vendredi 19 juin 2026

Le Dassault Falcon 10X a volé !

 

Cinq ans après sa présentation et quelques semaines après sa première sortie sur piste, le dernier né de la famille Falcon, le "10X" a effectué son premier vol ce 19 juin. Ce grand business jet qui défie toutes les statistiques sur son segment de marché représente un bond en avant pour Dassault Aviation. Son vol a duré près de 2h30 au dessus de la métropole bordelaise. 

Images : Dassault Aviation.


Les spotteurs ainsi que les applications de suivi du trafic aérien avait rapidement vendu la mèche ce vendredi matin, mais c'est bien dans un communiqué officiel que Dassault Aviation a annoncé ce 29 juin que son tout nouveau Falcon 10X avait effectué avec succès son premier vol, démontrant la maturité du programme et marquant le lancement de la campagne d'essais en vol.

Le groupe précise que c'est le pilote d'essai Sébastien Dupont de Dinechin et son copilote Fabrice Dougnac qui ont décollé de la piste 23 de Bordeaux-Mérignac à 11 h 10 pour un vol de deux heures et demie. "À 15 000 pieds, ils ont évalué les qualités de vol et les systèmes de l'appareil, puis ont rentré le train d'atterrissage et toutes les surfaces mobiles avant de monter à 40 000 pieds, où ils ont accéléré jusqu'à Mach 0,82. Ils sont revenus à Bordeaux-Mérignac et ont atterri en douceur à 13 h 40."

Motorisé par Rolls Royce, ce Falcon est de loin le plus impressionnant de sa famille (33,4 mètres de long, 33,6 mètres d'envergure), et même de sa gamme d'appareils dans le monde. Avec 2,03 mètres de hauteur pour 2,77 de largeur, il dispose aussi de la cabine la plus spacieuse du marché (et la plus lumineuse grâce à 38 hublots), capable d'inclure si besoin une salle de conférence. Il est le plus endurant enfin, puisque pouvant de franchir quasiment 14 000 kilomètres sans escale. Sa vitesse maximale est de Mach 0,925.

Sa voilure est entièrement constituée de composites (fibres de carbone), permettant une solidité maximale, un poids réduit et une traînée minimale. Des enseignements tirés de l'expérience engrangée sur… le programme Rafale.
Ce qui se ressent jusqu'au cockpit et ses commandes de dernières générations issues des technologies militaires. Ultra-spacieux, ce cockpit dispose d'écrans tactiles, et offre pour la première fois sur un business jet un « recovery mode » (rattrapage automatique d’urgence). La puissance est optimisée selon les besoins et conditions de vol grâce à un système numérique de gestion. Les manettes des gaz sont elles remplacées par une commande intelligente unique. Les pilotes bénéficieront d'affichages tête haute, grâce d'une part au système FalconEye de Dassault, et d'autre part aux deux visualisations tête haute pouvant servir d’écrans principaux de vol.

Dassault annonce que ce premier appareil sera bientôt suivi dans les airs par un deuxième avion d'essai en voie d'achèvement, puis par un troisième, en cours d'aménagement intérieur complet, qui sera lui principalement utilisé pour les tests fonctionnels et de fiabilité des systèmes et de la cabine.

La carrière du Falcon 10X s'annonce pour le moment exclusivement civile. 





lundi 8 juin 2026

Le SOFINS quitte le camp de Souge… pour Bordeaux-Lac et son plan d'eau


Présent depuis bientôt 15 ans sur la camp de Souge à Martigas-sur-Jalle, le salon des forces spéciales SOFINS déménage en 2027 pour le Parc des expositions de Bordeaux. Une petite rupture quand on sait que l'antre du 13ème Régiment de dragons parachutistes offrait la possibilité de nombreuses expérimentations directement sur le terrain, ce qui était l'un des grands intérêt de ce rendez-vous.  


Au moins il reste à Bordeaux. Convoité de longue date par d'autres régions (et bien entendu Paris), le salon SOFINS, "séminaire" international dédié à l'innovation dans l'écosystème des forces spéciales, s’installera à Bordeaux-Lac en avril 2027, du 6 au 8. Habituellement organisé sur le camp militaire de Souge (Martignas-sur-Jalle, Gironde) en périphérie de Bordeaux, cette édition marquera donc sa première tenue en dehors d'une enceinte militaire, pour retrouver la métropole et ses facilités. 

Si cette localisation -parfois un peu poussiéreuse- était régulièrement critiquée (accès, manque de services) par les plus urbains des visiteurs "business" en effet, il faut constater que l'événement perd ici un de ses points forts qui était de proposer des tests grandeur nature de matériels (démonstrations dynamiques de véhicules, stands de tir (y compris longue distance), usage de jumelles de vision nocturne dans des espaces dédiés…
Les organisateurs (toujours le Cercle de l'arbalète), à encore un an du rendez vous, insistent cependant sur le fait que le vaste plan d'eau de Bordeaux Lac permettra de réaliser des démonstrations inédites, nautiques vous le devinez (drones de surface, équipements nautiques, interventions combinées), qui rappelleront la formidable édition 2015, quand le Bassin d'Arcachon avait servi de décor de prestige lors d'une impressionnante démo des commandos marine.

A noter que la semaine suivant le SOFINS 2027, c'est le D2NS (Digital Defense & National Security) qui prendra la place. Il s'agit d'un salon pionnier entièrement dédié au numérique au profit des ministères français et des forces armées.


mercredi 13 mai 2026

Avec l'allemand OHB, Dassault Aviation européanise son avion spatial Vortex


Dassault Aviation et OHB ont annoncé lundi 11 mai une association dans le but de proposer à l'Agence spatiale européenne le VORTEX-S, un avion spatial capable d'effectuer des allers-retours (non-habités) vers les stations spatiales et des missions orbitales autonomes. Les deux entreprises évoquent aussi d'autres collaborations à venir avec des partenaires européens, alors que cette version du Vortex doit voler en 2031.

Illustration: le Vortex et de son module de service - Dassault Aviation / Falcon Graphic Lab.


« Nos amis allemands d’OHB sont des partenaires naturels pour participer à ce projet [Vortex-S], en apportant leur remarquable expertise. Nous sommes très heureux de cette collaboration, qui promet d’être très fructueuse », Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation. 
Bien loin des considérations -et tumultes- du SCAF (avant tout un projet politique rappelons le, avant d'être une coopération industrielle infructueuse), Dassault Aviation et l'allemand OHB-System ont confirmé le 11 leur association, pressentie depuis des mois, sur le programme d'avion spatial Vortex. 

Une nouvelle qui est officialisée quelques semaines à peine (21 avril dernier) après la sélection, en Espagne, d'Arkadia Space comme équipementier qui fournira l'intégralité du système de propulsion du Vortex-D. 
Pour rappel, la version "D" de Vortex est celle dont le développement a été annoncé en juin 2025 au Bourget, avec un financement pour partie (30 millions d'euros) assuré par le Ministère français des Armées. Il s'agit d'un Vortex à 1/3 de sa taille finale, et qui sera le premier démonstrateur à voler, dès 2028. Les choix techniques concernant ce dernier, effectué "en mode New Space", seront finalisés cet été dans les bureaux d'études de Saint-Cloud & Mérignac, tandis que l'assemblage débutera en fin d'année 2026 à Istres.

La version "S", dont il est question aujourd'hui, sera l'étape suivante. Un vaisseau Vortex (l'appellation de drone convient également) à échelle 2/3, de 7,7m de long pour 5m d'envergure et une masse de 6,3 tonnes. Son premier vol est aujourd'hui planifié pour 2031, avec deux versions imaginées :
  • Vortex S-1 pour les missions civiles publiques ou privées;
  • Vortex S-2 pour la défense.  

Or, Dassault Aviation a, semble-t-il, pensé Vortex-S très tôt pour être "européanisé", accédant ainsi aux crédits de programmes de l'ESA, la France seule ne pouvant assurément pas l'assumer, et/ou, du moins, n'en faisant pas une priorité stratégique. 

C'est ainsi que Dassault, en tant qu’architecte du VORTEX-S et intégrateur global de l’avion spatial, s'associe à OHB, principal concurrent d'Airbus dans le spatial allemand, qui sera architecte et intégrateur du module de service. Ils formeront ensemble l’équipe centrale du projet proposé à l'Agence européenne.

Le communiqué publié par les deux groupes suggère que des discussions sont en cours avec d’autres grandes entreprises spatiales européennes dans le but d’élargir l’équipe projet, au moment où le futur des capacités de transport spatial du continent se décide (ce qui concernera aussi les capsules avec, par exemple, The Exploration Company).  

Précisons enfin que l'ambition ultime du programme Vortex, habité par l'esprit de la navette Hermes, est pour Dassault de pouvoir proposer à terme, non seulement un vaisseau cargo Vortex-C à échelle 1, mais aussi, à horizon 2050, un Vortex-M en version habitée. 


mercredi 22 avril 2026

Robotique terrestre : Shark Robotics s'unit à l'ukrainien Tencore

Le champion français de la robotique terrestre, Shark Robotics, annonce son alliance avec l'ukrainienne Tencore. Cette dernière apportera son expérience issue de l'emploi de milliers de robots sur le front de guerre, tandis que la PME française soutiendra sa consœur tout en innovant pour proposer des solutions aux forces armées françaises.  

Crédits images : Shark Robotics & Tencore.


L'info a fait le tour des médias ces derniers jours, l'Ukraine vient de remporter une victoire tactique (la prise d'une position tenue par des soldats russes) en utilisant exclusivement des éléments robotiques. Et elle compte désormais se doter de plusieurs milliers de drones terrestres (UGV) pour sa logistique. 

Et il semble bien que le succès des entreprises de la "Défense Tech" européenne passe par l'Ukraine, ses contraintes opérationnelles, et ses enjeux de production et de maintenance… car c'est dans ce contexte que ce 22 avril à Bruxelles, à l'occasion du Forum d'affaires Union Européenne-Ukraine, que la PME rochelaise Shark Roboticsmondialement connue pour la success story de son robot « Colossus » de lutte contre les incendies (elle en a livré 40 à l'Ukraine), a annoncé la signature d'un protocole d'accord avec Tencore, jeune (2024) leader ukrainien des robots terrestres et véhicules sans pilote pour la défense et la sécurité, qui déploie des milliers d'exemplaires unité « Termit » en première ligne sur le front pour la logistique et l'évacuation sanitaire notamment. Cette plateforme électrique modulaire d'environ 600 kg est capable de transporter jusqu'à 400 kg de charge utile.

Le mémorandum signé ce jour constitue la première initiative conjointe de coentreprises complémentaires menées simultanément en France et en Ukraine dans le secteur de la sécurité et de la défense. Il illustre un nouveau modèle de coopération industrielle, combinant les approches « Construire avec l’Ukraine » (soutien industriel d’un autre pays) et « Construire en Ukraine », avec le soutien de l’Union européenne.

Les deux entreprises, dont l'origine du partenariat remonte à moins de six mois (le 18 novembre 2025 à l’Élysée en présence des présidents Macron et Zelensky), entendent recueillir des retours d'expérience sur le terrain en Ukraine et les appliquer directement à la production et à l'innovation.
Deux coentreprises seront créées: en France, il s'agira du développement et de la production de robots de défense, ces systèmes étant conçus pour répondre aux besoins des forces armées françaises. Ils pourront aussi être fournis, sous forme de dons, aux forces ukrainiennes. En Ukraine, une plateforme industrielle et de services sera dédiée à la robotique de sécurité civile, y compris la maintenance, la formation et la production progressive de certains composants, afin de construire une chaîne d'approvisionnement plus européenne et de fournir un soutien à long terme aux opérations.

Selon le communiqué, les systèmes développés et maintenus dans le cadre de ce partenariat couvrent l'ensemble des missions de robotique terrestre, sur deux volets: 
  • Défense: logistique dans les zones à haut risque ; évacuation des blessés (CASEVAC/MEDEVAC) ; transport d'équipements et de charges utiles ; soutien au combat ; soutien du génie, notamment pour les missions de déminage.
  • Sécurité civile et résilience: lutte contre les incendies suite aux grèves, protection du personnel de secours, sécurisation des infrastructures critiques (énergie, transports, sites industriels) et protection des populations civiles.

Rappelons que Shark Robotics, valeur sûre que nous suivons sur ce blog depuis 2016, a été créée à La Rochelle par Cyrille Kabbara, un ancien militaire. Celui-ci commente cette union:  « À l’instar de l’Ukraine, l’Europe doit se préparer à des conflits où les robots joueront un rôle déterminant. Ce partenariat vise à développer les capacités dont nous aurons besoin à l’avenir. L’objectif est d’agir rapidement, d’intensifier nos efforts et de doter les forces ukrainiennes et européennes des moyens d’intervenir sur le terrain. »
Et son homologue, Maksym Vasylchenko, d'ajouter: « En Ukraine, nous innovons sous pression, dans des conditions réelles. Avec Shark Robotics, nous associons la robotique de défense développée sur le champ de bataille à la robotique au service de la sécurité civile et de la résilience. C’est cette synergie qui fait la force de notre partenariat. »


mercredi 8 avril 2026

Un Reaper de l'armée de l'Air réalise une interception anti-drone au missile Hellfire


L’armée de l’Air et de l’Espace a annoncé ce jour avoir conduit ses premières expérimentations de tirs de missiles Hellfire sur des cibles aériennes de type « drone ». L'autre information marquante est que l'un de ces tir a été réalisé le 2 avril par un drone MQ-9 Reaper de la 33e ESRA de Cognac. 

Images: l'interception d'un drone cible par un MQ-9 Reaper doté de missiles Hellfire - Armée de l'Air.


Après avoir régné pendant deux décennies dans la lutte contre les groupes armées terroristes, quel sera le rôle futur* des drones MALE (moyenne altitude longue endurance), vulnérables, dans des conflits dits de haute intensité qui ont tendance à se généraliser depuis le début de la décennie 2020 ? 

Eh bien cela pourrait être dans un inhabituel rôle défensif. 

On le sait, la lutte anti-drones (LAD) est devenu un enjeu absolument prioritaire pour les forces armées du monde entier, menant à la révélation de toute une série d'innovations, ou de retours à des solutions plus… rustiques. Il y a quelques heures encore, les Rafale français étaient toujours en mission de défense aux Emirats arabes unis, où ils auraient abattu plus de 80 drones iraniens Shahed depuis six semaines, grâce aux missiles MICA. Mais le missile, comme son porteur, restent largement inadaptés pour cette mission. Ces derniers jours, il était aussi question de l'entrée en jeu des hélicoptères Tigre de l'armée de Terre sur ce même théâtre, pour cette même mission. 

Et voilà donc que dans le même temps, dans l'idée de "compléter les moyens existants", l'armée de l'Air menait sur le champ de tir de l’île du Levant (Var), en coordination avec la Direction générale de l’armement (DGA) et avec le concours du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), des expérimentations de LAD avec le célèbre Reaper et ses missiles Hellfire, en service sur les drones des forces françaises de puis trois mois seulement (oui, un sacré retard).

L'armée de l'Air ne manque pas de faire mention de l'esprit pionnier qui a animé cette adaptation capacitaire, fruit des travaux des équipages de la 33e escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque (ESRA) au sein de la Weapons School du CEAM. D'autant plus que le missile Hellfire est mondialement connu comme étant un missile… anti-char.

Il ne fait aucun doute que cette expérience fera parler, le drone Reaper offrant par ailleurs une endurance bienvenue de plusieurs heures sur théâtre (les interventions de Rafale aux Emirats se font en 45 minutes, tout compris. Mais le Rafale est largement plus rapide), mais le rapport coût/efficacité reste démesuré, et cela concenre le vecteur comme la munition. La voie est toutefois grande ouverte pour de futurs drones MALE -comme le Aarok de Turgis & Gaillard ?- associé à des munitions low cost de type "drone anti-drone" ou roquettes guidées.   


*Ces mots étant écrits le jour même où l'on confirme en France l'abandon du Patroller et le retrait du programme Eurodrone... 



lundi 30 mars 2026

Aerix Systems lève 5 millions d'euros pour son projet de drone ominidirectionnel


La start-up Aerix Systems, spécialiste des drones implantée à Mérignac depuis sa création en 2020, a annoncé au début du mois une levée de fonds de 5 millions d’euros. Celle-ci sera destinée à financer la pré-série industrielle de ses drones à propulsion omnidirectionnelle, qui représentent selon l'entreprise une rupture technologique.

Ci-dessus + vidéo : le drone d'intervention AXS-µ1 - crédits : Aerix Systems.


Entre catastrophes naturelles et emploi du temps surchargé, c'est qu'on en rate des sujets sur ce blog ! Et ce n'est effectivement pas l'actualité qui manque, entre le déclenchement d'un conflit dans le Golfe aux conséquences dramatiques, et des évolutions majeures (quand ce n'est pas un échec majeur #SCAF) qui transforment notre industrie de défense.

Pendant ce temps, on ne parle plus de l'Ukraine et de la "guerre des drones" qui s'y déroule (même si vous n'aurez pas manqué qu'en Ukraine comme dans le Golfe persique, le Shahed dicte sa loi). c'est pourtant bien de drones dont nous allons parler ce jour avec une nouvelle qui concerne un pur produit local: la start-up bordelaise Aerix Systems

Une bonne nouvelle même, puisqu'il s'agit d'une levée de fonds à hauteur de 5 millions d'euros.  

Nous avions déjà présenté -plusieurs fois- la technologie de drone omnidirectionnelle d'Aerix sur le blog, en particulier en 2025, une année riche pour le développement de la start-up implantée chez Bordeaux Technowest, à Mérignac. Elle avait en effet levé son premier million en mars, avant de présenter le mois suivant son produit : le drone d'intervention AXS-µ1.

Pour rappel, Aerix conçoit un drone capable de se déplacer et de pivoter sur plusieurs axes sans modifier son orientation, ce qui améliore la manœuvrabilité en environnements contraints, face à des vents soutenus ou dans des espaces confinés. Le drone offre de surcroit une forte résistance aux éléments. La société vise notoirement le marché de la défense et de la sécurité. 

Démonstration en vidéo ci-dessous: 



Doucement mais sûrement. Ces 5 millions d'euros, levés auprès d'investisseurs privés et de partenaires régionaux, contribueront principalement à l'implantation d'une unité de production et d’assemblage au sein de la métropole bordelaise, pour accompagner la montée en cadence industrielle et l’exécution des premiers contrats. Il est question à terme d'atteindre une capacité de production d’environ 100 drones par mois. 

On reste donc assez traditionnel (le fameux "artisanat"), pour ne pas dire conservateur, mais avec les moyens raisonnables dont on dispose.

Attention donc sur ce point, à ne pas comparer l'ambition d'Aerix Systems avec celle d'un nouveau mastodonte national du secteur, tel que Harmattan AI (plus de 200 millions d'euros levés en à peine deux ans d'existence, avec l'aide de Dassault Aviation notamment) qui, partant de sa solution logicielle dopée [c'est la formule du moment] à l'intelligence artificielle, s'apprête à dévoiler -en région parisienne- des capacités de production de drones sans commune mesure. 


vendredi 23 janvier 2026

The Exploration Company en passe de racheter le britannique Orbex ?


L'entreprise du new space britannique Orbital Express Launch, connue sous le nom d'Orbex, a signé une lettre d'intention pour vendre son activité à la start-up franco-allemande de logistique spatiale The Exploration Company. Il s'agit là d'un mouvement de consolidation majeur dans le new space européen. 

Ci-dessus : vue d'artiste du lanceur Prime d'Orbex - crédit Orbex. 


MISE A JOUR 11 FEVRIER - Orbex indique aujourd'hui que les négociations de fusion-acquisition n'ont pas abouti. L'entreprise devrait rapidement entrer en phase de liquidation judiciaire, pour probablement disparaître. En même temps que les ambitions britanniques.


C'est une sacrée surprise, une de plus. The Exploration Company, qu'on avait quitté en fin d'année avec l'inauguration de son usine girondine, s'apprête t-elle à acquérir le fabricant britannique de lanceur Orbex ? Cette consolidation en ferait assurément l'un des leaders du new space européen. 

Fondée en 2015 (une éternité dans le paysage européen), Orbex va financièrement très mal. Elle annonce d'ailleurs ce 21 janvier le dépôt de bilan de sa filiale au Danemark (90 employés). Si elle a encore reçu le soutien des autorités britanniques en janvier 2025 (20 millions de £), et a surtout été sélectionnée dans le programme European Launcher Challenge de l'ESA (ce qu'elle semble devoir à la politique, puisqu'elle était seule représentante du Royaume-Uni parmi les cinq lauréat), elle semble toutefois arriver en bout de trésorerie, n'ayant d'autre opportunité pour survivre que le rachat. C'est ce que laisse clairement traduire le communiqué de l'entreprise cette semaine, le même qui annonce donc l'entrée en négociations exclusives avec The Exploration Company, jusque là connue pour du cargo avec le développement de sa capsule Nyx… mais aussi désormais de moteurs pour lanceurs lourds, voire super-lourds dans les années 2030. 

Orbex développe un micro-lanceur baptisé Prime, que l'on attend de voir décoller depuis l'Ecosse depuis… 2022. Fin 2025, elle n'en était toujours qu'aux simulations. L'entreprise avait malgré tout annoncé l'été dernier voir plus grand avec son projet de lanceur moyen Proxima.

Si les détails du rachat demeurent confidentiels à ce stade, il semble que The Exploration Company, forte d'un total de 225 millions d'euros levés, avait depuis quelques temps la volonté de se renforcer par acquisition (elle a par exemple acheté cet automne une entreprise allemande d'impression additive), visiblement dans le but de verticaliser son offre globale.


Une stratégie double, sur les traces de SpaceX

A la manière d'un SpaceX, ou plus à son échelle, d'un RocketLab, The Exploration Company se retrouverait in fine à industrialiser à la fois ses lanceurs et ses charges utiles, moteurs compris. Une formule qui assure une grande maitrise et semble fonctionner pour les très rares acteurs qui peuvent se permettre cette stratégie, le coût d'entrée n'étant pas négligeable.     


Sur le plan politique, le calcul semble également judicieux. Pour le Royaume-Uni en effet, on retiendra que l'aventure industrielle spatiale s'avère toujours aussi difficile pour un pays qui misait encore tout, il y a deux ans, sur Virgin Orbit pour rattraper son retard et s'offrir une capacité souveraine d'accès à l'espace. L'entreprise déposait finalement le bilan au début du printemps 2024. Le rachat d'un Orbex en difficultés par la start-up franco-allemande apparait alors ici comme une bouée de sauvetage, et l'on remarque que le communiqué d'Hélène Huby (une dirigeante qui maitrise les arcanes de la politique) fait la part belle au rôle des autorités britanniques: « Orbex et TEC sont complémentaires. Nous collaborons étroitement avec le gouvernement britannique afin de garantir que notre activité combinée renforce la feuille de route du Royaume-Uni en matière de lanceurs spatiaux. Nous respecterons la confidentialité de ce processus et communiquerons davantage d'informations en temps voulu. »

La manœuvre apparait donc comme "gagnant-gagnant", Londres sauvant les meubles après le catastrophique échec de Virgin il y a deux ans, et The Exploration Company, fidèle à sa politique européenne (TEC se définit avant tout comme "européenne", et non pas franco-allemande) qui la voit contenter les grandes capitales en supportant des projets majeurs partout où le spatial compte (en Bavière, à Bordeaux, à Turin…), se consolide avec l'acquisition clé en main d'une société de lanceur. Reste à savoir de quelle maturité bénéficie aujourd'hui la technologie d'Orbex.   

A noter enfin que nous ne sommes qu'en janvier et que les grandes manœuvres sont lancées dans cette année décisive pour le spatial européen, où beaucoup d'entreprises vont devoir faire leurs preuves. MaïaSpace, fer de lance des nouveaux programmes franco-français de petits lanceurs, vient par exemple d'annoncer trois ans d'activité pour la constellation One Web d'Eutelsat. Mais attention, il y aura aussi des mauvaises nouvelles en 2026.  


lundi 12 janvier 2026

Dassault Aviation fait d'Harmattan AI la première licorne française de la défense


Créée il y a à peine un an et demi, la start-up Harmattan AI est aujourd'hui valorisée à hauteur de 1,4 milliard d'euros, accèdant ainsi au rang symbolique de "licorne". Une première dans l'écosystème de l'innovation de défense en France. L'opération a été rendue possible grâce à une levée de fonds de 200 millions de dollars pilotée par… Dassault Aviation. L'acte de naissance d'un partenariat aussi stratégique que prometteur ?   

Images: Dassault Aviation.


Surprise ce lundi 12 janvier au petit matin, avec la parution d'un communiqué de Dassault Aviation annonçant un partenariat stratégique pour accélérer l’intégration de l’autonomie maîtrisée et de l’IA au sein des systèmes de combat aérien. Dans le cadre de cette collaboration, Dassault Aviation participe au tour de table -que le groupe pilote- de la levée de fonds série B de 200 millions de dollars d’Harmattan AI (170 millions d'euros).

Fondée en avril 2024, et plus discrète que Mistral (qui a aussi mis un pied dans la défense), Harmattan AI s'est faite connaitre tout récemment grâce à des contrats en France (DGA, 1 000 drones SORONA) et au Royaume Uni (OTAN, 2 000 drones intercepteurs GOBI) concernant ses systèmes de drones.  Avec donc déjà près de 3 000 drones dans la balance, la start-up explose tous les chiffres des dronistes français plus "traditionnels" réunis… et ça sur 15 ans

Mais tout comme Helsing, où les Américains d'Anduril ou Shield AI, cette société de la new defense, ou defense tech, qui développe avant tout des systèmes d'intelligence artificielle compte étendre son catalogue à toutes les familles de systèmes autonomes, tout en renforçant ses infrastructures de production. Ce à quoi aidera cette levée de fonds majeure. 

Elle reçoit donc le soutien de Dassault Aviation (vrai choix de souveraineté, dans la ligne politique du groupe), qui illustre ce partenariat en mettant son futur drone de combat furtif à l'honneur. Harmattan devrait en effet jouer un rôle majeur en matière d'intégration de fonction d'IA embarquée dans ce programme UCAS, tout comme dans celui du Rafale F5. 

« Dassault Aviation a toujours placé l’excellence technologique et la souveraineté au cœur de ses valeurs. Ce partenariat avec Harmattan AI illustre notre engagement à intégrer des solutions d’autonomie à forte valeur ajoutée dans la prochaine génération de systèmes de combat aérien. En unissant nos forces à une entreprise innovante et agile, nous renforçons notre capacité à fournir les solutions avancées requises par nos forces armées dans les décennies à venir », a déclaré Eric Trappier, Président-Directeur Général de Dassault Aviation.

Eric Trappier, PDG de Dassault, et Mouad M'Ghari co-fondateur et PDG de Harmattan AI. 


Aparté pour finir : l'actualité de l'avionneur en ce début janvier se résume à la livraison de 26 Rafale en 2025 (et les 3 premiers Rafale indonésiens), des rumeurs de contrats Rafale en Irak et en Inde, un premier vol à venir pour le Falcon 10X, et… aucune nouvelle du SCAF ! 

PS : Et j'en profite également pour souhaiter une excellente année 2026 aux lecteurs et lectrices de ce blog ! Encore une de ces années qui débutent un peu fort. 


vendredi 28 novembre 2025

Avec la fusée-sonde SyLEx, la France aiguise ses capacités hypersoniques

La Direction générale de l'armement annonce ce vendredi 28 novembre 2025 la réussite du premier test de la fusée-sonde SyLEx, développée en seulement trois ans par ArianeGroup. Le lancement a été réalisé depuis le Centre d'essais des Landes. Il marque le retour de cette capacité souveraine en France, alors qu'il avait fallu récemment avoir recours à des moyens américains. 

Images : DGA, le 28/11/2025, à Biscarrosse. 


Ce 28 novembre au petit matin (7h), la DGA et ses partenaires ont annoncé par communiqué avoir  mené avec succès le 1er vol de la fusée-sonde système de lancement d’expériences "SyLEx" pour des expérimentations en haute atmosphère et en exo-atmosphérique.

Ce premier test a été mené avec la version Block 1 de la fusée-sonde, constitué d'un bloc monoétage. Il a été réalisé depuis le Centre d'expertise et d'essais de missiles des Landes, à Biscarrosse, mobilisant également les capteurs du navire Monge de la Marine Nationale (radars, télémesure, optiques).

SyLEx marque le retour en France d’une capacité de lancement souveraine capable d’accéder aux conditions extrêmes de rentrée atmosphérique et d’essais exo-atmosphériques. Développée en un temps record  de trois ans par ArianeGroup, cette fusée-sonde des plus rustiques (guidage minimal et absence de navigation), mais capable d'atteindre 1 200 ou 2 400 km/h selon les versions, permettra aux forces armées de mener développements de démonstrateurs hypervéloces mais aussi d’applications civiles. Dans l'immédiat il vient à l'esprit le démonstrateur de planeur hypersonique V-Max2, attendu dans les prochains mois/années (?).

Faudra-t-il pour cela utiliser la version Block 2 (deux étages, identiques) de SyLEx, capable d'emporter une charge utile de 600 kg ? Et viser des altitudes allant de 140 jusqu'à 400 km ?   

Pour rappel, le premier test du planeur V-Max en juin 2023 avait nécessité de faire appel à une fusée-sonde américaine. 

Notons qu'ArianeGroup compte capitaliser sur cette capacité d'expérimentation, en proposant SyLEx sur le marché, pour des rentrées atmosphériques ou des expériences en microgravité (il est possible d'en embarquer plusieurs en même temps).

Mais attention, le vecteur n'a pas vocation à être "opérationnalisé" par les militaires, il ne sera donc pas le porteur affilié à la future force de frappe française dotée de planeurs hypersoniques (si celle-ci voit le jour à la suite des programmes de démonstration). 

Le test de la version Block 2 n'est en revanche pas attendu avant 2027, selon l'industriel. 



vendredi 21 novembre 2025

The Exploration Company inaugure son nouveau site bordelais


The Exploration Company, start-up franco-allemande, a inauguré jeudi 20 novembre son nouveau navire amiral français. La figure montante du new space européen (225 millions d'euros levées au total) a en effet repris les anciens locaux du groupe Steris, au Haillan. Ce site en parfait état et idéalement placé représente une surface de 7 500 m². The Exploration Company y développera notamment sa capsule Nyx, et y installera son centre de contrôle des missions spatiales. 

Ci-dessus: vue d'artiste d'un ravitaillement de l'ISS par la capsule Nyx. La mission est prévue en 2028  - The Eploration Company.


Retour des bonnes nouvelles. Quelques jours après la levée de fonds de 21 millions d'euros pour HyprSpace à Bordeaux, la nouvelle étape franchie ce 20 novembre par The Exploration Company confirme que les deux entreprises s'ancrent comme le fer de lance du new space dans le bordelais, alors que s'ouvre une ère pleine de défis dans le domaine: celle de l'industrialisation. 

Cette inauguration, présidée par la PDG Hélène Huby, s'est déroulée en présence du ministre délégué chargé de l’Europe; Benjamin Haddad, et des plus hautes autorités locales. 


The Exploration Company avait déjà annoncé qu'elle investirait plusieurs dizaines de millions d'euros dans ses activités en France (outre Bordeaux, elle se développe dans le même sens en Allemagne, à Munich, tout en étant aussi présente en Italie, à Turin) d'ici 2028. Ayant acquis ce nouveau site du Haillan à bon prix, paraît-il, les autorités locales étant en demande après la défaillance du groupe Steris qui a abandonné ses locaux au premier semestre, la start-up hérite d'un espace de 7 500 m² idéalement situé et surtout assez vaste pour accueillir à la fois les activités d’ingénierie système et de fabrication des boucliers thermiques de la future capsule cargo Nyx (5000 m²), ainsi que le « Mission Control Center » où seront gérées en temps réel les opérations spatiales (2 500 m² en comptant les bureaux). Pour rappel, la société a remporté plusieurs contrats de ravitaillement de stations spatiales (ISS et privées) et devra agir de concert avec les agences spatiales américaine (NASA) et européenne (ESA). 

On attend aussi à Bordeaux les développements et essais sur plusieurs systèmes de propulsion dédiés aux lanceurs, et à un atterrisseur lunaire notamment. 

Côté RH, l'effet devrait être rapide avec une montée en puissance estimée à 120 personnes sur Bordeaux pour le court terme. Et jusqu'à plus de 300 d'ici 2028. 

A noter que dans le même temps, en Allemagne, The Exploration Company annonçait cette semaine se renforcer via l'acquisition de l'entreprise allemande Thrustworks, spécialiste de la fabrication additive de composants de haute performance pour le spatial et la défense. 

A ce jour, The Exploration Company a envoyé deux démonstrateurs dans l'espace (été 2024 et été 2025), mais pas encore n'a pas encore pu valider tous ses objectifs en matière de rentrée atmosphérique. Le vaisseau cargo Nyx à échelle 1:1, est attendue pour 2028. 


mercredi 19 novembre 2025

Des Rafale pour l'Ukraine ? Des planètes qui ne sont pas -encore- alignées



Ce lundi 17 novembre 2025, le président ukrainien Zelensky était à Paris pour renforcer le partenariat stratégique avec l'un de ses premiers soutiens: la France. Au cœur de la visite, la promesse d'achat d'armements français de premier ordre, à commencer par ce chiffre évoqué de 100 avions de combat Rafale. Un "contrat du siècle" qui a cependant de faibles chances d'aboutir… du moins à court terme. 

Ci-dessus: Emmanuel Macron et Volodymyr Zelenski à Villacoublay, devant un Rafale - Elysée.


En avril 2021, j'évoquais sur ce blog le pari impossible du Rafale sur le marché Ukrainien. Malgré la rumeur qui circulait à l'époque, on savait déjà en effet l'Ukraine financièrement exsangue, et l'invasion à grande échelle par la Russie n'avait même pas encore été déclenchée. Plus de quatre ans de dévastation plus tard, la donne a-t-elle changé ? 

Après avoir signé une lettre d'intention en octobre en Suède pour 100 à 150 chasseurs Gripen, le président Ukrainien réitère la manœuvre en France avec des drones (et c'est sûrement la partie la plus importante, notamment sur le segment anti-drone), de très précieux systèmes SAMP/T de MBDA, et donc ces 100 Rafale. 

L'annonce fait naturellement grand bruit, les politiques, la presse et les divers commentateurs s'emballent… quand dans le même temps, Dassault Aviation, tout de même l'un des premiers concernés, ne réagit qu'assez laconiquement à travers un très bref communiqué remerciant "les autorités ukrainiennes et françaises pour l’accord d’intention d’acquérir l’avion de combat Rafale, qu’elles viennent de signer, et pour la confiance qu’elles placent dans les capacités opérationnelles de cet appareil". Un degré d'enthousiasme plutôt révélateur. 

Hors emphase médiatique, la prudence est donc de mise. Logique quand on parle d'un marché équivalent à 20 milliards d'euros environ, rien que pour la partie Rafale, que l'on ne sait pas comment financer d'un côté comme de l'autre, hormis via l'hypothétique déblocage des avoirs russes -ou de leurs intérêts- gelés dans l'Union Européenne. 

Il y a, de plus, la question essentielle de nos capacités de production, et tout autant, de la liste d'attente alors que le Rafale connaît son âge d'or sur le plan commercial. A Mérignac, où l'on produit l'équivalent de 3 avions par mois, et bientôt 4, on voit depuis quelques semaines apparaitre les premiers Rafale pour l'Indonésie (livraison attendue début 2026 pour le premier de ces 42 appareils), tandis qu'il y a également l'armée de l'Air française et les EAU (commande géante de 80 appareils pour ces derniers) à livrer dans les prochaines années. Puis ce sera -de nouveau- le tour de l'Inde… En bref, il n'y a probablement pas de place sur ligne d'assemblage pour un Rafale ukrainien avant 2029/2030, et ça sans compter sur la signature d'un autre contrat d'ici là (avec l'Inde, encore et toujours ?). Car rappelons le, l'Ukraine n'a signé qu'une lettre d'intention, pas un contrat. Un client peut donc toujours lui passer devant. 

Enfin, il faudra connaître le destin de l'Ukraine, déterminant. Je n'ai guère de doute sur la capacité de cette nation à survivre à ce conflit, mais lorsqu'il s'agira de signer la paix (ou du moins l'arrêt des combats), quelle marge de manœuvre, politique ou financière, restera t-il à Kiyv pour se réarmer ? Car c'est bien de cela dont il s'agit: se reconstituer post-conflit une puissante armée de l'air, cohérente, moderne, et surtout dissuasive. Une reconstruction qui demandera de surcroît de longues  années de formation pour le personnel dédié. En fait, Emmanuel Macron lui-même le précise : il s'agit d'un plan sur 10 ans. 

Comme en Suède il y a un mois, l'opération de communication diplomatique est néanmoins réussie, au point que l'on se demande même si la seconde annonce ne vient pas télescoper la première, mais pourquoi pas, Rafale et Gripen  ferait un joli duo, un duo européen. Car c'est peut-être là le principal message de cette séquence. Pour son futur encore incertain, et à l'inverse de tous ses voisins, l'Ukraine a coupé les liens avec l'armement américain. 

Pour ce qui est du présent, sur le front, c'est le Mirage 2000 qui fait le job. 


lundi 17 novembre 2025

Au sommet Choose France, HyprSpace annonce la levée de 21 millions d'euros


HyPrSpace profite d'être le seul constructeur de lanceurs invité au sommet Choose France ce 17 novembre pour annoncer la sécurisation d'une levée de 21 millions d'euros. Ces fonds seront consacrés à accélérer l’autonomie stratégique de la France dans l’espace, qui se matérialise ici par les étapes finales du développement du micro-lanceur Baguette One. L'aboutissement sera la construction d'une usine à Bordeaux d'ici 2028. 

Illustration: vue d'artiste du lanceur "Baguette One" - HyPrSpace. 


Le pari lancé en 2019 serait-il sur le point d'être remporté ? Dans un paysage économique où les sources de financements se tarissent, tant au plan macro (les finances de l'Etat) que micro (le domaine particulier du New Space, qui a franchi son apogée), les dirigeants de la start-up HyprSpace, basée à Saint-Médard en Jalles près de Bordeaux, peuvent se réjouir ouvertement ce lundi.  

Au lendemain de la présentation de la stratégie spatiale nationale par le président de la République [à Toulouse la semaine dernière], l'annonce d'une levée de fonds sursouscrite de 21 millions d'euros en capitaux propres pour accélérer le développement et l’industrialisation de sa technologie de propulsion hybride pour les lanceurs spatiaux vient en effet confirmer la confiance des investisseurs, après avoir acquis celle de l'Etat (France 2030, DGA, CNES…).

21 millions d'euros qui viendront supporter le développement des solutions technologiques d'HyPrSpace, ainsi que la phase d'industrialisation à Bordeaux, avec la construction d'une usine à horizon 2028.  

Selon le communiqué de l'entreprise, cette levée de fonds permettra de :
  • Finaliser la qualification de son moteur à l’échelle, après trois campagnes d’essais réussies ayant levé le verrou technologique de la propulsion hybride ;
  • Réaliser le premier vol suborbital du démonstrateur Baguette One depuis un site DGA Essais de Missiles en France métropolitaine, une première historique ;
  • Accélérer le développement du lanceur orbital OB-1 et de son service de lancement ;
  • Lancer la production en série et préparer l’industrialisation complète de ses lanceurs ;
  • Développer les applications défense de la technologie de propulsion hybride.

A noter que cette série A est menée par Red River West et par le fonds DeepTech 2030 géré pour le compte de l’État par Bpifrance dans le cadre de France 2030, avec la participation des fonds SPI, French Tech Seed1, d’Expansion, et de NACO.


Devenir le champion mondial de la propulsion hybride

Il fut un temps pas si lointain ou HyPrSpace était la seule start-up (elles sont plusieurs aujourd'hui autour du monde) à miser sur la technologie du moteur « hybride » liquide/solide, concevant et révélant une architecture brevetée combinant les différents atouts des deux mondes: sécurité (non-pyrotechnique), poussée modulable et stockabilité. Et d'appuyer sur la simplicité du système: pas de pièces mécaniques complexes comme les turbopompes, fiabilité, industrialisation plus facile, carburants issus du plastique, possibilité de réaliser des moteurs pour toutes les gammes de puissance. De plus, ce moteur sûr et stockable permet de réduire les coûts logistique au sol et de gagner en flexibilité opérationnelle, que ce soit pour des missions planifiées ou des lancements réactifs. 
Au delà du discours, encore fallait-il prouver, et so far so good… puisqu'à ce jour, les essais moteur se déroulent sans encombre dans les installations de la DGA en Gironde, et que cette dernière accueillera même d'ici un an, et depuis la Métropole (dans les Landes ou le Var), le tir inaugural du démonstrateur

L'objectif affirmé désormais, est non seulement d'ouvrir la voie à une nouvelle filière industrielle stratégique au croisement du spatial civil et de la défense, mais également d'en devenir le leader mondial grâce à l'avance acquise ces dernières années. 

Dans le milieu, HyprSpace bénéficiait déjà d'une solide réputation (alors que bien peu y croyaient au commencement, l'idée de propulsion hybride ayant été mise au placard il y a un demi-siècle), induisant une certaine confiance accordée par les experts, alors que les temps s'avèrent de plus en plus difficiles pour les porteurs de projets, comme en témoigne le dépôt de bilan de Dark, le mois dernier. Mais en démontrant toute la pertinence de sa solution, et en ne s'étalant pas trop sur des ambitions commerciales ou opérationnelles démesurées, sa crédibilité n'a fait que se renforcer avec les années, à mesure que l'on défrichait les potentiels stratégiques de cette rupture technologique.    

HyPrSpace ne cache pas aujourd'hui son ambition de s'imposer sur différents marchés, qui ne se résument donc pas simplement à celui des lancements commerciaux civils. Il est question ici en premier lieu de suborbital, notamment pour la défense (expériences en microgravité, tests hypersoniques ou balistiques). D'ailleurs, dans son communiqué, la start-up mentionne les besoins stratégiques de l'Europe, mais aussi de l'OTAN. 


vendredi 10 octobre 2025

Dark éteint la lumière en sortant


La start-up Dark a annoncé mercredi 8 octobre l'arrêt de ses activités. Elle développait une solution complète de désorbitation pour la défense. En manque de financements, et faute de contrat, l'aventure s'arrête ici, au bout de 4 ans. Dark avait prévu de s'installer sur l'aéroport de Bordeaux-Mérignac.

Images : vues d'artiste -©Dark.


Fondée en 2021 par deux anciens de MBDA,Guillaume Orvain et Clyde Laheyne, Dark faisait partie des quelques start-up françaises du spatial qui se sont lancées dans la tâche difficile de concevoir et commercialiser un micro-lanceur de souveraineté. Le produit complet, Interceptor, devait s'appuyer sur un ensemble de systèmes intégrés allant de l'avion porteur, au lanceur aérolargué, en passant par le radar et un module terminal doté de capacités robotisées et de guidage algorithmique pour capturer les objets en orbite. Dans la stratégie de Dark, il était d'abord question de nettoyer l'orbite de débris hors de contrôle, avant que celle-ci évolue en 2024 -avec une communication très calquée sur la vague new defense américaine- vers des missions de désorbitation des objets menaçant, et cela explicitement dans le cadre de missions pour la défense. 

En cinq ans, l'entreprise avait avancé sur plusieurs systèmes et notamment sur la conception d'un moteur auprès du DLR en Allemagne [oui c'est un peu antinomique avec la phrase précédente] dont les dernières images avaient été dévoilée en cette rentrée 2025. Dark avait aussi signé en 2023 un partenariat avec l'aéroport de Bordeaux-Mérignac pour ses futures opérations, et obtenu des contrats d'études comme fin 2024 avec l'Agence pour l'innovation de défense (AID), autour du logiciel de simulation "Salazar" de l'entreprise.  

Mais ces derniers -et probablement trop peu lucratifs- contrats et les quelques 10,5 millions d'euros levées n'auront clairement pas suffi à réaliser les grosses ambitions de la start-up, qui, sans "ancrage", comme elle le nomme dans le communiqué final, n'avait pas les reins pour continuer de fonctionner. Il aurait fallu a minima faire partie des heureux élus du plan France 2030.

La "fin" de Dark était ainsi pressentie/connue depuis des mois, et ses dirigeants ont d'ailleurs bien soigné leur sortie, avec des équipes (une quarantaine d'employés) qui ont pu préparer leur rebond de carrière. Le dernier communiqué cite aussi une propriété industrielle qui demeure protégée en France. 

Problème, l'échec de Dark, même s'il ne rencontre pas un écho considérable, a provoqué cette semaine quelques réactions outrées de la part des milieux "business" et plus généralement de l'écosystème start-up. Y compris de la part d'anciens hauts gradés de l'institution militaire. La faute serait celle d'un modèle français d'innovation et/ou d'investissement bien trop prudent, probablement pas aussi riche que l'on aimerait, et surtout de l'Etat et en particulier de l'armée, qui soit ne soutiendrait pas ses "pépites", soit ne disposerait pas de la doctrine ou culture volontariste -et tendant si possible à la privatisation des capacités- nécessaire aux temps agitées que nous vivons (avec souvent l'exemple, vraiment très mal choisi, des Etats-Unis). 
Ce raisonnement apparait pourtant bel et bien biaisé. Premièrement, car Dark a fait un choix de design risqué dès l'origine, en optant entre autres pour le lancement réactif par aérolargage, technologie complexe (voir du côté de la faillite de Virgin Orbit) qui n'aura probablement pas aidé à gagner la confiance des investisseurs ou clients… d'autant plus qu'il fallait se doter d'un avion porteur. Deuxièmement, le brusque virage opéré d'un système dédié aux opérations visant à maintenir la durabilité des orbites, dont les perspectives de marché sont aujourd'hui quasiment réduites à néant (ont-elles jamais existé ?), vers les marchés militaires était un peu radical, ou du moins bien trop avant-gardiste pour la doctrine qui découle de la stratégie spatiale de défense de 2019, qui ne conçoit jamais la défense des capacités en orbite autrement que par la défense active, et le "découragement" (un autre mot pour dissuasion). Troisièmement, faut-il rappeler que ce n'est pas le marché qui décide du besoin des armées ? Disposant de ressources contraintes, le Commandement de l'espace a été assez limpide sur ses besoins prioritaires, et cela dans diverses sorties publiques qui ont notamment servi, plus ou moins directement, à éliminer quelques pistes technologiques… qu'on les juge nécessaires ou non. 


Le communiqué de Dark, signifiant la fin de ses activités (en anglais)

Cliquer pour agrandir


Souhaitons évidemment aux créateurs et employés de Dark de poursuivre leur aventure professionnelle de la meilleure des manières, et de continuer à contribuer aux reflexions et innovations, en particulier dans les secteurs stratégiques. L'idée était belle, et la solution globale du lancement réactif reste une problématique de fond pour une puissance comme la France. 

Un dernier mot enfin sur l'aéroport de Bordeaux, qui après le déménagement d'Hynaéro, finalement parti poursuivre son projet d'avion bombardier d'eau à Istres, perd ici son autre grand projet d'implantation. Comme trop souvent, responsables et médias locaux avaient vite fait de se féliciter des "500 emplois" qui viendraient avec une start-up. 
La donnée inquiétante est que la conjoncture, en particulier du côté des financements et de la maturation des projets des uns et des autres, laisse penser que Dark n'est ni la première, ni la dernière des prometteuses start-up à vocation stratégique nées en France ces dernières années à disparaitre prématurément. Plusieurs des projets dont ce blog a fait l'écho ont d'ailleurs d'ores et déjà disparu dans le plus grand silence ces derniers mois. Sans surprise, il se peut donc que l'on ait entamé le cycle des défaillances, un cycle dont émergeront pourtant de rares et précieux vainqueurs. 

Heureusement diront certains, il reste encore à l'Aquitaine sa baleine blanche.  



Pour la postérité, les images qui illustraient les ambitions de Dark :




mercredi 8 octobre 2025

Dassault Aviation a livré son 300ème Rafale

Dassault Aviation a annoncé ce 7 octobre que le cap des 300 Rafale produits venait d'être franchi il y a quelques jours. Critiqué à ses débuts, le fleuron de l'aéronautique de défense française se dirige doucement mais sûrement vers une carrière opérationnelle et commerciale qui placera sa réussite au dessus de son prédécesseur, le Mirage 2000. Car les perspectives sont encore prometteuses !


Issu d'un programme lancé il y a maintenant près de 40 ans, le Rafale a entamé sa carrière opérationnelle dans les forces françaises en 2004 dans la Marine Nationale (puis 2006 dans l'armée de l'Air). Son premier contrat export est lui remporté en 2015, en Egypte. Les tous derniers appareils livrés pourraient justement l'avoir été à l'Egypte, si l'on en croit les images qui nous arrivent aujourd'hui de Mérignac. Les premiers appareils destinés à l'Indonésie ont également été aperçus il y a quelques jours. 

A ce jour, 533 Rafale ont été commandés fermes par la France et huit pays clients export. 233 exemplaires restent donc à assembler à Mérignac et à livrer, avec des cadences de production qui sont prévues pour augmenter jusqu’à quatre appareils par mois.

Tout ou presque a déjà été dit sur ce blog depuis 2013 sur la success story du Rafale, mais notons comme Dassault Aviation le rappelle dans son communiqué que le programme fédère 400 entreprises françaises, et qu'il demeure donc un des programmes absolument majeurs à l'échelle de l'industrie nationale, tous secteurs confondus. 

L'avenir concerne désormais le standard F-5 prévu pour le milieu de la décennie 2030. Il s'agira d'une évolution très importante pour l'avion en tant que système d'armes avec notamment une possible remotorisation (M-88 T-Rex), et l'arrivée de drones accompagnateurs (programme UCAS... et autres ?). 

Concernant l'export, si quelques marchés sont à surveiller (Grèce de nouveau ? Portugal ?), ce n'est visiblement toujours pas en Europe que les choses vont s'emballer. Le dantesque marché indien à venir pour 116 appareils fera bien sûr l'objet d'une attention particulière dans les prochains mois. 

Et pour ce qui est de son successeur, le "NGF" (Next Generation Fighter), pierre angulaire du SCAF (système de combat aérien futur), la situation semble aujourd'hui totalement paralysée entre les partenaires français, allemands (surtout) et espagnols, au point que l'on évoque publiquement l'éventualité de faire un chasseur de nouvelle génération en solo
Quoiqu'il en soit, il s'agira de ne pas perdre trop de temps, car Américains et Chinois ont déjà pris une véritable avance. Quant aux autres "challengers", ceux-ci semblent tout de même moins avancés qu'ils ne le laissent croire dans les opérations marketing. 

Enfin, et puisque l'on oublie trop souvent le Falcon (là, il y une sacrée différence avec les débuts de ce blog, puisque la gamme représentait il y a 10/15 une grosse majorité du chiffre d'affaires de l'avionneur. C'est aujourd'hui l'inverse, en faveur du Rafale), sachez que la Direction Générale de l’Armement a notifié le 26 septembre dernier la commande de cinq Falcon 2000 Albatros à Dassault Aviation, dans le cadre du programme d'Avions de Surveillance et d’Intervention Maritimes (AVSIMAR), programme qui vise à se doter dans un premier temps de 12 de ces appareils. 


lundi 1 septembre 2025

[Parution] Dossier New Defense dans Deftech magazine n°14

Après le New Space, au tour du New Defense ? Le complexe militaro-industriel américain subit depuis quelques années une offensive inédite de nouveaux acteurs, issus du monde de la tech. Les Palantir ou autre Anduril ont rapidement construit leurs conquêtes, et bénéficient aujourd'hui d'une puissance financière impressionnante. D'autant plus qu'ils ont su orienter l'échiquier politique dans le sens de leurs projets. La Maison Blanche désormais acquise à leur cause, ils regardent maintenant vers l'Europe et l'Asie

Ci-dessus : un écran publicitaire Anduril Industries à Washington - crédit Anduril sur Instagram.



Comme post de rentrée, j'ai le plaisir de signaler la sortie en kiosque du Deftech #14 où je signe le dossier sur la mouvance "New Defense" (certains parleront aussi de Defense Tech), ou comment la Silicon Valley est partie à l'assaut des marchés du Pentagone face aux "big five" (Lockheed, Boeing, Northrop, RTX, General Dynamics...) du complexe militaro industriel. Une offensive technologique, reposant sur une fondation idéologique aujourd'hui puissamment ancrée.  

Derrière Elon Musk, qui n'est que le sommet ultramédiatisé de l'iceberg, ces acteurs, vous les connaissez déjà pour certains: il s'agit de Palantir TechnologiesAnduril Industries et quelques autres à la valorisation boursière déjà impressionnante. Ils arrivent avec la promesse -très marquée politiquement, et nourrie par les courants libertariens- de révolutionner le secteur, en bouleversant les cycles d'innovation (ils apportent avec eux l'IA), mais aussi et surtout de production. Ils entendent pour cela briser l'influence des géants de l'armement à Washington, et changer la culture d'acquisition -défaillante- du Département de la Défense. Un combat qu'ils ont en partie remporté en se rangeant derrière Donald Trump pour son second mandat, et en infiltrant patiemment les cercles militaires.


Ce dossier ayant été préparé durant tout le premier semestre 2025, les annonces récentes (au Bourget en juin notamment) concernant leur appétit sur le marché européen et les accords passés dans certains pays, comme l'Allemagne, confirment que ce train à grande vitesse est lancé, et bien lancé. Dépourvus de puissance financière comparable, certains acteurs français et européens, comme Helsing (sorte d'héritier spirituel d'Anduril), s'inscrivent dans cette stratégie et tentent de prendre le wagon (entretiens disponibles sur ces questions dans le magazine, avec HyPrSpace et Turgis Gaillard !), mais la lutte semble déjà inégale sur un continent où la notion d'indépendance stratégique est loin d'être partagée et comprise de la même manière.

Un dossier qui augure donc un suivi de long cours sur cette question.

Bonne lecture !