex est celle dont le développement a été annoncé en juin 2025 au Bourget, avec un financement pour partie (30 millions d'euros) assuré par le Ministère français des Armées. Il s'agit d'un Vortex à 1/3 de sa taille finale, et qui sera le premier démonstrateur à voler, dès 2028. Les choix techniques concernant ce dernier, effectué "en mode New Space", seront finalisés cet été dans les bureaux d'études de Saint-Cloud & Mérignac, tandis que l'assemblage débutera en fin d'année 2026 à Istres.

La version "S", dont il est question aujourd'hui, sera l'étape suivante. Un vaisseau Vortex (l'appellation de drone convient également) à échelle 2/3, de 7,7m de long pour 5m d'envergure et une masse de 6,3 tonnes. Son premier vol est aujourd'hui planifié pour 2031, avec deux versions imaginées :
  • Vortex S-1 pour les missions civiles publiques ou privées;
  • Vortex S-2 pour la défense.  

Or, Dassault Aviation a, semble-t-il, pensé Vortex-S très tôt pour être "européanisé", accédant ainsi aux crédits de programmes de l'ESA, la France seule ne pouvant assurément pas l'assumer, et/ou, du moins, n'en faisant pas une priorité stratégique. 

C'est ainsi que Dassault, en tant qu’architecte du VORTEX-S et intégrateur global de l’avion spatial, s'associe à OHB, principal concurrent d'Airbus dans le spatial allemand, qui sera architecte et intégrateur du module de service. Ils formeront ensemble l’équipe centrale du projet proposé à l'Agence européenne.

Le communiqué publié par les deux groupes suggère que des discussions sont en cours avec d’autres grandes entreprises spatiales européennes dans le but d’élargir l’équipe projet, au moment où le futur des capacités de transport spatial du continent se décide (ce qui concernera aussi les capsules avec, par exemple, The Exploration Company).  

Précisons enfin que l'ambition ultime du programme Vortex, habité par l'esprit de la navette Hermes, est pour Dassault de pouvoir proposer à terme, non seulement un vaisseau cargo Vortex-C à échelle 1, mais aussi, à horizon 2050, un Vortex-M en version habitée. 


mercredi 22 avril 2026

Robotique terrestre : Shark Robotics s'unit à l'ukrainien Tencore

Le champion français de la robotique terrestre, Shark Robotics, annonce son alliance avec l'ukrainienne Tencore. Cette dernière apportera son expérience issue de l'emploi de milliers de robots sur le front de guerre, tandis que la PME française soutiendra sa consœur tout en innovant pour proposer des solutions aux forces armées françaises.  

Crédits images : Shark Robotics & Tencore.


L'info a fait le tour des médias ces derniers jours, l'Ukraine vient de remporter une victoire tactique (la prise d'une position tenue par des soldats russes) en utilisant exclusivement des éléments robotiques. Et elle compte désormais se doter de plusieurs milliers de drones terrestres (UGV) pour sa logistique. 

Et il semble bien que le succès des entreprises de la "Défense Tech" européenne passe par l'Ukraine, ses contraintes opérationnelles, et ses enjeux de production et de maintenance… car c'est dans ce contexte que ce 22 avril à Bruxelles, à l'occasion du Forum d'affaires Union Européenne-Ukraine, que la PME rochelaise Shark Robotics, mondialement connue pour la success story de son robot « Colossus » de lutte contre les incendies (elle en a livré 40 à l'Ukraine), a annoncé la signature d'un protocole d'accord avec Tencore, jeune (2024) leader ukrainien des robots terrestres et véhicules sans pilote pour la défense et la sécurité, qui déploie des milliers d'exemplaires unité « Termit » en première ligne sur le front pour la logistique et l'évacuation sanitaire notamment. Cette plateforme électrique modulaire d'environ 600 kg est capable de transporter jusqu'à 400 kg de charge utile.

Le mémorandum signé ce jour constitue la première initiative conjointe de coentreprises complémentaires menées simultanément en France et en Ukraine dans le secteur de la sécurité et de la défense. Il illustre un nouveau modèle de coopération industrielle, combinant les approches « Construire avec l’Ukraine » (soutien industriel d’un autre pays) et « Construire en Ukraine », avec le soutien de l’Union européenne.

Les deux entreprises, dont l'origine du partenariat remonte à moins de six mois (le 18 novembre 2025 à l’Élysée en présence des présidents Macron et Zelensky), entendent recueillir des retours d'expérience sur le terrain en Ukraine et les appliquer directement à la production et à l'innovation.
Deux coentreprises seront créées: en France, il s'agira du développement et de la production de robots de défense, ces systèmes étant conçus pour répondre aux besoins des forces armées françaises. Ils pourront aussi être fournis, sous forme de dons, aux forces ukrainiennes. En Ukraine, une plateforme industrielle et de services sera dédiée à la robotique de sécurité civile, y compris la maintenance, la formation et la production progressive de certains composants, afin de construire une chaîne d'approvisionnement plus européenne et de fournir un soutien à long terme aux opérations.

Selon le communiqué, les systèmes développés et maintenus dans le cadre de ce partenariat couvrent l'ensemble des missions de robotique terrestre, sur deux volets: 
  • Défense: logistique dans les zones à haut risque ; évacuation des blessés (CASEVAC/MEDEVAC) ; transport d'équipements et de charges utiles ; soutien au combat ; soutien du génie, notamment pour les missions de déminage.
  • Sécurité civile et résilience: lutte contre les incendies suite aux grèves, protection du personnel de secours, sécurisation des infrastructures critiques (énergie, transports, sites industriels) et protection des populations civiles.

Rappelons que Shark Robotics, valeur sûre que nous suivons sur ce blog depuis 2016, a été créée à La Rochelle par Cyrille Kabbara, un ancien militaire. Celui-ci commente cette union:  « À l’instar de l’Ukraine, l’Europe doit se préparer à des conflits où les robots joueront un rôle déterminant. Ce partenariat vise à développer les capacités dont nous aurons besoin à l’avenir. L’objectif est d’agir rapidement, d’intensifier nos efforts et de doter les forces ukrainiennes et européennes des moyens d’intervenir sur le terrain. »
Et son homologue, Maksym Vasylchenko, d'ajouter: « En Ukraine, nous innovons sous pression, dans des conditions réelles. Avec Shark Robotics, nous associons la robotique de défense développée sur le champ de bataille à la robotique au service de la sécurité civile et de la résilience. C’est cette synergie qui fait la force de notre partenariat. »


mercredi 8 avril 2026

Un Reaper de l'armée de l'Air réalise une interception anti-drone au missile Hellfire


L’armée de l’Air et de l’Espace a annoncé ce jour avoir conduit ses premières expérimentations de tirs de missiles Hellfire sur des cibles aériennes de type « drone ». L'autre information marquante est que l'un de ces tir a été réalisé le 2 avril par un drone MQ-9 Reaper de la 33e ESRA de Cognac. 

Images: l'interception d'un drone cible par un MQ-9 Reaper doté de missiles Hellfire - Armée de l'Air.


Après avoir régné pendant deux décennies dans la lutte contre les groupes armées terroristes, quel sera le rôle futur* des drones MALE (moyenne altitude longue endurance), vulnérables, dans des conflits dits de haute intensité qui ont tendance à se généraliser depuis le début de la décennie 2020 ? 

Eh bien cela pourrait être dans un inhabituel rôle défensif. 

On le sait, la lutte anti-drones (LAD) est devenu un enjeu absolument prioritaire pour les forces armées du monde entier, menant à la révélation de toute une série d'innovations, ou de retours à des solutions plus… rustiques. Il y a quelques heures encore, les Rafale français étaient toujours en mission de défense aux Emirats arabes unis, où ils auraient abattu plus de 80 drones iraniens Shahed depuis six semaines, grâce aux missiles MICA. Mais le missile, comme son porteur, restent largement inadaptés pour cette mission. Ces derniers jours, il était aussi question de l'entrée en jeu des hélicoptères Tigre de l'armée de Terre sur ce même théâtre, pour cette même mission. 

Et voilà donc que dans le même temps, dans l'idée de "compléter les moyens existants", l'armée de l'Air menait sur le champ de tir de l’île du Levant (Var), en coordination avec la Direction générale de l’armement (DGA) et avec le concours du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), des expérimentations de LAD avec le célèbre Reaper et ses missiles Hellfire, en service sur les drones des forces françaises de puis trois mois seulement (oui, un sacré retard).

L'armée de l'Air ne manque pas de faire mention de l'esprit pionnier qui a animé cette adaptation capacitaire, fruit des travaux des équipages de la 33e escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque (ESRA) au sein de la Weapons School du CEAM. D'autant plus que le missile Hellfire est mondialement connu comme étant un missile… anti-char.

Il ne fait aucun doute que cette expérience fera parler, le drone Reaper offrant par ailleurs une endurance bienvenue de plusieurs heures sur théâtre (les interventions de Rafale aux Emirats se font en 45 minutes, tout compris. Mais le Rafale est largement plus rapide), mais le rapport coût/efficacité reste démesuré, et cela concenre le vecteur comme la munition. La voie est toutefois grande ouverte pour de futurs drones MALE -comme le Aarok de Turgis & Gaillard ?- associé à des munitions low cost de type "drone anti-drone" ou roquettes guidées.   


*Ces mots étant écrits le jour même où l'on confirme en France l'abandon du Patroller et le retrait du programme Eurodrone... 



lundi 30 mars 2026

Aerix Systems lève 5 millions d'euros pour son projet de drone ominidirectionnel


La start-up Aerix Systems, spécialiste des drones implantée à Mérignac depuis sa création en 2020, a annoncé au début du mois une levée de fonds de 5 millions d’euros. Celle-ci sera destinée à financer la pré-série industrielle de ses drones à propulsion omnidirectionnelle, qui représentent selon l'entreprise une rupture technologique.

Ci-dessus + vidéo : le drone d'intervention AXS-µ1 - crédits : Aerix Systems.


Entre catastrophes naturelles et emploi du temps surchargé, c'est qu'on en rate des sujets sur ce blog ! Et ce n'est effectivement pas l'actualité qui manque, entre le déclenchement d'un conflit dans le Golfe aux conséquences dramatiques, et des évolutions majeures (quand ce n'est pas un échec majeur #SCAF) qui transforment notre industrie de défense.

Pendant ce temps, on ne parle plus de l'Ukraine et de la "guerre des drones" qui s'y déroule (même si vous n'aurez pas manqué qu'en Ukraine comme dans le Golfe persique, le Shahed dicte sa loi). c'est pourtant bien de drones dont nous allons parler ce jour avec une nouvelle qui concerne un pur produit local: la start-up bordelaise Aerix Systems. 

Une bonne nouvelle même, puisqu'il s'agit d'une levée de fonds à hauteur de 5 millions d'euros.  

Nous avions déjà présenté -plusieurs fois- la technologie de drone omnidirectionnelle d'Aerix sur le blog, en particulier en 2025, une année riche pour le développement de la start-up implantée chez Bordeaux Technowest, à Mérignac. Elle avait en effet levé son premier million en mars, avant de présenter le mois suivant son produit : le drone d'intervention AXS-µ1.

Pour rappel, Aerix conçoit un drone capable de se déplacer et de pivoter sur plusieurs axes sans modifier son orientation, ce qui améliore la manœuvrabilité en environnements contraints, face à des vents soutenus ou dans des espaces confinés. Le drone offre de surcroit une forte résistance aux éléments. La société vise notoirement le marché de la défense et de la sécurité. 

Démonstration en vidéo ci-dessous: 



Doucement mais sûrement. Ces 5 millions d'euros, levés auprès d'investisseurs privés et de partenaires régionaux, contribueront principalement à l'implantation d'une unité de production et d’assemblage au sein de la métropole bordelaise, pour accompagner la montée en cadence industrielle et l’exécution des premiers contrats. Il est question à terme d'atteindre une capacité de production d’environ 100 drones par mois. 

On reste donc assez traditionnel (le fameux "artisanat"), pour ne pas dire conservateur, mais avec les moyens raisonnables dont on dispose.

Attention donc sur ce point, à ne pas comparer l'ambition d'Aerix Systems avec celle d'un nouveau mastodonte national du secteur, tel que Harmattan AI (plus de 200 millions d'euros levés en à peine deux ans d'existence, avec l'aide de Dassault Aviation notamment) qui, partant de sa solution logicielle dopée [c'est la formule du moment] à l'intelligence artificielle, s'apprête à dévoiler -en région parisienne- des capacités de production de drones sans commune mesure. 


vendredi 23 janvier 2026

The Exploration Company en passe de racheter le britannique Orbex ?


L'entreprise du new space britannique Orbital Express Launch, connue sous le nom d'Orbex, a signé une lettre d'intention pour vendre son activité à la start-up franco-allemande de logistique spatiale The Exploration Company. Il s'agit là d'un mouvement de consolidation majeur dans le new space européen. 

Ci-dessus : vue d'artiste du lanceur Prime d'Orbex - crédit Orbex. 


MISE A JOUR 11 FEVRIER - Orbex indique aujourd'hui que les négociations de fusion-acquisition n'ont pas abouti. L'entreprise devrait rapidement entrer en phase de liquidation judiciaire, pour probablement disparaître. En même temps que les ambitions britanniques.


C'est une sacrée surprise, une de plus. The Exploration Company, qu'on avait quitté en fin d'année avec l'inauguration de son usine girondine, s'apprête t-elle à acquérir le fabricant britannique de lanceur Orbex ? Cette consolidation en ferait assurément l'un des leaders du new space européen. 

Fondée en 2015 (une éternité dans le paysage européen), Orbex va financièrement très mal. Elle annonce d'ailleurs ce 21 janvier le dépôt de bilan de sa filiale au Danemark (90 employés). Si elle a encore reçu le soutien des autorités britanniques en janvier 2025 (20 millions de £), et a surtout été sélectionnée dans le programme European Launcher Challenge de l'ESA (ce qu'elle semble devoir à la politique, puisqu'elle était seule représentante du Royaume-Uni parmi les cinq lauréat), elle semble toutefois arriver en bout de trésorerie, n'ayant d'autre opportunité pour survivre que le rachat. C'est ce que laisse clairement traduire le communiqué de l'entreprise cette semaine, le même qui annonce donc l'entrée en négociations exclusives avec The Exploration Company, jusque là connue pour du cargo avec le développement de sa capsule Nyx… mais aussi désormais de moteurs pour lanceurs lourds, voire super-lourds dans les années 2030. 

Orbex développe un micro-lanceur baptisé Prime, que l'on attend de voir décoller depuis l'Ecosse depuis… 2022. Fin 2025, elle n'en était toujours qu'aux simulations. L'entreprise avait malgré tout annoncé l'été dernier voir plus grand avec son projet de lanceur moyen Proxima.

Si les détails du rachat demeurent confidentiels à ce stade, il semble que The Exploration Company, forte d'un total de 225 millions d'euros levés, avait depuis quelques temps la volonté de se renforcer par acquisition (elle a par exemple acheté cet automne une entreprise allemande d'impression additive), visiblement dans le but de verticaliser son offre globale.


Une stratégie double, sur les traces de SpaceX

A la manière d'un SpaceX, ou plus à son échelle, d'un RocketLab, The Exploration Company se retrouverait in fine à industrialiser à la fois ses lanceurs et ses charges utiles, moteurs compris. Une formule qui assure une grande maitrise et semble fonctionner pour les très rares acteurs qui peuvent se permettre cette stratégie, le coût d'entrée n'étant pas négligeable.     


Sur le plan politique, le calcul semble également judicieux. Pour le Royaume-Uni en effet, on retiendra que l'aventure industrielle spatiale s'avère toujours aussi difficile pour un pays qui misait encore tout, il y a deux ans, sur Virgin Orbit pour rattraper son retard et s'offrir une capacité souveraine d'accès à l'espace. L'entreprise déposait finalement le bilan au début du printemps 2024. Le rachat d'un Orbex en difficultés par la start-up franco-allemande apparait alors ici comme une bouée de sauvetage, et l'on remarque que le communiqué d'Hélène Huby (une dirigeante qui maitrise les arcanes de la politique) fait la part belle au rôle des autorités britanniques: « Orbex et TEC sont complémentaires. Nous collaborons étroitement avec le gouvernement britannique afin de garantir que notre activité combinée renforce la feuille de route du Royaume-Uni en matière de lanceurs spatiaux. Nous respecterons la confidentialité de ce processus et communiquerons davantage d'informations en temps voulu. »

La manœuvre apparait donc comme "gagnant-gagnant", Londres sauvant les meubles après le catastrophique échec de Virgin il y a deux ans, et The Exploration Company, fidèle à sa politique européenne (TEC se définit avant tout comme "européenne", et non pas franco-allemande) qui la voit contenter les grandes capitales en supportant des projets majeurs partout où le spatial compte (en Bavière, à Bordeaux, à Turin…), se consolide avec l'acquisition clé en main d'une société de lanceur. Reste à savoir de quelle maturité bénéficie aujourd'hui la technologie d'Orbex.   

A noter enfin que nous ne sommes qu'en janvier et que les grandes manœuvres sont lancées dans cette année décisive pour le spatial européen, où beaucoup d'entreprises vont devoir faire leurs preuves. MaïaSpace, fer de lance des nouveaux programmes franco-français de petits lanceurs, vient par exemple d'annoncer trois ans d'activité pour la constellation One Web d'Eutelsat. Mais attention, il y aura aussi des mauvaises nouvelles en 2026.  


lundi 12 janvier 2026

Dassault Aviation fait d'Harmattan AI la première licorne française de la défense


Créée il y a à peine un an et demi, la start-up Harmattan AI est aujourd'hui valorisée à hauteur de 1,4 milliard d'euros, accèdant ainsi au rang symbolique de "licorne". Une première dans l'écosystème de l'innovation de défense en France. L'opération a été rendue possible grâce à une levée de fonds de 200 millions de dollars pilotée par… Dassault Aviation. L'acte de naissance d'un partenariat aussi stratégique que prometteur ?   

Images: Dassault Aviation.


Surprise ce lundi 12 janvier au petit matin, avec la parution d'un communiqué de Dassault Aviation annonçant un partenariat stratégique pour accélérer l’intégration de l’autonomie maîtrisée et de l’IA au sein des systèmes de combat aérien. Dans le cadre de cette collaboration, Dassault Aviation participe au tour de table -que le groupe pilote- de la levée de fonds série B de 200 millions de dollars d’Harmattan AI (170 millions d'euros).

Fondée en avril 2024, et plus discrète que Mistral (qui a aussi mis un pied dans la défense), Harmattan AI s'est faite connaitre tout récemment grâce à des contrats en France (DGA, 1 000 drones SORONA) et au Royaume Uni (OTAN, 2 000 drones intercepteurs GOBI) concernant ses systèmes de drones.  Avec donc déjà près de 3 000 drones dans la balance, la start-up explose tous les chiffres des dronistes français plus "traditionnels" réunis… et ça sur 15 ans. 

Mais tout comme Helsing, où les Américains d'Anduril ou Shield AI, cette société de la new defense, ou defense tech, qui développe avant tout des systèmes d'intelligence artificielle compte étendre son catalogue à toutes les familles de systèmes autonomes, tout en renforçant ses infrastructures de production. Ce à quoi aidera cette levée de fonds majeure. 

Elle reçoit donc le soutien de Dassault Aviation (vrai choix de souveraineté, dans la ligne politique du groupe), qui illustre ce partenariat en mettant son futur drone de combat furtif à l'honneur. Harmattan devrait en effet jouer un rôle majeur en matière d'intégration de fonction d'IA embarquée dans ce programme UCAS, tout comme dans celui du Rafale F5. 

« Dassault Aviation a toujours placé l’excellence technologique et la souveraineté au cœur de ses valeurs. Ce partenariat avec Harmattan AI illustre notre engagement à intégrer des solutions d’autonomie à forte valeur ajoutée dans la prochaine génération de systèmes de combat aérien. En unissant nos forces à une entreprise innovante et agile, nous renforçons notre capacité à fournir les solutions avancées requises par nos forces armées dans les décennies à venir », a déclaré Eric Trappier, Président-Directeur Général de Dassault Aviation.

Eric Trappier, PDG de Dassault, et Mouad M'Ghari co-fondateur et PDG de Harmattan AI. 


Aparté pour finir : l'actualité de l'avionneur en ce début janvier se résume à la livraison de 26 Rafale en 2025 (et les 3 premiers Rafale indonésiens), des rumeurs de contrats Rafale en Irak et en Inde, un premier vol à venir pour le Falcon 10X, et… aucune nouvelle du SCAF ! 

PS : Et j'en profite également pour souhaiter une excellente année 2026 aux lecteurs et lectrices de ce blog ! Encore une de ces années qui débutent un peu fort. 


vendredi 28 novembre 2025

Avec la fusée-sonde SyLEx, la France aiguise ses capacités hypersoniques

La Direction générale de l'armement annonce ce vendredi 28 novembre 2025 la réussite du premier test de la fusée-sonde SyLEx, développée en seulement trois ans par ArianeGroup. Le lancement a été réalisé depuis le Centre d'essais des Landes. Il marque le retour de cette capacité souveraine en France, alors qu'il avait fallu récemment avoir recours à des moyens américains. 

Images : DGA, le 28/11/2025, à Biscarrosse. 


Ce 28 novembre au petit matin (7h), la DGA et ses partenaires ont annoncé par communiqué avoir  mené avec succès le 1er vol de la fusée-sonde système de lancement d’expériences "SyLEx" pour des expérimentations en haute atmosphère et en exo-atmosphérique.

Ce premier test a été mené avec la version Block 1 de la fusée-sonde, constitué d'un bloc monoétage. Il a été réalisé depuis le Centre d'expertise et d'essais de missiles des Landes, à Biscarrosse, mobilisant également les capteurs du navire Monge de la Marine Nationale (radars, télémesure, optiques).

SyLEx marque le retour en France d’une capacité de lancement souveraine capable d’accéder aux conditions extrêmes de rentrée atmosphérique et d’essais exo-atmosphériques. Développée en un temps record  de trois ans par ArianeGroup, cette fusée-sonde des plus rustiques (guidage minimal et absence de navigation), mais capable d'atteindre 1 200 ou 2 400 km/h selon les versions, permettra aux forces armées de mener développements de démonstrateurs hypervéloces mais aussi d’applications civiles. Dans l'immédiat il vient à l'esprit le démonstrateur de planeur hypersonique V-Max2, attendu dans les prochains mois/années (?).

Faudra-t-il pour cela utiliser la version Block 2 (deux étages, identiques) de SyLEx, capable d'emporter une charge utile de 600 kg ? Et viser des altitudes allant de 140 jusqu'à 400 km ?   

Pour rappel, le premier test du planeur V-Max en juin 2023 avait nécessité de faire appel à une fusée-sonde américaine. 

Notons qu'ArianeGroup compte capitaliser sur cette capacité d'expérimentation, en proposant SyLEx sur le marché, pour des rentrées atmosphériques ou des expériences en microgravité (il est possible d'en embarquer plusieurs en même temps).

Mais attention, le vecteur n'a pas vocation à être "opérationnalisé" par les militaires, il ne sera donc pas le porteur affilié à la future force de frappe française dotée de planeurs hypersoniques (si celle-ci voit le jour à la suite des programmes de démonstration). 

Le test de la version Block 2 n'est en revanche pas attendu avant 2027, selon l'industriel. 



vendredi 21 novembre 2025

The Exploration Company inaugure son nouveau site bordelais


The Exploration Company, start-up franco-allemande, a inauguré jeudi 20 novembre son nouveau navire amiral français. La figure montante du new space européen (225 millions d'euros levées au total) a en effet repris les anciens locaux du groupe Steris, au Haillan. Ce site en parfait état et idéalement placé représente une surface de 7 500 m². The Exploration Company y développera notamment sa capsule Nyx, et y installera son centre de contrôle des missions spatiales. 

Ci-dessus: vue d'artiste d'un ravitaillement de l'ISS par la capsule Nyx. La mission est prévue en 2028  - The Eploration Company.


Retour des bonnes nouvelles. Quelques jours après la levée de fonds de 21 millions d'euros pour HyprSpace à Bordeaux, la nouvelle étape franchie ce 20 novembre par The Exploration Company confirme que les deux entreprises s'ancrent comme le fer de lance du new space dans le bordelais, alors que s'ouvre une ère pleine de défis dans le domaine: celle de l'industrialisation. 

Cette inauguration, présidée par la PDG Hélène Huby, s'est déroulée en présence du ministre délégué chargé de l’Europe; Benjamin Haddad, et des plus hautes autorités locales. 


The Exploration Company avait déjà annoncé qu'elle investirait plusieurs dizaines de millions d'euros dans ses activités en France (outre Bordeaux, elle se développe dans le même sens en Allemagne, à Munich, tout en étant aussi présente en Italie, à Turin) d'ici 2028. Ayant acquis ce nouveau site du Haillan à bon prix, paraît-il, les autorités locales étant en demande après la défaillance du groupe Steris qui a abandonné ses locaux au premier semestre, la start-up hérite d'un espace de 7 500 m² idéalement situé et surtout assez vaste pour accueillir à la fois les activités d’ingénierie système et de fabrication des boucliers thermiques de la future capsule cargo Nyx (5000 m²), ainsi que le « Mission Control Center » où seront gérées en temps réel les opérations spatiales (2 500 m² en comptant les bureaux). Pour rappel, la société a remporté plusieurs contrats de ravitaillement de stations spatiales (ISS et privées) et devra agir de concert avec les agences spatiales américaine (NASA) et européenne (ESA). 

On attend aussi à Bordeaux les développements et essais sur plusieurs systèmes de propulsion dédiés aux lanceurs, et à un atterrisseur lunaire notamment. 

Côté RH, l'effet devrait être rapide avec une montée en puissance estimée à 120 personnes sur Bordeaux pour le court terme. Et jusqu'à plus de 300 d'ici 2028. 

A noter que dans le même temps, en Allemagne, The Exploration Company annonçait cette semaine se renforcer via l'acquisition de l'entreprise allemande Thrustworks, spécialiste de la fabrication additive de composants de haute performance pour le spatial et la défense. 

A ce jour, The Exploration Company a envoyé deux démonstrateurs dans l'espace (été 2024 et été 2025), mais pas encore n'a pas encore pu valider tous ses objectifs en matière de rentrée atmosphérique. Le vaisseau cargo Nyx à échelle 1:1, est attendue pour 2028. 


mercredi 19 novembre 2025

Des Rafale pour l'Ukraine ? Des planètes qui ne sont pas -encore- alignées



Ce lundi 17 novembre 2025, le président ukrainien Zelensky était à Paris pour renforcer le partenariat stratégique avec l'un de ses premiers soutiens: la France. Au cœur de la visite, la promesse d'achat d'armements français de premier ordre, à commencer par ce chiffre évoqué de 100 avions de combat Rafale. Un "contrat du siècle" qui a cependant de faibles chances d'aboutir… du moins à court terme. 

Ci-dessus: Emmanuel Macron et Volodymyr Zelenski à Villacoublay, devant un Rafale - Elysée.


En avril 2021, j'évoquais sur ce blog le pari impossible du Rafale sur le marché Ukrainien. Malgré la rumeur qui circulait à l'époque, on savait déjà en effet l'Ukraine financièrement exsangue, et l'invasion à grande échelle par la Russie n'avait même pas encore été déclenchée. Plus de quatre ans de dévastation plus tard, la donne a-t-elle changé ? 

Après avoir signé une lettre d'intention en octobre en Suède pour 100 à 150 chasseurs Gripen, le président Ukrainien réitère la manœuvre en France avec des drones (et c'est sûrement la partie la plus importante, notamment sur le segment anti-drone), de très précieux systèmes SAMP/T de MBDA, et donc ces 100 Rafale. 

L'annonce fait naturellement grand bruit, les politiques, la presse et les divers commentateurs s'emballent… quand dans le même temps, Dassault Aviation, tout de même l'un des premiers concernés, ne réagit qu'assez laconiquement à travers un très bref communiqué remerciant "les autorités ukrainiennes et françaises pour l’accord d’intention d’acquérir l’avion de combat Rafale, qu’elles viennent de signer, et pour la confiance qu’elles placent dans les capacités opérationnelles de cet appareil". Un degré d'enthousiasme plutôt révélateur. 

Hors emphase médiatique, la prudence est donc de mise. Logique quand on parle d'un marché équivalent à 20 milliards d'euros environ, rien que pour la partie Rafale, que l'on ne sait pas comment financer d'un côté comme de l'autre, hormis via l'hypothétique déblocage des avoirs russes -ou de leurs intérêts- gelés dans l'Union Européenne. 

Il y a, de plus, la question essentielle de nos capacités de production, et tout autant, de la liste d'attente alors que le Rafale connaît son âge d'or sur le plan commercial. A Mérignac, où l'on produit l'équivalent de 3 avions par mois, et bientôt 4, on voit depuis quelques semaines apparaitre les premiers Rafale pour l'Indonésie (livraison attendue début 2026 pour le premier de ces 42 appareils), tandis qu'il y a également l'armée de l'Air française et les EAU (commande géante de 80 appareils pour ces derniers) à livrer dans les prochaines années. Puis ce sera -de nouveau- le tour de l'Inde… En bref, il n'y a probablement pas de place sur ligne d'assemblage pour un Rafale ukrainien avant 2029/2030, et ça sans compter sur la signature d'un autre contrat d'ici là (avec l'Inde, encore et toujours ?). Car rappelons le, l'Ukraine n'a signé qu'une lettre d'intention, pas un contrat. Un client peut donc toujours lui passer devant. 

Enfin, il faudra connaître le destin de l'Ukraine, déterminant. Je n'ai guère de doute sur la capacité de cette nation à survivre à ce conflit, mais lorsqu'il s'agira de signer la paix (ou du moins l'arrêt des combats), quelle marge de manœuvre, politique ou financière, restera t-il à Kiyv pour se réarmer ? Car c'est bien de cela dont il s'agit: se reconstituer post-conflit une puissante armée de l'air, cohérente, moderne, et surtout dissuasive. Une reconstruction qui demandera de surcroît de longues  années de formation pour le personnel dédié. En fait, Emmanuel Macron lui-même le précise : il s'agit d'un plan sur 10 ans. 

Comme en Suède il y a un mois, l'opération de communication diplomatique est néanmoins réussie, au point que l'on se demande même si la seconde annonce ne vient pas télescoper la première, mais pourquoi pas, Rafale et Gripen  ferait un joli duo, un duo européen. Car c'est peut-être là le principal message de cette séquence. Pour son futur encore incertain, et à l'inverse de tous ses voisins, l'Ukraine a coupé les liens avec l'armement américain. 

Pour ce qui est du présent, sur le front, c'est le Mirage 2000 qui fait le job.